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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 11

Le devoir de connaître son vrai caractère

Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. (2 Corinthiens 13,5)

En parlant sur ce texte, je me propose de suivre l'ordre que voici :

I. Montrer ce que veut dire l'exigence de ce texte.

II. La nécessité de cette exigence.

III. La possibilité de remplir le devoir qui nous est prescrit.

IV. Donner quelques indications sur la manière de remplir ce devoir.

I. Je dois montrer ce que veut dire l'exigence de ce texte : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. »

Elle exige que nous comprenions notre propre cœur, que nous prenions les moyens qu'il faut pour mettre à l'épreuve notre caractère réel, tel qu'il apparaît aux yeux de Dieu. Il ne s'agit pas d'éprouver notre force ou notre savoir, mais notre caractère moral : nous devons le mettre à l'épreuve à fond, de manière à le connaître tel qu'il est. Cela suppose que nous sachions comment Dieu nous regarde et ce qu'il pense de nous, s'il nous tient pour des saints ou pour des pécheurs. Ce n'est rien de moins qu'un ordre formel : nous devons nous assurer de notre vrai caractère, et trancher définitivement la question pour nous-mêmes : sommes-nous des saints ou des pécheurs, des héritiers du ciel ou des héritiers de l'enfer ?

II. Je dois montrer la nécessité de cette exigence.

1. Il est indispensable à notre propre paix intérieure que nous éprouvions notre vrai caractère, tel qu'il est aux yeux de Dieu, et que nous en ayons la certitude.

Celui qui est dans l'incertitude sur son caractère réel ne peut connaître rien qui ressemble à une paix intérieure bien établie. Il peut avoir de l'apathie, plus ou moins complète et parfaite, mais l'apathie est tout autre chose que la paix. Et bien peu de croyants de profession, ou de gens qui continuent d'entendre l'Évangile, peuvent garder longtemps une apathie assez profonde pour étouffer tout malaise à l'idée d'être incertains de leur vrai caractère et de leur destinée. Je ne parle pas des hypocrites qui ont cautérisé leur conscience, ni des moqueurs que Dieu a peut-être abandonnés. Mais pour les autres, il est rigoureusement vrai qu'il leur faut avoir tranché cette question pour jouir de la paix intérieure.

2. C'est indispensable à l'honnêteté chrétienne.

Un homme qui n'est pas vraiment fixé dans son esprit sur son propre caractère n'est guère honnête en religion. S'il fait profession de religion alors qu'il ne se croit pas honnêtement un saint, qui ne voit que ce n'est pas tout à fait honnête ? Il est à moitié hypocrite dans son cœur. Ainsi, quand il prie, il doute toujours que ses prières soient agréées comme venant d'un enfant de Dieu.

3. Une juste connaissance de son propre caractère est indispensable pour être utile.

Si quelqu'un doit sans cesse agiter dans son esprit cette question : « Suis-je chrétien ? », s'il doit tout le temps regarder avec inquiétude à son propre état et rester dans le doute sur sa situation, ce sera forcément un grand obstacle à son utilité. Si, quand il parle aux pécheurs, il ne sait pas s'il n'est pas lui-même un pécheur, il ne peut pas les exhorter avec l'assurance et la simplicité qu'il aurait s'il sentait ses pieds posés sur le roc. Certains tiennent beaucoup à l'idée qu'il vaut mieux, pour les saints, être toujours dans l'obscurité, afin de les garder humbles. Comme si un enfant de Dieu devait devenir orgueilleux en sachant qu'il est un enfant de Dieu ! Au contraire, l'une des considérations les plus puissantes de l'univers pour le garder de déshonorer Dieu, c'est justement de savoir qu'il est un enfant de Dieu. Quand quelqu'un est dans un état d'inquiétude, il ne peut avoir que peu de foi, et son utilité ne peut guère s'étendre tant que la question n'est pas tranchée.

III. La possibilité de remplir cette exigence.

Certains tiennent beaucoup à l'idée que dans ce monde la question ne peut jamais être tranchée. C'est étonnant, le nombre de gens qui semblent se faire une vertu des grands doutes qu'ils ont toujours sur la question de savoir s'ils sont chrétiens. Depuis des centaines d'années, beaucoup considèrent comme un signe suspect qu'un croyant de profession ne soit pas rempli de doutes. On y voit presque un signe certain qu'il ne connaît rien de son propre cœur. L'une des questions qu'on pose partout aux candidats à l'admission dans l'Église a été celle-ci : « Avez-vous des doutes sur votre bon état ? » Et si le candidat répond : « Oh oui, j'ai de grands doutes », tout va pour le mieux : on y voit la preuve qu'il est spirituel, qu'il connaît à fond son propre cœur et qu'il a beaucoup d'humilité. Mais s'il n'a pas de doutes, on y voit la preuve qu'il connaît peu son propre cœur et qu'il est très probablement un hypocrite. À l'encontre de tout cela, je soutiens que le devoir prescrit dans ce texte est un devoir qu'on peut remplir, et que les chrétiens peuvent s'éprouver eux-mêmes de manière à se connaître et à avoir une assurance satisfaisante de leur caractère réel.

1. C'est évident d'après l'ordre donné dans le texte : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. » Quelqu'un croira-t-il que Dieu nous demande de nous examiner, de nous éprouver et de voir quel est notre vrai caractère, alors qu'il sait qu'il nous est impossible de jamais apprendre quel est notre vrai caractère ?

2. Nous avons le meilleur moyen de preuve possible pour nous mettre à l'épreuve et éprouver notre caractère : c'est le témoignage de notre conscience.

La conscience donne la plus haute certitude possible sur les faits qui doivent déterminer notre caractère, et la grande question se trouve tranchée : quel est notre état devant Dieu ? Nous pouvons avoir, et nous devons avoir, sur notre état devant Dieu le même genre de preuve que sur notre existence, à savoir la conscience. Bien plus, nous ne pouvons pas nous empêcher d'avoir cette preuve. La conscience témoigne sans cesse de nos dispositions d'esprit, et il suffit que nous prenions garde à ce dont elle témoigne pour trancher la question avec autant de certitude que celle de notre propre existence.

3. Dieu donne aux hommes des occasions si constantes de manifester par leurs actes ce qu'il y a dans leur cœur que seule la négligence peut les empêcher d'arriver à une conclusion sur ce point.

Si les hommes étaient enfermés dans des cachots, où ils n'auraient aucune occasion d'agir, aucune chance d'être influencés par les circonstances et aucun moyen de mettre au jour l'état de leur cœur, ils seraient moins à blâmer de ne pas se connaître. Mais Dieu les a placés exprès dans les circonstances où ils se trouvent en cette vie, comme il le disait aux enfants d'Israël, pour les éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de leur cœur et s'ils garderaient ou non ses commandements. Les choses qui nous entourent font nécessairement impression sur notre esprit et nous amènent à sentir et à agir d'une manière ou d'une autre. Et cela nous donne des occasions de nous connaître nous-mêmes, quand nous voyons ce que nous éprouvons et comment nous sommes portés à agir dans des circonstances si diverses.

4. Nous sommes en outre en mesure d'éprouver notre vrai caractère, parce que nous avons une règle parfaite pour le mettre à l'épreuve.

La loi de Dieu est une mesure exacte d'après laquelle éprouver notre caractère. Nous savons exactement ce qu'elle est, et nous avons donc une règle infaillible et invariable pour nous juger nous-mêmes. Nous pouvons porter nos sentiments et nos actes devant cette règle, les comparer à cette mesure, et savoir exactement quel est leur vrai caractère aux yeux de Dieu, car Dieu lui-même les éprouve d'après la même mesure.

5. Notre situation est telle que seule la malhonnêteté peut nous conduire à nous tromper nous-mêmes.

Celui qui se trompe lui-même n'est pas seulement insouciant et négligent, il est franchement malhonnête, sans quoi il ne se tromperait pas. Il faut qu'il soit en grande partie aveuglé par l'orgueil et par sa volonté propre, sinon il ne pourrait pas ignorer qu'il n'est pas ce qu'il prétend être. Les circonstances qui mettent en mouvement les dispositions de son esprit sont si nombreuses et si variées que, s'il se trompe, c'est par un aveuglement volontaire. Si les hommes n'avaient jamais l'occasion d'agir, ou si les circonstances n'éveillaient pas leurs sentiments, ils pourraient être dans l'ignorance. Quelqu'un qui n'aurait jamais vu de mendiant ne serait peut-être pas capable de dire quels sont ses vrais sentiments envers les mendiants. Mais placez-le là où il rencontre des mendiants tous les jours, et il faut qu'il soit volontairement aveugle, ou malhonnête, pour ne pas connaître les dispositions de son cœur envers un mendiant.

IV. Je vais indiquer quelques points sur la manière de remplir ce devoir.

Premièrement, ce qu'il ne faut pas faire.

1. On ne le remplit pas en attendant que les preuves viennent à nous.

Beaucoup semblent attendre, dans une attitude passive, que les preuves viennent à eux pour décider s'ils sont chrétiens ou non. Ils ont l'air d'attendre que certains sentiments leur viennent. Peut-être prient-ils à ce sujet; peut-être prient-ils même avec beaucoup d'ardeur, puis ils attendent que viennent les sentiments qui leur donneront une preuve satisfaisante de leur bon état. Bien souvent, ils ne veulent rien faire en religion avant d'avoir obtenu cette preuve, et ils restent assis à attendre, et à attendre encore, dans l'espoir vain que l'Esprit de Dieu viendra un jour ou l'autre les tirer de ce bourbier, pendant qu'ils restent ainsi passifs et engourdis. Ils peuvent attendre jusqu'au jour du jugement : ils ne l'obtiendront jamais de cette manière.

2. Pas non plus en essayant directement de forcer à s'exercer les sentiments qui doivent fournir la preuve.

L'esprit humain est ainsi fait qu'il n'éprouvera jamais rien à force d'essayer d'éprouver quelque chose. Vous pouvez essayer tant que vous voudrez d'éprouver tel ou tel sentiment. Vos efforts pour produire des sen- timents sont entièrement contraires à la nature de l'esprit, et absurdes. Il n'y a alors rien devant l'esprit pour produire l'émotion ou le sentiment. Le sentiment est toujours éveillé dans l'esprit quand celui-ci est fortement fixé sur un objet propre à éveiller le sentiment. Mais quand l'esprit est fixé, non sur l'objet, mais sur des efforts directs pour produire un sentiment, cela n'éveillera aucun sentiment. C'est impossible. L'attention doit être occupée par l'objet propre à éveiller le sentiment, sinon il n'y aura pas de sentiment. Autant fermer les yeux et essayer de voir, ou entrer dans une pièce obscure. Dans une pièce obscure, il n'y a aucun objet pour éveiller le sens de la vue : vous pouvez faire des efforts, écarquiller les yeux et essayer de voir, vous ne verrez rien. Quand l'attention de l'esprit est occupée à regarder au-dedans et à essayer d'examiner la nature de l'émotion présente, cette émotion cesse aussitôt d'exister, parce que l'attention n'est plus fixée sur l'objet qui cause l'émotion. Je tiens ma main devant cette lampe : elle projette une ombre; mais si j'enlève la lampe, il n'y a plus d'ombre; il faut une lumière pour produire une ombre. Il est tout aussi certain que, si l'esprit se détourne de l'objet qui éveille l'émotion, l'émotion cesse d'exister. L'esprit doit être fixé sur l'objet, et non sur l'émotion, sinon il n'y aura pas d'émotion, et par conséquent pas de preuve.

3. Vous n'obtiendrez jamais de preuve en passant votre temps à vous lamenter sur l'état de votre cœur.

Certaines personnes ne passent leur temps qu'à se plaindre : « Oh, je ne sens rien, je ne peux rien sentir, mon cœur est si dur. » Que font-elles ? Rien, sinon se lamenter et pleurer parce qu'elles ne sentent rien. Peut-être essaient-elles de s'exciter jusqu'à éprouver quelque chose ! C'est aussi raisonnable que d'essayer de voler. Pendant qu'elles se lamentent sans arrêt, qu'elles pensent à la dureté de leur cœur et ne font rien, elles sont la risée du diable. Supposez qu'un homme se tienne à l'écart du feu, et qu'il aille ensuite se plaindre partout du froid qu'il a : les enfants eux-mêmes se moqueraient de lui. Il doit s'attendre à geler, s'il se prive lui-même des moyens de se réchauffer. Et toutes ses lamentations et tout son mal-être n'y changeront rien.

Deuxièmement, ce qu'il faut faire. Que faut-il faire pour remplir ce devoir ?

Si vous voulez éprouver le véritable état de votre cœur à l'égard d'un objet quelconque, vous devez fixer votre attention sur cet objet. Si vous voulez éprouver la puissance ou la précision de votre vue, vous devez appliquer cette faculté à l'objet, et alors vous éprouverez la puissance et l'état de cette faculté. Vous vous placez au milieu des objets pour éprouver l'état de vos yeux, ou au milieu des sons si vous voulez éprouver la qualité de votre oreille. Et plus vous écartez les autres objets qui excitent les autres sens, plus vous attachez fortement votre esprit à celui-là, plus vous éprouvez parfaitement l'acuité de votre vue ou la qualité de votre ouïe. Une multitude d'objets risque de distraire l'esprit. Quand nous sommes attentifs à un objet propre à éveiller le sentiment, il est impossible de ne rien éprouver. L'esprit est ainsi fait qu'il ne peut pas ne pas sentir. Il n'est pas nécessaire de s'arrêter pour se demander : « Est-ce que je sens quelque chose ? » Supposez que vous approchiez votre main du feu : avez-vous besoin de vous arrêter pour vous poser la question : « Est-ce que je sens réellement la chaleur ? » Vous savez bien, évidemment, que vous la sentez. Si vous passez rapidement la main devant la lampe, la sensation peut être si légère que vous ne la remarquez pas, mais elle n'en est pas moins réelle, et si vous y faisiez assez attention, vous le sauriez. Quand l'impression est légère, il faut un effort d'attention pour remarquer ce dont votre conscience témoigne. De même, un sentiment passager de l'esprit peut être si léger qu'il n'occupe pas vos pensées, et ainsi vous échapper, mais il n'en est pas moins réel. Mais tenez votre main dans la flamme de la lampe une minute, et la sensation s'imposera à votre attention, quelles que soient vos autres occupations. Si l'esprit est fixé sur un objet propre à exciter des émotions, de quelque nature qu'elles soient, il est impossible de ne pas éprouver ces émotions à quelque degré; et si l'esprit y est fixé intensément, il est impossible de ne pas les éprouver à un degré tel qu'on ait conscience de leur existence. Ces principes vous montreront comment nous devons arriver à éprouver notre caractère et à connaître l'état réel de nos sentiments envers un objet quelconque. C'est en fixant notre attention sur cet objet jusqu'à ce que nos émotions soient assez excitées pour que nous ayons conscience de ce qu'elles sont.

Je vais préciser encore une chose qu'il faut garder à l'esprit. Assurez-vous que les choses sur lesquelles votre esprit est fixé, et d'après lesquelles vous voulez éprouver l'état de votre cœur, sont des réalités.

Il y a dans le monde beaucoup de religion imaginaire, que les gens qui en sont le siège prennent pour une religion réelle. Ils éprouvent des sentiments élevés, leur esprit est très excité, et le sentiment correspond à l'objet contemplé. Mais voici la source de l'illusion : l'objet est imaginaire. Ce n'est pas que le sentiment soit faux ou imaginaire. C'est un sentiment réel. Ce n'est pas que le sentiment ne corresponde pas à l'objet placé devant l'esprit. Il y correspond parfaitement. Mais l'objet est une fiction. L'individu s'est fait de Dieu, ou de Jésus-Christ, ou du salut, une idée qui s'écarte complètement de la vérité, et ses sentiments en face de ces imaginations sont ceux qu'il aurait envers les vrais objets s'il avait la vraie religion; et ainsi il est dans l'illusion. Voilà sans aucun doute une grande source des fausses espérances et des fausses professions de foi dans le monde.

V. Je vais maintenant indiquer quelques sujets sur lesquels il est de votre devoir d'éprouver l'état de votre esprit.

1. Le péché : non pas vos propres péchés particuliers, mais le péché lui-même, en tant qu'outrage commis contre Dieu.

Ne pensez pas que vous arriverez à connaître le véritable état de votre cœur simplement en trouvant dans votre esprit une forte désapprobation du péché. Elle appartient à la nature de tout être intelligent, en tant que tel. Tous les êtres intelligents éprouvent une désapprobation du péché quand ils le considèrent dans l'abstrait, sans rapport avec leur propre satisfaction égoïste. Le diable, sans aucun doute, l'éprouve. Le diable n'approuve pas plus le péché, considéré dans l'abstrait, que Gabriel. Il blâme les pécheurs et condamne leur conduite, et chaque fois qu'il n'a pas de raison égoïste de se réjouir de ce qu'ils font, il en a horreur. Vous trouverez souvent chez les méchants, sur la terre, une forte horreur du péché. Il n'y a pas un méchant sur la terre qui ne condamne et n'ait en horreur le péché dans l'abstrait. L'esprit est ainsi fait que le péché fait horreur, universellement, naturellement et nécessairement, à la droite raison et à la conscience. Toutes les facultés de l'esprit se révoltent contre le péché. L'homme ne prend plaisir à ceux qui commettent l'iniquité que lorsqu'il a quelque raison égoïste de souhaiter qu'ils la commettent. Aucun être raisonnable n'approuve le péché en tant que péché.

Mais il y a une différence frappante entre la désapprobation du péché, qui tient à notre constitution, à l'égard d'une chose abstraite, et cette détestation et cette opposition de tout le cœur qui ont pour fondement l'amour pour Dieu. Prenons un exemple. C'est une chose, pour ce jeune homme, de sentir qu'un certain acte est mauvais; c'en est une tout autre de le voir comme un tort fait à son père. Il y a là quelque chose de plus que son premier sentiment. Il n'éprouve pas seulement de l'indignation contre cet acte parce qu'il est mauvais : son amour pour son père produit en lui un chagrin d'un genre particulier. De même, celui qui aime Dieu éprouve non seulement une forte désapprobation du péché parce qu'il est mauvais, mais un chagrin mêlé d'indignation quand il le voit comme commis contre Dieu.

Si donc vous voulez savoir ce que vous éprouvez envers le péché, que ressentez-vous quand vous circulez parmi les pécheurs et que vous les voyez transgresser la loi de Dieu ? Quand vous les entendez jurer et blasphémer, ou que vous les voyez violer le sabbat, ou s'enivrer, que ressentez-vous ? Ressentez-vous ce que ressentait le psalmiste quand il écrivait : « Je vois avec dégoût des traîtres Qui n'observent pas ta parole » ? Il dit encore : « Mes yeux répandent des torrents d'eaux, Parce qu'on n'observe point ta loi. » Et encore : « Une colère ardente me saisit à la vue des méchants Qui abandonnent ta loi. »

2. Vous devez éprouver l'état de votre cœur envers vos propres péchés.

Regardez en arrière vos péchés passés, rappelez-vous votre conduite d'autrefois, et voyez si vous la condamnez et l'avez en horreur de tout votre cœur, si vous éprouvez ce qu'éprouverait un enfant affectueux en se souvenant qu'il a désobéi à un père ou à une mère qu'il aime. C'est une chose d'être fortement convaincu que votre conduite passée était coupable. C'en est une tout autre que cette conviction soit accompagnée d'une vive douleur, parce que c'était un péché contre Dieu. Il y a probablement peu de chrétiens qui n'aient pas repensé avec une émotion profonde à leur conduite passée envers leurs parents, en songeant qu'ils ont désobéi à un père bien-aimé et à une mère affectueuse et qu'ils leur ont fait du tort; et qui n'aient pas éprouvé, en plus d'une forte désapprobation de leur conduite, une profonde douleur, prête à s'épancher en pleurs, et qui peut-être s'est effectivement épanchée en larmes irrésistibles. Eh bien, c'est là la vraie repentance envers un parent. Et la repentance envers Dieu est la même chose; si elle est sincère, elle correspondra en degré à l'intensité de l'attention avec laquelle l'esprit est fixé sur ce sujet.

3. Vous avez besoin d'éprouver vos sentiments envers les pécheurs impénitents.

Alors allez parmi eux, parlez-leur du salut de leur âme, avertissez-les, voyez ce qu'ils disent et ce qu'ils ressentent, arrivez à connaître l'état réel de leur cœur, et alors vous saurez ce que vous éprouvez envers les impénitents. Ne vous enfermez pas dans votre cabinet pour essayer d'imaginer un pécheur impénitent. Vous pouvez faire surgir une image de votre imagination qui touchera votre sensibilité, vous fera pleurer et prier. Mais allez, mettez votre cœur en contact avec la réalité vivante d'un pécheur, raisonnez avec lui, exhortez-le, découvrez ses chicanes, son obstination, son manque de sincérité, priez avec lui si vous le pouvez. Vous ne pouvez pas faire cela sans que des émotions s'éveillent dans votre esprit, et si vous êtes chrétien, il s'éveillera en vous ce mélange de douleur, de compassion et d'indignation qu'éprouve Jésus-Christ, de quoi ne vous laisser aucune place au doute sur l'état de votre cœur à ce sujet. Mettez votre esprit en contact avec les pécheurs, fixez-le là, et soyez-en sûrs, vous éprouverez quelque chose.

4. Vous avez besoin d'éprouver l'état de votre esprit envers Dieu.

Fixez vos pensées intensément sur Dieu. Et ne vous mettez pas à imaginer un Dieu selon votre cœur insensé, mais prenez la Bible et apprenez-y quelle est la vraie idée de Dieu. Ne vous figurez pas une forme ou une apparence, n'imaginez pas de quoi il a l'air, mais fixez votre esprit sur ce que la Bible décrit : ce qu'il ressent, ce qu'il fait et ce qu'il dit, et vous ne pourrez pas ne rien éprouver. C'est là que vous découvrirez l'état réel de votre cœur. Bien plus, c'est cela même qui constituera l'état réel de votre cœur, et vous ne pourrez pas vous y tromper.

5. Éprouvez vos sentiments envers Christ.

Vous êtes tenus de savoir si vous aimez le Seigneur Jésus-Christ ou non. Parcourez les circonstances de sa vie et voyez si elles se présentent comme des réalités à votre esprit : ses miracles, ses souffrances, son caractère plein de beauté, sa mort, sa résurrection, son ascension, son intercession maintenant à la droite du trône de Dieu. Croyez-vous tout cela ? Est-ce que ce sont des réalités pour votre esprit ? Quels sont vos sentiments en face de ces choses ? Quand vous pensez à sa volonté de sauver, à son pouvoir de sauver, à sa mort expiatoire, à sa puissance, si ces choses sont pour vous des réalités, vous éprouverez des sentiments dont vous aurez conscience, et sur lesquels il n'y aura pas d'erreur possible.

6. Quels sont vos sentiments envers les saints ?

Si vous voulez éprouver votre cœur sur ce point, savoir si vous aimez les saints, ne laissez pas vos pensées courir jusqu'aux extrémités de la terre, mais fixez votre esprit sur les saints qui sont près de vous et voyez si vous les aimez, si vous désirez leur sanctification, si vous souhaitez vraiment les voir croître dans la grâce, si vous pouvez les porter dans votre cœur devant le trône de la grâce avec foi, et demander à Dieu de répandre sur eux ses bénédictions.

7. De même à l'égard des réveils.

Vous voulez savoir quel est l'état de vos sentiments envers les réveils : alors lisez ce qu'on en rapporte, pensez-y, fixez votre esprit sur eux, et vous ne pourrez pas ne pas éprouver des sentiments qui montreront l'état de votre cœur. Il en est de même à l'égard des païens, des esclaves, des ivrognes, de la Bible, de tout objet digne d'une pieuse attention. La seule manière de connaître l'état de votre cœur, c'est de fixer votre esprit sur la réalité de ces choses jusqu'à ce que vous éprouviez des sentiments si intenses qu'on ne puisse plus se tromper sur leur nature.

Si vous avez de la peine à faire assez attention à l'un de ces objets pour éprouver un sentiment, cela tient à l'une de ces deux raisons : ou bien votre esprit est occupé par d'autres aspects de la religion, au point de ne pas permettre une attention aussi soutenue à l'objet en question; ou bien vos pensées s'égarent, avec les yeux de l'insensé, jusqu'à l'extrémité de la terre. La première raison se rencontre parfois, et j'ai connu des chrétiens très tourmentés parce qu'ils n'éprouvaient pas, sur certains sujets, des sentiments aussi intenses qu'ils pensaient le devoir. Sur leurs propres péchés, par exemple. L'esprit de quelqu'un peut être si occupé par l'inquiétude, le travail et la prière pour les pécheurs qu'il lui faut un effort pour penser assez à sa propre âme pour en être profondément touché; et quand il se met à genoux pour prier au sujet de ses propres péchés, ce pécheur avec qui il vient de parler surgit devant son esprit, et c'est à peine s'il peut prier pour lui-même. Il ne faut pas voir là une preuve contre vous, si la raison pour laquelle vous n'éprouvez rien sur un sujet de la religion est que vos sentiments sont tout absorbés par un autre, d'égale importance. Mais si vos pensées courent à travers le monde entier, et que ce soit la raison pour laquelle vous n'éprouvez pas des sentiments assez profonds pour savoir quel est votre vrai caractère, si votre esprit ne veut pas s'abaisser jusqu'à la Bible et se fixer sur un objet propre à éveiller des sentiments religieux, mettez sur vous-mêmes une main ferme, et fixez vos pensées avec l'étreinte d'un mourant, jusqu'à ce que vous éprouviez quelque chose. Vous pouvez commander à vos pensées : Dieu a remis entre vos mains la direction de votre esprit. Et de cette manière, vous pouvez diriger vos propres sentiments, en tournant votre attention vers l'objet à l'égard duquel vous voulez éprouver des sentiments. Amenez-vous donc à ce point, avec force et résolution, et n'y renoncez pas avant d'avoir attaché votre esprit au sujet, avant que les sources profondes du sentiment jaillissent dans votre esprit, et que vous sachiez quel est l'état de votre cœur et compreniez votre caractère réel aux yeux de Dieu.

REMARQUES.

1. L'activité en religion est indispensable à l'examen de soi-même.

Personne ne peut jamais savoir quel est le véritable état de son cœur s'il n'est pas actif dans les devoirs de la religion. Enfermé dans son cabinet, il ne peut jamais dire ce qu'il éprouve envers les objets du dehors, et il ne peut jamais éprouver envers eux des sentiments justes tant qu'il ne sort pas pour agir. Comment peut-il connaître ses vrais sentiments envers les pécheurs, s'il ne met jamais son esprit en contact avec des pécheurs ? Il entre dans son cabinet, et son imagination peut lui faire éprouver quelque chose, mais c'est un sentiment trompeur, parce qu'il n'est pas produit par une réalité. Si vous voulez éprouver la réalité de vos sentiments envers les pécheurs, sortez, allez avertir des pécheurs, et alors la réalité de vos sentiments se manifestera.

2. À moins d'éprouver leur cœur par la réalité des choses, les gens sont constamment exposés à l'illusion, et ne cessent de s'arranger pour se faire illusion à eux-mêmes.

Supposez un individu enfermé dans un cloître, coupé du monde de la réalité et vivant dans un monde d'imagination. Il devient entièrement une créature de l'imagination. Il en est de même en religion pour ceux qui ne mettent pas leur esprit en contact avec les réalités. Ces gens-là croient aimer les hommes, et pourtant ne leur font aucun bien. Ils s'imaginent avoir le péché en horreur, et pourtant ne font rien pour le détruire. Combien de gens se trompent eux-mêmes par une excitation de l'imagination au sujet des missions, par exemple ! Comme il est fréquent que des gens se montent la tête, s'émeuvent beaucoup et tiennent des réunions de prière pour les missions, alors qu'ils ne font réellement rien pour sauver des âmes ! Des femmes passeront une journée entière dans une réunion de prière pour prier pour la conversion du monde, pendant que leur servante impénitente, à la cuisine, n'aura pas reçu un mot de toute la journée, ni peut-être de tout le mois, pour le salut de son âme. Des gens organiseront une réunion publique et parleront de ce qu'ils éprouvent pour les païens, alors qu'ils ne font aucun effort direct pour les pécheurs qui les entourent. Tout cela n'est qu'une fiction de l'imagination. Il n'y a aucune réalité dans une religion pareille. S'ils avaient un réel amour pour Dieu, un réel amour pour les âmes et une piété réelle, les tableaux que leur imagination peint des païens lointains n'éveilleraient pas tellement plus de sentiments que la réalité qui les entoure.

Il ne sert à rien de dire que c'est parce que leur attention ne se porte pas sur les pécheurs qui les entourent. Ils entendent les jurons et les blasphèmes, ils voient la violation du sabbat et les autres vices, comme une réalité toute nue devant leurs yeux, tous les jours. Et si cela ne produit aucun sentiment en eux, il est vain de prétendre qu'ils éprouvent ce que Dieu demande pour les pécheurs des pays païens, ou de n'importe où. Bien plus, prenez cet individu même, si plein de sentiment pour les païens, à ce qu'il s'imagine, et placez-le au milieu des païens : transportez-le aux îles des Amis, ou ailleurs, loin des fictions de l'imagination, au milieu de la réalité froide et nue du paganisme, et tout son sentiment profond s'en est allé. Il pourra écrire au pays des lettres sur les abominations des païens, et tout le reste, mais son sentiment pour leur salut s'en est allé. Vous entendez parler ainsi des païens des gens qui n'ont jamais converti une âme chez eux : soyez-en sûrs, tout cela n'est qu'imagination. S'ils ne favorisent pas les réveils chez eux, où ils comprennent la langue et ont un accès direct à leurs voisins, on peut encore bien moins compter sur eux pour faire avancer la véritable œuvre de la religion en terre païenne. Les Églises devraient comprendre cela, et s'en souvenir quand elles choisissent des hommes pour les envoyer en mission à l'étranger. Elles devraient savoir que, si la réalité toute nue, au pays, ne pousse pas quelqu'un à agir, le diable ne ferait que rire d'un million de missionnaires de cette sorte.

La même illusion se manifeste souvent à l'égard des réveils. Voici quelqu'un qui est un grand ami des réveils. Mais remarquez bien : ce sont toujours les réveils d'autrefois, ou les réveils dans l'abstrait, ou des réveils lointains, ou des réveils encore à venir. Mais pour ce qui est d'un réveil présent, on le trouve toujours à l'écart et plein de doutes. Il peut lire des récits de réveils du temps du président Edwards, ou en Écosse, ou au pays de Galles, et en être tout excité et ravi. Il peut prier : « Seigneur, ranime ton œuvre; Seigneur, donne-nous de tels réveils, donne-nous un temps de Pentecôte, où des milliers de personnes se convertiront en un jour. » Mais mettez-le devant la réalité des choses, et il ne lui arrive jamais de voir un réveil auquel il puisse s'intéresser, ou qu'il regarde avec une réelle satisfaction. Il est l'ami des imaginations fictives de son propre esprit; il peut se créer un état de choses qui excitera ses sentiments, mais jamais aucune réalité toute nue ne le fait sortir de chez lui pour coopérer à faire avancer réellement un réveil.

Du temps de notre Sauveur, les gens disaient, et sans aucun doute le croyaient réellement, qu'ils avaient en horreur ce qu'avaient fait ceux qui persécutaient les prophètes. Ils disaient : « Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. » Sans aucun doute ils s'étonnaient que des gens aient pu être assez méchants pour faire de telles choses. Mais ils n'avaient jamais vu de prophète; ils n'étaient émus que par leur imagination. Et dès que parut le Seigneur Jésus-Christ, le plus grand des prophètes, en qui toutes les prophéties trouvaient leur centre, ils le rejetèrent et finirent par le mettre à mort, avec une cruauté aussi froide que celle de leurs pères quand ils avaient tué un prophète. « Comblez donc la mesure de vos pères », dit notre Sauveur, « afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre. »

Les hommes, à toutes les époques du monde, se sont toujours épris des fictions de leur propre imagination, et en trébuchant sur elles ils sont tombés en enfer. Voyez l'universaliste. Il s'imagine un Dieu qui sauvera tout le monde, quoi qu'il arrive, et un ciel où il y aura de la place pour tout le monde; et puis il aime le dieu qu'il s'est fabriqué et le ciel qu'il s'est imaginé, et peut-être même pleurera-t-il d'amour. Ses sentiments sont souvent profonds, mais ils sont trompeurs, parce qu'ils sont excités par une fiction et non par la vérité.

3. Plus quelqu'un sort de lui-même et prend pour sujet de ses pensées des choses qui ne le concernent pas lui-même, plus il aura de piété, et plus il aura de preuves de sa piété.

La religion consiste dans l'amour, dans le fait de sentir juste et d'agir juste, c'est-à-dire de faire le bien. Si donc vous voulez avoir une grande piété, ne pensez pas l'obtenir en la cultivant d'une manière qui n'a jamais fait croître la piété, c'est-à-dire en vous retirant dans un cloître et en vous soustrayant au contact des hommes. Si le Seigneur Jésus-Christ avait pensé qu'une telle situation était favorable à la piété, il aurait ordonné les choses ainsi. Mais il savait mieux que cela. C'est pourquoi il a disposé les circonstances telles qu'elles sont, afin que son peuple ait mille objets de bienveillance, mille occasions de faire le bien. Et si les siens sortent d'eux-mêmes et tournent leur cœur vers ces choses, ils ne peuvent manquer de croître en piété et de voir leurs preuves augmenter et devenir satisfaisantes.

4. Il n'y a qu'un domaine de l'examen de soi-même où nous puissions, sans contradiction, nous enfermer dans notre cabinet pour remplir ce devoir : c'est quand nous voulons regarder en arrière et examiner calmement les motifs de notre conduite passée. Dans ces cas-là, il est souvent nécessaire de recueillir nos pensées et d'écarter de notre esprit les autres choses, pour ramener notre esprit en arrière et considérer ce que nous avons fait et les motifs qui nous faisaient agir. Pour le faire efficacement, il est souvent nécessaire de recourir à la retraite, au jeûne et à la prière. Il est parfois impossible de réveiller un souvenir vivant de ce que nous voulons examiner sans appeler à notre aide les lois de l'association des idées. Nous essayons de rappeler des scènes passées, et tout semble confusion et obscurité, jusqu'à ce que nous tombions sur quelque idée associée qui ramène peu à peu le tout, bien frais, devant nous. Supposons que je doive être cité comme témoin devant un tribunal au sujet d'une affaire : je ne peux parfois retrouver un souvenir vivant de ce qui s'est passé qu'en me rendant sur les lieux, et alors toutes les circonstances me reviennent, comme si c'était d'hier. De même, à propos d'un nouvel examen de quelque partie de notre histoire passée, nous pouvons constater qu'aucune retraite ne la ramènera, ni aucune méditation prolongée, ni le jeûne, ni la prière, tant que nous ne nous replacerons pas dans des circonstances qui réveilleront les idées associées et ramèneront ainsi les sentiments que nous avions autrefois.

Supposez qu'un pasteur veuille regarder en arrière et voir ce qu'il éprouvait, et dans quel esprit il prêchait il y a des années. Il veut savoir combien il y avait de piété réelle dans ses travaux. Il pourrait en retrouver beaucoup dans son cabinet, à genoux, avec l'aide des puissantes influences de l'Esprit de Dieu. Mais il y arrivera bien plus efficacement en se rendant sur les lieux et en y prêchant de nouveau. L'attitude exacte dans laquelle se trouvait son esprit autrefois pourra ainsi lui revenir, et se dresser devant son esprit avec une forte réalité.

5. En vous examinant vous-mêmes, gardez-vous de vous attendre à trouver toutes les grâces du chrétien en exercice à la fois dans votre esprit.

C'est contraire à la nature de l'esprit. Vous devez être satisfaits si vous trouvez que les dispositions de votre esprit sont justes sur le sujet qui est devant lui. Si vous avez sur le moment des sentiments mauvais, c'est autre chose. Mais si vous trouvez que vos émotions du moment sont justes, n'en tirez pas une conclusion fausse parce que quelque autre émotion juste n'est pas présentement en exercice. L'esprit est ainsi fait qu'il ne peut avoir qu'une suite d'émotions à la fois. 6. Vous voyez par ce sujet pourquoi souvent les gens n'éprouvent pas davantage de sentiments.

Ils suivent une voie qui n'est pas propre à produire des sentiments. Ils éprouvent des sentiments, mais pas sur les sujets qu'il faut. Les hommes éprouvent toujours des sentiments sur certains sujets; et s'ils n'éprouvent pas de sentiments profonds sur les sujets religieux, c'est parce que leur attention n'est pas profondément fixée sur ces sujets.

7. Vous voyez pourquoi il y a une si étrange diversité dans les dispositions des vrais chrétiens.

Il y a des chrétiens dont les sentiments, quand ils en ont, sont toujours de l'espèce heureuse. Il y en a d'autres dont les sentiments sont toujours tristes et douloureux. Ils sont presque constamment dans l'angoisse pour les pécheurs. La raison en est que leurs pensées se portent sur des objets différents. Les uns pensent toujours à la catégorie d'objets propres à les rendre heureux; les autres pensent à l'état de l'Église, ou à l'état des pécheurs, et ils en sont accablés comme sous un fardeau, comme s'ils portaient une montagne sur les épaules. Les uns et les autres peuvent être pieux; les deux sortes de sentiments sont justes, eu égard aux objets qu'ils regardent. L'apôtre Paul avait une grande tristesse et un chagrin continuel dans le cœur à cause de ses frères. Sans aucun doute, il éprouvait ce qu'il fallait. Le cas de ses frères, qui avaient rejeté le Sauveur, occupait tellement ses pensées, la colère terrible qu'ils avaient attirée sur eux-mêmes, le sort qui était suspendu sur leur tête, étaient si constamment devant son esprit, comment aurait-il pu ne pas être triste ?

8. Observez l'influence de ces deux sortes de sentiments sur l'utilité des individus.

Montrez-moi un chrétien très joyeux et très heureux : ce n'est généralement pas un chrétien très utile. En général, ces gens-là sont si occupés à savourer les douceurs de la religion qu'ils font bien peu de chose. Vous trouvez une catégorie de pasteurs qui prêchent beaucoup sur ces sujets et rendent leurs pieux auditeurs très heureux dans leur religion, mais ces pasteurs servent rarement d'instruments pour convertir beaucoup de pécheurs, quels que soient le réconfort, l'édification et la satisfaction qu'ils ont apportés aux saints. D'un autre côté, vous trouverez des hommes habituellement remplis d'une profonde angoisse d'âme en face de l'état des pécheurs, et ces hommes seront largement des instruments pour convertir les hommes. La raison est claire. Les uns et les autres prêchaient la vérité, les uns et les autres prêchaient l'Évangile, dans des proportions différentes, et les sentiments éveillés correspondent aux points de vue qu'ils prêchaient. La différence, c'est que les uns réconfortaient les saints, les autres convertissaient les pécheurs.

Vous pouvez voir une catégorie de croyants de profession toujours heureux, et ce sont des compagnons charmants, mais ils sont très rarement occupés à arracher des pécheurs au feu. Vous en trouvez d'autres toujours pleins d'angoisse pour les pécheurs, qui regardent leur état et désirent ardemment voir des âmes converties. Au lieu de goûter sur la terre un avant-goût du ciel, ils partagent les sentiments du Fils de Dieu quand il était sur la terre, qui gémissait en son esprit et passait toute la nuit à prier.

9. Le véritable esprit de réveil est un esprit de désirs pleins d'angoisse et de prière pour les pécheurs.

10. Vous voyez comment vous pouvez vous expliquer vos propres sentiments à différents moments.

Les gens se demandent souvent pourquoi ils éprouvent ce qu'ils éprouvent. La réponse est claire. Vous éprouvez cela parce que vous pensez cela. Vous dirigez votre attention vers les objets propres à produire ces sentiments.

11. Vous voyez pourquoi les sentiments de certaines personnes sont si changeants.

Il y en a beaucoup dont les sentiments sont toujours variables et instables. C'est parce que leurs pensées sont instables. S'ils fixaient leurs pensées, ils régleraient leurs sentiments.

12. Vous voyez le moyen de faire naître dans votre propre esprit l'état de sentiment que vous désirez, et de faire naître chez les autres l'état de sentiment que vous désirez.

Placez vos pensées sur le sujet propre à produire ces sentiments, tenez-les-y attachées, et les sentiments ne manqueront pas de suivre.

13. Il y a une multitude de personnes pieuses qui déshonorent la religion par leurs doutes.

Elles parlent perpétuellement de leurs doutes, et elles en viennent à la conviction hâtive qu'elles n'ont pas de religion. Alors que si, au lieu de s'attarder sur leurs doutes, elles fixaient leur esprit sur d'autres sujets, sur Christ par exemple, ou si elles sortaient chercher des pécheurs et essayaient de les amener à la repentance, soyez-en sûrs, elles éprouveraient des sentiments, des sentiments justes, et de nature à dissiper leurs doutes.

Souvenez-vous que vous ne devez pas attendre d'éprouver ce qu'il faut avant de faire cela. Peut-être certaines choses que j'ai dites à cette Église n'ont-elles pas été bien comprises. J'ai dit que vous ne pouviez rien faire pour Dieu si vous n'aviez pas les sentiments qu'il faut. N'en concluez donc pas que vous devez rester assis sans rien faire jusqu'à ce que vous soyez sûrs d'éprouver ce qu'il faut. Mais placez-vous dans des circonstances propres à vous faire éprouver ce qu'il faut, et mettez-vous à l'œuvre. D'un côté, s'agiter sans aucun sentiment n'est pas la bonne voie; de l'autre, s'enfermer dans son cabinet et attendre que le sentiment vienne n'est pas la bonne voie non plus. Ayez soin d'être toujours actifs. Autrement, vous n'éprouverez jamais ce qu'il faut. Et puis gardez votre esprit constamment sous l'influence des objets propres à faire naître et à entretenir des sentiments chrétiens.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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