Chapitre 13. 1 à 7
L'obéissance aux autorités constituées ;
Après avoir donné au chrétien des préceptes qui sont relatifs à ses rapports avec Dieu, avec ses frères, avec ses ennemis, qui concernent, en d'autres termes sa vie religieuse et morale, l'apôtre lui prescrit son attitude vis-à-vis des autorités, sa conduite dans la vie civile : que toute personne (grec toute âme, il s'agit d'un devoir qui incombe à tout homme et non pas seulement au chrétien) soit soumise aux autorités placées audessus de nous.
Ces autorités étaient alors les représentants de la Rome païenne ; le maître du monde était Néron, cet empereur qui poussa la méchanceté jusqu'à la folie ; tous les magistrats relevaient de lui. Et Paul parle à des chrétiens qui avaient des raisons pour ne voir dans ces autorités que des adversaires de leur foi, et bientôt de leur liberté et de leur vie.
Plusieurs de ceux auxquels il s'adressait étaient des Juifs convertis, imbus encore des maximes de leur nation, d'après lesquelles il était contraire à la volonté de Dieu de se soumettre à des autorités païennes et de leur payer le tribut. (comparez Matthieu 22.15-22)
Enfin les chrétiens pouvaient penser que, porteurs d'une vie nouvelle au sein de l'humanité, ayant pour mission de fonder le royaume de Dieu sur la terre, ils devaient prendre une position négative et hostile à l'égard des pouvoirs constitués, puisque ceux-ci incarnaient les idées de ce monde païen que l'Evangile était appelé à conquérir. Ces circonstances donnaient une haute importance aux principes que l'apôtre exprime ici.
- L'Evangile ne devait pas appeler les hommes à la révolte, les pousser à renverser brusquement l'ordre établi. Il devait agir comme le levain dans la pâte, (Matthieu 13.33) pénétrer peu à peu de sa saveur et de sa force divine l'humanité entière, et s'adapter, dans sa sainte spiritualité, à toutes les formes que peut revêtir la société.
Il en résulte que la soumission aux autorités est le constant devoir du chrétien. Si les apôtres n'avaient pas prêché cette soumission, le christianisme se serait manifesté, non comme une vie venant du ciel, mais comme une puissance terrestre, il aurait cherché à triompher par des armes charnelles dans la lutte avec les autres puissances de ce monde et il aurait perdu sa nature propre ; car le Maître a dit : "Mon règne n'est pas de ce monde." (Jean 18.36)
- Dans notre passage, l'apôtre ne se fonde pas sur ces considérations relatives à la nature du règne de Dieu. Il n'invoque pas non plus des raisons d'opportunité, de prudence politique. Il donne comme motif de soumission aux autorités établies une seule raison, péremptoire, absolue : l'origine et l'institution divines de toute autorité.
Car il n'y a point d'autorité (grec) si ce n'est de la part de Dieu (D, majuscules), ou (établie) par Dieu (Sin., B A), et celles qui existent ont été instituées par Dieu.
On s'est demandé si cette définition s'appliquait seulement à l'autorité dont les titres sont consacrés par un long usage. Les partisans du droit divin, de la royauté par la grâce de Dieu ont prétendu fonder sur la parole de l'apôtre leurs théories absolutistes. Ils ont affirmé, en conséquence, qu'un gouvernement issu d'une révolution ne saurait être considéré comme institué par Dieu.
C'est limiter arbitrairement la portée du principe posé par l'apôtre. Paul estime que tout pouvoir qui existe est institué par Dieu. Quelles que soient ses origines, par quelques moyens qu'il se soit établi, il est un fait providentiel, que Dieu a permis et voulu, et auquel le chrétien doit se soumettre (verset 3 et suivants)
En disant qu'il n'a a point d'autorité si ce n'est par Dieu, Paul entendait certainement parler de l'empereur qui régnait alors à Rome. Or Néron était arrivé au trône par un crime et ne s'y maintenait que par une série de crimes, plus atroces les uns que les autres. Jésus s'est prononcé dans un sens analogue, en répondant aux Juifs qui lui demandaient s'ils devaient payer l'impôt : "Rendez à César ce qui est à César." Il envisage aussi la domination de César comme un fait voulu de Dieu, que l'on peut reconnaître, tout en rendant à Dieu le service qui lui est dû ; mais il est moins affirmatif que Paul sur le droit divin de l'autorité établie. (Marc 12.13-17)
- On peut, à propos du principe énoncé par l'apôtre, poser deux questions :
1° En temps de révolution, quand un pouvoir établi est renversé et remplacé par un gouvernement nouveau, plus ou moins stable, à quel moment le chrétien doit-il considérer le pouvoir naissant comme institué par Dieu ?
2° Le chrétien doit-il observer en politique une attitude toute passive, se borner à s'incliner devant le fait accompli, subir docilement un régime qu'il a reconnu détestable, sans essayer de le modifier ?
On ne saurait trouver de réponses à ces questions dans la parole apostolique. Paul donnait ses instructions à des chrétiens qui formaient une infime minorité dans l'empire, et qui ne devaient pas de longtemps être en situation de concourir activement aux affaires publiques et de jouer un rôle politique. Il se borne à leur présenter comme un devoir religieux le respect des autorités établies et de l'ordre social existant.