Par les mots : ayant dit cela, l'évangéliste présente l'acte suivant comme l'application immédiate du principe que Jésus vient de poser. - Matthieu 20.34 ; Marc 10.46, Jésus guérit un aveugle par le simple attouchement. Marc 7.33 ; 8.23, il emploie, comme ici, sa salive pour opérer des guérisons. Il ne fait donc usage d'un élément extérieur que dans quelques cas. De là résulte qu'il n'en use point comme d'un moyen médical. Serait-ce le véhicule ou le conducteur de sa puissance miraculeuse, comme l'ont pensé plusieurs ? La même raison empêche de s'arrêter à cette pensée. Il faut plutôt voir dans cette manière d'agir un procédé pédagogique, non dans le but de mettre à l'épreuve la foi du malade, comme il va le faire avec l'aveugle (Calvin), mais afin d'entrer en contact plus direct et plus personnel avec lui. Lorsque Jésus avait à faire avec des malades qui jouissaient de tous leurs sens, il pouvait agir sur eux par le regard et par la parole. Mais dans des cas comme celui du sourd-muet (Marc 7.33 et suiv.) et de l'aveugle (Marc 8.23), nous le voyons se servir de quelque moyen matériel pour les mettre en relation avec sa personne et présenter à leur foi son véritable objet. Il fallait qu'ils connussent que leur guérison émanait de sa personne. Cette connaissance était le point de départ de la foi en lui comme auteur de leur salut. Et si, dans le cas qui nous occupe, Jésus fait plus que d'oindre les yeux de l'aveugle, s'il les recouvre d'un tampon de boue, ajoutant ainsi à la cécité naturelle une cécité artificielle, et renvoie se laver à Siloé, le but de cette manière d'agir peut difficilement être celui que supposent Meyer et Weiss, de donner à l'organe qui n'avait jamais fonctionné auparavant, le temps de se former et de se préparer à agir ; car, une fois la puissance miraculeuse admise, elle ne saurait être limitée de cette manière ; il est plus vraisemblable qu'ici encore le but de Jésus est de nature morale. - Le réservoir de Siloé avait joué un rôle important dans la fête qui finissait. Dans la libation solennelle et journalière (⇒), cette source avait été présentée au peuple comme l'emblème des bienfaits théocratiques et le gage de toutes les bénédictions messianiques. Cette signification typique de Siloé reposait sur l'A. T. qui avait établi un contraste entre cette source modeste, jaillissant sans bruit au pied de la colline du temple (les eaux de Siloé qui coulent doucement), emblème du salut divin opéré par le Messie (Emmanuel), et les grosses eaux (de l'Euphrate), symbole de la force brutale des ennemis de la théocratie (Esaïe 8.7). Que fait donc Jésus en ajoutant à la cécité réelle de cet homme, que lui seul peut guérir, cette cécité artificielle et symbolique, que l'eau de Siloé doit enlever ? D'abord il donne expressément, comme il ne l'avait pas fait au ch. 5 à l'égard de l'étang de Béthesda, une part à la source sacrée dans son œuvre de guérison, qu'il place ainsi plus évidemment aux yeux de tous sous la sauvegarde de Dieu lui même. Dieu est par là comme associé à cette nouvelle œuvre sabbatique (Lange). Puis il se présente lui-même comme la véritable source de Siloé dont avait parlé le prophète, et déclare ainsi au peuple que ce type de la grâce de Jéhova est maintenant accompli en lui.
C'est sans doute cette signification symbolique attribuée à l'eau de Siloé, qui explique la remarque de l'évangéliste : nom qui signifie : Envoyé. Au point de vue philologique, la justesse de la traduction donnée par Jean n'est plus contestée : il est reconnu que le nom de Siloam est un substantif ou un adjectif verbal venant de שלח, et dérivé du participe passif kal ou plutôt du pihel (avec solution du daguesch fort dans le ל en י. Quelle était l'origine de cette dénomination ? Le réservoir de Siloé, retrouvé par Robinson près de l'endroit où se rencontrent les trois vallées de Tyropéon, de Hinnom et de Josaphat, est alimenté par un conduit souterrain, qui part de la source de la Vierge dans la vallée de Josaphat et traverse en zigzag la paroi de rocher d'Ophel, prolongation méridionale de la colline du temple. On peut donc expliquer le nom d'envoyé dans ce sens : une eau amenée de loin. Ou bien l'on peut penser, avec Ewald, au jet même de la source, c'est-à-dire de la fontaine intermittente qui alimente le réservoir (voir ⇒). Ou enfin on peut y voir l'idée d'un don de Jéhova (Hengstenberg), les sources étant envisagées en Orient comme des présents de Dieu. Dans tous les cas cette parenthèse a pour but d'établir un rapport entre cette source célébrée par le prophète comme l'emblème du salut messianique (l'Envoyé typique), et l'Envoyé proprement dit qui apporte réellement ce salut.
Comme le fait remarquer Franke (p. 314), ce cas, étant le seul où Jean appuie sur le sens d'un nom, doit s'expliquer par la circonstance qu'Esaïe avait déjà mis en rapport l'eau de Siloé avec le salut dont l'évangéliste reconnaît l'accomplissement en Jésus.
Meyer et d'autres expliquent cette parenthèse en supposant que Jean a vu préfiguré, dans ce nom d'Envoyé, l'envoi de l'aveugle lui-même à Siloé. Comme s'il y avait le moindre rapport logique entre cet envoi et le nom de ce réservoir : comme si surtout le nom d'Envoyé n'était pas le titre constant de Jésus lui-même dans notre évangile ! Pour se défaire de cette parenthèse qui l'embarrasse, Lücke a recours, non sans hésitation, à l'hypothèse d'une interpolation. La Peschitto et la Syriaque du Sinaï omettent en effet ces mots. Mais cette omission dans les traductions syriaques s'explique tout naturellement, puisque le mot traduit appartient à cette langue.
D'après la leçon alex., il faudrait traduire au v. 6 : « Il appliqua sa boue sur… » Weiss, pour sauver cette leçon qui répugne, propose de rapporter le pronom αὐτοῦ, non à Jésus, mais à πτύσματος, la salive : « Il appliqua la boue de la salive. » Le fait est qu'ici, comme souvent, il faut savoir s'affranchir du préjugé qui attribue au texte alexandrin une sorte d'infaillibilité. - La préposition de mouvement εἰς, dans, est employée avec le verbe νίψαι, se laver, probablement parce que l'aveugle devait descendre, dans le réservoir. Suivant Meyer, elle s'expliquerait par le fait qu'en se lavant, l'aveugle devait faire tomber la boue dans le bassin ( !). - Il va de soi que l'aveugle trouva un guide parmi les personnes présentes. Comment Reuss peut-il inculper le narrateur au sujet de l'omission, de ce détail ? - L'évangéliste dit : Il revint voyant ; cela signifie sans doute que l'aveugle revint au lieu où il avait laissé Jésus, pour lui rendre grâces, et que, ne l'y trouvant plus, - Jésus ne faisait que passer (v. 1), - il retourna dans sa demeure. C'est ce qui ressort en effet de l'expression suivante (v. 8) : les voisins, ainsi que des v. 35 et 37. Reuss : « On ne nous dit pas où l'homme alla après s'être lavé, pourquoi il ne revint pas vers son bienfaiteur… » Que dire d'une telle critique !