On a peine à se représenter cette parole dans la bouche de gens qui avaient assisté la veille à une multiplication des pains. B. Bauer a vu là une preuve de l'inauthenticité du récit. Schweizer en a conclu que tout le morceau précédent était interpolé. Grotius et d'autres pensent que les interlocuteurs qui parlent ainsi n'avaient pas assisté à la scène de la veille. De Wette et Weiss supposent que cette portion de l'entretien est mise ici hors de sa véritable place. Lücke, Luthardt, Meyer y trouvent la preuve de cette vérité psychologique que l'homme naturel est insatiable de prodiges. Riggenbach rappelle la manière peu apparente en laquelle la multiplication s'était accomplie : on n'avait pas vu l'opération créatrice. D'autres pensent que les auditeurs de Jésus opposent ce pain tout ordinaire que Jésus leur a donné, à cette manne, tombant manifestement du ciel chaque matin, que Moïse donnait à leurs pères, et qu'ils trouvent le premier de ces miracles bien inférieur au second. Mais, si vraies que soient ces remarques, il faut avouer qu'elles n'expliquent pas encore des questions telles que celles-ci : « Quel signe fais-tu ? Qu'opères-tu ? » adressées à un homme qui venait de faire un tel miracle et par des gens qui, la veille, voulaient le proclamer roi. Il faut, je pense, tenir compte d'une circonstance fortement relevée par Weiss et par Keil : c'est le mécontentement éprouvé par cette troupe à la suite du refus absolu de Jésus de consentir à la grande démonstration messianique qu'ils avaient projetée. Et, chose étrange ! tout en refusant d'être proclamé Roi et Messie il prétend encore être reconnu comme l'envoyé suprême de Dieu comme l'objet de la foi, d'une foi qui dispense de toutes les œuvres prescrites par la loi et même de toute œuvre ; comme celui qui apporte du ciel aux hommes une vie impérissable. Le miracle opéré la veille était-il au niveau de ces prétentions-là ? Non, il n'élevait pas même Jésus à la hauteur de Moïse, au-dessus duquel il semblait pourtant se placer en s'arrogeant un semblable rôle ! Ce n'est donc pas tout à fait sans raison qu'ils font ressortir le contraste entre le miracle de la veille et le déploiement de puissance magnifique dont Moïse avait été l'instrument auprès de tout le peuple pendant quarante ans. Redemptor prior descendere fecit pro us manna ; sic et Redemptor posterior descendere faciet manna, disaient les rabbins (voyez Lightfoot, Wetstein). Voilà pour le moins ce qu'on eût attendu de lui pour justifier des prétentions telles que les siennes ! - La parole citée par les Juifs se trouve Psaume 78.24-25. Comparez Exode 16.4,15. Le verbe a donné a pour sujet Dieu. - L'expression « du ciel » ne désigne dans leur bouche que l'origine miraculeuse du don divin, tandis que c'est surtout à son essence que pense Jésus dans sa réponse :