Si les faits du ch. 5 se sont réellement passés à la fête de Purim, ceux qui sont rapportés au ch. 6 n'ont eu lieu que quelques semaines après (v. 4), et la liaison indéterminée μετὰ ταῦτα, après ces choses, convient bien à cet intervalle peu considérable.
Meyer, serrant le sens de μετὰ ταῦτα, entend : « immédiatement après ce séjour en Judée. » Le ἀπῆλθεν, s'en alla, signifierait qu'il revint de Jérusalem dans la contrée à l'est du Jourdain ; et la foule mentionnée au v. 2 serait celle qui accompagnait Jésus à son retour de Judée. Mais, observe Luthardt, Jean n'aurait pu s'exprimer ainsi : Jérusalem n'était pas en relation directe avec la rive orientale de la mer de Galilée. Et comment ces multitudes auraient-elles accompagné Jésus loin de la Judée au moment même de la Pâque qui les invitait à y demeurer ? Il est de toute évidence que le v. 2 est la description d'une situation générale, sur le fond de laquelle va se détacher la scène suivante (exactement comme 1.23-25 par rapport à 3.1-21, ou 3.22-24 par rapport à 3.23-36, ou 4.43-45 par rapport à 4.46-54). C'est la manière de raconter de Jean. Ce caractère de tableau général ressort des imparfaits ἠκολούθει, accompagnait, ἑθεώρων, voyaient, ἐποίει, faisait, en opposition à l'aoriste, ἀνῆλθε, monta (v. 3), qui annonce le récit du fait particulier auquel vise l'auteur. Jean omet donc la mention expresse du retour en Galilée, qui s'entendait de soi-même après 4.43-45, et il veut dire que Jésus recommença cette activité galiléenne racontée par les synoptiques, signalée par des miracles journaliers et durant laquelle il était constamment accompagné par des foules considérables. Ce fut par conséquent d'un point quelconque de la côte occidentale de la mer de Galilée qu'il trouva bon de se retirer sur la côte opposée (πέραν, au-delà de). - Reuss, se jetant dans l'extrême opposé à celui de Meyer, dit : « Tout cela nous fait voir que nous n'avons pas ici de narration strictement chronologique, comme on se l'imagine très gratuitement. » La vérité est que Jean, décrivant le développement historique de l'incrédulité juive, met cette scène à sa vraie place, mais sans décrire tout le détail des faits qui l'ont précédée et suivie.
Jean ne dit rien des motifs qui engagèrent Jésus à cette démarche ; le terme ἀπῆλθεν, s'en alla, semble indiquer un besoin de solitude. Et en effet, d'après Marc 6.30 et Luc 9.10, les apôtres venaient de rejoindre leur Maître après avoir accompli leur première mission, et Jésus désirait leur donner du repos et passer quelques moments seul avec eux. De plus, d'après Matthieu 14.13, il venait d'apprendre le meurtre de Jean-Baptiste, et, sous le coup de cette nouvelle qui lui faisait pressentir la proximité de sa propre fin, il avait besoin de se recueillir et de préparer ses disciples à cette autre catastrophe. Ainsi concordent aisément nos quatre récits. - Luc nomme Bethsaïda l'endroit près duquel eut lieu la multiplication des pains. On a prétendu qu'il entendait par là Bethsaïda près de Capernaüm, et que, par conséquent, ce fait aurait eu pour théâtre selon lui, la rive occidentale. Mais Luc se mettrait ainsi en contradiction, non seulement avec les autres évangélistes, mais avec lui-même ; car il dit que Jésus se retira avec ses disciples dans un lieu désert appartenant à une ville appelée Bethsaïda. Or cette intention de Jésus ne permet pas de penser au bourg de Bethsaïda sur la rive occidentale, où il était au centre même de son activité et toujours entouré de foule. Josèphe (Antiq. XVIII, 2,1 et 4,6) parle d'une ville qui portait le nom de Bethsaïda Julias, située au bord de la mer de Tibériade, dans la tétrarchie de Philippe, et l'expression Bethsaïda de Galilée, par laquelle Jean 12.21 désigne la ville de ce nom d'où Pierre, André et Philippe étaient originaires (1.45), n'a de sens qu'autant qu'il existait réellement une Bethsaïda hors de Galilée. C'est celle dont Luc veut parler. Bethsaïda Julias était en Gaulonitide, sur la rive gauche du Jourdain, un peu au-dessus de son embouchure dans le lac de Génézareth. C'est là que mourut Philippe et qu'il fut magnifiquement inhumé (Furrer, Bibellex, de Schenkel, I, p. 429). - Si Jean eût écrit en Galilée et pour des lecteurs palestiniens, il se serait contenté de l'expression ordinaire : mer de Galilée. Mais, comme il écrivait hors de Palestine et pour des Grecs, il ajoute l'explication de Tibériade. La ville de Tibériade, bâtie par Hérode Antipas et ainsi nommée en l'honneur de Tibère, était fort connue au dehors, au dehors. Aussi le géographe grec Pausanias appelle-t-il la mer de Galilée : λίμνη Τιβερίς. Josèphe se sert indifféremment des deux dénominations réunies ici par Jean. - L'imparfait ἑώρων, ils voyaient, dépeint la jouissance que leur procurait ce spectacle toujours renouvelé. La leçon du T. R. ἑώρων est appuyée par le Sinaït. et même par le barbarisme ἐθεώρων de l'Alexandrinus. - Weiss observe que, si réellement la mission des Douze eut lieu pendant le voyage de Jésus à la fête de Purim (ch. 5), comme l'a pensé Gess, le récit de Jean s'accorde très bien avec celui de Marc, qui place la multiplication des pains immédiatement après le retour des Douze.