Deux particules lient le v. 22 au précédent : γάρ, car et οὐδέ (traduit par aussi), qui signifie littéralement : et non plus ; le sens est donc : « Car le Père ne juge non plus personne (pas plus qu'il ne ressuscite, une fois qu'il a remis au Fils le soin et le pouvoir de ressusciter, v. 21). » Le car présente le second fait (la transmission du jugement au Fils) comme l'explication du premier (la transmission du pouvoir de ressusciter). En effet, vivifier, c'est absoudre ; refuser de vivifier, c'est condamner. Le pouvoir de vivifier ceux qu'on veut, implique donc la dignité de juge. Meyer entend ici, comme au ch. 3, juger dans le sens de condamner. Mais au v. 21 il s'agit expressément de vivifier, sauver, et non du contraire ; et l'expression τὴν κρίσιν πᾶσαν, le jugement sous toutes ses formes (v. 22), montre que le terme de juger doit être pris dans le sens le plus général. H. Meyer (Discours du IVe Ev., p. 36) se scandalise de ce que ce terme soit pris au v. 22 dans le sens spirituel (le jugement moral actuel), au v. 29 dans le sens extérieur (le jugement final), au v. 30 enfin dans un sens purement subjectif (le jugement individuel de Jésus), et il conclut de là que la teneur du discours n'a point été, en ce point, exactement reproduite. Mais au v. 22 il s'agit encore du jugement dans le sens le plus général, sans application déterminée (tout jugement). Ce n'est que dans le cycle suivant, v. 24-29, que l'acception se précise, et que ce terme est pris d'abord au sens spirituel, puis dans le sens extérieur. Tout est donc correct dans la marche de la pensée.
Verset 23. Et que veut le Père en transmettant à Jésus les deux attributs suprêmes, vivifier, juger ? Il veut que l'hommage d'adoration que lui rend l'humanité s'étende au Fils lui-même. « Le Père aime le Fils » (3.35) ; voilà pourquoi il veut voir le monde aux pieds du Fils, tout comme aux siens propres. « L'égalité d'honneur, dit Weiss, doit répondre à l'égalité d'action. » Le mot τιμᾶν, honorer, n'exprime pas directement l'acte de l'adoration, ainsi que l'observe Reuss. Mais dans le conteste (καθώς, comme) il désigne certainement le respect religieux dont l'acte d'adoration est l'expression. Et en réclamant pour sa personne ce sentiment dans le même sens où il est dû au Père, Jésus autorise vis-à-vis de lui le culte proprement dit. Comparez 20.28 ; Philippiens 2.10 : « afin que tout genou fléchisse au nom de Jésus : » et l'Apocalypse tout entière. - Le Père n'est point jaloux d'un tel hommage. Car c'est lui que la créature honore lorsqu'elle honore le Fils en vertu de son caractère divin, comme aussi c'est à Dieu que l'honneur est refusé quand il est refusé au Fils. - Il y a un avertissement redoutable pour les accusateurs de Jésus dans ces derniers mots du verset. Jésus leur renvoie l'accusation de blasphème : ils doivent apprendre, ces zélés défenseurs de la gloire de Dieu, qu'en l'accusant, lui Jésus, comme ils le font à l'occasion du miracle qu'il a accompli au milieu d'eux, c'est à Dieu que s'adresse l'outrage qu'ils lui infligent, et que le traitement qu'ils font subir à cet homme faible et pauvre, atteint le Père lui-même qui s'est fait solidaire de lui. Cette fin menaçante du v. 23 est une anticipation de l'application sévère qui terminera le discours (v. 41 à 47).
Le second cycle, v. 21-23, était un développement encore très général du cycle abrégé, v. 19-20. Dans le troisième cycle, v. 24-29, Jésus montre la réalisation historique progressive de ces deux œuvres de vivifier et de juger que le Père lui a conférées. Jusqu'alors (v. 21-23) il ne se les était attribuées que sous la forme abstraite d'une simple compétence. Maintenant nous contemplons ce double pouvoir de sauver et de juger s'exerçant réellement, d'abord dans la sphère spirituelle (v. 24-27), puis dans le domaine extérieur (v. 28-29).
Versets 24 à 27. Première phase : la résurrection spirituelle et le jugement moral de l'humanité par le Fils.