Ce trait nous a été conservé par Jean seul. Matthieu et Marc disent bien qu'un certain nombre de femmes galiléennes se trouvaient présentes, mais « regardant de loin. » Il résulte du récit de Jean, soit que quelques-unes d'entre elles, particulièrement la mère de Jésus, se tenaient plus près de la croix, - ce détail a pu aisément être omis dans la tradition synoptique, - soit que au moment de la mort de Jésus, elles s'étaient retirées à l'écart pour observer ce qui allait se passer : car c'est seulement alors que la présence de ces femmes est mentionnée dans les synoptiques. - Παρά ne veut pas dire au pied, mais auprès de ; la croix était peu élevée (v. 29). - Nous avons dit déjà, dans l'Introduction (⇒), que Wieseler, se rattachant à la leçon de la Peschitto (voir note critique 1), trouve dans ce verset la mention non de trois femmes, mais de quatre. Il évite ainsi la difficulté de deux sœurs portant le même nom de Marie : la mère de Jésus et la femme de Clopas. La sœur de Marie, mère de Jésus, ne serait pas du tout nommée : elle ne serait autre, en réalité, que Salomé, la mère de Jean, indiquée par Matthieu 27.56 et Marc 15.40 comme assistant aussi au supplice. L'opinion de Wieseler a été admise par Meyer, Luthardt, Weiss, Westcott, etc. Le trait ici raconté devient, dit-on, beaucoup plus compréhensible ; car si la mère de l'apôtre Jean était la sœur de Marie, et cet apôtre le cousin germain de Jésus, on s'explique plus facilement que Jésus pût lui confier sa mère, malgré la présence de ses fils. Cette interprétation me paraît inadmissible. En omettant un καί, et, devant les mots : Marie, femme de Clopas (si du moins le texte de tous nos Mss. sans exception est exact), l'évangéliste se serait exprimé d'une manière bien équivoque. Et si cette parenté si étroite entre Jésus et les fils de Zébédée eût existé, comment n'y en aurait-il pas, dans toute l'histoire évangélique, la moindre trace ? N'est-il pas plus simple, d'admettre que Jean s'est abstenu de mentionner sa mère comme il le fait dans le reste de l'évangile ? Deux sœurs pouvaient difficilement, quoi qu'en dise Wahle, porter le même nom, mais le terme grec γαλόως, qui signifie belle-sœur, est si peu usité que Jean pouvait préférer se servir, pour exprimer cette notion, du terme plus simple d'αδελφή, (sœur). La parole de Jésus ne renfermait d'ailleurs rien de désobligeant, ni pour ses propres frères qui ne croyaient pas même encore en lui, ni pour la mère de Jean lui-même, qui n'était nullement par là séparée de son fils. Hégésippe raconte positivement que le frère de Joseph, qu'il appelle aussi l'oncle de Jésus (ou de Jacques), se nommait Clopas (⇒ et suivantes). Ce nom doit dans ce cas être envisagé comme la forme grecque de l'araméen חלפי, Alphée. Reuss voit là « une des plus grossières méprises de l'exégèse moderne » et pense que Clopas est une corruption judaïque du nom grec Kléopatros. Mais en parlant ainsi Reuss confond lui-même Clopas avec Cléopas, nom que connaît aussi le N. T. (Luc 24.18)[1]. - Les synoptiques ne mentionnent pas la présence de la mère de Jésus, peut-être parce qu'elle quitta la croix immédiatement après le fait rapporté par Jean et qu'ils ne parlent de la présence des amis de Jésus et des femmes qu'à la fin de tout le récit.
Jésus, dépouillé de tout, semblait n'avoir plus rien à donner. Cependant, du milieu de cette pauvreté profonde, il avait fait déjà de beaux dons ; à ses bourreaux il avait légué le pardon de Dieu, à son compagnon de supplice, le paradis. Ne trouverait-il rien à laisser à sa mère et à son ami ? Ces deux êtres bien-aimés, qui avaient été ses plus précieux trésors sur la terre, il les lègue l'un à l'autre, donnant ainsi à la fois un fils à sa mère, une mère à son ami. Ce mot plein de tendresse doit avoir achevé de briser le cœur de Marie. Ne pouvant supporter cette vue, elle quitta sans doute à ce moment-là ce lieu de douleur. - Le mot chez lui ne suppose point que Jean possédait une maison à Jérusalem, mais simplement qu'il y avait un logis ; comparez le même εἰς τὰ ἴδια appliqué à tous les apôtres, 16.32. Dès ce moment, Marie demeura avec Salomé et Jean, à Jérusalem d'abord, puis en Galilée (⇒). D'après l'historien Nicéphore Calliste (mort en 1350), elle vécut onze ans chez Jean à Jérusalem et y mourut à l'âge de 59 ans. On montre son tombeau dans une grotte à quelques pas du jardin de Gethsémané. D'après d'autres, elle aurait accompagné Jean en Asie Mineure et serait morte à Ephèse. - Sur le mot : Femme, qui n'a rien que de respectueux, voir à 2.4.
Keim, à l'exemple de Baur, envisage ce trait comme une invention du pseudo-Jean, destinée à exalter l'apôtre dont il prend le nom et à faire de celui-ci le chef de l'Eglise, supérieur même à Jacques et à Pierre. Renan attribue cette même fiction à l'école de Jean, qui aurait cédé au désir de faire de son patron le vicaire du Christ. Pour qui a le sens du vrai, cette scène et ces paroles ne comportent pas une explication de ce genre. D'ailleurs n'est-ce pas Pierre que notre évangéliste présente comme le grand et hardi confesseur de Jésus (6.68-69) ? N'est-ce pas à ce même apôtre qu'est attribuée au ch. 21 la direction de l'Eglise, et cela par une promesse éclatante trois fois répétée (v. 15-16) ? Enfin cette supposition impliquerait que la mère de Jésus est ici le type de l'Eglise, ce dont il n'y a pas trace, soit dans ce texte, soit dans tout l'évangile.
La mort :
Notes
[1] Voir cependant, sur ce point, comme sur l'identification des noms Alphée et Clopas, t. II, p.205, note 2. G. G.