Pilate sent un reproche dans ce silence. Il se redresse de toute sa hauteur de juge et de gouverneur romain. De là le ἐμοί, à moi, en tête (« à moi, si ce n'est aux autres »), et la répétition des mots : J'ai le pouvoir. - Le T. R. place le : de te crucifier, avant le : de te relâcher. Sans doute l'idée du supplice imminent est celle qui domine l'entretien ; mais la parole devient plus grave encore si elle se termine par ce mot terrible : te crucifier. Pilate croit disposer de Jésus ; il ne parle que de son pouvoir, sans penser à sa dépendance et à sa responsabilité. Jésus lui rappelle qu'en réalité il ne dispose de rien du tout ; car son pouvoir lui est donné. - Ce mot donné est opposé au double j'ai de Pilate. La leçon ἔχεις, tu as, de ℵ A, etc., est évidemment fautive. Cette fois Jésus parle ; lui aussi se redresse ; il se pose en juge de son juge, ou plutôt de tous ses juges ; et, comme s'il était déjà assis lui-même sur son tribunal, il pèse dans son infaillible balance et Pilate et le sanhédrin. Le διὰ τοῦτο, à cause de cela, porte sur le mot donné : « Parce que cette position en vertu de laquelle tu as pouvoir sur moi, t'est donnée, voilà pourquoi tu es moins coupable que celui qui me livre à toi en vertu d'un pouvoir qu'il s'est lui-même arrogé. » En effet Dieu, en assujettissant son peuple à la puissance romaine, l'avait soumis à la juridiction impériale, en ce moment déléguée à Pilate. Mais le sanhédrin, en s'emparant de la personne de son roi malgré toutes les preuves qu'il avait données de sa mission divine, et en le livrant à l'autorité païenne, s'arrogeait un droit que Dieu ne lui avait pas départi et commettait un acte de félonie théocratique. - Celui qui m'a livré à toi n'est donc ni Judas, - Jésus n'aurait pas pu dire dans ce sens : à toi. - ni Caïphe, qui n'agit qu'au nom du corps qu'il représente et qui n'est pas nommé dans toute cette scène. C'est le sanhédrin, le représentant officiel du peuple juif au nom duquel agit ce corps. - L'explication que nous venons de donner de cette parole de Jésus se rapproche de celle de Calvin : « Celui qui me livre à toi est le plus coupable des deux, parce qu'il se sert criminellement de ton légitime pouvoir. » Plusieurs interprètes pensent que Jésus veut distinguer entre la fonction de juger, qui est officielle, et celle d'accuser, qui est volontaire. Mais les Juifs n'accusaient pas seulement, ils avaient jugé. Les autres explications ne rendent pas compte du à cause de cela. Ainsi les suivantes : Pilate est moins coupable « parce qu'il pèche par faiblesse plutôt que par méchanceté » (Euthymius) : - « parce qu'il a moins de connaissance que les Juifs » (Grotius). - Bien loin de s'irriter de cette réponse, Pilate est profondément saisi par la majesté qu'elle respire. De là la quatrième phase du procès : c'est le suprême effort de Pilate pour délivrer Jésus, mais qui échoue devant un quatrième et dernier moyen tenu en réserve par le sanhédrin. Comme l'observe Hengstenberg, « c'est une mauvaise politique pour gagner le monde que de commencer par lui accorder la moitié de ce qu'il demande. »