Ce verset a de tous temps embarrassé ceux qui admettent que, dès le v. 15, Jésus est conduit chez Caïphe et que la séance que Jean vient de décrire est la grande séance du sanhédrin racontée par les synoptiques. C'est cette double erreur qui a produit dans quelques documents la transposition de ce verset après le v. 13 (voir à ce verset la note critique 2). C'est là également ce qui a porté plusieurs interprètes, tels que Calvin, Lücke. Tholuck, de Wette, Langen, à prendre ἀπέστειλεν dans le sens du plus-que-parfait, avait envoyé. Mais quand l'aoriste a ce sens du plus-que-parfait, le contexte l'indique clairement. Ici c'est précisément le contraire. De plus, la particule οὖν, donc, si elle est authentique, exclut cette explication, et il est même probable que c'est précisément là la raison qui a fait que les uns l'ont retranchée et les autres transformée en δέ or : « Or, Anne avait envoyé… » En insérant ici cette notice, l'évangéliste a simplement voulu comme par le πρῶτον, premièrement, du v. 13, réserver expressément la place de la séance chez Caïphe, bien autrement importante et qu'il ne raconte pas. Comparez v. 1 (pour la scène de Gethsémané) et v. 5 (pour le baiser de Judas). Luthardt donne à ce verset une teinte sentimentale. Ce serait ici un tableau ; Jean voudrait dire : Voyez ! ce Jésus, ainsi souffleté par l'huissier, il était là les mains liées, dans l'état où Anne l'avait [précédemment] envoyé à Caïphe ! Mais ce sens n'a rien de commun avec la simplicité et la sobriété du récit apostolique ; il suppose d'ailleurs le sens de plus-que-parfait, donné ici à l'aoriste. - Jésus avait sans doute été délié pendant l'interrogatoire ; après cette scène, Anne le fit lier de nouveau pour l'envoyer chez Caïphe. Il fut probablement délié une seconde fois pendant la séance du sanhédrin. C'est ce qui explique pourquoi, Matthieu 27.2 et Marc 15.1, on le garrotte de nouveau au moment de le conduire chez Pilate. - Chez Caïphe : dans la partie du palais où demeurait Caïphe et où se trouvaient les appartements officiels et la salle des séances du sanhédrin[1]. Ce corps avait été convoqué dans l'intervalle ; car tous les membres étaient à Jérusalem pour la fête.
4o) Second et troisième reniement :
Notes
[1] Ce dernier point ne paraît pas certain. Schürer s'exprime ainsi : « Si, lors de la condamnation de Jésus, le sanhédrin s'assembla dans le palais du souverain sacrificateur, il faut considérer ce fait comme une exception à la règle, nécessitée par l'heure nocturne, car de nuit les portes de la colline du temple étaient fermées. On ne cite pas d'autre exemple de séance du sanhédrin dans le palais du grand-prêtre. » (Gesch. des jüd. Volkes. II, p. 164.)