On admet généralement que, comme l'enquête avait lieu chez Anne, c'était lui qui dirigeait l'interrogatoire. Mais cela supposerait que le grand-sacrificateur des v. 13 à 16 était Anne, ce que nous avons reconnu contraire au sens naturel du récit de Jean. Cette séance n'était pas purement privée ; elle avait, comme nous l'avons vu, sa place obligée dans le cours du procès ; la présence de l'huissier au v. 22 en implique le caractère officiel. Le devoir de la présider incombait donc d'office au grand-sacrificateur. On a supposé qu'Anne aurait fonctionné ici en qualité de Ab-beth-din (chef de la cour de justice). Mais cette dignité appartenait au grand-sacrificateur lui-même (Schürer, II, p. 158). Keim dit avec raison (non assurément pour soutenir le récit de Jean) : « Si Caïphe était véritablement le grand-prêtre en charge et en même temps l'âme du coup de main projeté contre Jésus, c'était à lui, et non son beau-père, à connaître de l'affaire et à faire rapport au sanhédrin » (III. p. 322). S'il en était autrement, d'après Jean, à quoi eût servi la caractéristique de Caïphe au v. 13 ? Quand, au v. 22. l'huissier dit à Jésus : Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ? il est peu naturel de penser à un autre personnage qu'au grand-sacrificateur en charge, à celui qui vient d'être expressément désigné comme tel. v. 13-14. Reuss nous oppose le v. 24, dans lequel le grand-prêtre doit nécessairement être un autre personnage que celui qui est appelé ainsi au v. 19. Au premier coup d'œil, cette observation paraît juste. Mais si l'on avait emmené Jésus chez Anne, ce fut tout naturellement Anne qui donna l'ordre de le conduire chez Caïphe, sans qu'il résulte de là que ce soit Anne lui-même qui ait présidé la séance préliminaire.
La question posée à Jésus avait pour but de lui arracher une réponse propre à motiver sa condamnation. Car on était embarrassé sur la marche à suivre dans cette affaire, comme le prouve le recours aux faux témoins. - Ce qu'on demande à Jésus, ce n'est pas le nom de ses disciples, comme s'il s'agissait d'une liste de complices : ce sont des renseignements sur le nombre de ses partisans et sur les principes qui leur servent de drapeau. Jésus, comprenant qu'on ne cherche qu'à lui arracher une parole dont on puisse tirer parti contre lui, en appelle simplement à la publicité de son enseignement. Il n'est point le chef d'une société secrète, ni le propagateur de principes qui craignent le grand jour. - Ἐν συναγωγῇ, sans l'article (d'après la vraie leçon) : en assemblée synagogale ; le mot ἱερόν, temple, a l'article, parce que cet édifice-là est unique. Quand Jésus instruisait en particulier ses disciples, ce n'était pas pour leur dire autre chose que ce qu'il déclarait en public. - Le témoignage des anciennes Vss. décide en faveur de la leçon alex. : « tous les Juifs ; » non : les Juifs de toutes parts ou continuellement.