Le mot πρῶτον, d'abord, renferme une rectification tacite des synoptiques, d'après lesquels Jésus aurait été conduit directement chez Caïphe ; comparez une remarque toute pareille 3.24 - On a supposé que ce d'abord ou premièrement faisait allusion à l'envoi postérieur de Jésus à Pilate ; mais voir à v. 24 et v. 28. D'après ces versets le secondement sons-entendu est certainement l'envoi chez Caïphe. - Anne avait été lui-même souverain sacrificateur dans les années 6 à 15 de notre ère, soit environ quinze ans auparavant. On voit dans Josèphe que c'était un homme influent de l'époque. Cependant Jean fait entendre que la vraie raison pour laquelle Jésus fut conduit à ce moment chez lui, fut plutôt sa relation de parenté avec Caïphe, le grand-sacrificateur. En vertu de cette relation, les deux personnages n'en formaient, pour ainsi dire, qu'un. Comparez l'expression de Luc 3.2. - Sur v. 13-14, comparez 11.50-51. En constatant l'identité de ce personnage avec celui du ch. 11, Jean veut faire comprendre quelle justice Jésus avait à attendre de la part d'un juge qui s'était déjà prononcé de cette manière.
[Le texte que présente Syrsin dans le morceau 18.12-24 (voir les notes critiques des v. 13 et 16 ; comparez p. 401) est tenu par plusieurs pour le texte primitif (voir par exemple l'abbé Loisy, Le quatrième Evangile, p. 828-831). Blass l'a introduit dans son édition de Jean (Evang. sec. Joh., p. LI-LII et 91-92). Dès longtemps on avait soupçonné que le texte actuel a subi quelque transposition. Luther et Th. de Bèze s'étaient prononcés pour le transfert de v. 24 après v. 13 (comparez Cyrille). Avant la découverte de Syrsin, Spitta avait proposé un texte analogue à celui de cette version (Zur Gesch. und Litteratur des Urchristenthums, I, p. 158-168). Mais, par le fait qu'il laissait v. 24 à sa place habituelle après v. 23, il conservait le récit de la séance chez Anne, qui disparaît dans Syrsin. - Sans entrer dans une discussion détaillée de la question, disons seulement que l'on n'a pu expliquer comment se serait produite la confusion que l'on admet dans le texte ; elle ne peut être accidentelle, comme le pensait Luther ; l'hypothèse compliquée par laquelle Spitta cherche à en rendre compte (p. 160) ne saurait satisfaire. Il est bien plus probable que c'est le texte de Syrsin qui est une correction, tentée dans un but harmonistique (résoudre l'apparente contradiction entre Jean 18.13 et Matthieu 26.57 et placer le reniement de Pierre chez Caïphe, comme dans les synoptiques). Le caractère fautif de ce texte ressort du fait que la mention de l'envoi à Anne n'y a plus aucune portée, puisqu'il ne se passe rien chez lui. Le texte traditionnel a été défendu par des savants qui ne sont pas souvent d'accord, comme Wendt (Johannesevang., p. 152-153), H. Holtzmann (Zeitschr. für neutest. Theol., 1902, p. 56-58), Zahn (Einl., II, p. 521-522), J. Réville (Le quatrième Evangile, p. 268).
Nous ne nous étendrons pas sur d'autres hypothèses de remaniements du texte de l'évangile qui sont sans appui dans les documents, comme le transfert proposé de 7.15-24 après 5.47 (Wendt, Spitta, Blass) ou celui des ch. 15 et 16 avant ch. 15 (voir 15.34, qui semble clairement indiquer la clôture des entretiens de la chambre haute et qui, dans cette hypothèse, serait en effet immédiatement suivi de la prière sacerdotale) : selon Wendt après 13.35 ; selon Spitta après 19.31a ; ce dernier admet en outre qu'il s'est perdu vers la fin du ch. 13 un récit de la sainte Cène auquel se rattachait directement la parabole du ch. 15 - Rien de plus arbitraire que ces hypothèses, qui supposent chez les copistes et les correcteurs du texte une singulière hardiesse ou une extraordinaire négligence. Voir le jugement que porte sur elles Holtzmann, dans l'article cité, p. 53-54, 56. Comparez Zahn, Einl., II, p. 550, 558-559.]
2o) Le premier reniement :