Ce qui a surtout frappé Pierre, dans les paroles précédentes, c'est la pensée du v. 33 : « Vous ne pouvez venir où je vais. » Jésus va à la gloire ; Pierre n'en doute pas (v. 32) : pourquoi donc, après avoir marché avec lui sur les eaux et avoir gravi avec lui la montagne de la transfiguration, ne pourrait-il le suivre dans sa gloire, pour revenir bientôt avec lui sur la terre quand il établira son règne ? Pierre avait dit uniquement : Où vas-tu mais évidemment comme un enfant qui, en demandant à son père : Où vas-tu ? veut dire : Ne puis je pas aller avec toi ? Jésus a compris l'intention de sa question et y répond en disant : Tu ne peux pas. La séparation momentanée est inévitable ; Jésus pense-t-il à la tâche que Pierre aura encore à remplir ici-bas par son ministère apostolique (Weiss) ? Ou bien faut-il entendre ce mot pouvoir dans un sens purement moral : « Tu n'es pas encore capable de faire le sacrifice nécessaire pour me suivre » (Tholuck) ? La parole 14.2-3 fait plutôt penser à des raisons d'une autre nature, à la fois objectives et subjectives. D'un côté, la rédemption n'est pas encore opérée, ni par conséquent la place de Pierre préparée dans le ciel ; de l'autre, Pierre lui-même n'est pas encore préparé pour la place ; le Saint-Esprit n'a pas encore fait de lui un homme nouveau. Cependant Pierre se figure que Jésus ne parle ainsi que parce qu'il le croit incapable d'affronter la mort ; et dans l'ardeur de son zèle, s'exagérant la mesure de sa force morale, il se déclare prêta subir le martyre (v. 37). Jésus, qui le connaît mieux qu'il ne se connaît lui-même, lui déclare alors que, même sous ce rapport, il est encore incapable de l'accompagner (v. 38). - Le chant du coq dont parle Jésus est celui qui portait proprement ce nom, le second, celui qui précède le point du jour, vers trois heures du matin (Marc 13.35). Dans l'annonce du reniement chez Marc (14.30) il est fait allusion aussi au premier, celui de minuit. - La prédiction de son reniement paraît avoir produit sur cet apôtre une impression très profonde ; il en est comme atterré, et dès ce moment il ne reprend plus la parole jusqu'à la fin de ces discours.