De sa vie humaine (Hébreux 2.14, 2me note) et tout particulièrement de ses dernières souffrances en la chair. (1Pierre 3.18)
- Les faits rappelés dans la suite du verset sont encore la preuve que Jésus ne s'est point lui-même glorifié en s'attribuant la sacrificature, (Hébreux 5.5) car tout en lui fut, au contraire, souffrance, obéissance (Hébreux 5.7,8) et compassion. (Hébreux 5.2)
L'auteur rappelle dans ces émouvantes paroles la scène de Gethsémané qu'il suppose connue de tous les lecteurs (comparez Luc 22.41 et suivants ; Matthieu 26.36 et suivants), et il nous en donne une précieuse explication.
C'est comme Sacrificateur, et Sacrificateur établi de Dieu, (Hébreux 5.4-10) que Jésus a souffert. Quiconque ne voit pas cela dans l'histoire de la passion ne saurait la comprendre.
Ce que Jésus-Christ a offert, avec de grands cris et avec larmes, ce furent d'ardentes prières et des supplications prononcées dans son angoisse.
Le mot rendu par supplications désigne la démarche de ceux qui viennent implorer le secours. Il ne se trouve qu'ici dans le Nouveau Testament.
- Par ces grands cris (au singulier dans l'original) on ne saurait entendre le dernier cri de Jésus sur la croix, (Matthieu 27.50 ; Marc 15.37 ; Luc 23.46) car dans ce cri Jésus ne demandait pas à être sauvé de la mort. Les récits évangéliques de la scène de Gethsémané ne mentionnent pas les larmes et les cris de Jésus. Ce trait est parvenu à la connaissance de l'auteur par la tradition orale, à moins qu'il ne l'ait ajouté de sa propre autorité pour peindre la tristesse et les angoisses du Sauveur.
- Les mots : à celui qui pouvait le sauver de la mort, rappellent ceux des évangiles : "Père, toutes choses te sont possibles ; détourne cette coupe loin de moi !" (Marc 14.36)
Le Sauveur en appelait, dans ses supplications, à la toutepuissance de Dieu, et en même temps il ajoutait : "Que ta volonté soit faite et non la mienne." Et après avoir fait le sacrifice complet de sa volonté à la volonté de Dieu, il put, avec un sentiment de profonde compassion (Hébreux 4.15) et en même temps avec la conscience d'être élevé au-dessus de la possibilité de faillir, s'offrir à Dieu comme le Médiateur parfait des hommes pécheurs.
Grec : Et ayant été exaucé et délivré de la crainte. Encore un précieux commentaire de la scène de Gethsémané. Qu'était-ce que la "coupe" que le Sauveur suppliait Dieu d'éloigner de lui ? La mort physique et les souffrances qui l'accompagnent ? en ce cas, Jésus se serait montré le moins courageux des martyrs, et de plus, il ne serait pas vrai qu'il eût été exaucé, puisqu'il mourut sur la croix.
Mais l'auteur entend par la mort, comme le fait toujours l'Ecriture, (Jacques 5.20) la mort de l'âme aussi bien que du corps, la séparation d'avec Dieu, les indicibles angoisses de la mort seconde. Voilà ce qui causait la crainte de Jésus, "mis au rang des transgresseurs, ;" (Marc 14.33 ; Luc 22.44) il supplia Dieu de le sauver, de le délivrer de cette crainte ; et il fut exaucé.
Les faits rapportés par les évangélistes sont en parfaite harmonie avec cette parole : le courage que déploya le Sauveur lorsqu'il s'avança au-devant de ses ennemis en protégeant ses disciples, immédiatement après la terrible lutte où il fut près de succomber, montre qu'une force nouvelle venait de lui être accordée d'en haut. (Comparer Luc 22.43)
Plusieurs exégètes pensent que Jésus fut exaucé, non par cette délivrance morale, spirituelle, mais par sa résurrection. Nous ne voudrions pas exclure ce sens, mais il n'est assurément pas le premier dans la pensée de l'auteur, puisqu'en Gethsémané ce n'était pas la résurrection que Jésus implorait de son Père.
- La plupart de nos versions modernes, à la suite des Pères grecs, de la Vulgate, de Luther, ont rendu ainsi les paroles qui nous occupent : "Il fut exaucé à cause de sa crainte de Dieu," ou "à cause de sa piété." Mais relever la piété du Sauveur, en un tel moment, et attribuer à cette piété l'exaucement de sa prière, a quelque chose d'étrange.
Le mot employé par l'auteur signifie, il est vrai, plutôt circonspection, quand on le prend dans son sens général de crainte. Mais le verbe d'où il est formé se trouve avec le sens de fuir, redouter. Et ce sens prévaut dans notre passage, comme divers passages de la version des Septante, dans Sap. 17 :8, et peut être dans Hébreux 12.28. Il est admis par l'Itala, la Peschito, Calvin, Bengel, Weiss, Kübel, Weizsäcker, von Soden.
Il nous paraît que l'idée principale de la phrase, exprimée (Hébreux 5.8) par ces mots : "Il apprit l'obéissance par les choses qu'il a souffertes," recommande cette interprétation. La souffrance morale est indiquée comme la cause de la lutte soutenue par Jésus, et c'est d'elle qu'il fut délivré en réponse à ses prières.