1 Et Dieu se souvint de Noé, et de tous les animaux et de tout le bétail, qui étaient avec lui dans l’arche ; et Dieu fit passer un vent sur la terre, et les eaux baissèrent ; 2 et les fontaines de l’abîme et les écluses des cieux furent fermées, et la pluie qui tombait du ciel fut retenue. 3 Et les eaux se retirèrent de dessus la terre, allant et se retiranta 3 litt. : retournèrent… allant et retournant. ; et les eaux diminuèrent au bout de 150 jours. 4 Et l’arche reposa sur les montagnes d’Ararat, au septième mois, au dix-septième jour du mois. 5 Et les eaux allèrent diminuant jusqu’au dixième mois ; au dixième [mois], le premier [jour] du mois, les sommets des montagnes apparurent.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
1 à 5, Abaissement graduel du niveau des eaux
Dieu se souvint. Expression analogue à celle de se repentir, empruntée aux impressions humaines. Les habitants de l'arche pouvaient se croire oubliés au milieu de cette immense solitude, mais Dieu avait les yeux sur ce résidu imperceptible de son œuvre primitive. Se repentir, pour lui, c'est détruire ; se souvenir, c'est faire revivre
De tous les animaux. Les animaux aussi étaient l'objet de ce souvenir.
Dieu fit passer un vent. La Bible ne rejette pas l'emploi des causes secondes et naturelles ; seulement elle met leur action au service des plans de Dieu.
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Les fontaines... et les écluses. Les causes qui avaient contribué à faire croître les eaux ayant cessé toutes deux d'agir, celles-ci se retirèrent de plus en plus.
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Cent cinquante jours. Les mêmes que ceux de 7.4. L'auteur rappelle que le grossissement des eaux depuis le commencement avait duré ce temps-là, après quoi commença l'abaissement.
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
Au septième mois, le dix-septième jour : au mois de Nisan, correspondant à fin mars et à la plus grande partie d'avril ; par conséquent vers le milieu d'avril.
Sur les montagnes d'Ararat. Ararat est dans l'Ancien Testament un nom de pays (2Rois 19.37 ; Esaïe 37.38 ; Jérémie 51.27). Dans Esaïe 37.38, les LXX le traduisent par Arménie, et Jérôme en expliquant ce passage dit que ce nom désigne spécialement la vallée de l'Araxe. Les inscriptions assyriennes confirment cette opinion, en donnant à l'Arménie le nom de Uartou (Ararat).
Parmi les montagnes de cette contrée, une tradition très ancienne désigne le mont Massis, aujourd'hui Agridagh, comme lieu d'arrêt de l'arche. C'est une montagne majestueuse, la plus élevée du pays, située sur la rive droite de l'Araxe, a onze lieues environ au sud-ouest d'Erivan ; elle a 5150 m. de hauteur, et son sommet, qui n'a que deux cents pieds de circonférence, est couvert de neiges éternelles. C'est sous l'influence de cette tradition qu'on a donné dans la suite à cette montagne le nom d'Ararat. Mais d'après le récit babylonien (voir la conclusion) l'arche se serait arrêtée à une montagne appelée Nizir qui, d'après les inscriptions est située plus au sud. Voir notre carte (repère 6).
Cette opinion parait avoir été celle de l'historien Bérose, du traducteur syriaque et des Pères de cette contrée. Il n'est pas possible de se décider sûrement entre ces deux traditions.
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Jusqu'au dixième mois, celui de Thammuz, qui correspond à la fin de juin et à la plus grande partie de juillet.
Les sommets des montagnes. L'abaissement se faisait lentement, car il s'écoula plus de deux mois depuis le moment où le fond de l'arche avait touché la terre jusqu'à celui où les cimes des chaînes les plus rapprochées apparurent.
6 Et il arriva, au bout de 40 jours, que Noé ouvrit la fenêtre de l’arche qu’il avait faite ; 7 et il lâcha le corbeau, qui sortit, allant et revenant jusqu’à ce que les eaux aient séché de dessus la terre. 8 Et il lâcha d’avec lui la colombe, pour voir si les eaux avaient baissé sur la face du sol ; 9 mais la colombe ne trouva pas où poser la plante de son pied, et revint à lui dans l’arche, car les eaux étaient sur la face de toute la terre ; et il étendit sa main, et la prit, et la fit entrer auprès de lui dans l’arche. 10 Et il attendit encore sept autres jours, et il lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche. 11 Et la colombe vint à lui au temps du soir, et voici, dans son bec, une feuille d’olivier arrachée. Et Noé sut que les eaux avaient baissé sur la terre. 12 Et il attendit encore sept autres jours, et il lâcha la colombe, et elle ne revint plus de nouveau vers lui.
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
6-19, La sortie de l'arche
6-14, Noé s'assure de l'état des choses
Au bout de quarante jours. Selon ceux qui mettent en opposition l'élohiste avec le jéhoviste, auquel on attribue les versets 6 à 12, ces mots signifient : immédiatement après les quarante jours de pluie mentionnés 7.12, ou bien aussi : après quarante nouveaux jours ayant succédé aux quarante précédents. Il est bien évident que ce n'est pas là la pensée du rédacteur de la Genèse, car où faudrait-il placer dans ce cas les cent cinquante jours dont il vient de parier deux fois ? Il est tout naturel, en suivant son récit, d'interposer ces quarante jours entre le premier jour du dixième mois (verset 5) et celui où Noé prit la première mesure en vue de la sortie de l'arche.
La fenêtre. Cette fenêtre ne doit pas être confondue avec l'ouverture que Noé avait pratiquée au-dessous du toit sur tout le pourtour de l'arche.
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Noé ne pouvait sortir de l'arche sans la permission de celui qui en avait fermé la porte. Mais il était naturellement désireux de se faire une idée de l'état dans lequel se trouvait la terre. Nous savons par quelques passages des anciens que dans l'antiquité les navigateurs se servaient pour s'orienter d'oiseaux qu'ils lâchaient et qui prenaient la direction des terres.
Le corbeau. L'article le désigne l'individu comme représentant du genre. Comparez 1Samuel 17.34 ; Amos 5.19
Partant et revenant : tantôt s'éloignant de l'arche, tantôt s'en rapprochant. Animal sauvage et carnassier, le corbeau trouvait suffisamment de nourriture pour ne pas rentrer dans l'arche, et pourtant la terre n'était pas encore apparue à tel point qu'il pût entièrement se séparer de l'arche.
Jusqu'à ce que : jusqu'au moment indiqué verset 13.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Le récit ajoute ici ce trait délicat : d'auprès de lui ; il s'agit d'un animal domestique.
La colombe ne se nourrissant pas de chair comme le corbeau, Noé pouvait par son moyen constater un nouveau progrès dans l'état des choses. Il ressort du verset 10 que cet envoi eut lieu sept jours après celui du corbeau.
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
Revint vers lui dans l'arche : au contraire de ce qu'avait fait le corbeau ; ces mots correspondent à d'auprès de lui, verset 8.
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Le nouvel essai apporte cette fois un résultat, plus réjouissant ; la végétation était en pleine renaissance sur la terre. C'est ce que signifie l'expression hébraïque taraph, fraîchement éclose, toute fraîche ; ce n'était donc pas un reste de l'ancienne végétation, c'étaient les prémices du renouvellement de la vie ; aussi la feuille d'olivier est-elle demeurée le symbole de la réconciliation et de la paix.
Vers le soir. Elle était allée et venue toute la journée ; mais les choses n'en étaient pas encore au point qu'elle pût quitter définitivement l'arche.
Une feuille d'olivier. L'olivier prospère dans les vallées de l'Arménie, et les écrivains anciens (Pline et Théophraste) affirment qu'il verdit sous l'eau.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
La précédente épreuve n'était qu'à demi satisfaisante ; la troisième l'est pleinement.
13 Et il arriva, l’an 601, au premier [mois], le premier [jour] du mois, que les eaux furent séchées de dessus la terre ; et Noé ôta la couverture de l’arche et regarda, et voici, la face du sol avait séché. 14 Et au second mois, le vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche.
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
L'auteur revient ici au document élohiste.
Au premier mois, le premier du mois : dans la seconde quinzaine de septembre.
Ôta la couverture : de manière à monter sur le toit pour avoir la vue de tous les côtés à la fois sur les contrées environnantes.
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Le vingt-septième jour du mois : vers le milieu de novembre, un an et onze jours après l'entrée dans l'arche.
Fut sèche. Absolument sèche. Il avait, fallu quarante-sept jours depuis la disparition des eaux pour arriver à ce point.
La fixation de la durée réelle du déluge dépend de la question de savoir si dans ce verset l'auteur a en vue une année lunaire de 351 jours, telle qu'elle existait chez les Juifs, ou une année solaire de 365 jours, telle qu'elle était connue chez les Egyptiens.
Dans le premier cas, en ajoutant à l'année les onze jours de surplus indiqués dans ce verset le déluge aurait duré 365 jours, ou une pleine année solaire ; dans le second, il aurait duré 376 jours. Reste encore une troisième manière de compter, celle qui résulte de l'année lunaire babylonienne de 360 jours, cela nous conduit en tout à une durée de 371 jours. En faveur de ce dernier calcul, on peut alléguer deux raisons :
1°) La tradition primitive a du se former en Babylonie.
2°) Le chiffre de 150 jours deux fois employé dans ce récit correspondant nécessairement, d'après 8.4 à cinq mois, le mois doit être compté à 30 jours, et l'année à 360.
15 Et Dieu parla à Noé, disant : 16 Sors de l’arche, toi, et ta femme et tes fils et les femmes de tes fils avec toi. 17 Fais sortir avec toi tout animal qui est avec toi, de toute chair, tant oiseaux que bétail, et tout reptile qui rampe sur la terre, et qu’ils foisonnent en la terre, et fructifient et multiplient sur la terre. 18 Et Noé sortit, et ses fils, et sa femme et les femmes de ses fils avec lui. 19 Tout animal, tout reptile et tout oiseau, tout ce qui se meut sur la terre, selon leurs espècesb 19 litt. : familles. , sortirent de l’arche. 20 Et Noé bâtit un autel à l’Éternel , et prit de toute bête pure et de tout oiseau pur, et offrit des holocaustes sur l’autel. 21 Et l’Éternel flaira une odeur agréablec 21 litt. : une odeur de repos. ; et l’Éternel dit en son cœur : Je ne maudirai plus de nouveau le sol à cause de l’homme, car l’imagination du cœur de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse ; et je ne frapperai plus de nouveau tout ce qui est vivant, comme je l’ai fait. 22 Désormais, tant que seront les jours de la terre, les semailles et la moisson, et le froid et le chaud, et l’été et l’hiver, et le jour et la nuit, ne cesseront pas.
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
15-19. La sortie
L'ordre divin doit présider à la sortie comme à l'entrée.
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
La vie de l'univers, à son renouvellement, est placée sous la même bénédiction qu'au moment de sa première apparition.
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
18-19 Ces deux versets racontent l'accomplissement de l'ordre divin 8.16-17 ; le verset 18 est en rapport avec le verset 16, et le verset 19 avec le verset 17.
Les mots tous les êtres sont le résumé des trois termes précédents, nous dirions : en un mot, tous les êtres.
v. 20 · Bible annotée · 18/10/2026
8.20 à 9.17, Le sacrifice de Noé et le renouvellement de l'alliance
8.20-22, Le sacrifice de Noé
Dès le commencement, le sentiment de la reconnaissance envers Dieu s était incarné en une offrande consumée en son honneur (chapitre 4). Après la délivrance dont Noé et les siens viennent d'être les objets, ce sentiment inonde leur cœur, et il s'exprime de la même manière.
L'autel construit dans ce but est le premier qui soit mentionné. C'est aussi la première fois que parait le terme d'holocauste, en hébreu ôlah ; ce mot, provient du verbe âlah, monter, et désigne sans doute la victime consumée montant sous forme de flamme et de fumée vers le trône de l'Eternel. L'autel est comme la table sur laquelle cette offrande lui est présentée.
De toutes les bêtes pures... C'était un grand sacrifice, auquel ne manquait aucun des animaux dignes d'y figurer bœufs, brebis, chevreaux, colombes.
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
L'Eternel sentit. Expression figurée semblable à celles que nous avons tant de fois rencontrées : Dieu vit, souffla, se repentit, se souvint, propres à faire comprendre sous une forme figurée les impressions qui, en Dieu et d'une manière divine, correspondent à celles du cœur humain.
Une odeur d'apaisement. Ces mots indiquent que l'holocauste n'était pas seulement une expression de reconnaissance et de consécration de la part de Noé, mais qu'il renfermait aussi une intention d'expiation. A l'époque patriarcale, où l'holocauste était le seul sacrifice connu et pratiqué, et avant les formes diverses que cet acte de culte devait recevoir dans l'institution mosaïque, ces différents éléments, la reconnaissance, la consécration, la supplication, l'expiation, étaient naturellement réunis les uns aux autres.
Dit en son cœur. La suite montre comment ce dessein de Dieu a été révélé à l'homme (9.8-17).
Je ne maudirai plus. Ce n'est pas la malédiction prononcée Genèse 3.17 qui est rappelée ici, car le terme est différent, c'est la malédiction effective indiquée 7.21 et suivants.
Parce que les pensées. Ce mot parce que a été expliqué de bien des manières. Sa difficulté provient de ce que c'est justement par le même motif que Dieu a justifié (6.5) sa résolution d'envoyer le déluge. Mais il faut faire porter le parce que sur l'idée de maudire, et non sur celle de ne pas maudire.
Dieu avait maudit la terre à cause de la complète corruption des pensées de l'homme, et il aurait le droit de le faire encore à l'avenir, mais il prend la résolution de ne plus se laisser déterminer à agir ainsi par ce motif-là.
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
Il ne faut pas conclure de ce verset que jusqu'alors il n'y avait pas eu sur la terre de saisons distinctes ; le jour et la nuit avaient été séparés et il y avait eu des semailles et des récoltes. Ce que Dieu promet, c'est que cet ordre de la nature. après avoir été bouleversé pendant cette dernière année par le déluge, ne sera plus troublé.
Tant que la terre durera : elle ne durera pas toujours.
Ne cesseront point. Comparez Jérémie 31.35-36. Le déluge avait été pour la nature et pour Noé et les siens un hiver, et en quelque sorte une nuit d'une année. Dieu promet que les saisons et les jours vont avoir de nouveau leur cours régulier. On voit combien il est faux de refuser à la Bible la notion des lois de la nature ; elle affirme au contraire la régularité de ces lois dès ses premières pages.
Ce passage est remarquable en ce qu'il affirme la longue durée du déluge, qui avait interrompu même l'ordre des saisons ; et cependant il se trouve dans le récit jéhoviste, auquel les critiques modernes attribuent en général l'idée que le déluge n'a duré que deux à trois mois.