Donc, puisque sur vous seuls repose une si redoutable responsabilité (cette particule manque dans Sin., B, A, D) ; c'est par là que l'apôtre passe à la dernière partie de son discours, à l'exhortation qu'il adresse à ses auditeurs et qui est rendue incisive par tout ce qui précède.
L'évêque (surveillant, verset 17, note) doit prendre garde, avec une sainte vigilance, d'abord à luimême, à son âme, à sa vie chrétienne, (1Timothée 4.16) puis à tout le troupeau qui lui a été confié : par qui ? par l'Eglise elle-même, sans doute ; mais comme c'est l'Esprit saint qui vit et agit en elle, comme, avant tout, c'est de cet Esprit que l'évêque a reçu tous les dons qui le rendent capable de l'être, (1Corinthiens 12.4-30,Romains 12.6-8) c'est bien cet Esprit saint qui l'a établi ; donc c'est envers lui qu'il est responsable.
La vocation de l'évêque ou du pasteur est de paître l'Eglise, c'est-à-dire de la nourrir de la parole divine et de la conduire, de la garder, comme le berger fait de son troupeau. De là vient cette expression figurée. (Comparer Esaïe 40.11 ; Ezéchiel 34.2 et suivants ; 1Pierre 5.2 ; Jean 21.15-17)
Mais l'Eglise n'appartient pas au pasteur, il ne doit jamais l'oublier ; c'est l'Eglise du Seigneur. Et ce qui doit la lui rendre infiniment précieuse et sacrée, c'est que le Seigneur l'a acquise, rachetée par on propre sang, c'est-à-dire par sa mort, par son sacrifice expiatoire ; en sorte que l'Eglise est sa propriété exclusive. (Ephésiens 1.14 ; 2.14 ; 1Pierre 2.9)
- Ici se présente l'une des variantes les plus célèbres de tout le Nouveau Testament. Le texte reçu dit : l'Eglise de Dieu. Cette leçon a pour elle les deux plus anciens manuscrits, celui du Vatican et celui du Sinaï, onze minusc., plusieurs versions et plusieurs Pères de l'Eglise.
Bengel, qui admet cette variante, fait aussi observer que Paul n'écrit jamais l'Eglise du Seigneur, mais toujours (onze fois) l'Eglise de Dieu. Ce texte est adopté par Westcott et Mort, Weiss, Nestle. D'autre part, A, C, D et un autre majuscules, quatorze minusc., plusieurs versions orientales et de nombreux Pères portent l'Eglise du Seigneur, leçon admise par les critiques modernes Griesbach, Lachmann, Tischendorf, Blass. Enfin, quatre majuscules et une centaine de minusc. ont réuni les deux termes : du Seigneur et de Dieu, ce qui paraît n'être qu'une correction.
- Nous nous décidons en faveur du terme : l'Eglise du Seigneur, dans la conviction que l'apôtre Paul n'aurait jamais employé cette expression : le sang de Dieu, qui n'est assurément pas biblique, ni appliqué le titre de Dieu à Jésus-Christ dans un passage où il insiste sur son sacrifice sanglant.
La version de Pau-Vevey porte : "l'assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre [fils]."
Westcott et Hort émettent également la conjecture que le mot fils se trouvait à la fin de la phrase et a été omis parce que ses trois dernières lettres sont les mêmes, en grec, que les trois dernières de l'adjectif propre qui le précède.