Grec : "qu'il est Dieu."
Le texte reçu porte : "s'asseoir, comme Dieu, dans le temple de Dieu." Les deux mots soulignés ne sont pas authentiques.
- Avec toute l'Ecriture (comparez surtout Matthieu 24 1Timothée 2.1 et suivants ; 1Jean 4.1 et suivants ; Apocalypse 13 et Apocalypse 17), Paul annonce que le règne de Dieu sur la terre, l'Eglise de Jésus-Christ en particulier, n'atteindront point la perfection qui leur est promise, par un paisible développement au sein de notre humanité déchue, mais que le retour de Christ (verset 2) sera précédé d'un temps redoutable d'opposition et d'apostasie.
Par cette apostasie, on ne peut pas entendre quelque défection ou révolte universelle dans le monde et en dehors de l'Eglise. (verset 3, note.) Tout au moins est-on forcé d'admettre que celui qui en sera le chef aura la prétention de se substituer à toute autre autorité, à celle de Dieu lui-même. (verset 4)
Ce temple de Dieu dans lequel il ira s'asseoir pour y établir sa domination, ne peut pas être le temple de Jérusalem, qui existait bien encore, quand Paul écrivait mais qui était loin d'avoir pour lui l'importance qu'il attribue à ce siège de la défection, et qui en aurait eu bien moins encore pour les païens convertis auxquels il adresse cette instruction. Il a en vue le temple spirituel, la maison de Dieu en esprit, l'Eglise. (Comparer 1Corinthiens 3.16 ; 2Corinthiens 6.16 ; Ephésiens 2.21 ; 1Pierre 2.5)
Cette apostasie sera donc dans l'Eglise, et elle aura un chef, que l'apôtre nomme l'homme du péché, le fils de la perdition. On ne peut pas généraliser ces termes de manière à n'y voir que l'apostasie elle-même, pour ainsi dire personnifiée. Les noms donnés à l'homme de péché, l'action qui lui est attribuée, montrent que Paul entend désigner une personne, un individu dans lequel viendra s'incarner la méchanceté, la révolte contre Dieu, "le mystère d'iniquité." (verset 6) Et cela est tout à fait conforme à l'expérience, constamment renouvelée dans l'histoire : les tendances d'un siècle atteignent toujours leur point culminant dans un homme qu'elles ont produit, qui est leur fils ; mais lui, à son tour, les exprime, les représente, les domine, pour en faire la pâture de son égoïsme, le piédestal de son orgueil.
- Jusqu'ici, tout est simple et facile dans l'interprétation de cette prophétie. Mais qui est le personnage historique dans lequel elle sera accomplie ? C'est sur cette question difficile que les vues se divisent à l'infini. Il faut remarquer, d'abord, que toute interprétation qui place l'accomplissement unique et absolu dans le passé ne saurait être vraie, puisque le chef de l'apostasie, "l'inique," subsistera encore à la venue du Seigneur, qui le "détruira par le souffle de sa bouche." (verset 8)
Ainsi sont écartées les applications à la révolte des Juifs contre les Romains, à l'empire romain lui-même ou à tel de ses empereurs, aussi bien qu'à Mahomet, etc.
On a cherché ailleurs et dans l'Eglise même l'accomplissement de cette prophétie. Dès le moyen âge, les hommes sérieux qui faisaient opposition de la suprématie de l'Eglise de Rome virent dans le pape lui-même l'Antéchrist ici prédit, et cette opinion se répandit au XVIe siècle dans les Eglises de la Réforme. L'apostasie de la vraie foi, alors si générale dans l'Eglise romaine ; l'abandon complet des saintes Écritures, obstinément soustraites à la connaissance du peuple ; l'arbitraire impérieux avec lequel le pape substituait son autorité à celle de la Parole de Dieu, ses décrets aux volontés de Dieu révélées dans cette Parole ; sa prétention de dominer comme "représentant de Dieu" et comme "Dieu sur la terre," non seulement sur la chrétienté entière, mais sur tous les royaumes du monde dont les princes devaient tenir de lui seul leur pouvoirs ; l'usage établi que le pape s'assied sur l'autel, lors de son intronisation, et que ses cardinaux qui l'entourent se prosternent devant lui ; les "miracles de mensonge" (verset 9) auxquels l'Eglise romaine a eu recours pour affermir son autorité : tout cela, et tant d'autres traits encore, pouvait assurément donner aux réformateurs la pensée que le mystère d'iniquité était accompli, et l'on comprend qu'ils ne cherchassent plus à notre prophétie d'autre interprétation.
Aujourd'hui toutefois, beaucoup d'excellents exégètes, sans déclarer fausse cette application, la trouvent trop absolue et trop exclusive. Ils y objectent que le mystère d'iniquité "agissait déjà" (verset 7) quand l'apôtre écrivait, ce qui ne peut pas s'entendre de l'Eglise de Rome qui était à peine fondée, si même elle l'était ; que le signe principal de l'Antéchrist c'est de nier le Père et le Fils, (1Jean 2.22) tandis que l'Eglise de Rome les confesse ; que "l'homme de péché" ne peut pas être une charge comme la dignité papale, ni une succession d'hommes, mais un homme, etc.
Pour ces raisons, les mêmes interprètes, sans nier que le papisme n'ait été "la plus épouvantable manifestation de la puissance de l'Antéchrist dans l'Eglise chrétienne," portent plus loin leurs regards pour découvrir la réalisation finale, selon eux, de la prophétie de Paul.
"Dans les temps mêmes de sa plus profonde déchéance,dit Gerlach,la papauté remplissait la chrétienté d'une fausse adoration de Dieu, elle ne s'élevait pas au-dessus de toute adoration ; tandis que de nos jours on a vraiment commencé à célébrer un culte dont l'humanité est le seul Dieu et le seul objet d'adoration. Un grand nombre s'attendent à ce que l'Eglise chrétienne, absorbée par l'État, se résoudra complètement dans les royaumes de la terre. Toutes ces tendances préparent les voies à la pleine révélation de l'homme du péché."
Les attaques contre les fondements de la foi chrétienne, qui ont une portée plus étendue et plus profonde que jamais auparavant, et sont accueillies par les applaudissements d'une multitude dont le dieu de ce siècle a aveuglé l'entendement, sont aussi des signes de la manifestation de l'Antéchrist tels que le papisme, dans sa plus grande puissance, ne les a jamais présentés. Maintenant, il ne manque plus qu'une chose : que ces puissances d'iniquité s'unissent ; qu'un homme assez bien doué et assez habile pour s'en emparer, paraisse, que la foule aveugle le proclame le représentant de l'esprit du siècle, et l'événement prédit sera accompli.
- Que faut-il conclure de ces vues diverses ? Que toutes ont leur part de vérité ; que la prophétie de l'apôtre a, comme toute prophétie, son accomplissement graduel ; qu'il y a plusieurs antéchrists (1Jean 2.18) et des forces infiniment diverses qui leur appartiennent ; que le dernier, le plus puissant de tous, réunira toutes ces forces sous sa domination avant d'être "détruit par le Seigneur et par son avènement."
Ce qu'il sera, sous quelles formes et par quels moyens il réalisera sa puissance, ce sont là des questions auxquelles il faut savoir répondre : Je ne sais pas.
Mais ce qui importe, c'est de recueillir l'avertissement sans cesse répété par le Sauveur quand il jetait un regard prophétique sur l'avenir : Veillez !