Tout par grâce · Charles H. Spurgeon
Chapitre 19
Pourquoi les saints persévèrent
Nous avons déjà vu que l'espérance qui remplissait le cœur de Paul au sujet des frères de Corinthe est pleine de consolation pour ceux qui tremblent en pensant à leur avenir. Mais pourquoi croyait-il que ces frères seraient affermis jusqu'à la fin ?
Je voudrais que vous remarquiez qu'il donne ses raisons. Les voici :
« Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur » (1 Corinthiens 1,9).
L'apôtre ne dit pas : « Vous êtes fidèles. » Hélas ! la fidélité de l'homme est une chose bien peu sûre ; ce n'est que vanité. Il ne dit pas non plus : « Vous avez des pasteurs fidèles pour vous conduire et vous guider, et c'est pourquoi j'espère que vous serez en sécurité. » Oh ! non ; si nous sommes gardés par des hommes, nous serons bien mal gardés. Il dit : « Dieu est fidèle. » Si nous sommes trouvés fidèles, ce sera parce que Dieu est fidèle. C'est sur la fidélité de notre Dieu, le Dieu de l'alliance, que doit reposer tout le poids de notre salut. Tout tient à ce glorieux attribut de Dieu. Nous sommes changeants comme le vent, fragiles comme une toile d'araignée, faibles comme l'eau. On ne peut compter ni sur nos qualités naturelles ni sur nos progrès spirituels ; mais Dieu demeure fidèle. Il est fidèle dans son amour ; chez lui « il n'y a ni changement ni ombre de variation » (Jacques 1,17). Il est fidèle à son dessein ; il ne commence pas une œuvre pour la laisser inachevée. Il est fidèle aux liens qui l'unissent à nous : comme Père, il ne rejettera pas ses enfants ; comme ami, il ne reniera pas son peuple ; comme Créateur, il n'abandonnera pas l'ouvrage de ses mains. Il est fidèle à ses promesses, et ne permettra jamais qu'une seule d'entre elles fasse défaut à un seul croyant. Il est fidèle à son alliance, qu'il a conclue avec nous en Jésus-Christ et scellée du sang de son sacrifice. Il est fidèle à son Fils, et ne permettra pas que son sang précieux ait été versé en vain. Il est fidèle à son peuple, à qui il a promis la vie éternelle et dont il ne se détournera pas.
Cette fidélité de Dieu est le fondement et la pierre angulaire de notre espérance de persévérer jusqu'au bout. Les saints persévéreront dans la sainteté, parce que Dieu persévère dans sa grâce. Il persévère à bénir, et c'est pourquoi les croyants persévèrent à être bénis. Il continue de garder son peuple, et c'est pourquoi son peuple continue de garder ses commandements. Voilà un bon terrain solide sur lequel se reposer, et il s'accorde à merveille avec la devise de ce petit livre : « Tout par grâce ». Ainsi, c'est la faveur gratuite et la miséricorde infinie qui sonnent à l'aube du salut, et ce sont les mêmes douces cloches qui résonnent mélodieusement tout au long du jour de la grâce.
Vous le voyez : les seules raisons d'espérer que nous serons affermis jusqu'à la fin et trouvés irréprochables au dernier jour se trouvent en notre Dieu ; mais en lui, ces raisons abondent largement.
Elles se trouvent d'abord dans ce que Dieu a fait. Il est allé si loin dans ses bénédictions envers nous qu'il ne lui est plus possible de revenir en arrière. Paul nous rappelle qu'il nous a « appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ ». Nous a-t-il appelés ? Alors cet appel ne peut pas être annulé, car « Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » (Romains 11,29). Le Seigneur ne revient jamais sur l'appel efficace de sa grâce. « Ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés » (Romains 8,30) : telle est la règle invariable de la manière d'agir de Dieu. Il y a un appel général, dont il est dit : « Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus » (Matthieu 22,14) ; mais celui auquel nous pensons maintenant est un autre genre d'appel, qui est la marque d'un amour particulier et qui entraîne nécessairement la possession de ce à quoi nous sommes appelés. Dans ce cas, il en est de celui qui est appelé comme de la postérité d'Abraham, à qui le Seigneur a dit : « Toi, que j'ai pris aux extrémités de la terre, et que j'ai appelé d'une contrée lointaine, à qui j'ai dit : Tu es mon serviteur, je te choisis, et ne te rejette point ! » (Ésaïe 41,9).
Dans ce que le Seigneur a fait, nous voyons de fortes raisons d'être gardés et d'entrer un jour dans la gloire, car le Seigneur nous a appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ. Cela veut dire : à une association avec Jésus-Christ, et je voudrais que vous pesiez soigneusement ce que cela signifie. Si vous êtes vraiment appelé par la grâce divine, vous êtes entré en communion avec le Seigneur Jésus-Christ, au point d'être copropriétaire avec lui de toutes choses. Désormais, aux yeux du Très-Haut, vous êtes un avec lui. Le Seigneur Jésus a porté vos péchés en son corps sur le bois, et il est devenu malédiction pour vous ; et en même temps il est devenu votre justice, de sorte que vous êtes justifié en lui. Vous êtes à Christ, et Christ est à vous. Comme Adam représentait ses descendants, ainsi Jésus représente tous ceux qui sont en lui. Comme le mari et la femme sont un, ainsi Jésus est un avec tous ceux qui lui sont unis par la foi ; un par une union conjugale qui ne peut jamais être rompue. Plus encore : les croyants sont membres du corps de Christ, et ils sont ainsi un avec lui par une union d'amour, vivante et durable. Dieu nous a appelés à cette union, à cette communion, à cette association, et par ce fait même il nous a donné le signe et le gage que nous serons affermis jusqu'à la fin. Si l'on nous considérait à part de Christ, nous ne serions que de pauvres unités périssables, bientôt dissoutes et emportées vers la destruction ; mais, unis à Jésus, nous sommes rendus participants de sa nature et revêtus de sa vie immortelle. Notre destinée est liée à celle de notre Seigneur, et tant qu'il ne peut pas être détruit, il n'est pas possible que nous périssions.
Méditez beaucoup cette association avec le Fils de Dieu, à laquelle vous avez été appelé : car toute votre espérance est là. Vous ne pourrez jamais être pauvre tant que Jésus est riche, puisque vous êtes son associé dans une même maison de commerce. Le besoin ne pourra jamais vous atteindre, puisque vous êtes copropriétaire avec celui qui possède le ciel et la terre. Vous ne pourrez jamais faire faillite ; car, si l'un des associés de la maison est pauvre comme un rat d'église et, en lui-même, complètement ruiné, incapable de payer un demi-sou par franc de ses lourdes dettes, l'autre associé est riche au-delà de tout ce qu'on peut imaginer, d'une richesse inépuisable. Dans une telle association, vous êtes élevé au-dessus de la crise des temps, des changements de l'avenir et du choc de la fin de toutes choses. Le Seigneur vous a appelé à la communion de son Fils, Jésus-Christ, et par cet acte, par ce fait accompli, il vous a placé à l'abri d'une protection qui ne peut faillir.
Si vous êtes vraiment croyant, vous êtes un avec Jésus, et par conséquent vous êtes en sûreté. Ne voyez-vous pas qu'il doit en être ainsi ? Vous serez forcément affermi jusqu'à la fin, jusqu'au jour de son apparition, si vous avez vraiment été fait un avec Jésus par l'acte irrévocable de Dieu. Christ et le pécheur qui croit sont dans la même barque : à moins que Jésus ne coule, le croyant ne se noiera jamais. Jésus a pris ses rachetés dans une union si étroite avec lui-même qu'il faudrait d'abord qu'il soit lui-même frappé, vaincu et déshonoré avant que le plus petit de ceux qu'il a acquis puisse subir le moindre tort. Son nom est inscrit en tête de la maison, et tant que ce nom ne peut pas être déshonoré, nous sommes à l'abri de toute crainte de faillite.
Ainsi donc, avec la plus entière confiance, avançons vers l'avenir inconnu, liés pour l'éternité à Jésus. Si les gens du monde s'écrient : « Qui est celle qui monte du désert, appuyée sur son bien-aimé ? » (Cantique des Cantiques 8,5), nous confesserons avec joie que nous nous appuyons bien sur Jésus, et que nous comptons nous appuyer sur lui de plus en plus. Notre Dieu fidèle est une source de délices qui ne tarit jamais, et notre communion avec le Fils de Dieu est un fleuve de joie qui coule à pleins bords. Connaissant ces choses glorieuses, nous ne pouvons pas nous décourager ; bien plutôt, nous nous écrions avec l'apôtre : « Qui nous séparera de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur ? » (Romains 8,35-39).
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : All of Grace, Robert Carter & Brothers, 1886 (archive.org, exemplaire du Princeton Theological Seminary) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).