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Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney

Sermon 22

La victoire sur le monde par la foi

« Parce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ; et c'est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi » (1 Jean 5,4)

Quand on réfléchit à ce texte, on en vient tout naturellement à se poser quatre questions :

I. Qu'est-ce que triompher du monde ?

II. Qui sont ceux qui en triomphent ?

III. Pourquoi triomphent-ils du monde ?

IV. Comment y parviennent-ils ?

Ce sont les questions qu'un esprit sérieux se pose naturellement en lisant ce texte. I. Qu'est-ce que triompher du monde ?

1. C'est s'élever au-dessus de l'esprit d'avidité qui domine les gens du monde. L'esprit du monde est avant tout un esprit d'avidité : une soif insatiable des biens de ce monde. Certains hommes du monde convoitent une chose, d'autres une autre ; mais tous, quels qu'ils soient, vivent dans cet esprit d'avidité, sous une forme ou sous une autre. Cet esprit règne en maître sur leur cœur.

La première chose, pour triompher du monde, c'est donc de vaincre cet esprit d'avidité envers les biens et les choses de ce monde. L'homme qui n'a pas vaincu cet esprit d'agitation, cette course effrénée vers les biens que le monde fait miroiter, n'a absolument pas triomphé du monde.

2. Triompher du monde, c'est s'élever au-dessus de tout ce qui l'accapare. Quand un homme a triomphé du monde, ses pensées ne sont plus accaparées ni englouties par les choses du monde. Il est certain qu'un homme ne triomphe pas du monde tant qu'il ne cesse pas d'être accaparé et absorbé par ses affaires.

Nous savons tous à quel point les gens du monde sont accaparés par une forme ou une autre de bien terrestre. L'un est englouti par les études, un autre par la politique, un troisième par l'argent à gagner, un quatrième peut-être par la mode et les plaisirs ; mais chacun, à sa manière, fait des biens de la terre le but qui l'accapare tout entier.

L'homme qui remporte la victoire sur le monde doit vaincre non pas une seule de ces poursuites, mais toutes : il doit vaincre le monde lui-même et tout ce qu'il peut offrir pour attirer et séduire le cœur humain.

3. Triompher du monde, c'est vaincre la peur du monde.

C'est un fait bien triste : la plupart des hommes, et même tous ceux qui vivent pour le monde, tiennent tant à l'opinion publique qu'ils n'osent pas agir selon leur conscience quand cela leur attirerait la désapprobation générale. L'un a peur que ses affaires en souffrent s'il va à contre-courant de l'opinion publique ; un autre craint, s'il prend la défense de la vérité, de nuire à sa réputation. Chose étrange, il s'imagine et cherche à se persuader que défendre une vérité impopulaire diminuera, et peut-être détruira, sa bonne influence. Comme si un homme pouvait avoir une bonne influence autrement qu'en défendant la vérité !

Il faut bien le reconnaître : une foule immense vit sous l'emprise de cette peur du monde ; et pourtant certains, peut-être beaucoup, ne s'en rendent pas compte. Si vous, ou s'ils pouvaient eux-mêmes, aller au fond des raisons pour lesquelles ils traînent les pieds dans leur devoir, on trouverait la peur du monde parmi les principales. Ils craignent tellement plus de déplaire au monde que de déplaire à Dieu qu'ils en sont complètement esclaves. Qui ne sait que certains pasteurs n'osent pas prêcher ce qu'ils savent être vrai, et même ce qu'ils savent être une vérité importante, de peur de froisser des gens dont ils veulent garder l'estime ? L'Église est peut-être fragile, et la faveur de tel homme riche semble indispensable à sa survie même. Alors ces hommes riches sont sans cesse devant leurs yeux, comme une menace, quand ils écrivent un sermon, quand ils prêchent, ou quand ils doivent prendre position pour une vérité ou une cause qui pourrait déplaire à des gens plus riches en argent qu'en piété ou en conscience. Hélas ! quel esclavage que cette soumission aux hommes ! Trop de prédicateurs de l'Évangile en sont tellement gênés que leur politique de complaisance revient, en fait, à renier Christ et à servir le monde.

Triompher du monde, c'est se libérer complètement de cette servilité envers les hommes.

4. Triompher du monde, c'est vaincre l'inquiétude que donne le monde. Vous savez qu'il existe chez les gens du monde un état de souci et d'inquiétude permanents, très répandu, presque général. C'est tout à fait naturel quand le cœur est attaché à obtenir les biens de ce monde, et qu'il n'a pas appris à recevoir tout bien de la main d'un grand Père, ni à lui faire confiance pour donner ou refuser selon sa sagesse qui ne se trompe jamais. Mais celui qui aime le monde est ennemi de Dieu ; il ne peut donc jamais avoir cette confiance d'enfant envers un Père qui le comble de bienfaits, ni la paix de l'âme que donne cette confiance. C'est pourquoi les gens du monde vivent presque sans arrêt dans une fièvre d'inquiétude, de peur que leurs projets ne réussissent pas. Ils sont parfois soulagés un moment, quand tout semble bien aller ; mais un ennui ne tarde jamais à leur tomber dessus quelque part, si bien qu'il ne se passe presque pas un jour sans qu'une inquiétude ne les ronge. Leur cœur est comme « la mer agitée, qui ne peut se tenir tranquille et dont les eaux jettent dehors la vase et la boue » (Ésaïe 57,20).

Mais l'homme qui s'élève au-dessus du monde s'élève aussi au-dessus de cette inquiétude sans fin qui ronge.

5. La victoire dont nous parlons veut dire que nous cessons d'être les esclaves du monde, sous quelque forme que ce soit.

Il y a un esprit du monde, et il y a aussi un esprit du ciel ; et l'un ou l'autre habite le cœur de chaque homme et dirige tout son être. Ceux qui sont sous l'emprise du monde n'ont évidemment pas triomphé du monde. Aucun homme ne triomphe du monde tant que son cœur n'est pas rempli de l'esprit du ciel.

L'une des formes que prend l'esprit du monde, c'est d'être esclave des habitudes et des modes du moment.

C'est étonnant de voir quelle déesse devient la Mode ! Jamais aucune déesse païenne n'a reçu d'offrandes plus coûteuses, d'hommages plus fervents ni de soumission plus aveugle. Et assurément, depuis que le monde existe, aucune divinité païenne n'a eu autant de fidèles partout. Où trouverez-vous un homme du monde ou une femme du monde qui ne se dépêche pas d'aller l'adorer dans son temple ?

Mais triompher du monde, c'est être délivré de l'envoûtement de cette déesse.

Ceux qui ont triomphé du monde ne cherchent plus ni à gagner sa faveur ni à éviter sa désapprobation ; ce que le monde pense d'eux, en bien ou en mal, compte peu à leurs yeux. Paul disait : « Il m'importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous, ou de jugement d'homme » (1 Corinthiens 4,3). Il en va de même pour tout vrai chrétien : ce qui compte pour lui, c'est d'avoir l'approbation de Dieu ; son principal souci est d'être approuvé par Dieu et par sa propre conscience. Aucun homme n'a triomphé du monde s'il n'est pas parvenu à cet état d'esprit.

Il n'y a presque aucun trait du caractère chrétien plus frappant ni plus décisif que celui-ci : ne pas se soucier de ce que le monde pense.

Depuis que je suis dans le ministère, j'ai eu la grâce de connaître quelques hommes qui se distinguaient tout particulièrement par ce trait de caractère. Certains d'entre vous ont peut-être connu le regretté pasteur James Patterson, de Philadelphie. Si c'est le cas, vous savez à quel point il se distinguait sur ce point. Il semblait n'avoir pas la moindre envie d'obtenir les applaudissements des hommes ni d'éviter leurs reproches. Se faire bien voir des hommes ne semblait avoir aucune importance pour lui. Pouvoir plaire à Dieu lui suffisait.

C'est pourquoi on était sûr de le trouver toujours en guerre contre le péché, contre tout péché, si populaire qu'il soit, si bien ancré dans les habitudes ou si bien soutenu par la richesse ou par l'opinion publique. Et pourtant il combattait toujours le péché dans un esprit tout à fait remarquable : un esprit d'une fermeté inflexible, et en même temps d'une grande douceur et d'une grande tendresse. Pendant qu'il disait les choses les plus sévères dans les termes les plus fermes, on voyait de grosses larmes couler sur ses joues.

C'est étonnant : la plupart des gens ne se sont jamais plaints qu'il ait eu un mauvais esprit. Ils avaient beau redouter ses reproches et se tordre sous ses dénonciations fortes et audacieuses du mal, ils ne pouvaient jamais dire que le père Patterson avait autre chose qu'un bon esprit. C'était un exemple magnifique et frappant de ce que veut dire avoir triomphé du monde.

Les hommes qui ne sont pas ainsi morts au monde n'ont pas échappé à son esclavage. Le chrétien victorieux est dans un état où il n'est plus esclave des hommes. Il n'est lié qu'à une seule chose : servir Dieu.

II. Nous devons nous demander : qui sont ceux qui triomphent du monde ?

Notre texte donne aussitôt la réponse : « Tout ce qui est né de Dieu triomphe du monde » (1 Jean 5,4). Vous ne pouvez pas manquer de remarquer que c'est une affirmation qui ne connaît aucune exception : tous ceux qui sont nés de Dieu triomphent du monde ; tous ceux-là, et, cela va de soi, aucun autre. Vous pouvez reconnaître ceux qui sont nés de Dieu à ce trait : ils triomphent du monde. La deuxième question a donc sa réponse.

III. Notre question suivante est celle-ci : pourquoi les croyants triomphent-ils du monde ? Selon quelle loi ce résultat se produit-il ?

Je réponds : cette victoire sur le monde découle de la naissance spirituelle, la naissance d'en haut, aussi naturellement que l'esclavage du monde découle de la naissance naturelle.

Il est bon de revenir un instant sur le lien qui existe dans ce second cas, c'est-à-dire entre le fait de venir au monde par la naissance naturelle et l'esclavage du monde. Ce lien s'explique clairement, d'une façon à la fois simple et évidente pour quiconque observe. La naissance naturelle fait découvrir à l'esprit les choses que l'on voit et que l'on touche, et seulement celles-là. Elle met l'esprit en contact avec les choses du monde. Il est donc naturel que l'esprit s'intéresse vivement à ces choses qui se présentent à lui par les sens, d'autant plus que la plupart d'entre elles touchent de très près notre sensibilité et deviennent les premières et principales sources de notre bonheur.

C'est ainsi que notre cœur s'attache peu à peu à ces choses, et que nous devenons de vrais amoureux de ce monde avant même d'avoir eu les yeux ouverts sur lui pendant quelques mois.

Or, à côté de ce fait universel, plaçons-en un autre tout aussi important et non moins universel : les facultés de l'esprit qui ont été créées pour percevoir nos devoirs envers Dieu et envers les autres, et donc pour faire contrepoids à l'influence trop grande des choses du monde, se mettent en marche très lentement. Elles ne se développent assez pour agir avec force qu'au bout d'années, là où les organes des sens se développent en quelques mois. Le développement très précoce et très vigoureux des sens met l'âme si complètement sous l'emprise des choses du monde que, quand la raison et la conscience se mettent à parler, on écoute à peine leur voix. Dans les faits, nous constatons que c'est toujours vrai : à moins que la puissance de Dieu n'intervienne, l'esclavage du monde qui s'est ainsi installé dans l'âme n'est jamais brisé.

Mais ce que je voulais surtout éclaircir, c'est simplement ceci : la naissance naturelle, avec les lois du développement du corps et de l'esprit qui l'accompagnent, devient l'occasion de l'esclavage envers ce monde.

Juste en face de cela, il y a la naissance par l'Esprit dans le royaume de Dieu. Par elle, l'âme entre dans de nouvelles relations ; on pourrait même dire qu'elle entre en contact étroit avec les choses spirituelles. L'Esprit de Dieu semble faire entrer l'âme dans le monde spirituel, d'une manière tout à fait semblable à ce que produit la naissance naturelle pour notre corps. Les grandes vérités du monde spirituel s'ouvrent à nos yeux grâce à la lumière que donne l'Esprit de Dieu ; nous avons l'impression de voir avec des yeux nouveaux, et d'être entourés d'un monde nouveau de réalités spirituelles.

Pour les choses naturelles, les hommes ne se contentent pas de raisonner sur elles : ils les vivent comme des réalités. De même, pour les enfants de Dieu, les choses spirituelles ne sont plus seulement des sujets de réflexion : elles deviennent aussi des réalités pleinement et concrètement vécues. Quand Dieu se révèle à l'esprit, les choses spirituelles apparaissent sous leur vrai jour, et elles s'imposent comme des réalités.

Par conséquent, quand les réalités spirituelles se révèlent ainsi à l'esprit et qu'il les saisit de cette façon, elles l'intéressent plus que tout. Nous sommes ainsi faits que la vérité de Dieu, quand nous la saisissons vraiment, ne peut pas manquer de nous intéresser. Si ces vérités étaient révélées clairement à l'homme le plus méchant de la terre, de sorte qu'il les saisisse comme des réalités, elles ne pourraient pas manquer de mettre son âme dans la plus vive agitation. Il pourrait détester la lumière, il pourrait résister avec obstination à ce que Dieu réclame de son cœur, mais il ne pourrait pas s'empêcher de ressentir un intérêt saisissant pour des vérités qui touchent de si près les grandes questions dont dépend le bonheur de l'homme.

Laissez-moi vous demander : y a-t-il un pécheur dans cette salle, ou peut-il y avoir un pécheur sur toute cette vaste terre, qui ne voie pas que si la présence de Dieu devenait aussi visible et aussi réelle pour lui que la présence des autres hommes, elle absorberait son âme tout entière, même si elle ne faisait pas plier son cœur ?

Cette révélation de la présence et du caractère de Dieu ne le convertirait peut-être pas, mais elle tuerait, au moins pour un temps, l'attention qu'il porte au monde.

Vous le voyez souvent chez des gens profondément saisis par le sentiment de leur faute ; vous avez sans doute vu des personnes si terriblement travaillées par leur conscience à cause de leur péché qu'elles ne se souciaient plus du tout de leur nourriture ni de leurs vêtements. Oh ! criaient-elles dans l'angoisse de leur âme, qu'est-ce que toutes ces choses peuvent bien nous faire, même si nous les obtenons toutes, si ensuite nous devons nous coucher en enfer !

Mais cette prise de conscience saisissante, qui absorbe tout, ne convertit pas forcément l'âme ; et si j'en ai parlé ici, c'est seulement pour montrer quelle puissance ont les vérités divines quand on les voit comme des réalités.

Quand une vraie conversion a eu lieu et que l'âme est née de Dieu, voir la vérité comme une réalité ne fait pas qu'éveiller l'intérêt, comme cela pourrait se produire chez quelqu'un qui n'est pas né de nouveau : cela fait aussi naître un amour profond et ardent pour ces vérités. Elles attirent le cœur. La vérité spirituelle prend maintenant possession de l'esprit de cet homme, et elle l'attire dans son étreinte chaleureuse qui donne la vie. Avant, l'erreur, le mensonge et la mort l'avaient attiré sous leur pouvoir ; maintenant, l'Esprit de Dieu l'attire dans les bras mêmes de Dieu. Maintenant, il est engendré de Dieu, et il respire l'esprit d'un fils. Maintenant, comme le dit la Bible, « la semence de Dieu demeure en lui » (1 Jean 3,9) : cette vérité même, et ces mouvements de l'Esprit qui l'ont fait naître dans le royaume de Dieu, continuent d'agir avec puissance sur son esprit ; c'est pourquoi il reste chrétien. Et la Bible dit encore : « Il ne peut pas pécher, parce qu'il est né de Dieu » (1 Jean 3,9). La semence de Dieu est en lui, et le fruit qu'elle porte met son âme en profonde harmonie avec son propre Père qui est au ciel.

Autre chose : la première naissance nous fait connaître les choses de la terre, la seconde nous fait connaître Dieu ; la première, ce qui est limité, la seconde, ce qui est infini ; la première, les choses liées à notre nature physique, la seconde, les grandes choses liées à notre nature spirituelle, des choses si belles et si glorieuses qu'elles l'emportent sur tous les pièges du monde.

Autre chose encore : la première produit un cœur tourné vers le monde, la seconde un cœur tourné vers le ciel. Avec la première, l'esprit tombe dans un piège ; avec la seconde, il est délivré de ce piège. Avec la première, notre vie est tournée vers la terre ; avec la seconde, « notre bourgeoisie est dans les cieux » (Philippiens 3,20).

Mais il nous faut passer à la question suivante :

IV. Comment cette victoire sur le monde est-elle remportée ?

Celui qui agit, c'est avant tout le Saint-Esprit. Sans lui, rien de bon ne se produit jamais dans le cœur ou dans la vie du chrétien.

Vous le remarquez, le texte dit : « C'est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi » (1 Jean 5,4). Mais on pourrait ici se poser une question : cela veut-il dire que la foi, par elle-même, triomphe du monde, ou bien que nous triomphons par notre foi, au moyen de notre foi ? C'est sans aucun doute ce second sens qui est le bon. C'est en croyant en Dieu, et parce que le Saint-Esprit, donné à ceux qui croient vraiment, fait pénétrer dans notre esprit la réalité de sa vérité et de son caractère, que nous remportons la victoire sur le monde.

La foi comprend trois choses. 1. Percevoir la vérité. 2. S'y intéresser. 3. Se confier, se livrer, pour que l'esprit soit intéressé et dirigé par ces réalités auxquelles on croit.

Percevoir la vérité doit venir en premier, car on ne peut pas croire une vérité qu'on ne connaît pas et qu'on ne perçoit pas. Ensuite, il faut s'intéresser à la vérité, d'un intérêt qui réveille l'esprit et le rende attentif de façon constante et active ; et troisièmement, il faut que l'esprit se livre volontairement à la vérité, pour qu'elle le dirige. L'esprit doit s'abandonner entièrement à Dieu, pour être conduit en tout par sa volonté, et pour lui faire confiance, à lui et à lui seul, comme à son trésor, pour maintenant et pour l'éternité.

De plus, la foi reçoit Christ. L'esprit perçoit d'abord le caractère de Christ et ce qu'il est pour nous ; il voit ce que Christ fait pour nous. Puis, sentant profondément combien il a besoin d'un tel Sauveur, et d'une œuvre que Jésus seul peut accomplir en nous et pour nous, il s'avance pour recevoir et accueillir Jésus comme son propre Sauveur. Quand l'âme reçoit et accueille ainsi Christ, elle n'est pas paresseuse : ce n'est pas un état de somnolence où l'on attend passivement. Non ; c'est au contraire l'activité la plus intense de l'âme. Et cet abandon de l'âme doit devenir une force glorieuse, vivante, pleine d'énergie : l'esprit ne fait pas que percevoir ; il se livre avec la ferveur la plus intense pour appartenir à Christ et pour recevoir dans notre âme tous les bienfaits de son salut.

De plus, la foi reçoit Christ dans l'âme comme Roi, dans tout ce qu'il est pour nous, pour qu'il règne sur tout notre être ; pour qu'il ait la confiance et l'amour suprêmes de notre cœur ; pour qu'il reçoive tout l'hommage de notre obéissance et de notre adoration ; bref, pour qu'il règne sur nous et remplisse toutes les fonctions de Roi suprême sur tout notre être moral. C'est au plus profond de notre âme que nous recevons Christ, pour qu'il y vive et y agisse avec puissance, et qu'il y règne pour toujours comme sur son trône légitime.

Or beaucoup de gens semblent s'arrêter avant d'arriver à cet abandon entier et parfait de toute leur âme à Christ. Ils s'arrêtent peut-être au simple fait de percevoir la vérité, contents et satisfaits d'avoir appris la théorie de l'Évangile. Ou bien certains vont peut-être un peu plus loin, et s'arrêtent au fait d'être intéressés, d'avoir leurs sentiments remués par les choses de l'Évangile ; ils ne vont ainsi que jusqu'à la deuxième étape. Ou bien encore, ils semblent prendre la foi, mais pas Christ ; ils pensent croire, mais en fin de compte ils n'accueillent pas Christ lui-même dans leur âme, de bon cœur et de tout leur cœur.

Toutes ces étapes s'arrêtent avant de vraiment saisir Christ. Aucune d'elles ne donne la victoire sur le monde.

Ce que la Bible enseigne vraiment sur la foi, c'est que Christ vient dans l'âme même. Il est écrit : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un entend ma voix et qu'il ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi » (Apocalypse 3,20). Qu'est-ce qui pourrait enseigner avec plus de force et de beauté que, par la foi, Christ entre dans l'âme même du croyant pour y habiter par sa présence pleine de grâce ?

Depuis que mon attention a été attirée sur ce sujet, je suis stupéfait de voir combien de temps je suis resté à moitié aveugle sur cet aspect particulier de la foi. Pendant longtemps, je l'avais à peine vu ; maintenant, je le vois briller en lettres de gloire presque à chaque page. La Bible semble flamboyer de cette vérité glorieuse : Christ dans l'âme, l'espérance de la gloire ; Dieu, Christ, habitant notre corps comme un temple. Je suis stupéfait qu'une vérité si riche et si bénie ait été vue si faiblement, alors que la Bible la révèle si clairement. Christ reçu dans l'âme même par la foi, et donc placé au plus près de notre cœur et de notre vie ; Christ lui-même devenant au-dedans de nous la force qui soutient tout, et assurant ainsi la victoire sur le monde ; Christ vivant et agissant avec puissance dans nos cœurs : voilà la grande vérité centrale du plan de la sanctification, le fait de devenir saint. Aucun chrétien ne devrait manquer de la comprendre, s'il tient à la victoire sur le monde et à la communion vivante de l'âme avec son Créateur.

Remarques.

1. Par la nature même des choses, il est impossible que la foi reçoive Christ dans l'âme sans triompher du monde. Si la nouvelle naissance fait vraiment entrer l'esprit dans ce nouvel état et fait entrer Christ dans l'âme, alors bien sûr Christ régnera dans cette âme ; elle lui donnera avec la plus grande joie son amour le plus profond, et le pouvoir du monde sur cet esprit sera brisé. Christ ne peut pas habiter dans une âme sans prendre toute la première place dans ce qui l'intéresse. Et cela revient, bien sûr, à donner la victoire sur le monde.

2. Celui qui ne triomphe pas habituellement du monde n'est pas né de Dieu. En disant cela, je ne prétends pas qu'un vrai chrétien ne puisse pas, parfois, être vaincu par le péché ; mais j'affirme que triompher du monde est la règle générale, et que tomber dans le péché n'est que l'exception. C'est le moins que puissent vouloir dire les paroles de notre texte, et les déclarations semblables qu'on trouve souvent dans la Bible. Par exemple, dans le passage : « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché (...) et il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu » (1 Jean 3,9), cela ne peut pas vouloir dire moins que ceci : il ne peut pas pécher constamment ; il ne peut pas faire du péché son occupation ; s'il pèche, ce ne peut être qu'à l'occasion, en dehors du cours habituel de sa vie. De la même manière, nous dirions d'un homme qui, en général, dit la vérité, que ce n'est pas un menteur.

Je ne veux rien soutenir de plus au sujet de ces deux passages ; mais cela, au moins, je dois le soutenir : les âmes nées de nouveau dont il est question ici triomphent en général du monde. Ce qui est vrai d'elles en général, c'est qu'elles ne pèchent pas et ne sont pas esclaves de Satan. Ce que l'Écriture affirme d'elles doit au moins s'appliquer à leur caractère habituel.

3. À quoi sert une religion qui ne triomphe pas du monde ? Quel bien y a-t-il à naître dans une telle religion, si elle laisse le monde continuer à régner sur notre cœur ? À quoi sert une nouvelle naissance qui, en fin de compte, ne nous rend pas semblables à Dieu, ne nous fait pas partager les sentiments de sa famille et de son royaume, et nous laisse encore esclaves du monde et de Satan ? Qu'est-ce qu'une telle religion peut avoir de plus que le nom ? Pour quelle raison un homme pourrait-il croire qu'une telle religion prépare son cœur pour le ciel, si elle le laisse attaché aux choses de la terre, esclave de ses sens et égoïste ?

4. Nous voyons pourquoi les incroyants ont proclamé que l'Évangile de Christ est un échec. Vous ne savez peut-être pas que, depuis quelque temps, les incroyants soutiennent que l'Évangile de Christ est un échec. Ils affirment qu'il prétend faire sortir les hommes du monde, mais qu'il n'y parvient pas ; et que c'est donc clairement un échec. Or vous devez remarquer que la Bible affirme bel et bien, comme le disent les incroyants, que ceux qui sont vraiment nés de Dieu triomphent du monde. Nous ne pouvons pas le nier, et nous ne devrions pas vouloir le nier. Alors, si l'incroyant peut montrer que la nouvelle naissance ne produit pas ce résultat, il a gagné, et nous devons céder. C'est parfaitement clair, et nous n'avons aucune échappatoire.

Mais l'incroyant se trompe dans son point de départ. Il prend le christianisme courant de notre époque comme modèle de la vraie religion, et c'est là-dessus qu'il fonde son jugement. Il prouve, du moins le pense-t-il, et peut-être le prouve-t-il vraiment, que le christianisme courant ne triomphe pas du monde.

Nous devons refuser qu'il prenne ce christianisme courant pour la vraie religion. Car la religion de la masse des chrétiens de nom ne correspond pas à ce que la Parole de Dieu décrit comme la vraie piété. Et de plus, si ce genre de religion courant était tout ce que l'Évangile et l'Esprit de Dieu peuvent faire pour l'homme perdu, alors autant céder à l'incroyant sur le point discuté ; car une telle religion ne pourrait guère prouver qu'elle vient de Dieu, et elle n'aurait que très peu de valeur pour l'homme ; si peu qu'elle ne vaudrait presque pas la peine d'être défendue. Vraiment, si nous devions prendre le monde de ceux qui se disent chrétiens pour des chrétiens selon la Bible, qui n'aurait pas honte et ne serait pas couvert de confusion en essayant de tenir tête à l'incroyant ? Nous ne savons que trop bien que la grande masse de ceux qui se disent chrétiens ne triomphent pas du monde, et nous serions vite confondus si nous soutenions le contraire. Ces chrétiens de nom savent eux-mêmes qu'ils ne triomphent pas du monde. Ils ne pourraient donc pas témoigner que, dans leur propre cas, on voit la puissance de l'Évangile.

Devant de tels faits, j'ai souvent été stupéfait de voir des pasteurs s'appliquer à persuader leurs fidèles qu'ils sont vraiment convertis, essayant d'endormir leurs craintes et de soutenir leurs espérances chancelantes. Peine perdue ! Ces mêmes pasteurs, semble-t-il, doivent bien savoir qu'eux-mêmes ne triomphent pas du monde ; et ils doivent savoir tout aussi bien que leurs fidèles n'en triomphent pas non plus. Comme ils sont donc mortels pour l'âme, ces efforts pour « panser à la légère la plaie » de ceux qui se disent le peuple de Dieu, en criant : « Paix ! Paix ! », alors qu'il n'y a point de paix ! (Jérémie 6,14)

Allons au fond de cette question, en posant franchement la question : la grande masse de ceux qui se disent chrétiens triomphent-ils vraiment du monde ? C'est un fait incontestable que, pour eux, les choses de ce monde sont les réalités, et que les choses de Dieu ne sont que des théories. Qui ne sait que c'est là l'état réel d'une foule immense dans l'Église de nom ?

Que cette question qui sonde les cœurs parcoure toute cette assemblée : quelles sont les choses qui mettent votre âme en feu, qui réveillent vos émotions les plus vives et vous bouleversent jusqu'au fond des nerfs ? Sont-ce les choses de la terre, ou les choses du ciel ? les choses du temps présent, ou celles de l'éternité ? les choses qui vous concernent vous-mêmes, ou les choses de Dieu ?

Qu'en est-il quand vous vous retirez pour prier dans le secret ? Y allez-vous pour chercher et trouver Dieu ? Y trouvez-vous vraiment un Dieu présent, et y parlez-vous avec lui comme un ami parle avec son ami ? Qu'en est-il ?

Vous devriez pourtant savoir que si vous en êtes au point où les choses spirituelles ne sont pour vous que des théories et des idées, vous êtes entièrement tournés vers le monde, et rien de plus. Ce serait une folie et un mensonge énormes de vous dire spirituels ; et vous croire vous-mêmes spirituels serait la plus fatale et la plus insensée des illusions. Vous ne donnez aucune des preuves qui conviennent à ceux qui sont nés de Dieu. Votre état n'est pas celui de quelqu'un qui connaît Dieu personnellement et qui l'aime personnellement, plus que tout.

5. Tant que nous ne pourrons pas chasser de l'esprit des hommes cette erreur répandue selon laquelle le christianisme courant de l'Église est le vrai christianisme, nous ne pourrons guère avancer dans la conversion du monde. Car d'abord, nous ne pouvons pas délivrer l'Église elle-même de l'esclavage du monde dans cette vie, ni du sort terrible de l'hypocrite dans l'autre. Nous ne pouvons pas unir et armer l'Église pour une attaque vigoureuse contre le royaume de Satan, afin que le monde soit converti à Dieu. Nous ne pouvons même pas convaincre les gens intelligents du monde que notre religion vient de Dieu et qu'elle apporte aux hommes déchus un remède à la corruption de leur cœur. Car si le christianisme ordinaire de notre époque est ce qu'il peut y avoir de mieux, et qu'il ne donne pas aux hommes la victoire sur le monde, à quoi sert-il ? Et s'il ne vaut pas grand-chose, ou rien du tout, comment pouvons-nous espérer que des gens qui réfléchissent l'estiment comme quelque chose de précieux ?

6. Il y a très peu d'incroyants qui soient aussi aveugles sur ces questions qu'ils le prétendent. Très peu d'entre eux ne connaissent pas quelques chrétiens humbles dont la vie fait honneur au christianisme et condamne leur propre impiété. Ils connaissent donc la vérité : la religion de la Bible est une réalité. Et ils se ferment les yeux eux-mêmes, par égoïsme et avec une grande folie, quand ils essaient de croire que la religion de la Bible est un échec et que la Bible est donc une invention. Au fond de leur cœur, ils sont convaincus qu'il y a çà et là des hommes qui sont de vrais chrétiens, qui triomphent du monde et vivent d'une foi qu'eux-mêmes ne connaissent pas. Combien de fois Dieu place-t-il de brillants exemples de vie chrétienne devant ces hommes méchants et sceptiques, pour leur reprocher leur péché et leur incrédulité : peut-être leur propre femme ou leurs enfants, leurs voisins ou leurs domestiques. Par ces moyens, la vérité s'installe dans leur esprit, et Dieu a dans leur conscience un témoin en sa faveur.

J'ai peut-être déjà raconté un fait qui s'est passé dans le Sud, et qui m'a été rapporté par un prédicateur de l'Évangile qui connaissait les circonstances. Il y avait dans cette région un homme très attaché au monde et tout à fait impie, qui possédait un grand nombre d'esclaves et qui, en plus, se passionnait pour les courses de chevaux. Indifférent à toute religion et ouvertement sceptique, il laissait libre cours à tous ses mauvais penchants. Mais les méchants finissent un jour par connaître le malheur ; cet homme tomba malade et fut conduit jusqu'aux portes de la mort. Sa femme en larmes et ses amis se rassemblent autour de son lit, et commencent à penser à faire venir quelque chrétien pour prier pour l'âme du mourant. Mon ami, dit sa femme inquiète, veux-tu que je fasse venir notre pasteur pour prier avec toi avant que tu meures ? Non, dit-il, je le connais depuis longtemps ; je n'ai aucune confiance en lui ; je l'ai vu trop souvent aux courses de chevaux ; là-bas, il était mon ami et j'étais le sien ; mais je ne veux pas le voir maintenant.

Mais alors, qui allons-nous faire venir ? reprit sa femme. Fais venir mon esclave Tom, répondit-il ; c'est un de ceux qui s'occupent de mes chevaux. Je l'ai souvent entendu prier sans qu'il le sache, et je sais qu'il sait prier ; en plus, j'ai observé sa vie et son caractère, et je n'ai jamais rien vu chez lui qui ne convienne à un chrétien. Appelle-le, je serais heureux de l'entendre prier.

Tom entre lentement et humblement, laisse tomber son chapeau près de la porte, et regarde son maître malade et mourant. Tom, dit le sceptique mourant, est-ce que tu pries quelquefois ? Est-ce que tu sais prier ? Peux-tu prier pour ton maître qui va mourir, et lui pardonner ? Oh oui, maître, de tout mon cœur. Et il tombe à genoux et répand une prière pour son âme.

La leçon de cette histoire est évidente. Mettez le sceptique sur son lit de mort ; que cette heure solennelle arrive, et que les convictions intimes de son cœur se révèlent : il connaît au moins un homme qui est chrétien. Il connaît un homme dont il estime les prières plus que toute l'amitié de tous ses anciens compagnons. Il sait maintenant que le christianisme, cela existe ; et pourtant vous ne pouvez pas supposer qu'il vient d'apprendre à l'instant une leçon qu'il ne connaissait pas avant. Non, il en savait tout autant avant ; une heure de sincérité a simplement fait éclater au grand jour les convictions intimes de son âme. Les incroyants en savent généralement plus qu'ils n'ont l'honnêteté de l'admettre.

7. La grande erreur de ceux qui se disent religieux sans être nés de Dieu, la voici : ils essaient d'être chrétiens sans être nés de Dieu. Il faut que soit fait pour eux ce qui est dit d'Adam : Dieu « souffla dans ses narines une respiration de vie, et l'homme devint une âme vivante » (Genèse 2,7). Leur religion n'a rien du souffle de Dieu : c'est une théorie froide et sans vie ; il n'y a en elle rien de la vie de Dieu. C'est peut-être une doctrine correcte mais sans cœur, et ils se rassurent peut-être à bon compte en se disant que leur credo est juste ; mais aiment-ils cette vérité qu'ils disent croire ? Ils pensent peut-être avoir du zèle, un zèle juste, et un cœur juste ; mais leur âme est-elle en feu pour Dieu et pour sa cause ? Où sont-ils, et que font-ils ? Sont-ils en train de dérouler une théorie qui leur est chère, ou de la défendre à la pointe de l'épée ? Ah ! se soucient-ils des âmes ? Leur cœur tremble-t-il pour la cause de l'Église de Dieu ? Leurs nerfs mêmes frémissent-ils sous la puissance formidable de la vérité de Dieu ? Leur amour pour Dieu et pour les âmes met-il le feu à leur doctrine et à leur credo, au point que chaque vérité brûle dans leur âme et rayonne jusque sur leur visage ? Si c'est le cas, vous ne les verrez pas manquer les réunions de prière ; vous verrez au contraire que les choses de Dieu saisissent leur âme avec une force et un intérêt irrésistibles. Vous les verrez être des chrétiens vivants, des lumières qui brûlent et qui brillent dans le monde. Frères, on ne saurait trop graver dans chaque esprit que le trait décisif de la vraie religion, c'est l'énergie, et non l'apathie ; que son essence même, c'est la vie, et non la mort.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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