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Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney

Sermon 11

Le pécheur : capable d'obéir, mais moralement faible

« On est esclave de celui par qui on est vaincu » (2 Pierre 2,19)

Dans ce message, je veux examiner l'état moral du pécheur.

Le premier fait important à remarquer, c'est que tous les hommes sont libres par nature, et qu'ils ne le sont pas moins parce qu'ils sont pécheurs. Leur volonté est naturellement libre.

Quand je parle de liberté naturelle, je ne veux pas dire qu'ils ont le droit de faire ce qui leur plaît : cela ne peut absolument pas être vrai. Je ne veux pas dire non plus qu'ils sont libres seulement au sens où ils peuvent faire ce qu'ils ont décidé de faire. En fait, les hommes peuvent parfois réaliser ce qu'ils ont décidé, et parfois non ; mais, quoi qu'il en soit, la liberté morale ne consiste pas dans le pouvoir de mener à bien ses projets. Vous savez que certains anciens philosophes définissaient la liberté de la volonté comme le pouvoir de faire ce qu'on veut faire. Pour bien des raisons, ce ne peut pas être la vraie idée de la liberté de la volonté. Regardez en effet ce qui se passe quand nous agissons par nos muscles. Le fait est simple : certains de nos muscles n'obéissent pas du tout à la volonté, tandis que d'autres lui obéissent selon une loi de nécessité absolument stricte. Pour ces derniers, toute la liberté qui existe appartient à la volonté, et pas du tout au mouvement des muscles qu'elle commande. C'est donc une pure erreur de nier que la liberté se trouve là où elle est, pour la placer là où elle n'est pas. S'il existe quelque chose de nécessaire et de forcé dans l'univers, c'est bien le contrôle absolu que la volonté exerce sur les muscles du corps qui lui sont soumis. L'obéissance des muscles est absolue : elle n'est ni libre ni volontaire, en aucun sens. Il est donc absurde de placer la liberté humaine à cet endroit.

Cette liberté se trouve dans la volonté elle-même : elle consiste dans son pouvoir de choisir librement. Faire ou ne pas faire : c'est à elle de choisir. Par sa nature même, elle a pour rôle de décider de ses propres choix. L'âme veut faire ou ne pas faire, et elle est ainsi maîtresse souveraine, sur le plan moral, de ses propres actions. C'est sur ce fait que repose la responsabilité morale. Un être fait de telle sorte qu'il peut vouloir faire ou ne pas faire, et qui, de plus, connaît ses devoirs moraux et en mesure la valeur, est un être libre et responsable. Aucun autre ne peut l'être.

Il faut bien remarquer ici que tout homme sait qu'il a une conscience qui lui dit comment il doit agir, et aussi une force morale qui lui permet, à son choix, d'écouter ses avertissements ou de les rejeter.

L'homme est libre, en ce sens qu'il décide lui-même de ses actions : chacun en a la preuve dans ce qu'il ressent et sait en lui-même. Cette preuve n'a besoin d'aucun raisonnement. Elle est aussi forte qu'il le faut, sans le moindre raisonnement. Un homme sait qu'il est à l'origine de ses propres actes aussi bien et aussi clairement qu'il sait qu'il agit. Est-ce vraiment lui qui agit ? Oui. Et sait-il que c'est lui qui agit ? Oui. Comment le sait-il ? Parce qu'il en a conscience au-dedans de lui. Or il a exactement la même preuve qu'il est libre : cela aussi, sa propre conscience le lui montre.

Ce n'est pas tout : l'homme sait faire la différence entre les actes où il est libre et ceux où il subit des influences qui ne dépendent pas de son propre choix. Il sait que, dans certains cas, il reçoit des influences et subit des actions venues de l'extérieur, tandis que, dans d'autres cas, il ne fait pas que recevoir : il agit volontairement. Le simple fait qu'il puisse faire cette différence prouve qu'il est un être libre.

La différence dont je parle, chacun en fait l'expérience tous les jours. Parfois, un homme ne peut pas dire d'où lui viennent ses pensées. Des impressions se forment dans son esprit, sans qu'il puisse en retrouver l'origine. Elles peuvent venir d'en haut, elles peuvent venir d'en bas : il ne sait pas grand-chose de leur source, ni d'elles-mêmes, sinon qu'elles ne sont pas ses propres décisions libres. Pour ses propres actes de volonté, au contraire, il ne peut y avoir aucune incertitude de ce genre. Il sait d'où ils viennent. Il sait qu'ils sont le fruit d'un pouvoir qui part de lui-même, et dont il est bien obligé de se reconnaître le premier responsable.

Non seulement il en a directement conscience, mais il a aussi, comme je l'ai déjà dit, le témoignage de sa propre conscience morale. Par sa nature même, cette faculté examine ses actes moraux : elle exige certains choix de la volonté et en interdit d'autres. Cette faculté est une condition indispensable pour être un être libre et responsable. Puisque l'homme la possède, ainsi que toutes ses autres capacités d'esprit, il doit être libre et soumis à des devoirs moraux.

On ne peut pas imaginer que l'homme soit soumis à une loi morale et à un gouvernement moral sans avoir le pouvoir d'agir moralement en toute liberté. Si l'homme a une conscience, c'est logiquement qu'il est libre.

L'homme est libre : on le voit clairement au fait qu'il sent bien quand il mérite d'être approuvé ou d'être blâmé. Il ne pourrait pas raisonnablement se reprocher quoi que ce soit si ce n'était pas une vérité première qu'il est libre. Par « vérité première », j'entends une vérité que tous connaissent, parce que leur nature même les oblige à la connaître. Il existe de telles vérités : ce sont celles que personne ne peut s'empêcher de connaître, même si on a très envie de les ignorer. Or, si ce n'était pas une vérité première, forcément connue de tous, que l'homme est libre, il ne pourrait ni s'approuver ni se blâmer lui-même.

Puisque la conscience suppose que l'homme est libre et responsable, là où il y a une conscience, il est impossible que les hommes nient vraiment leur responsabilité morale. Les hommes ne peuvent pas s'empêcher de se reprocher le mal qu'ils font. Leur conscience les avait prévenus contre ce mauvais acte, et ils le savent : comment pourraient-ils échapper à la certitude que cet acte était mauvais ?

De plus, la Bible traite toujours les hommes comme des êtres libres : elle leur ordonne de faire ou de ne pas faire, comme s'ils avaient évidemment tout le pouvoir nécessaire pour obéir à ces ordres. Un jeune pasteur m'a dit un jour : « Je prêche que les hommes doivent se repentir, mais jamais qu'ils le peuvent. » Je lui ai répondu : « Pourquoi ne pas prêcher aussi qu'ils le peuvent ? » Il m'a dit : « La Bible n'affirme pas qu'ils le peuvent. » Je lui ai répondu qu'il serait parfaitement ridicule qu'une assemblée d'hommes chargée de faire les lois, après avoir exigé certains actes, se mette ensuite à affirmer que les citoyens ont le pouvoir d'obéir. L'exigence elle-même est l'affirmation la plus forte possible : elle montre que ceux qui font la loi croient que les citoyens sont capables de faire ce qu'on leur demande. Si les législateurs ne le croyaient pas, comment pourraient-ils raisonnablement l'exiger ? La toute première chose qu'on suppose chez de bons dirigeants, c'est qu'ils ont du bon sens et une honnêteté ordinaire. Nier, en pratique, que Dieu possède ces qualités, c'est un blasphème.

La liberté de la volonté fait partie des certitudes les plus anciennes et les plus fortes que nous ayons. Personne, sans doute, ne peut se souvenir de la première fois où il a eu l'idée du devoir, la première fois où il a senti ce qui est bien et ce qui est mal. C'est aussi l'une des certitudes auxquelles on résiste le moins. Dès le tout début, nous partons du principe que notre volonté est libre. Le petit enfant l'affirme dès ses premiers efforts de bébé pour obtenir ce qu'il veut. Regardez-le tendre la main pour attraper sa nourriture ou ses jouets. Le petit mécanisme d'un être qui agit librement se met en marche bien avant qu'il puisse le comprendre. Il commence à agir sous sa propre responsabilité bien avant de pouvoir mesurer en quoi consiste cette responsabilité et combien elle est grande. Le fait que nous sommes personnellement responsables est si solidement attaché à nous qu'il nous serait aussi facile d'échapper à nous-mêmes que d'échapper à cette certitude.

II. S'il est vrai, d'une manière qu'aucun esprit raisonnable ne peut nier, que les hommes possèdent cette liberté morale, il est tout aussi vrai qu'ils sont moralement esclaves, prisonniers sur le plan moral. Leur liberté leur vient de la manière dont Dieu les a créés ; leur esclavage vient de ce qu'ils ont volontairement détourné et mal utilisé leurs capacités.

La Bible présente les hommes comme des esclaves : ils ont le pouvoir de résister à la tentation de pécher, mais ils y cèdent pourtant volontairement. C'est exactement comme nos politiciens du Nord, mous comme de la pâte, qui pourraient résister aux exigences des puissants esclavagistes, mais ne le font pas et ne veulent pas le faire. Voilà exactement l'esclavage des pécheurs face à la tentation. La Bible présente Satan comme celui qui gouverne le cœur des hommes à sa guise, exactement comme les hommes qui détiennent le pouvoir esclavagiste du Sud mènent à leur guise ces politiciens mous du Nord, en leur dictant le choix de nos présidents et toutes les lois du gouvernement fédéral. C'est ainsi que Satan a mené Ève dans le jardin ; et aujourd'hui encore, il est « l'esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance » (Éphésiens 2,2).

Ce que la Bible présente ainsi, l'expérience montre que c'est vrai. Les hommes méchants savent qu'ils sont esclaves de Satan. D'après vous, qui met au cœur des jeunes gens l'idée de préparer le mal et de s'en gorger comme on boit de l'eau ? N'est-ce pas le diable ? Combien de jeunes gens rencontrons-nous qui, lorsqu'ils sont tentés, semblent n'avoir aucune force morale pour résister, et sont emportés par le premier coup de vent de la tentation !

Les hommes sont esclaves de leurs envies. Une fois éveillée, l'envie les entraîne, comme elle a entraîné Ève et Adam. Pourquoi certains jeunes gens ont-ils tant de mal à abandonner le tabac ? Ils savent que cette habitude est sale et dégoûtante ; ils savent qu'elle va forcément abîmer leur santé ; mais l'envie réclame, et le diable appuie ses exigences ; la pauvre victime fait un faible effort pour se libérer, mais le diable donne un tour de vis de plus et la tient plus serrée encore, puis il la ramène dans un esclavage encore plus dur.

Il en va de même quand un homme est esclave de l'alcool, et de même pour toutes les formes de plaisirs du corps. Satan renforce l'emprise des plaisirs des sens, et il ne s'inquiète pas beaucoup de la forme particulière qu'ils prennent, pourvu que leur pouvoir soit assez fort pour perdre l'âme. Tout cela fait son jeu et sert son but principal.

De la même façon, les hommes sont esclaves de l'amour de l'argent, des modes du monde, de l'opinion des gens. Tout cela les rend esclaves et les entraîne, alors même que le devoir leur demande autre chose. Tout homme qui, en fait, se laisse entraîner à l'opposé de ce qu'il sait être son devoir est vraiment un esclave. Il n'est libre que lorsqu'il agit en accord avec ce qu'il sait être son devoir. Voilà la vraie idée de la liberté. Un homme n'est libre que lorsque sa raison et sa conscience dirigent sa volonté ; car Dieu a fait les hommes intelligents et capables de bien et de mal, pour qu'ils agissent normalement, sous l'influence de leur conscience et de leur raison éclairées. C'est la liberté même que Dieu exerce et dont il jouit ; il ne peut y en avoir de plus haute ni de plus noble. Mais quand un être libre et responsable est esclave de ses envies basses et de ses passions, et qu'il se laisse conduire par elles à mépriser ce que lui disent sa conscience et sa raison, il n'est rien d'autre qu'un galérien, au service d'un maître très dur et très cruel.

Dieu a fait les hommes pour qu'ils soient libres : il leur a donné exactement les capacités d'esprit dont ils ont besoin pour diriger leurs propres actions comme un être raisonnable devrait souhaiter le faire. Leur esclavage est donc entièrement volontaire. Ils choisissent de refuser que leur raison les dirige, et ils se soumettent à la domination de leurs envies et de leurs passions.

Tout homme qui refuse de se repentir sait bien, au fond de lui, qu'il est réellement esclave de la tentation. Quel homme, qui n'a pas été sauvé du péché par la grâce, ne sait pas qu'il est une énigme pour lui-même ? J'aurais bien peu d'estime pour un homme qui dirait n'avoir jamais eu honte de lui-même, et ne s'être jamais surpris à faire des choses qu'il ne pouvait pas bien s'expliquer. Surtout, j'aurais honte, et j'aurais peur aussi, si j'entendais un étudiant dire qu'il n'a jamais été frappé par le sentiment de sa faiblesse morale. Une telle ignorance montrerait seulement qu'il ne réfléchit absolument pas, et que, par conséquent, il ne remarque pas les faits moraux les plus évidents de sa vie intérieure. Quoi ! Ne sait-il pas que ses désirs les plus faibles entraînent sa volonté, malgré les convictions les plus fortes de sa raison et de sa conscience ?

C'est un état extrêmement coupable, parce qu'il est entièrement volontaire, parce que rien ne l'oblige, et parce qu'il va contre les convictions de sa raison et de son intelligence, et aussi contre ce qu'il sait des justes exigences de Dieu. Pour aller à l'encontre de telles convictions, il faut qu'il soit coupable au plus haut point.

Évidemment, une telle conduite est un véritable suicide. Le pécheur agit totalement contre ses propres intérêts les plus importants, si bien que, s'il a le pouvoir de se perdre lui-même, cette conduite y parviendra à coup sûr. Le chemin qu'il suit est, plus que tout autre, fait pour détruire à la fois le corps et l'âme : comment pourrait-il alors être autre chose qu'un suicide ? En pratique, il nie tout devoir moral. Et pourtant, il sait bien qu'il a des devoirs moraux, et il les nie contre ses convictions les plus claires. Comment cela pourrait-il être autre chose qu'un suicide ? J'ai souvent demandé à des pécheurs comment ils pouvaient s'expliquer leur propre conduite. Les honnêtes répondent : « Je ne peux pas du tout l'expliquer ; je suis une énigme pour moi-même. » La véritable explication, c'est que, par la manière dont Dieu les a créés, ils sont des êtres libres et responsables ; mais, aveuglés par le péché, ils se sont vendus eux-mêmes à l'esclavage moral, et ils sont réellement esclaves de Satan et de leurs propres convoitises.

C'est un état de profonde déchéance morale. En lui-même, il est tout à fait honteux. Tout le monde le sent pour certaines formes de péché et certaines catégories de pécheurs. Nous sentons tous que l'ivrognerie est une chose bestiale. Nous voyons l'ivrogne comme quelqu'un qui a déjà fait une bonne partie du chemin vers l'état de bête. Regardez-le tituber, l'esprit abruti, baignant dans sa propre saleté ! N'est-il pas presque une bête ? Bien plus : ne devrions-nous pas plutôt demander pardon à toutes les bêtes pour cette comparaison ? Car aucune n'est aussi basse ni aussi ignoble ; aucune ne nous donne à ce point le sentiment d'une déchéance choisie volontairement. Comparée à l'ivrogne qui s'est lui-même abruti, n'importe laquelle d'entre elles est une noble créature.

Voilà ce que nous disons tous, en regardant seulement de notre point de vue humain. Mais il existe un autre point de vue, bien meilleur. Comment les anges regardent-ils cet homme qui s'est fait ivrogne de lui-même ? Ils voient en lui un être créé à peine un peu au-dessous d'eux, quelqu'un qui aurait pu aspirer à vivre en leur compagnie ; et pourtant, il a préféré s'abaisser jusqu'au niveau des porcs ! Oh, combien leur âme doit reculer devant le spectacle d'une telle déchéance qu'il s'est infligée lui-même ! Voir la noble intelligence rejetée, et des qualités morales plus nobles encore reniées et piétinées comme si elles n'étaient qu'un fardeau : c'en est trop pour les anges. Que doivent-ils ressentir !

Et l'ivrogne n'est pas le seul à s'attirer le mépris par sa déchéance dans les plaisirs du corps. Regardez le fumeur. Le bon goût de la société exige que, selon des règles admises par tous, il soit tenu à l'écart des salons, des cabines des bateaux à vapeur, des voitures de première classe des trains, des églises, et en fait de tous les lieux vraiment convenables. Pourtant, pour ce plaisir bas, le fumeur accepte de descendre dans des endroits qui ne le sont pas. Regardez-le quitter discrètement sa place parmi les gens respectables, dans la voiture du train, pour aller s'entasser avec des voyous dans la voiture des fumeurs, tout cela pour son plaisir répugnant. S'il était seulement obligé de voyager toute la journée dans la compagnie à laquelle il s'abaisse par ce plaisir, cela pourrait l'avertir de ce que lui coûte son goût des plaisirs du corps ! Cela pourrait l'aider à ouvrir les yeux !

J'ai pris ces formes de plaisirs du corps comme exemples de la véritable déchéance qu'est le péché. Dans ces cas-là, le bon sens des hommes s'est montré par le degré d'abaissement où il place ceux qui s'adonnent à ces bas plaisirs. Si seulement nous voyions les choses sous leur vrai jour, nous aurions le même regard sur l'homme qui se contente d'une vie morale sans Dieu. Je me souviens qu'en parlant avec un homme d'une grande moralité, il m'a dit : « Comment puis-je agir par égard pour Dieu ou pour ce qui est juste ? Comment puis-je aller à une réunion avec le noble motif de plaire à Dieu ? Je peux y aller par désir de servir mes propres intérêts égoïstes, mais comment puis-je y aller pour plaire à Dieu ? »

Oui, c'est exactement là sa difficulté et sa faute. Il lui est bien égal de plaire si peu à Dieu ! C'est le dernier de ses soucis. Ce sont les motifs les plus bas qui gouvernent sa volonté et sa vie. Il se tient complètement hors de portée des motifs les plus élevés et les plus nobles. Voilà en quoi consistent la déchéance qu'il s'est infligée lui-même et sa très grande culpabilité.

Il en va de même de l'avare, quand il en est arrivé à n'avoir plus d'autre motif que l'amour d'amasser ; quand la question qu'il se pose en pratique n'est pas : « Comment ferai-je honneur à l'humanité, comment ferai-je du bien à ma génération, comment glorifierai-je mon Créateur ? », mais : « Comment pourrai-je gagner quelques sous ? » Même quand on le presse de prier, il demanderait : « Que nous profitera-t-il de nous adresser à lui ? » (Job 21,15). Quand vous trouvez un homme ainsi incapable d'être touché par de nobles motifs, quel misérable il est ! Quelle bassesse indescriptible !

Je pourrais aussi vous présenter l'étudiant ambitieux, qui vise trop bas pour être poussé par le noble motif de faire du bien, et qui n'est sensible qu'à ce qui touche sa réputation. N'est-ce pas extrêmement bas et mesquin ? Que penseriez-vous du prédicateur qui ne se soucierait plus du tout du bien des âmes, et ne penserait qu'à pêcher pour sa réputation ? Que diriez-vous de lui ? Vous déclareriez qu'il est trop mesquin et trop méchant pour vivre, et qu'il n'est bon que pour l'enfer ! Que penseriez-vous de quelqu'un qui pourrait briller comme l'étoile du matin parmi les astres de l'intelligence et du génie, mais qui s'abaisserait au métier vil et misérable de flairer partout les applaudissements et de quêter des compliments sur ses talents ? Ne diriez-vous pas qu'une telle recherche de soi-même est méprisable au-delà de toute expression ? Tout le ciel, d'en haut, les appelle à de nobles buts et à de grands efforts, et les voilà occupés à manier leur « râteau à fumier », le nez à terre, à la recherche d'un petit avantage pour leur petite personne !

Regardez cet homme ambitieux qui désire tellement plaire à tout le monde qu'il aligne ses opinions sur celles de chacun, et n'en a jamais une qui soit vraiment à lui ! N'est-il pas assez bas pour satisfaire tous ceux dont l'ambition semble étrangement renversée, si bien qu'ils n'aspirent qu'à plonger et à s'enfoncer, jamais à s'élever ; dont tous les élans les tirent vers le bas, et jamais vers le haut ?

On pourrait penser qu'ils ont assez de déchéance pour satisfaire n'importe quelle ambition ordinaire.

Tout cela vient de l'esclavage d'un égoïsme vil. Hélas ! il y en a tant dans notre monde que l'opinion publique ne le juge presque jamais selon ce qu'il est réellement !

Remarques.

Notre sujet montre la situation de ceux qui sont convaincus de ce qui est juste, mais qu'on ne peut pas persuader de le faire.

Par exemple, sur la question de l'alcool, un tel homme est convaincu de son devoir : il sait qu'il devrait changer de vie complètement, et pourtant il ne veut pas changer. Chaque conférence contre l'alcool le convainc, mais la tentation suivante balaie tout, et il retourne, comme le chien, à ce qu'il a vomi. Mais remarquez bien ceci : chaque fois qu'il passe par ce même chemin, d'abord convaincu par la conférence, puis vaincu par la tentation, il en sort plus faible qu'avant, et très vite vous le trouverez complètement à terre. Malheureux homme ! Comme il est certain qu'il mourra dans ses péchés !

Quelle que soit la forme de la tentation, celui qui, lorsqu'il est convaincu de son devoir, n'agit pourtant pas en conséquence, est sur la grand-route qui mène à la perdition. Inévitablement, cet esclavage devient de plus en plus fort chaque fois que sa force est de nouveau mise à l'épreuve. Chaque fois que vous êtes convaincu de votre devoir et que vous résistez pourtant à cette conviction, en refusant d'agir en accord avec elle, vous devenez de plus en plus impuissant ; vous vous livrez de plus en plus au pouvoir de votre maître au cœur de fer. Chaque nouvelle fois fait de vous un esclave encore plus impuissant.

Il y a peut-être ici des jeunes gens qui ont déjà fait d'eux-mêmes une épave morale. Il y a peut-être des garçons qui n'ont pas encore seize ans et qui ont déjà bel et bien piétiné leur conscience. Vous avez déjà appris, peut-être, à aller contre toutes vos convictions sur votre devoir. Quelle horreur ! Chaque jour, vos liens deviennent plus forts. À chaque jour de résistance, votre âme est perdue plus profondément et plus irrémédiablement. Pauvre et malheureux pécheur, en route vers la mort ! Il est écrit : « L'homme qui, étant souvent repris, roidit son cou, sera brisé subitement, et il n'y a pas de remède ! » (Proverbes 29,1). Soudain, vous vous fracassez sur les récifs, et c'en est fini de vous ! Vos amis marchent gravement le long du rivage, ils regardent ces rochers de la damnation sur lesquels votre âme a fait naufrage, et, en pleurant, ils disent tristement : « Voilà l'épave de quelqu'un qui connaissait son devoir, mais qui ne l'a pas fait. Des milliers de fois, les appels de sa conscience ont touché son cœur, mais il a appris à y résister ; il s'est fait un métier de résister, et, hélas ! il n'y a que trop bien réussi ! »

Quelle folle illusion de croire que la situation du pécheur s'améliore tant qu'il reste dans ses péchés ! Autant que l'ivrogne s'imagine qu'il s'améliore parce que chaque conférence contre l'alcool lui fait sentir son péché et sa honte, alors que la tentation du lendemain le laisse toujours aussi ivre ! S'améliorer ! Il n'y a pas d'illusion plus fausse ni plus mortelle que celle-là !

Vous voyez encore plus clairement la force de cette illusion quand vous remarquez combien sont légères les raisons qui poussent l'âme à rejeter tous les immenses motifs que lui offrent le caractère et le royaume de Dieu. Ne faut-il pas qu'elle soit forte et terrible, l'illusion qui peut faire peser des raisons si légères plus lourd que des motifs si immenses et si graves ?

La culpabilité de cet état se mesure au peu d'importance des motifs qui dirigent l'esprit. Que penseriez-vous du jeune homme capable d'assassiner son père pour quelques sous ? Quoi ! vous écrieriez-vous, se laisser acheter pour une somme si misérable et assassiner son père ! Vous jugeriez sa culpabilité d'autant plus grande que la tentation était plus petite.

Notre sujet montre combien le Saint-Esprit est nécessaire pour imprimer la vérité dans le cœur des pécheurs.

Vous pouvez voir aussi combien il est certain que les pécheurs seront perdus s'ils attristent l'Esprit de Dieu au point de le faire partir. Vos amis sur la terre pourraient se décourager, et vous pourriez quand même être sauvé ; mais si l'Esprit de Dieu se décourage et vous quitte, votre sort est fixé pour toujours. Dieu dit : « Malheur à eux, lorsque je me serai retiré d'eux ! » (Osée 9,12). Quand Dieu se retire du pécheur, c'est le signal qui fait sonner le glas de son âme perdue. Alors l'ange puissant commence à sonner, à SONNER, à SONNER la grande cloche de l'éternité : encore une âme qui s'en va vers sa perte éternelle !

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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