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Mémoires · Charles G. Finney

Chapitre 8

Le réveil d'Antwerp

Je dois maintenant faire un peu le récit de mes travaux, et de leurs fruits, à Antwerp, un village situé au nord d'Evans' Mills.

J'y arrivai pour la première fois en avril, et je constatai qu'il ne s'y tenait aucun culte, d'aucune sorte, dans toute la commune.

Les terres de la commune appartenaient à un certain M. P..., un riche propriétaire foncier qui habitait Ogdensburgh. Pour encourager le peuplement de la commune, il avait fait construire un temple en brique. Mais les gens n'avaient aucune envie d'entretenir un culte public ; le temple était donc fermé à clé, et la clé se trouvait entre les mains d'un certain M. C..., qui tenait l'hôtel du village.

J'appris très vite qu'il existait en ce lieu une Église presbytérienne, qui ne comptait que peu de membres. Quelques années plus tôt, ils avaient essayé de maintenir une réunion le dimanche, au village. Mais l'un des anciens qui conduisaient leurs réunions du dimanche habitait à cinq milles environ du village, et il était obligé, pour s'y rendre, de traverser un hameau d'universalistes. Les universalistes avaient fait tomber la réunion du village en mettant le diacre R..., comme ils l'appelaient, dans l'impossibilité de traverser leur hameau pour se rendre à la réunion. Ils allaient jusqu'à démonter les roues de sa voiture ; et ils finirent par pousser leur opposition si loin qu'il renonça à assister aux réunions du village. Dès lors, autant que j'aie pu l'apprendre, on avait abandonné tout culte, au village comme dans la commune.

Je trouvai en Mme C..., l'hôtesse, une femme pieuse.

Il y avait au village deux autres femmes pieuses : une certaine Mme H..., épouse d'un commerçant, et une certaine Mme R..., épouse d'un médecin. C'était un vendredi, si je me souviens bien, que j'arrivai là. J'allai voir ces femmes pieuses et leur demandai si elles aimeraient avoir une réunion. Elles me répondirent que oui, mais qu'elles ne savaient pas si ce serait possible.

Mme H... accepta d'ouvrir son salon pour une réunion ce soir-là, si je parvenais à faire venir quelqu'un. Je fis le tour du village pour inviter les gens, et je réussis à réunir, je crois, une treizaine de personnes dans son salon. Je leur prêchai ; puis je dis que, si je pouvais obtenir l'usage de l'école du village, je prêcherais le dimanche. J'obtins l'accord des administrateurs de l'école ; et le lendemain, on fit circuler parmi les gens l'annonce d'une réunion à l'école le dimanche matin.

En parcourant le village, j'entendis une quantité énorme de jurons et de blasphèmes. Je crus n'en avoir jamais tant entendu dans aucun des endroits où j'étais passé. On aurait dit que les hommes, qu'ils jouent à la balle sur la place ou qu'ils se trouvent dans n'importe quelle boutique où j'entrais, ne faisaient tous que jurer, sacrer et se vouer les uns les autres à la damnation. J'avais l'impression d'être arrivé aux frontières de l'enfer. J'éprouvai une sorte de sentiment terrible, je m'en souviens, en parcourant le village ce samedi-là. L'air même me semblait empoisonné ; et une sorte d'épouvante s'empara de moi.

Le samedi, je m'adonnai à la prière, et je finis par insister dans ma demande jusqu'à ce que vienne cette réponse : « Ne crains point ; mais parle, et ne te tais point, car je suis avec toi, et personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal ; car j'ai un peuple nombreux dans cette ville » (Actes 18,9-10). Cela me délivra complètement de toute crainte. Je constatai cependant que les chrétiens de l'endroit avaient vraiment peur qu'il arrive quelque chose de grave si l'on rétablissait des réunions religieuses en ce lieu. Je passai une grande partie du samedi en prière ; mais je parcourus assez le village pour voir que l'annonce d'une prédication à l'école causait une belle agitation.

Le dimanche matin, je me levai et quittai ma chambre à l'hôtel ; et, pour être seul, en un endroit où je pourrais donner libre cours à ma voix aussi bien qu'à mon cœur, je montai dans les bois, à quelque distance du village, et je restai assez longtemps en prière. Je ne fus pourtant pas soulagé, et j'y montai une deuxième fois ; mais le fardeau qui pesait sur mon esprit augmenta, et je ne trouvai pas de soulagement. J'y montai une troisième fois ; et alors la réponse vint. Je m'aperçus que c'était l'heure de la réunion, et je me rendis immédiatement à l'école. Je la trouvai pleine à craquer. J'avais à la main ma Bible de poche, et je leur lus ce texte : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jean 3,16). Je ne me rappelle pas grand-chose de ce que je dis ; mais je sais que le point sur lequel mon esprit travailla surtout, ce fut la manière dont Dieu avait été traité en retour de son amour. Le sujet me bouleversa moi-même profondément ; et je prêchai en répandant à la fois mon âme et mes larmes.

Je vis là plusieurs des hommes dont j'avais entendu, la veille, les blasphèmes les plus affreux. Je les désignai pendant la réunion, et je rapportai ce qu'ils avaient dit : comment ils demandaient à Dieu de les damner les uns les autres. À vrai dire, je déchargeai sur eux tout mon cœur. Je leur dis qu'ils semblaient « hurler le blasphème dans les rues comme des chiens de l'enfer » ; et qu'il m'avait semblé être arrivé « au bord même de l'enfer ». Tout le monde savait que ce que je disais était vrai, et ils pliaient sous ces paroles. Ils ne parurent pas offensés ; mais les gens pleuraient à peu près autant que moi. Je crois qu'il n'y avait guère d'yeux secs dans la salle.

M. C..., l'hôtelier, avait refusé d'ouvrir le temple le matin. Mais dès que ce premier culte fut terminé, il se leva et annonça aux gens qu'il ouvrirait le temple l'après-midi.

Les gens se dispersèrent et répandirent la nouvelle de tous côtés ; et l'après-midi, le temple était presque aussi bondé que l'école l'avait été le matin. Tout le monde était venu à la réunion ; et le Seigneur me lâcha sur eux d'une manière extraordinaire. Ma prédication leur parut quelque chose de nouveau. À vrai dire, il me semblait à moi-même que je pouvais faire pleuvoir sur eux la grêle et l'amour en même temps ; ou, en d'autres termes, que je pouvais faire pleuvoir sur eux de la grêle, mais dans l'amour. Il me semblait que mon amour pour Dieu, devant les outrages dont ils l'accablaient, aiguisait mon esprit jusqu'à l'angoisse la plus intense. J'avais envie de les reprendre de tout mon cœur, et pourtant avec une compassion à laquelle ils ne pouvaient pas se méprendre. Je n'ai jamais su qu'ils m'aient accusé de dureté ; et pourtant je crois n'avoir peut-être jamais parlé avec plus de sévérité de ma vie.

Les travaux de ce jour-là furent efficaces pour amener à la conviction de péché la grande masse de la population. À partir de ce jour, quel que soit le moment ou le lieu où je fixais une réunion, n'importe où dans les environs, les gens s'y pressaient pour m'entendre. L'œuvre commença aussitôt et progressa avec une grande puissance. Je prêchais deux fois le dimanche au temple du village, j'assistais à une réunion de prière dans l'intervalle entre les deux cultes, et je prêchais généralement quelque part, dans une école des environs, à cinq heures de l'après-midi.

Le troisième dimanche où je prêchai là, un homme âgé vint me trouver au moment où je montais en chaire, et me demanda si je ne voudrais pas aller prêcher dans une école de son secteur, à trois milles environ ; il me dit qu'il n'y avait jamais eu là aucun culte. Il souhaitait que je vienne aussitôt que possible. Je fixai la réunion au lendemain, lundi, à cinq heures de l'après-midi. Il faisait chaud. Je laissai mon cheval au village, et je pensai faire le trajet à pied, pour pouvoir sans difficulté m'arrêter en chemin chez les gens, aux alentours de l'école. Cependant, avant d'arriver, comme j'avais travaillé si dur le dimanche, je me trouvai complètement épuisé ; je m'assis au bord du chemin, et j'eus l'impression de pouvoir à peine continuer. Je me reprochai de ne pas avoir pris mon cheval.

Mais à l'heure fixée, je trouvai l'école pleine ; et je ne pus trouver qu'une place debout, près de la porte ouverte. Je lus un cantique ; et je ne peux pas appeler cela du chant, car ils semblaient n'avoir jamais eu en ce lieu la moindre musique d'église. Les gens firent pourtant semblant de chanter. Mais cela revenait à peu près à ceci : chacun braillait à sa manière. Mon oreille s'était formée en enseignant la musique d'église ; et leur horrible cacophonie me fit tant souffrir que, d'abord, je crus devoir sortir. Je finis par me mettre les deux mains sur les oreilles, en les serrant de toutes mes forces. Mais cela n'arrêtait pas les fausses notes. Je tins bon, cependant, jusqu'à ce qu'ils aient fini ; puis je me jetai à genoux, presque désespéré, et je commençai à prier. Le Seigneur ouvrit les écluses des cieux, l'esprit de prière fut répandu, et je donnai libre cours à tout mon cœur dans la prière.

Je n'avais pas réfléchi au texte sur lequel je prêcherais ; j'attendais de voir l'assemblée. Dès que j'eus fini de prier, je me relevai et je dis : « Levez-vous, sortez de ce lieu ; car l'Éternel va détruire la ville » (Genèse 19,14). Je leur dis que je ne me rappelais pas où se trouvait ce texte ; mais je leur indiquai à peu près où ils le trouveraient, puis je me mis à l'expliquer. Je leur dis qu'il y avait eu un homme nommé Abraham, et qui il était ; qu'il y avait eu un homme nommé Lot, et qui il était ; quels liens les unissaient ; comment ils s'étaient séparés l'un de l'autre à cause de querelles entre leurs bergers ; et qu'Abraham avait pris la région des collines, tandis que Lot s'était établi dans la plaine de Sodome. Je leur dis ensuite à quel point Sodome était devenue méchante, et dans quelles pratiques abominables ses habitants étaient tombés. Je leur dis que le Seigneur avait décidé de détruire Sodome, qu'il avait visité Abraham et lui avait fait connaître ce qu'il allait faire ; qu'Abraham avait prié le Seigneur d'épargner Sodome s'il y trouvait un certain nombre de justes ; et que le Seigneur avait promis de le faire à cause d'eux ; qu'ensuite Abraham l'avait supplié de la sauver pour un nombre un peu moindre, et que le Seigneur avait dit qu'il l'épargnerait à cause d'eux ; qu'il avait continué à réduire le nombre, jusqu'à ramener à dix le nombre des justes ; et que Dieu lui avait promis que, s'il trouvait dix justes dans la ville, il l'épargnerait. Abraham ne fit pas d'autre demande, et l'Éternel le quitta. Mais il se trouva qu'il n'y avait là qu'un seul juste, et c'était Lot, le neveu d'Abraham. « Les hommes dirent à Lot : Qui as-tu encore ici ? Gendres, fils et filles, et tout ce qui t'appartient dans la ville, fais-les sortir de ce lieu. Car nous allons détruire ce lieu, parce que le cri contre ses habitants est grand devant l'Éternel. L'Éternel nous a envoyés pour le détruire » (Genèse 19,12-13).

Pendant que je racontais ces faits, je remarquai que les gens avaient l'air en colère. Beaucoup d'hommes étaient en manches de chemise ; et ils se regardaient les uns les autres, puis me regardaient, comme s'ils étaient prêts à se jeter sur moi pour me corriger sur-le-champ. Je voyais leurs regards étranges et inexplicables, et je ne comprenais pas ce que j'avais pu dire qui les ait offensés. Il me semblait pourtant que leur colère montait de plus en plus à mesure que je poursuivais le récit. Dès que j'eus achevé le récit, je me tournai vers eux et leur dis que, d'après ce que j'avais compris, ils n'avaient jamais eu de réunion religieuse en ce lieu ; et que, par conséquent, j'avais le droit de tenir pour acquis, et j'étais même obligé de tenir pour acquis, qu'ils étaient un peuple impie. J'enfonçai cela en eux avec de plus en plus d'énergie, le cœur plein presque à éclater.

Je ne leur avais pas parlé sur ce ton d'application directe, je crois, depuis plus d'un quart d'heure, quand tout à coup une solennité terrible sembla descendre sur eux ; les gens de l'assemblée se mirent à tomber de leurs sièges de tous côtés, en criant pour obtenir miséricorde. Si j'avais eu une épée dans chaque main, je n'aurais pas pu les abattre de leurs sièges aussi vite qu'ils tombaient. En fait, presque toute l'assemblée était à genoux ou prosternée, je crois, en moins de deux minutes après ce premier choc qui s'était abattu sur eux. Chacun priait pour lui-même, pour peu qu'il fût capable de parler.

Naturellement, je fus obligé de cesser de prêcher ; car ils ne prêtaient plus aucune attention. Je vis le vieil homme qui m'avait invité à venir prêcher, assis à peu près au milieu de la salle, et regardant autour de lui avec une stupéfaction totale. J'élevai la voix presque jusqu'au cri pour qu'il m'entende et, le montrant du doigt, je lui dis : « Vous ne pouvez pas prier ? » Il tomba aussitôt à genoux et, d'une voix de stentor, il répandit son âme devant Dieu ; mais il ne parvint pas du tout à retenir l'attention des gens. Je parlai alors aussi fort que je pus, et j'essayai de les rendre attentifs à ce que je disais. Je leur dis : « Vous n'êtes pas encore en enfer ; maintenant, laissez-moi vous conduire à Christ. » Pendant quelques instants, j'essayai de leur présenter l'Évangile ; mais presque aucun d'eux n'y prêta attention. Mon cœur débordait tellement de joie devant une telle scène que j'avais peine à me contenir. Ce n'est qu'à grand-peine que je me retins de crier et de rendre gloire à Dieu.

Dès que je pus suffisamment maîtriser mes émotions, je me tournai vers un jeune homme qui était tout près de moi et qui priait pour lui-même ; je lui posai la main sur l'épaule, ce qui attira son attention, et je lui prêchai Jésus à l'oreille. Dès que j'eus tourné son attention vers la croix de Christ, il crut ; il resta calme et tranquille une minute ou deux, puis il se mit à prier pour les autres. Je me tournai alors vers un autre, et je fis de même avec lui, avec le même résultat ; puis un autre, et encore un autre.

Je continuai ainsi jusqu'au moment où je vis qu'il était l'heure de les quitter pour aller tenir une réunion prévue au village. Je le leur dis, et je demandai au vieil homme qui m'avait invité de rester pour diriger la réunion pendant que je me rendais à mon rendez-vous. Il le fit. Mais l'intérêt était trop grand, et il y avait trop d'âmes blessées pour qu'on puisse congédier la réunion ; elle se prolongea donc toute la nuit. Le matin, il y en avait encore là qui ne pouvaient pas s'en aller ; on les transporta dans une maison particulière du voisinage pour faire place à l'école. L'après-midi, on me fit dire de redescendre, car on ne parvenait toujours pas à clore la réunion.

Quand je redescendis là-bas, je reçus l'explication de la colère que l'assemblée avait manifestée pendant l'introduction de mon sermon, la veille. J'appris que l'endroit s'appelait Sodome, ce que j'ignorais ; et qu'il n'y avait en ce lieu qu'un seul homme pieux, qu'on appelait Lot. C'était le vieil homme qui m'avait invité. Les gens avaient supposé que j'avais choisi mon sujet, et que je leur avais prêché de cette manière, parce qu'ils étaient si méchants qu'on les appelait Sodome. C'était une coïncidence frappante ; mais, en ce qui me concernait, elle était entièrement fortuite.

Je ne suis pas retourné en ce lieu depuis bien des années. Il y a quelques années, je travaillais à Syracuse, dans l'État de New York. Deux messieurs vinrent me voir un jour : l'un était un homme d'un certain âge ; l'autre n'avait pas tout à fait cinquante ans. Le plus jeune me présenta le plus âgé comme le diacre W..., ancien de son Église ; il me dit qu'il venait me remettre cent dollars pour le collège d'Oberlin. Le plus âgé, à son tour, me présenta le plus jeune en disant : « Voici mon pasteur, le révérend M. Cross. Il s'est converti par votre ministère. » Sur quoi M. Cross me dit : « Vous souvenez-vous d'avoir prêché à telle époque à Antwerp, dans tel secteur de la commune, à l'école, l'après-midi, et que telle scène s'y est produite ? », et il me la décrivit. Je répondis : « Je m'en souviens très bien, et je ne pourrai jamais l'oublier tant que je me souviendrai de quoi que ce soit. » « Eh bien, me dit-il, je n'étais alors qu'un jeune homme, et je me suis converti dans cette réunion. » Il exerce depuis bien des années un ministère fécond. Plusieurs de ses enfants ont fait leurs études dans notre collège d'Oberlin.

Pour autant que je puisse le savoir, bien que ce réveil soit venu sur eux si soudainement, et sous une forme si puissante, les convertis étaient solides, et l'œuvre durable et authentique. Je n'ai jamais entendu parler d'un retour en arrière désastreux qui se serait produit.

J'ai dit que les universalistes avaient empêché le diacre R... d'assister aux réunions du dimanche, au village d'Antwerp, en démontant les roues de sa voiture. Quand le réveil eut atteint toute sa force, le diacre R... voulut que j'aille prêcher dans son secteur.

Je fixai donc une prédication un certain après-midi, dans leur école. À mon arrivée, je trouvai l'école pleine, et le diacre R... assis près d'une fenêtre, à côté d'un pupitre sur lequel étaient posés une Bible et un recueil de cantiques. Je m'assis à côté de lui, puis je me levai et lus un cantique, qu'ils chantèrent tant bien que mal. Je me mis ensuite à prier, et j'eus un large accès au trône de la grâce. Puis je me levai et pris ce texte : « Serpents, race de vipères ! Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne ? » (Matthieu 23,33).

Je vis que le diacre R... était très mal à l'aise ; et il ne tarda pas à se lever pour aller se tenir dans l'embrasure de la porte ouverte. Comme il y avait quelques garçons près de la porte, je supposai sur le moment qu'il était allé les faire tenir tranquilles. Mais j'appris ensuite que c'était par peur. Il pensait que, s'ils se jetaient sur moi, il serait à un endroit d'où il pourrait s'échapper. D'après mon texte, il avait conclu que j'allais leur parler très franchement ; et l'opposition qu'il avait rencontrée de leur part l'avait rendu très nerveux : il voulait rester hors de leur portée. Je me mis à me répandre sur eux de toutes mes forces ; et avant que j'aie fini, les fondements mêmes de l'universalisme furent complètement renversés, je crois, en ce lieu. Ce fut une scène presque égale à celle dont j'ai parlé, à Sodome. C'est ainsi que le réveil pénétra dans tous les coins de la commune, et quelques communes voisines eurent part à la bénédiction. L'œuvre fut très précieuse en ce lieu.

Quand vint le moment de recevoir les convertis, après qu'un grand nombre eurent été examinés et que le jour de leur admission approchait, je découvris que plusieurs d'entre eux avaient été élevés dans des familles baptistes, et je leur demandai s'ils ne préféreraient pas être baptisés par immersion. Ils me répondirent qu'ils n'avaient pas de préférence, mais que leurs parents aimeraient mieux qu'ils soient immergés. Je leur dis que je ne voyais aucun inconvénient à les immerger, s'ils pensaient que cela ferait davantage plaisir à leurs proches, et que cela leur convenait aussi bien à eux-mêmes.

Le dimanche venu, je m'arrangeai donc pour baptiser par immersion pendant l'intervalle entre les deux cultes. Nous descendîmes jusqu'à un cours d'eau qui traverse l'endroit ; et là, je baptisai, je crois, une douzaine de personnes ou davantage.

Quand vint l'heure du culte de l'après-midi, nous nous rendîmes au temple ; et là, je baptisai un grand nombre de personnes en prenant de l'eau dans ma main et en la leur appliquant sur le front. L'administration de ce sacrement dans l'église fut si manifestement reconnue et bénie de Dieu que cela contribua beaucoup à convaincre les gens que ce mode de baptême lui était agréable.

Parmi les convertis, il y en avait aussi un nombre considérable dont les proches étaient méthodistes. Le samedi, j'appris que des méthodistes disaient aux convertis : « M. Finney est presbytérien. Il croit à la doctrine de l'élection et de la prédestination ; mais il ne l'a pas prêchée ici. Il n'ose pas la prêcher, parce que, s'il le faisait, les convertis ne se joindraient pas à son Église. » Cela me décida à prêcher sur la doctrine de l'élection le dimanche matin précédant leur entrée dans l'Église. Je pris mon texte, et j'entrepris de montrer : premièrement, ce que la doctrine de l'élection n'est pas ; deuxièmement, ce qu'elle est ; troisièmement, que c'est une doctrine de la Bible ; quatrièmement, que c'est la doctrine de la raison ; cinquièmement, que la nier, c'est nier les attributs mêmes de Dieu ; sixièmement, qu'elle ne met aucun obstacle sur le chemin du salut des non-élus ; septièmement, que tous les hommes peuvent être sauvés s'ils le veulent ; et enfin, qu'elle est le seul espoir que quelqu'un soit sauvé ; et je conclus par quelques remarques.

Le Seigneur rendit la chose extrêmement claire à mon propre esprit, et si claire pour les gens que, je crois, elle convainquit les méthodistes eux-mêmes. Je n'ai jamais entendu un mot contre cette prédication, ni un mot de mécontentement au sujet de l'argumentation. Pendant que je prêchais, je remarquai une sœur méthodiste avec qui j'avais fait connaissance, et que je considérais comme une excellente chrétienne, qui pleurait, assise près des marches de la chaire. Je craignis de l'avoir blessée. Après la fin de la réunion, elle resta assise à pleurer ; j'allai vers elle et lui dis : « Ma sœur, j'espère que je ne vous ai pas blessée. » « Non, me dit-elle, vous ne m'avez pas blessée, monsieur Finney ; mais j'ai commis un péché. Pas plus tard qu'hier soir, mon mari, qui est un homme impénitent, discutait avec moi de cette question même ; et il soutenait, du mieux qu'il pouvait, la doctrine de l'élection. » Elle ajouta : « Je lui ai résisté, et je lui ai dit que ce n'était pas vrai. Et maintenant, aujourd'hui, vous m'avez convaincue que c'est vrai ; et loin de fournir une excuse à mon mari, ou à qui que ce soit, c'est le seul espoir que je puisse avoir qu'il soit sauvé, lui ou n'importe qui d'autre. » Je n'entendis plus aucune objection à ce que les convertis se joignent à une Église qui croyait à la doctrine de l'élection.

Il y eut en ce lieu un très grand nombre de conversions intéressantes ; et il y eut, pendant ce réveil, deux cas très frappants de guérison instantanée de la folie. Un dimanche après-midi, en entrant à la réunion, je vis plusieurs dames assises sur un banc avec une femme vêtue de noir qui semblait en proie à une grande détresse intérieure ; elles la retenaient en partie et l'empêchaient de sortir. À mon entrée, l'une des dames vint me trouver et me dit que c'était une femme aliénée ; qu'elle avait été méthodiste, mais qu'elle était, croyait-elle, déchue de la grâce ; ce qui l'avait conduite au désespoir, puis finalement à la folie. Son mari était un ivrogne, qui habitait à plusieurs milles du village ; il l'avait amenée, l'avait laissée à la réunion, et s'en était allé lui-même à la taverne. Je lui dis quelques mots ; mais elle me répondit qu'il fallait qu'elle s'en aille ; qu'elle ne pouvait entendre ni prière, ni prédication, ni chant ; que l'enfer était son partage, et qu'elle ne pouvait rien supporter de ce qui la faisait penser au ciel.

Je recommandai discrètement aux dames de la garder à sa place, si elles le pouvaient sans qu'elle trouble la réunion. Puis je montai en chaire et lus un cantique. Dès que le chant commença, elle se débattit violemment pour sortir. Mais les dames lui barrèrent le passage ; et, avec douceur mais fermeté, l'empêchèrent de s'échapper. Au bout de quelques instants, elle se calma ; mais elle semblait éviter d'entendre le chant ou d'y prêter la moindre attention. Je priai ensuite. Pendant un petit moment, je l'entendis se débattre pour sortir ; mais avant que j'aie fini, elle se calma, et l'assemblée devint silencieuse. Le Seigneur me donna un grand esprit de prière, et un texte ; car je n'avais arrêté aucun texte à l'avance. Je pris mon texte dans l'épître aux Hébreux : « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins » (Hébreux 4,16).

Mon but était d'encourager la foi, en nous-mêmes et en elle ; et en nous-mêmes en sa faveur. Quand je commençai à prier, elle fit d'abord un gros effort pour sortir. Mais les dames lui résistèrent avec douceur, et elle finit par rester tranquille ; mais elle tenait la tête très basse, et semblait résolue à ne pas écouter ce que je disais. Mais à mesure que j'avançais, elle se mit peu à peu à relever la tête, et à me regarder du fond de sa grande capote noire. Elle leva les yeux de plus en plus, jusqu'à se tenir droite, et me regarder en face avec une attention intense. Comme j'en venais à presser les gens d'être hardis dans leur foi, de se lancer, et de se remettre à Dieu avec la plus entière confiance, par le sacrifice expiatoire de notre grand souverain sacrificateur, tout à coup elle fit sursauter l'assemblée en poussant un grand cri. Puis elle se jeta presque à bas de son siège, la tête très basse, et je pus voir qu'elle « tremblait de tout son corps ». Les dames qui étaient sur le banc avec elle la soutenaient en partie, et veillaient sur elle avec un intérêt et une sympathie visiblement pleins de prière. À mesure que je poursuivais, elle se remit à lever les yeux, et bientôt elle se tint droite, le visage merveilleusement changé, rayonnant d'une joie et d'une paix triomphantes. Il y avait sur ses traits un éclat tel que j'en ai rarement vu sur un visage humain. Sa joie était si grande qu'elle eut peine à se contenir jusqu'à la fin de la réunion ; après quoi elle eut tôt fait de faire comprendre à tout le monde autour d'elle qu'elle était délivrée. Elle glorifiait Dieu, et se réjouissait avec un triomphe étonnant. Environ deux ans plus tard, je la rencontrai, et je la trouvai toujours remplie de joie et de paix.

L'autre cas de guérison fut celui d'une femme qui était elle aussi tombée dans le désespoir et la folie. Je n'étais pas présent quand elle fut rétablie ; mais on me dit que cela s'était fait de façon presque ou tout à fait instantanée, par un baptême du Saint-Esprit. On accuse parfois les réveils religieux de rendre les gens fous. La vérité, c'est que les hommes sont naturellement fous en matière de religion ; et que les réveils les ramènent à la raison plutôt qu'ils ne les rendent fous.

Pendant ce réveil, nous entendîmes beaucoup parler de l'opposition qu'il rencontrait à Gouverneur, une commune située à une douzaine de milles, je crois, plus au nord. Nous apprîmes que les méchants menaçaient de descendre pour nous attaquer en bande et disperser nos réunions. Bien entendu, nous n'y prêtâmes aucune attention ; et si j'en parle ici, c'est seulement parce que j'aurai bientôt l'occasion de mentionner un réveil qui eut lieu là-bas. Après avoir reçu les convertis, et après avoir travaillé à Antwerp en même temps qu'à Evans' Mills jusqu'à l'automne, je fis venir pour eux un jeune homme nommé Denning, qu'ils installèrent comme pasteur. Je cessai alors mes travaux à Antwerp.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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