Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 32
Le réveil de Rochester, en 1856
À l'automne 1855, nous fûmes de nouveau appelés à Rochester pour travailler au salut des âmes. Au début, je n'avais pas envie d'y aller, mais un messager arriva avec une demande pressante, portant les signatures d'un grand nombre de personnes, les unes chrétiens de profession, les autres non. Après beaucoup de réflexion et de prière, j'acceptai. Nous commençâmes nos travaux, et il apparut très vite que l'Esprit de Dieu agissait parmi la population. Quelques chrétiens de cette ville, et surtout le frère qui était venu me chercher, avaient prié avec la plus grande ferveur tout l'été pour que l'Esprit y soit répandu. Quelques âmes avaient lutté avec Dieu jusqu'à sentir qu'elles étaient à la veille d'un grand réveil. Quand j'exposai mes objections à retourner travailler à Rochester, le frère qui était venu me chercher les écarta toutes en disant : « Le Seigneur va vous envoyer à Rochester, vous irez à Rochester cet hiver, et nous aurons un grand réveil. » Malgré tout, je ne me décidai qu'avec beaucoup d'hésitation. Mais une fois arrivé, je fus vite convaincu que cela venait de Dieu. Je commençai à prêcher dans les différentes Églises. La Première Église presbytérienne de la ville était de l'ancienne école, et elle n'ouvrit pas ses portes à nos réunions. Mais l'Église congrégationaliste et les deux autres Églises presbytériennes, avec leurs pasteurs, prirent l'œuvre en main et s'y engagèrent avec ardeur et succès. Les Églises baptistes entrèrent aussi dans l'œuvre cette fois-ci, et les Églises méthodistes travaillèrent à leur manière à l'étendre. Nous tenions chaque jour, à midi, des réunions de prière très fréquentées, où régnait un excellent esprit.
Peu après le début de mes travaux, on m'adressa une demande signée par les membres du barreau et plusieurs juges (deux juges de la cour d'appel et, je crois, un ou deux juges de la cour suprême qui résidaient en ville), me priant de prêcher de nouveau une série de conférences aux hommes de loi sur le gouvernement moral de Dieu. J'accédai à leur demande. Cette fois, je commençai ma série aux hommes de loi en prêchant d'abord sur ce texte : « Nous nous recommandons à toute conscience d'homme devant Dieu » (2 Corinthiens 4,2). Je commençai par faire remarquer que le texte supposait que tout homme a une conscience. Puis je donnai une définition de la conscience, et je montrai ce qu'affirme réellement la conscience de tout homme : que tout homme se sait pécheur contre Dieu ; qu'il sait donc que Dieu doit le condamner comme pécheur ; et que tout homme sait que sa propre conscience le condamne comme pécheur. Je savais qu'il y avait parmi les hommes de loi quelques sceptiques. L'un d'eux avait même déclaré, quelques mois plus tôt, qu'il n'assisterait plus jamais à une réunion chrétienne ; qu'il ne croyait pas à la religion chrétienne et ne voulait pas faire semblant d'y croire ; que cela le mettait dans une position fausse, et qu'il était résolu à ne plus témoigner aucun respect aux institutions du christianisme.
Je conçus mes conférences, soir après soir, dans le but de convaincre les hommes de loi que, si la Bible n'était pas vraie, il n'y avait pas d'espoir pour eux. Je m'efforçai de montrer qu'ils ne pouvaient pas conclure que Dieu leur pardonnerait parce qu'il est bon, car sa bonté même pouvait l'empêcher de leur pardonner. Il pouvait n'être, tout bien considéré, ni sage ni bon de pardonner à un monde de pécheurs tel que nous savons l'être ; et, sans la Bible pour éclairer cette question, il était impossible à la raison humaine d'arriver à la conclusion que des pécheurs pouvaient être sauvés. En admettant que Dieu soit infiniment bienveillant, nous ne pouvions pas en conclure qu'un pécheur, quel qu'il soit, pouvait être pardonné ; nous devions au contraire en conclure que les pécheurs impénitents ne pouvaient pas être pardonnés. Je m'efforçai de déblayer le terrain de manière à ne leur laisser d'autre recours que la Bible, en tant qu'elle révèle la seule voie raisonnable par laquelle ils pouvaient espérer le salut.
À la fin de ma première conférence, j'appris que l'homme de loi dont j'ai parlé, celui qui avait dit qu'il n'assisterait plus jamais à une réunion chrétienne, avait dit à un ami en rentrant chez lui qu'il s'était trompé, qu'il était persuadé qu'il y avait dans le christianisme plus qu'il ne l'avait supposé, et qu'il ne voyait aucun moyen d'échapper à l'argumentation qu'il venait d'entendre ; et, de plus, qu'il assisterait à toutes ces conférences, et se ferait une opinion d'après les faits et les arguments qui seraient présentés.
Je continuai d'insister sur ce point jusqu'à ce que je sente qu'ils étaient réellement enfermés, sans autre espérance que le Christ et les révélations de l'Évangile. Mais je n'avais pas encore présenté le Christ ; je les laissais enfermés sous la loi, condamnés par leur propre conscience, et condamnés à la mort éternelle. Comme je m'y attendais, cela prépara efficacement le chemin à un accueil chaleureux du bienheureux Évangile. Quand j'en vins à exposer l'Évangile comme révélant la seule voie de salut possible ou concevable pour les pécheurs, ils cédèrent, comme ils l'avaient fait lors d'une précédente série de conférences, des années auparavant. Ils commencèrent à se briser, et une forte proportion d'entre eux furent convertis, selon toute espérance.
Chose tout à fait remarquable : les trois réveils dont j'ai été témoin à Rochester commencèrent tous et firent leurs premiers progrès dans les classes supérieures de la société. Cela favorisa beaucoup l'extension générale de l'œuvre, et aida à vaincre l'opposition.
Il y eut dans ce réveil, comme dans le précédent, beaucoup de conversions très frappantes. L'œuvre s'étendit et suscita tant d'intérêt qu'elle devint le sujet de conversation général dans toute la ville et dans la région environnante. Des négociants s'arrangèrent pour que leurs commis assistent aux réunions, une partie un jour, l'autre partie le lendemain. L'œuvre devint si générale dans toute la ville que dans tous les lieux publics, dans les magasins et les auberges, dans les banques, dans la rue, dans les voitures publiques, partout, l'œuvre du salut qui s'accomplissait était le sujet qui absorbait les esprits.
Des hommes qui avaient résisté lors des réveils précédents se courbèrent, en grand nombre, devant le Christ dans celui-ci. Des hommes qui avaient ouvertement violé le sabbat, d'autres qui avaient été ouvertement blasphémateurs, en fait toutes les classes de personnes, des plus haut placées aux plus humbles, des plus riches aux plus pauvres, furent visitées par la puissance de ce réveil et amenées au Christ. Je restai là tout l'hiver, et le réveil ne cessa de grandir jusqu'à la fin. Le docteur Anderson, président de l'université, s'engagea dans l'œuvre de tout cœur et, à ce que j'ai compris, un grand nombre des étudiants de l'université se convertirent à ce moment-là. Les pasteurs des deux Églises baptistes prirent part à l'effort, et je prêchai plusieurs fois dans leurs églises.
Mme Finney connaissait bien Rochester, y ayant vécu de nombreuses années, et ayant été témoin des deux grands réveils précédents auxquels j'avais travaillé. Elle prit à ce réveil un intérêt passionné, et travailla, comme d'habitude, avec beaucoup de zèle et de succès. Comme les fois précédentes, je trouvai les habitants de Rochester disposés, comme les nobles Béréens, à recevoir « la parole avec beaucoup d'empressement », et à examiner « chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact » (Actes 17,11). Beaucoup de dames de Rochester usèrent de toute leur influence pour amener toutes les classes aux réunions et au Christ. Certaines visitaient les magasins et les maisons de commerce, et usaient de toute leur influence pour obtenir que les personnes employées dans ces établissements assistent à nos réunions. Beaucoup d'hommes travaillant à l'exploitation du chemin de fer se convertirent, et finalement une grande partie du trafic du dimanche sur les lignes fut suspendue, à cause du grand mouvement religieux qui touchait la ville et ceux qui étaient employés sur les lignes.
L'œuvre bénie de la grâce s'étendit et grandit au point qu'on eut l'impression que la ville entière allait se convertir. Comme lors des réveils précédents, l'œuvre se répandit de ce centre dans les villes et les villages des environs. Il est tout à fait remarquable que les réveils de Rochester aient eu une si grande influence sur d'autres villes et villages, proches et lointains.
Les moyens employés pour favoriser ce réveil furent les mêmes que dans chacun des grands réveils précédents. On prêcha les mêmes doctrines. On employa les mêmes mesures, avec des résultats en tout point semblables à ceux qu'on avait obtenus lors des réveils précédents. On vit, comme auparavant, une attention sérieuse et sincère à la parole prêchée, une recherche très intelligente de la vérité telle qu'elle est réellement enseignée dans la Bible. Je n'ai jamais prêché nulle part avec plus de plaisir qu'à Rochester. C'est une population très intelligente, qui a toujours fait preuve d'une franchise, d'un sérieux et d'un goût pour la vérité supérieurs à tout ce que j'ai vu, sur une aussi grande échelle, en aucun autre endroit. J'ai travaillé dans d'autres villes où les gens étaient encore plus instruits qu'à Rochester. Mais dans ces villes, les idées et les habitudes des gens étaient plus figées ; les gens étaient plus délicats, plus effrayés par les mesures qu'à Rochester. En Nouvelle-Angleterre, j'ai trouvé un haut degré d'instruction générale, mais aussi une timidité, une raideur, un formalisme et une manière figée de faire les choses qui ont empêché le Saint-Esprit d'agir avec liberté et puissance.
Quand je travaillais à Hartford, je reçus la visite d'un pasteur du centre de l'État de New York, qui avait été témoin des glorieux réveils de cette région. Il assista à nos réunions et observa le caractère et la marche de l'œuvre dans cette ville. Je ne lui dis rien du formalisme de nos réunions de prière, ni de la timidité des gens dans l'emploi des mesures, mais il me fit cette remarque : « Mais, frère Finney, vous avez les mains liées ; vous êtes enfermé dans la haie de leurs craintes et de leur manière figée de tout faire. Ils ont même mis le Saint-Esprit dans une camisole de force. » C'était fort, et cela peut paraître à certains irrévérencieux et profane, mais il n'y mettait rien de tel. C'était un serviteur pieux, ardent et humble de Jésus-Christ, et il exprimait exactement ce qu'il voyait et ressentait, et exactement ce que je voyais et ressentais moi-même : que le Saint-Esprit était grandement entravé dans son œuvre par les craintes et la sagesse propre des gens. Je dois même dire que je ne crois pas que les gens de Nouvelle-Angleterre puissent le moins du monde mesurer les entraves qu'ils imposent au Saint-Esprit dans l'accomplissement du salut des âmes. Ils ne peuvent pas non plus mesurer la puissance et la pureté des réveils dans les lieux où ces craintes, ces préjugés, ces entraves et cette sagesse propre n'existent pas.
Dans une population intelligente et instruite, on peut laisser une grande liberté dans l'emploi des moyens, sans danger de désordre.
À vrai dire, les idées fausses sur ce qui constitue le désordre sont très répandues. La plupart des Églises appellent désordre tout ce à quoi elles ne sont pas habituées. Leurs façons figées sont à leurs yeux l'ordre de Dieu, et tout ce qui s'en écarte est désordre et choque leur idée des convenances. Mais en réalité, rien de ce qui répond simplement aux besoins des gens n'est désordre. En religion comme en toute chose, le bon sens et un jugement sain sauront, selon les moments, adapter judicieusement les moyens aux fins. Les mesures nécessaires viendront naturellement à l'esprit de ceux qui voient l'état des choses ; et, si on les emploie avec prière et prudence, que l'on laisse une grande liberté aux influences du Saint-Esprit dans tous les cœurs.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).