Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 29
Au Tabernacle de Moorfields, à Londres
J'avais accepté la cordiale invitation du docteur Campbell à occuper sa chaire pendant quelque temps ; et, en conséquence, après les assemblées de mai, je me mis sérieusement à l'œuvre en vue d'un réveil, sans pourtant en rien dire au docteur Campbell ni à personne pendant plusieurs semaines. Je prêchai une série de sermons destinés à convaincre les gens de péché, aussi profondément et aussi universellement que possible. Je voyais, de dimanche en dimanche et de soir en soir, que la parole produisait un grand effet. Le dimanche, je prêchais matin et soir ; et je prêchais aussi le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi soir. Le lundi soir, nous avions une réunion de prière générale au Tabernacle. À chacune de ces réunions, je parlais aux gens sur le sujet de la prière. Nos auditoires étaient très nombreux ; et toujours, le dimanche matin comme le dimanche soir, la salle était comble.
La religion avait tellement décliné dans tout Londres, à cette époque, qu'on prêchait très peu de sermons en semaine ; et je me souviens que le docteur Campbell me dit un jour qu'à son avis je prêchais, les soirs de semaine, à plus de monde que tous les autres pasteurs de Londres réunis. J'ai dit que le docteur Campbell touchait le traitement attaché à la charge de pasteur de son Église. Mais ce traitement, il ne l'employait pas pour lui-même, du moins pas en totalité ; car il pourvoyait à ses frais à la chaire, tout en remplissant les devoirs pastoraux qu'il lui était possible de remplir sous le poids de ses travaux de journaliste. Je trouvai dans le docteur Campbell un homme ardent, mais très batailleur. Il était toujours porté à la controverse. Pour employer une expression américaine, il avait l'habitude de « tomber à bras raccourcis » sur tous ceux et sur tout ce qui ne s'accordait pas avec ses vues. De cette manière, il fit beaucoup de bien ; et parfois, je le crains, quelque mal.
Après avoir prêché plusieurs semaines de la manière que j'ai dite, je sus qu'il était temps d'appeler ceux qui cherchaient. Mais le docteur Campbell, je m'en aperçus, n'avait rien de tel en tête. À vrai dire, il n'avait pas été placé de façon à voir ce qui se passait dans l'auditoire, comme je le pouvais du haut de la chaire ; et l'eût-il été, il ne l'aurait probablement pas compris. L'usage, dans cette Église, est de célébrer la cène un dimanche soir sur deux. Ces soirs-là, on prêchait un court sermon, puis on congédiait l'assemblée ; et tous se retiraient, sauf ceux qui avaient des cartes pour la communion, et qui restaient pendant qu'on célébrait le sacrement.
Le dimanche matin dont je parle, je dis au docteur Campbell : « Vous avez un service de communion ce soir, et il me faut une réunion pour ceux qui cherchent à la même heure. Avez-vous une salle, quelque part dans vos bâtiments, où je puisse inviter ceux qui cherchent, après la prédication ? » Il hésita, et exprima des doutes : y aurait-il seulement quelqu'un pour venir à une telle réunion ? Cependant, comme j'insistais, il répondit : « Oui, il y a la salle de l'école enfantine, où vous pourriez les inviter. » Je demandai combien de personnes elle pouvait recevoir. Il répondit : « De vingt à trente, ou peut-être quarante. » « Oh ! dis-je, ce n'est pas la moitié de ce qu'il faut. N'avez-vous pas une salle plus grande ? » Là-dessus, il manifesta de l'étonnement, et me demanda si je pensais qu'il y avait dans l'assemblée assez d'intérêt pour justifier l'invitation que je comptais faire. Je lui dis qu'il y avait dans l'assemblée des centaines de gens qui cherchaient. Mais il se mit à rire, et dit que c'était impossible. Je lui demandai s'il n'avait pas une salle plus grande. « Eh bien, oui, dit-il, il y a la salle de l'école britannique. Mais elle contient quinze ou seize cents personnes ; vous n'en voulez pas, bien sûr. » « Si, dis-je, c'est justement la salle qu'il me faut. Où est-elle ? » « Oh ! dit-il, vous n'allez sûrement pas vous risquer à convoquer une réunion là. Il n'y viendra pas, je pense, la moitié de ce que pourrait contenir la salle de l'école enfantine. » Et il ajouta : « Monsieur Finney, souvenez-vous que vous êtes en Angleterre, et à Londres, et que vous ne connaissez pas nos gens. En Amérique, vous pourriez peut-être amener les gens à venir à une telle réunion sur un appel comme celui que vous vous proposez de faire ; mais ici, vous ne les y amènerez pas. Souvenez-vous qu'à cette époque de l'année, notre service du soir finit avant le coucher du soleil. Et vous imaginez qu'au milieu de Londres, sur une invitation adressée à ceux qui recherchent le salut de leur âme et qui en sont inquiets, ils vont se mettre à part, en plein jour, sur un appel pareil fait publiquement, pour se rendre à une telle réunion ? » Je lui répondis : « Docteur Campbell, je connais l'état des gens mieux que vous. L'Évangile convient aussi bien aux Anglais qu'aux Américains ; et je ne crains pas du tout que l'orgueil des gens les empêche de répondre à un tel appel, pas plus qu'il n'en empêcherait les gens en Amérique. »
Je lui demandai de m'indiquer où se trouvait cette salle, et de me la désigner assez précisément pour que je puisse la montrer aux gens en faisant l'appel que j'avais l'intention de faire. Après bien des discussions, le docteur consentit à contrecœur ; mais il me dit expressément que je devais en prendre la responsabilité sur moi seul, et qu'il ne la partagerait pas. Je répondis que je comptais bien la prendre, et que j'y étais prêt. Il me donna alors des indications précises sur l'endroit, qui n'était qu'à une petite distance du Tabernacle. Les gens devaient remonter Cowper Street vers City Road sur quelques dizaines de mètres, et s'engager dans un étroit passage menant au bâtiment de l'école britannique. Nous allâmes alors au service ; je prêchai le matin, puis de nouveau le soir, c'est-à-dire à six heures, si je me souviens bien de l'heure. Je prêchai un court sermon, puis j'informai les gens de ce que je désirais. J'appelai tous ceux qui étaient inquiets pour leur âme, et qui étaient disposés à faire immédiatement leur paix avec Dieu, à venir à une réunion où ils recevraient un enseignement adapté à leur état d'esprit. Je fus très précis sur la catégorie de personnes invitées. Je dis : « Les chrétiens de profession ne sont pas invités à cette réunion. Il doit y avoir ici un service de communion ; qu'ils restent ici. Les pécheurs insouciants ne sont pas invités à cette réunion. Ceux-là seuls sont attendus, qui ne sont pas chrétiens, mais qui sont inquiets du salut de leur âme et désirent qu'on leur enseigne directement quel est leur devoir présent envers Dieu. » Je le répétai, pour ne pas être mal compris. Le docteur Campbell écoutait avec une grande attention ; et je suppose qu'il s'attendait, puisque j'avais restreint mon appel à une telle catégorie, à ce que très peu de gens y viennent, si même il en venait. J'étais résolu à ne pas laisser la masse de l'assemblée se rendre dans cette salle ; et de plus, je voulais que ceux qui iraient y aillent en sachant expressément qu'ils étaient des pécheurs en recherche. J'insistai sur ce point, non seulement en vue des fruits de la réunion, mais pour convaincre le docteur Campbell que sa façon de voir était erronée. J'étais entièrement certain qu'il y avait dans l'assemblée une grande somme de conviction de péché, et que des centaines de personnes étaient prêtes à répondre aussitôt à un tel appel. J'étais parfaitement sûr de ne pas faire cet appel prématurément. Je m'appliquai donc à désigner très précisément la catégorie de personnes que je souhaitais voir venir, et la manière de trouver l'endroit. Puis je congédiai l'assemblée, et les gens se retirèrent.
Le docteur Campbell, nerveux et inquiet, regarda par la fenêtre pour voir de quel côté allait la foule ; et, à son grand étonnement, Cowper Street était absolument noire de monde, des gens qui se pressaient pour entrer dans la salle de l'école britannique. Je sortis, je montai avec la foule et j'attendis à l'entrée que la multitude fût entrée. Quand j'entrai, je trouvai la salle bondée. Le docteur Campbell estima qu'il n'y avait pas moins de quinze ou seize cents personnes présentes. C'était une grande salle, garnie de bancs comme on en voit souvent dans les salles de classe.
Il y avait près de l'entrée une estrade, sur laquelle se tenaient les orateurs lors des réunions publiques, qui y étaient fréquentes. Je m'aperçus bientôt que l'assemblée était si fortement saisie par la conviction de péché qu'il fallait prendre grand soin d'empêcher une explosion de sentiments incontrôlables. Très peu de temps après, le docteur Campbell entra lui-même. Voyant une telle foule se rassembler, il avait été plein du désir anxieux d'être présent ; il avait donc expédié son service de communion, et il venait à la réunion pour ceux qui cherchent. Il parut stupéfait de la foule présente, et surtout de l'intensité de l'émotion qui s'y manifestait. Je leur parlai quelques instants sur la question du devoir immédiat ; et je m'efforçai, comme je le fais toujours, de leur faire comprendre que Dieu exigeait d'eux, à l'instant même, qu'ils s'abandonnent entièrement à sa volonté, qu'ils déposent leurs armes de rébellion, qu'ils se soumettent à lui comme à leur souverain légitime, et qu'ils acceptent Jésus comme leur seul Rédempteur.
J'étais en Angleterre depuis assez longtemps pour sentir la nécessité d'être très précis, en leur donnant des instructions propres à détruire leur idée qu'il fallait attendre le moment de Dieu. Londres est, et depuis longtemps, affligé d'une prédication hypercalviniste. Je visai donc dans mes paroles à renverser ces idées, dans lesquelles beaucoup d'entre eux, je le supposais, avaient été élevés ; car peu des personnes présentes, à ce que je pensais, appartenaient vraiment à l'Église du docteur Campbell. En effet, il m'avait dit lui-même que l'auditoire qu'il voyait jour après jour lui était nouveau, et que les foules qui s'y pressaient lui étaient aussi inconnues qu'à moi. Je m'efforçai donc, dans mes instructions, de les mettre en garde d'un côté contre l'hypercalvinisme, et de l'autre contre cet arminianisme au rabais dans lequel, je le supposais, beaucoup d'entre eux avaient été élevés.
Puis, après avoir bien tendu le filet de l'Évangile tout autour d'eux, je me préparai à le ramener sur le rivage. Comme j'allais leur demander de s'agenouiller et de se livrer à Christ entièrement et pour toujours, un homme s'écria au milieu de l'assemblée, dans la plus grande détresse d'esprit, qu'il avait laissé passer par son péché son jour de grâce. Je vis qu'il y avait danger de tumulte ; j'apaisai les choses de mon mieux, et j'invitai les gens à s'agenouiller, mais à rester si possible assez tranquilles pour entendre chaque mot de la prière que j'allais faire. Ils le firent : par un effort visible, ils restèrent assez calmes pour entendre ce qui se disait, bien qu'on entendît de grands sanglots et des pleurs dans toutes les parties de la salle.
Je congédiai alors la réunion. Par la suite, je tins souvent des réunions semblables, avec des résultats semblables, le dimanche soir, tout le temps que je restai avec cette Église, c'est-à-dire neuf mois en tout. L'intérêt grandit et s'étendit tellement qu'on ne put plus loger ceux qui cherchaient dans cette grande salle de l'école britannique ; et souvent, quand je voyais que l'impression faite sur l'assemblée était très générale et très profonde, après leur avoir donné les instructions convenables et les avoir placés face à face avec la question d'un abandon de tout à Christ, sans réserve et immédiat, j'invitais ceux qui étaient prêts à le faire à se lever à leur place, pendant que nous les offrions à Dieu dans la prière. Les allées de cette salle étaient si étroites et si encombrées qu'il était impossible d'employer ce qu'on appelle le banc des âmes inquiètes, ou même que les gens se déplacent le moins du monde dans l'assemblée.
Souvent, quand je faisais ces appels, invitant les gens à se lever et à s'offrir pendant que nous les offrions dans la prière, plusieurs centaines se levaient ; et en certaines occasions, si la salle contenait autant de places qu'on le supposait, il ne se leva pas moins de deux mille personnes à la suite d'un appel. En vérité, on aurait dit, du haut de la chaire, que presque toute l'assemblée se levait. Et pourtant, je n'appelais pas les membres de l'Église, mais seulement ceux qui cherchaient, à se lever et à se livrer à Dieu.
Au milieu de l'œuvre, il se produisit une circonstance qui montrera l'ampleur de l'intérêt religieux qui entourait alors cette Église. Voici la circonstance dont je parle. Les dissidents d'Angleterre s'efforçaient depuis longtemps d'amener le gouvernement à tenir plus de compte qu'il n'avait coutume de le faire, dans son action, des intérêts des dissidents dans ce pays. Mais on leur avait toujours répondu d'une manière qui laissait entendre que les dissidents étaient peu nombreux, comparés à l'Église établie. On en avait tant parlé que le gouvernement résolut de prendre des mesures pour connaître la force relative des deux partis, c'est-à-dire des dissidents et de l'Église d'Angleterre. Un certain samedi soir, sans aucun avertissement ni avis préalable qui pût faire comprendre ou même soupçonner nulle part ce qui se préparait, un message fut envoyé secrètement à tous les lieux de culte du royaume, demandant qu'on choisisse des personnes pour se tenir, le dimanche matin suivant, aux portes de toutes les églises, de toutes les chapelles et de tous les lieux de culte du royaume entier, afin de recenser tous ceux qui entreraient dans les maisons de culte de toutes les dénominations. Un tel avis fut envoyé au docteur Campbell ; mais je ne le sus qu'ensuite. Conformément aux instructions, il plaça des hommes à chaque porte du Tabernacle, avec ordre de compter toutes les personnes qui entreraient pendant le service du matin. On fit de même, à ce que je compris, dans toute la Grande-Bretagne. On sut ainsi la force relative des deux partis ; autrement dit, lequel avait le plus de fidèles le dimanche, des dissidents ou de l'Église établie. Je crois que ce recensement prouva que les dissidents étaient en majorité. Quoi qu'il en soit, le docteur Campbell me dit que les hommes postés aux portes du Tabernacle avaient compté plusieurs milliers de personnes de plus que la salle n'en pouvait contenir à la fois. Cela venait de ce que des multitudes entraient par les portes, puis, ne trouvant de place ni pour s'asseoir ni pour se tenir debout, cédaient la place à d'autres. L'intérêt était si grand qu'un lieu de culte de plusieurs milliers de places aurait été tout aussi plein que le Tabernacle.
D'où venaient tous ces gens, le docteur Campbell ne le savait pas, et personne n'aurait pu le dire ; mais que des centaines et des milliers d'entre eux aient été convertis, il n'y a aucune raison d'en douter. En fait, j'en vis et j'en entretins un très grand nombre, et je travaillai de cette manière jusqu'à l'extrême limite de mes forces.
Le samedi soir, ceux qui cherchaient et les nouveaux convertis venaient au cabinet de travail pour s'entretenir avec moi. Il en venait un grand nombre chaque semaine, et les conversions se multipliaient. Les gens venaient, à ce que j'appris, de tous les quartiers de la ville. Beaucoup faisaient à pied plusieurs milles chaque dimanche pour assister aux réunions. Bientôt, on commença à m'aborder dans les rues, dans différents quartiers de la ville : c'étaient des gens qui me connaissaient et qui avaient été grandement bénis en assistant à nos réunions. Oui, la parole de Dieu fut bénie, grandement bénie à Londres en ce temps-là.
Un jour, le docteur Campbell me demanda d'entrer dans la salle de l'école britannique et d'adresser quelques mots aux élèves. Je le fis, et je commençai par leur demander ce qu'ils se proposaient de faire de leur instruction ; et j'insistai sur leur responsabilité à cet égard. Je m'efforçai de leur montrer combien de bien ils pourraient faire, et quelle grande bénédiction leur instruction serait pour eux et pour le monde s'ils en faisaient bon usage, et quelle grande malédiction elle serait pour eux et pour le monde s'ils en usaient égoïstement. L'allocution fut courte ; mais j'insistai fortement sur ce point. Le docteur Campbell me fit remarquer plus tard qu'un bon nombre d'entre eux, j'ai oublié combien, avaient été reçus dans l'Église, qui avaient été réveillés à ce moment-là et amenés à chercher le salut de leur âme. Il le mentionnait comme un fait remarquable, parce que, disait-il, il ne s'attendait nullement à un tel résultat.
Le fait est que les pasteurs, en Angleterre comme dans ce pays-ci, avaient en grande partie perdu de vue la nécessité de presser sur la conscience des gens leurs obligations présentes. « Mais enfin, me dit le docteur Campbell en me racontant cela, je ne comprends pas. Vous n'avez rien dit que n'importe qui d'autre n'aurait pu dire tout aussi bien. » « Oui, répondis-je, ils auraient pu le dire ; mais l'auraient-ils dit ? Auraient-ils adressé à la conscience de ces jeunes gens un appel aussi direct et aussi pressant que je l'ai fait ? » Voilà la difficulté. Les pasteurs parlent des pécheurs ; ils ne leur font pas sentir que Dieu leur commande de se repentir maintenant ; et ainsi ils gaspillent leur ministère.
À vrai dire, j'entends rarement un sermon qui paraisse construit dans l'intention de placer sur-le-champ les pécheurs face à face avec leur devoir présent envers Dieu. À entendre les sermons qu'on prêche, que ce soit dans ce pays ou en Angleterre, on n'aurait guère l'idée que les pasteurs s'attendent à être, sur le moment, l'instrument de la conversion de qui que ce soit dans l'assemblée, ou qu'ils en aient l'intention.
On m'a raconté il y a quelque temps un fait qui illustrera ce que je viens de dire. Deux jeunes hommes qui se connaissaient, mais qui avaient des vues très différentes sur la prédication de l'Évangile, étaient établis pasteurs de deux Églises peu éloignées l'une de l'autre. L'un eut un puissant réveil dans son Église, et l'autre n'en eut aucun. L'un recevait sans cesse de nouveaux membres dans son Église, et l'autre aucun. Ils se rencontrèrent un jour, et celui dont l'Église ne s'accroissait pas demanda à son frère la cause de la différence entre eux ; et il lui demanda s'il pouvait prendre un de ses sermons et le prêcher à ses fidèles, pour voir s'il produirait un autre effet que les siens. La chose fut convenue ; et il prêcha à ses gens le sermon emprunté. C'était un sermon qui, bien qu'écrit, était construit dans le but de placer les pécheurs face à face avec leur devoir envers Dieu. À la fin du service, il vit que beaucoup étaient très émus, et restaient à leur place en pleurant. Il leur fit donc de profondes excuses, disant qu'il espérait ne pas les avoir blessés, car il n'en avait pas eu l'intention.
Mon esprit était fort préoccupé à la vue de la désolation morale de cette immense ville de Londres. Les lieux de culte de la ville, à ce que j'appris, ne suffisaient à recevoir qu'une faible partie des habitants. Mais je m'intéressai vivement à un mouvement qui naquit parmi les épiscopaliens. Un certain nombre de leurs pasteurs vinrent assister à nos réunions. L'un des recteurs, un certain M. Allen, s'y engagea de tout cœur, et résolut d'essayer de susciter un réveil dans sa propre et grande paroisse. Comme il me l'apprit ensuite, il fit le tour de sa paroisse et y établit vingt réunions de prière, en différents endroits. Il se mit à prêcher de toutes ses forces, en s'adressant directement aux gens. Le Seigneur bénit grandement ses travaux, et avant mon départ il m'apprit que pas moins de quinze cents personnes, selon toute espérance, avaient été converties dans sa paroisse. Plusieurs autres pasteurs épiscopaliens furent grandement réveillés et vivifiés dans leur âme, et se mirent à tenir des séries de réunions, ou réunions continues. Quand je quittai Londres, il y avait quatre ou cinq églises épiscopales différentes qui tenaient des réunions quotidiennes et faisaient des efforts pour susciter un réveil. Dans chaque cas, je crois, elles furent grandement bénies et rafraîchies. Il se passa dix ans avant que je revienne travailler à Londres ; et l'on me dit que l'œuvre n'avait jamais cessé, qu'elle s'était poursuivie, étendant ses limites et se répandant dans différentes directions. Lors de ma seconde visite, je trouvai beaucoup des convertis travaillant dans différents quartiers de Londres, de diverses manières et avec un grand succès.
J'ai dit que mon esprit était fort préoccupé de l'état de Londres. Je n'ai presque jamais été plus poussé à prier pour une ville ou un lieu que je ne le fus pour Londres. Parfois, quand je priais, surtout en public, devant ces multitudes, il me semblait que je ne pouvais plus m'arrêter de prier, et que l'esprit de prière allait presque m'arracher à moi-même dans mes supplications pour ces gens et pour la ville tout entière. À peine étais-je arrivé en Angleterre que je commençai à recevoir des quantités d'invitations à prêcher pour faire des collectes en faveur de diverses œuvres : payer le traitement du pasteur, aider à payer une chapelle, réunir de l'argent pour l'école du dimanche, ou pour quelque autre but semblable. Si j'avais accédé à ces demandes, je n'aurais pu rien faire d'autre. Mais je refusai de me rendre à aucun appel de ce genre. Je leur dis que je n'étais pas venu en Angleterre pour obtenir de l'argent, ni pour moi ni pour eux. Mon but était de gagner des âmes à Christ.
Après avoir prêché pour le docteur Campbell environ quatre mois et demi, je devins très enroué ; et la santé de ma femme fut elle aussi fort éprouvée par le climat et par nos travaux intenses. Et ici, je dois commencer à raconter plus particulièrement ce que Dieu fit par elle.
Jusque-là, elle n'avait assisté et pris part qu'à des réunions de femmes ; et c'était une chose si nouvelle en Angleterre qu'elle n'avait encore fait que peu de chose dans ce sens. Mais pendant que nous étions chez le docteur Campbell, on lui demanda d'assister à une réunion autour du thé de femmes pauvres, sans instruction et sans religion. Les réunions autour du thé, comme on les appelle, se tiennent en Angleterre pour rassembler les gens en vue d'un but particulier. Une réunion de ce genre fut convoquée par des messieurs et des dames chrétiens charitables, et l'on pria instamment ma femme d'y assister. Elle y consentit, sans penser un instant que des messieurs resteraient dans la réunion pendant qu'elle prendrait la parole. Cependant, quand elle arriva, elle trouva la salle bondée ; et, outre les femmes, un nombre considérable de messieurs, qui s'intéressaient vivement aux résultats de la réunion. Elle attendit un peu, pensant qu'ils allaient se retirer. Mais comme ils restaient et s'attendaient à ce qu'elle prenne la direction de la réunion, elle se leva et, je crois, s'excusa d'être appelée à parler en public, en leur disant qu'elle n'en avait jamais eu l'habitude. Elle n'était alors ma femme que depuis un peu plus d'un an, et elle n'était jamais partie avec moi travailler dans des réveils avant que nous allions en Angleterre. Elle fit à cette réunion, comme elle me l'apprit en rentrant à notre logis, une allocution d'environ trois quarts d'heure, avec de très bons résultats manifestes. Les femmes pauvres présentes semblèrent profondément émues et intéressées ; et quand elle eut fini de parler, quelques-uns des messieurs présents se levèrent et exprimèrent leur grande satisfaction de ce qu'ils avaient entendu. Ils dirent qu'ils avaient eu des préjugés contre la prise de parole des femmes en public ; mais ils ne voyaient aucune objection à cela en de telles circonstances, et ils voyaient que c'était manifestement propre à faire beaucoup de bien. Ils lui demandèrent donc d'assister à d'autres réunions semblables, ce qu'elle fit. À son retour, elle me raconta ce qu'elle avait fait, et me dit qu'elle se demandait si cela n'allait pas exciter les préjugés des Anglais, et peut-être faire plus de mal que de bien. Je le craignais moi-même, et je le lui dis. Pourtant, je crois que je ne lui conseillai pas de se tenir tranquille et de ne plus assister à de telles réunions ; au contraire, après plus ample réflexion, je l'y encourageai. Dès lors, elle s'accoutuma de plus en plus à ce genre de travail tant que nous restâmes en Angleterre ; et après notre retour au pays, elle continua de travailler parmi les personnes de son sexe partout où nous allions. J'aurai l'occasion de m'étendre sur ce point quand je parlerai des réveils où elle tint une place très importante.
Il y eut à Londres, en ce temps-là, un grand nombre de conversions des plus intéressantes, dans presque toutes les classes de la société. Je prêchai beaucoup sur la confession et la restitution, et les résultats en furent vraiment merveilleux. Presque toutes les formes de crime furent ainsi mises au jour et confessées. Des centaines, et je crois des milliers de livres sterling furent versées pour faire restitution.
Quiconque connaît Londres sait que du début de novembre jusqu'au mois de mars suivant la ville est très sombre, et que l'air y est misérable, aussi bien pour respirer que pour parler. Nous y étions arrivés au début de mai. En septembre, mon ami Brown, de Houghton, vint nous voir ; et voyant l'état de santé où nous étions tous les deux, il dit : « Cela ne peut pas durer. Il faut que vous alliez en France, ou ailleurs sur le continent, là où l'on ne comprend pas votre langue ; car il n'y a pas de repos pour vous en Angleterre tant que vous serez capable de parler. » Après en avoir discuté, nous décidâmes de suivre son conseil et d'aller passer un peu de temps en France. Il me remit cinquante livres sterling pour couvrir nos dépenses. Nous allâmes à Paris, et en divers autres endroits de France. Nous évitâmes soigneusement de faire des connaissances, et nous nous tînmes aussi tranquilles que possible. L'effet du changement de climat sur la santé de ma femme fut très marqué. Elle retrouva très vite toutes ses forces. Je me remis peu à peu de mon enrouement ; et après une absence d'environ six semaines, nous reprîmes nos travaux au Tabernacle, où nous continuâmes de travailler jusqu'au début d'avril suivant, date à laquelle nous partîmes pour rentrer au pays. Je quittai l'Angleterre à grand regret. Mais la prospérité de notre collège semblait exiger mon retour. Nous nous étions vivement attachés aux Anglais, et nous désirions beaucoup rester et prolonger nos travaux. Nous nous embarquâmes à Londres sur un grand paquebot, le Southampton. Le jour de notre départ, une multitude de gens qui avaient été touchés par nos travaux se rassemblèrent sur le quai. La grande majorité d'entre eux étaient de jeunes convertis. Le navire dut attendre la marée, et pendant plusieurs heures une foule immense se tint sur l'espace découvert autour du navire, attendant de nous voir partir. S'arracher à une telle multitude de cœurs aimants épuisa complètement les forces de ma femme. Dès que le navire fut sorti du bassin, elle se retira dans notre cabine. Je restai sur le pont et regardai les mouchoirs s'agiter, jusqu'à ce que le courant nous eût emportés au bas du fleuve, hors de vue. Ainsi prirent fin nos travaux en Angleterre, lors de notre première visite.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).