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Mémoires · Charles G. Finney

Chapitre 24

Les premières années à Oberlin

Les étudiants du séminaire de Lane vinrent à Oberlin ; les administrateurs firent construire des « baraquements » pour les loger, et d'autres étudiants affluèrent chez nous de tous côtés. Après mon engagement, les frères d'Oberlin m'écrivirent pour me demander d'apporter une grande tente où tenir les réunions, car il n'y avait sur place aucune salle assez grande pour accueillir la population. Je fis part de cette demande à quelques-uns de mes frères, qui me dirent d'aller faire fabriquer une tente : ils fourniraient l'argent. J'allai la commander, et ils me remirent de quoi la payer. C'était une tente ronde, de cent pieds de diamètre, avec tout le matériel nécessaire pour la monter. Au sommet du mât central qui la soutenait flottait une banderole sur laquelle étaient écrits, en très grandes lettres, ces mots : « Sainteté à l'Éternel » (Exode 28,36). Cette tente nous rendit de grands services. Quand le temps le permettait, nous la dressions chaque dimanche sur la place et nous y tenions le culte public ; plusieurs de nos premières cérémonies de fin d'études s'y déroulèrent. Elle servit aussi, dans une certaine mesure, à tenir des séries de réunions dans la région alentour, là où aucune église n'était assez grande pour répondre aux besoins.

J'ai parlé de la promesse d'Arthur Tappan de nous fournir des fonds, jusqu'à concurrence de tout son revenu, tant que nous ne serions pas à l'abri du besoin. C'est sur cet accord avec lui que je me mis à l'œuvre. Mais il était en outre convenu entre nous que les administrateurs ne seraient pas informés de son engagement, de peur qu'ils ne fassent pas les efforts voulus : il désirait qu'ils ne se contentent pas de recueillir des fonds, mais qu'ils fassent connaître dans tout le pays les besoins et les buts de l'établissement. Conformément à cet accord, on poussa ici les travaux aussi vite que possible, compte tenu de ce que nous étions au cœur d'une grande forêt, dans un lieu qui, à cette époque, était peu attrayant à bien des égards.

Nous venions à peine de commencer à élever nos bâtiments, et nos plans exigeaient de grosses sommes, quand le grand krach commercial terrassa M. Tappan et presque tous ceux qui avaient souscrit au fonds destiné à rémunérer le corps enseignant. Le krach balaya tout le pays et abattit la grande masse des hommes riches. Il nous laissa non seulement sans ressources pour payer les professeurs, mais avec trente mille dollars de dettes, sans aucune perspective, à vue humaine, d'obtenir des fonds des amis du collège dans ce pays. M. Tappan m'écrivit alors ; il reconnaissait expressément la promesse qu'il m'avait faite et exprimait son profond regret d'être ruiné et entièrement incapable de tenir son engagement. Nos besoins étaient alors grands, et il semblait humainement que le collège allait à l'échec.

La grande masse de la population de l'Ohio était totalement hostile à notre entreprise, à cause de son caractère abolitionniste. Les villes voisines étaient opposées à notre mouvement, et en certains endroits on menaça de venir démolir nos bâtiments. Pendant ce temps, une législature démocrate cherchait à trouver contre nous quelque prise qui lui permettrait d'abroger notre charte. Dans cette situation, il y eut naturellement ici, parmi la population, de grands cris vers Dieu.

Entre-temps, mes discours sur les réveils avaient été très largement diffusés en Angleterre, et nous savions que le public britannique sympathiserait vivement avec nous s'il connaissait nos buts, nos perspectives et notre situation. Nous envoyâmes donc en Angleterre une délégation composée du pasteur John Keep et de M. William Dawes, après leur avoir obtenu des lettres de recommandation et des témoignages de confiance en notre entreprise de la part de quelques-uns des principaux antiesclavagistes du pays. Ils allèrent en Angleterre et exposèrent nos buts et nos besoins au public britannique. Celui-ci répondit généreusement et nous donna six mille livres sterling. Cela suffit presque à éteindre notre dette.

Nos amis dispersés dans les États du Nord, abolitionnistes et amis des réveils, nous aidèrent généreusement dans la mesure de leurs moyens. Mais nous dûmes lutter contre la pauvreté et bien des épreuves pendant plusieurs années. Parfois, nous ne savions pas, d'un jour à l'autre, comment il serait pourvu à nos besoins. Mais, avec la bénédiction de Dieu, nous nous débrouillâmes de notre mieux.

À un moment, je ne voyais aucun moyen de faire vivre ma famille pendant l'hiver. Le jour de Thanksgiving arriva et nous trouva si pauvres que j'avais dû vendre ma malle de voyage, celle qui m'avait servi dans mes tournées d'évangéliste, pour remplacer une vache que j'avais perdue. Le matin de Thanksgiving, je me levai et j'exposai nos besoins devant le Seigneur. Je finis par dire que, si le secours ne venait pas, j'en conclurais que mieux valait qu'il ne vienne pas, et que je serais entièrement satisfait de la conduite que le Seigneur jugerait sage de prendre. J'allai prêcher, et ma propre prédication me fit autant de bien, je crois, que jamais. Ce fut une journée bénie pour mon âme, et je voyais que les auditeurs en jouissaient extrêmement.

Après la réunion, je fus retenu un moment à causer avec quelques frères, et ma femme rentra à la maison. Quand j'arrivai au portail, elle se tenait sur le seuil de la porte ouverte, une lettre à la main. Comme j'approchais, elle me dit en souriant : « La réponse est arrivée, mon chéri » ; et elle me tendit la lettre, qui contenait un chèque de deux cents dollars de M. Josiah Chapin, de Providence. Il était venu ici l'été précédent avec sa femme. Je ne lui avais absolument rien dit de mes besoins, car je n'avais jamais l'habitude d'en parler à qui que ce soit. Mais dans la lettre qui accompagnait le chèque, il disait avoir appris que le fonds de dotation avait fait défaut et que j'avais besoin d'aide. Il laissait entendre que je pouvais m'attendre à d'autres envois de temps à autre. Il continua à m'envoyer six cents dollars par an pendant plusieurs années, et c'est avec cela que je réussis à vivre.

J'aurais dû dire que, conformément à l'arrangement pris à New York, je passai pendant deux ou trois ans mes étés à Oberlin et mes hivers à New York. Nous avions un réveil béni chaque fois que je retournais y prêcher. Nous avions aussi ici un réveil continuel. Très peu d'étudiants venaient alors ici sans être convertis. Mais bientôt ma santé devint telle que je compris qu'il me fallait renoncer à l'un de ces deux champs de travail. Or les intérêts du collège semblaient m'interdire absolument de le quitter. Je demandai donc à être déchargé de mon Église de New York, et les mois d'hiver que je devais passer à New York, je les consacrai à travailler en divers endroits pour susciter des réveils.

Les discours sur les réveils avaient été prêchés quand j'étais encore pasteur de l'Église presbytérienne de la chapelle de Chatham Street. Les deux hivers suivants, je fis au Tabernacle de Broadway des discours aux chrétiens, qui furent eux aussi recueillis par M. Leavitt et publiés dans le New York Evangelist. Ils ont également été imprimés en volume dans ce pays et en Europe. Ces sermons aux chrétiens étaient en grande partie le fruit d'un examen profond qui se poursuivait dans mon propre esprit. Je veux dire que l'Esprit de Dieu me montrait, au sujet de la sanctification, bien des choses qui m'amenèrent à prêcher ces sermons aux chrétiens.

Beaucoup de chrétiens considérèrent ces discours comme une présentation de la Loi plutôt que de l'Évangile. Mais ce n'était pas mon avis, et ce ne l'est toujours pas. Pour moi, la Loi et l'Évangile n'ont qu'une seule règle de vie, et toute violation de l'esprit de la Loi est aussi une violation de l'esprit de l'Évangile. Mais je suis depuis longtemps convaincu qu'on ne parvient aux formes les plus élevées de l'expérience chrétienne qu'au terme d'une application terriblement pénétrante de la Loi de Dieu à la conscience et au cœur humains. Le résultat de mes travaux jusqu'alors m'avait montré plus clairement que je ne l'avais jamais su la grande faiblesse des chrétiens, et le fait que les membres d'Église plus anciens, d'une manière générale, faisaient très peu de progrès dans la grâce. Je constatais qu'ils retombaient d'un état de réveil plus vite encore que les jeunes convertis. Il en avait été ainsi dans le réveil où je m'étais moi-même converti. Je voyais clairement que cela tenait à l'enseignement qu'ils avaient reçu au début, c'est-à-dire aux idées qu'on leur avait fait adopter quand ils étaient de jeunes convertis.

J'en vins aussi à être profondément mécontent de mon propre manque de constance dans la foi et dans l'amour. Pour être franc et dire la vérité, je dois reconnaître, à la louange de la grâce de Dieu, qu'il ne m'a pas laissé rétrograder dans une mesure tant soit peu comparable à celle où, manifestement, beaucoup de chrétiens rétrogradaient. Mais je me sentais souvent faible devant la tentation ; j'avais souvent besoin de consacrer des journées au jeûne et à la prière, et de passer beaucoup de temps à réviser de fond en comble ma vie religieuse, pour garder cette communion avec Dieu et cette prise sur la force divine qui me permettraient de travailler efficacement au progrès des réveils.

En considérant l'état de l'Église chrétienne, tel qu'il m'était apparu dans mes travaux de réveil, je fus amené à me demander sérieusement s'il n'y avait pas quelque chose de plus élevé et de plus durable que ce que connaissait l'Église chrétienne ; s'il n'y avait pas dans l'Évangile des promesses et des moyens prévus pour établir les chrétiens dans une forme de vie chrétienne tout à fait supérieure. Je connaissais un peu la doctrine de la sanctification que professaient nos frères méthodistes. Mais comme leur idée de la sanctification me semblait concerner presque uniquement des états de la sensibilité, je ne pouvais recevoir leur enseignement. Je me mis néanmoins à sonder sérieusement les Écritures et à lire tout ce qui me tombait sous la main sur ce sujet, jusqu'à ce que j'aie acquis la conviction qu'une forme de vie chrétienne tout à fait supérieure et plus stable était accessible, et qu'elle était le privilège de tous les chrétiens.

Cela m'amena à prêcher au Tabernacle de Broadway deux sermons sur la perfection chrétienne. Ces sermons figurent maintenant dans le volume des discours prêchés aux chrétiens. J'y définissais ce qu'est la perfection chrétienne, et je m'efforçais de montrer qu'on peut y parvenir dans cette vie, et en quel sens. Mais vers cette époque, la question de la perfection chrétienne, au sens antinomien du terme, commença à agiter beaucoup les esprits à New Haven, à Albany, et un peu à New York même. J'examinai ces idées, telles qu'elles étaient publiées dans le périodique intitulé The Perfectionist. Mais je ne pus les accepter. J'étais pourtant convaincu que la doctrine de la sanctification dans cette vie, et de l'entière sanctification, au sens où c'est le privilège des chrétiens de vivre sans péché connu, est une doctrine enseignée par la Bible, et que des moyens abondants sont prévus pour y parvenir.

Le dernier hiver que je passai à New York, il plut au Seigneur de visiter mon âme et de la rafraîchir puissamment. Après une période de profond examen de cœur, il me mit au large, comme il l'a souvent fait, et me donna beaucoup de cette douceur divine dans l'âme dont le président Edwards parle comme d'une chose qu'il avait connue dans sa propre expérience. Cet hiver-là, je fus entièrement brisé, au point que parfois, pendant un temps assez long, je ne pouvais m'empêcher de pleurer à haute voix à la vue de mes propres péchés et de l'amour de Dieu en Christ. Ces moments furent fréquents cet hiver-là ; il en résulta un grand renouvellement de ma force spirituelle, et un élargissement de ma vision des privilèges des chrétiens et de l'abondance de la grâce de Dieu.

On sait bien que mes vues sur la question de la sanctification ont été l'objet de bien des critiques. Pour être fidèle à l'histoire, je dois dire certaines choses que je passerais sinon sous silence. Le collège d'Oberlin fut fondé par M. Shipherd tout à fait contre les sentiments et les désirs des hommes les plus engagés dans le développement du collège de la Western Reserve, à Hudson. M. Shipherd m'a raconté un jour que le principal agent financier de ce collège lui avait affirmé qu'il ferait tout son possible pour abattre celui-ci. Dès qu'on apprit à Hudson que j'avais reçu un appel à Oberlin comme professeur de théologie, les administrateurs m'élurent professeur de « théologie pastorale et d'éloquence sacrée » au collège de la Western Reserve ; si bien que j'eus les deux invitations en même temps. Je ne m'engageai par écrit ni envers l'un ni envers l'autre, mais je vins examiner le terrain pour décider ensuite du chemin du devoir.

Ce printemps-là, l'Assemblée générale de l'Église presbytérienne tenait sa session à Pittsburgh. En arrivant à Cleveland, j'appris que deux des professeurs de Hudson avaient attendu là mon arrivée, avec l'intention de me faire aller d'abord, en tout cas, à Hudson. Mais j'avais été retardé sur le lac Érié par des vents contraires ; les frères qui m'attendaient à Cleveland étaient partis pour être à l'ouverture de l'Assemblée générale, et ils avaient chargé un frère de me voir dès mon arrivée et de me faire aller à Hudson à tout prix. Mais à Cleveland je trouvai une lettre qui m'attendait, d'Arthur Tappan, de New York. Il avait appris d'une manière ou d'une autre qu'on faisait de grands efforts pour m'amener à aller à Hudson plutôt qu'à Oberlin.

Le collège de Hudson avait alors ses bâtiments et son matériel, sa réputation et son influence ; c'était déjà un collège établi. Oberlin n'avait rien. Il n'avait pas de bâtiments permanents ; ce n'était qu'une petite colonie installée dans les bois, qui commençait tout juste à construire ses propres maisons, à défricher l'immense forêt et à faire place à un collège. Il avait, il est vrai, sa charte, et peut-être une centaine d'étudiants sur place ; mais tout restait à faire. Le frère Tappan avait écrit cette lettre pour me mettre en garde : je ne devais pas m'imaginer que je pourrais servir à obtenir à Hudson ce que nous désirions obtenir à Oberlin.

Je laissai ma famille à Cleveland, je louai un cheval et un boghei, et je partis pour Oberlin sans passer par Hudson. Je pensais que je verrais au moins Oberlin en premier. En arrivant à Elyria, j'y trouvai de vieilles connaissances, que j'avais connues dans le centre de l'État de New York. Elles m'apprirent que les administrateurs du collège de la Western Reserve pensaient que, s'ils pouvaient s'assurer ma présence à Hudson, cela ferait échouer Oberlin, au moins dans une large mesure ; et qu'il y avait à Hudson une influence de la vieille école assez puissante pour m'obliger à me ranger à leurs vues et à leur ligne de conduite. Cela concordait exactement avec les renseignements que j'avais reçus de M. Tappan.

Je vins à Oberlin et je vis que rien n'empêchait d'y édifier un collège sur les principes qui me semblaient être non seulement la base de tout succès dans la fondation d'un collège ici, dans l'Ouest, mais aussi sur des principes de réforme, tels que je les savais chers au cœur de ceux qui avaient entrepris de soutenir et d'édifier le collège d'Oberlin. Les frères qui étaient ici sur place étaient de tout cœur favorables à la création d'une école fondée sur des principes de réforme radicaux. J'écrivis donc aux administrateurs de Hudson pour décliner leur invitation, et je m'établis à Oberlin. Je n'avais aucun mal à dire de Hudson, et je ne lui en connaissais aucun.

Au bout d'un an ou deux, on entendit le cri de « perfectionnisme antinomien », et cette accusation fut portée contre nous. On écrivit des lettres, on visita des corps ecclésiastiques, on se donna beaucoup de peine pour présenter nos vues comme entièrement hérétiques. On fit de telles représentations aux corps ecclésiastiques, dans toute l'étendue du pays, que beaucoup d'entre eux adoptèrent des résolutions mettant les Églises en garde contre l'influence de la théologie d'Oberlin. Il semblait y avoir une union générale de l'influence des pasteurs contre nous. Nous comprenions très bien ici ce qui avait mis tout cela en mouvement, et par quels moyens toute cette agitation avait été suscitée. Mais nous ne dîmes rien. Nous n'eûmes aucune controverse avec ces frères qui, nous le savions, se donnaient de la peine pour soulever contre nous une opinion publique si puissante. Je ne puis entrer dans les détails ; qu'il suffise de dire que les armes ainsi forgées contre nous se retournèrent de la façon la plus désastreuse contre ceux qui s'en servaient, si bien qu'à la fin presque tous les membres du conseil d'administration et du corps enseignant de Hudson furent changés, et la direction générale du collège passa en d'autres mains.

À Oberlin, je n'entendis presque jamais rien dire contre Hudson, ni à cette époque ni à aucune autre. Nous vaquions à nos propres affaires, et nous sentions que, face à l'opposition venue de ce côté, notre force était de rester tranquilles ; et nous ne nous trompions pas. Nous étions sûrs que le plan de Dieu n'était pas de laisser une telle opposition l'emporter. Je tiens à ce qu'on comprenne bien que je n'ai aucune raison de penser qu'aucun des dirigeants et administrateurs actuels de ce collège ait approuvé ce qui fut fait alors, ni même qu'ils connaissent la conduite qui fut tenue à l'époque.

Les pasteurs, de près et de loin, poussèrent leur opposition à un degré extrême. À cette époque, on convoqua à Cleveland un congrès pour étudier la question de l'éducation dans l'Ouest et du soutien des collèges de l'Ouest. La convocation était rédigée de telle sorte que nous partîmes d'Oberlin dans l'intention de prendre part aux travaux du congrès. En arrivant, nous trouvâmes sur place le docteur Beecher, et nous vîmes bientôt qu'on avait mis au point une procédure pour exclure du congrès les frères d'Oberlin et ceux qui sympathisaient avec Oberlin. On ne m'y accorda donc pas de siège comme membre ; j'assistai pourtant à plusieurs de ses séances. Je me souviens d'avoir entendu un des pasteurs des environs, qui était là, dire distinctement qu'il tenait les doctrines et l'influence d'Oberlin pour pires que celles du catholicisme romain.

Ce discours était représentatif et semblait exprimer à peu près l'opinion de cette assemblée. Je ne dis pas, tant s'en faut, celle de tous ses membres. Quelques-uns, qui avaient fait leurs études de théologie à Oberlin, étaient si bien liés aux Églises et au congrès qu'ils y furent admis à siéger ; ils étaient venus de différentes régions du pays.

Ceux-là s'exprimèrent très franchement sur les principes et les pratiques d'Oberlin, dans la mesure où on les mettait en cause. Le but du congrès était évidemment d'encercler Oberlin de tous côtés et de nous écraser par une opinion publique qui nous refuserait tout soutien. Mais qu'on me comprenne bien : je ne blâme pas le moins du monde les membres de ce congrès, ou du moins très peu d'entre eux ; car je savais qu'on les avait induits en erreur et qu'ils agissaient sur une méprise complète quant aux faits. Le docteur Lyman Beecher était l'âme de ce congrès.

La politique que nous suivîmes fut de laisser l'opposition tranquille. Nous vaquions à nos propres affaires, et nous avions toujours autant d'étudiants que nous pouvions en accueillir. Nous avions toujours les mains pleines de travail, et nous étions toujours grandement encouragés dans nos efforts.

Quelques années après la réunion de ce congrès, l'un des principaux pasteurs qui y avaient assisté vint passer un jour ou deux chez nous. Il me dit entre autres choses : « Frère Finney, Oberlin est pour nous une grande énigme. J'ai été pendant de longues années attaché à un collège comme professeur. La vie des collèges, leurs principes, et les conditions dans lesquelles ils se développent me sont très familiers. Nous avons toujours pensé, dit-il, que les collèges ne pouvaient exister sans l'appui des pasteurs. Nous savions que les jeunes gens sur le point d'entrer au collège consultaient généralement leur pasteur sur le choix du collège, et suivaient son avis. Or, dit-il, les pasteurs se sont presque tous dressés contre Oberlin. Ils ont été trompés par le cri de “perfectionnisme antinomien”, et au sujet de vos idées de réforme ; et les corps ecclésiastiques se sont unis, de près et de loin, congrégationalistes, presbytériens, de toutes les dénominations. Ils ont mis leurs Églises en garde contre vous, ils ont partout détourné les jeunes gens de venir à Oberlin, et pourtant le Seigneur vous a fait prospérer. Vous avez été mieux soutenus financièrement que presque tous les collèges de l'Ouest ; vous avez eu de loin plus d'étudiants, et la bénédiction de Dieu a reposé sur vous, si bien que votre succès a été prodigieux. Or, dit-il, c'est une parfaite anomalie dans l'histoire des collèges. Les adversaires d'Oberlin ont été confondus, et Dieu s'est tenu à vos côtés et vous a soutenus à travers toute cette opposition, si bien que vous l'avez à peine sentie. »

On a du mal aujourd'hui à se représenter l'opposition que nous avons rencontrée quand nous avons fondé ce collège. Pour l'illustrer, par un cas représentatif, je vais raconter un fait amusant qui se produisit vers l'époque dont je parle. J'avais à aller prêcher un dimanche à Akron. J'y allai avec un cheval et un boghei. En chemin, au-delà du village de Medina, je remarquai sur la route, devant moi, une femme qui marchait avec un petit paquet à la main. En m'approchant, je vis que c'était une dame âgée, joliment vêtue, mais qui marchait, me sembla-t-il, avec quelque difficulté à cause de son âge. Arrivé à sa hauteur, j'arrêtai mon cheval et lui demandai jusqu'où elle allait sur cette route. Elle me le dit, et je lui demandai alors si elle accepterait de monter dans mon boghei. « Oh ! répondit-elle, je vous serais très reconnaissante de me prendre, car je m'aperçois que j'ai entrepris une marche trop longue. » Je l'aidai à monter et je repris la route. Je découvris une dame très intelligente, dont la conversation était très libre et familière.

Après avoir roulé quelque temps, elle me dit : « Puis-je vous demander à qui je dois cette promenade ? » Je lui dis qui j'étais. Elle me demanda alors d'où je venais. Je lui répondis que j'étais d'Oberlin. Cette nouvelle la fit sursauter. Elle fit un mouvement comme pour s'asseoir aussi loin de moi qu'elle le pouvait, et, se tournant pour me regarder attentivement, elle dit : « D'Oberlin ! Mais notre pasteur a dit qu'il aimerait autant envoyer un fils au bagne qu'à Oberlin ! » Naturellement, je souris et j'apaisai les craintes de la vieille dame, si elle en avait, et je lui fis comprendre qu'elle ne courait aucun danger avec moi. Je raconte cela simplement pour illustrer l'esprit qui régnait très largement quand ce collège fut fondé. Les fausses présentations et les méprises abondaient de tous côtés, et ces méprises s'étendaient jusque dans presque tous les coins des États-Unis.

Il y avait cependant, au total, un grand nombre de laïques, et un nombre non négligeable de pasteurs, dans différentes régions du pays, qui n'accordaient aucun crédit à cette opposition ; qui sympathisaient avec nos buts, nos idées et nos efforts, et qui nous restèrent fermement fidèles contre vents et marées. Sachant, comme ils le savaient, la gêne où cette opposition nous réduisait pour le moment, ils donnèrent librement leur argent et leur influence pour nous aider à avancer.

J'ai dit que M. Chapin, de Providence, m'avait envoyé pendant plusieurs années six cents dollars par an pour faire vivre ma famille. Quand il l'eut fait aussi longtemps qu'il estima que c'était son devoir (ce qu'il fit en vérité jusqu'à ce que des difficultés financières l'empêchent de continuer), M. Willard Sears, de Boston, prit sa place et, pendant plusieurs années, me permit de tirer sur lui chaque année la même somme que M. Chapin m'avait versée. Pendant ce temps, on faisait sans cesse des efforts pour faire vivre les autres membres du corps enseignant ; et, par la grâce de Dieu, nous avons tenu bon dans la tempête. Au bout de quelques années, la panique s'apaisa dans une certaine mesure.

Le président Mahan, le professeur Cowles, le professeur Morgan et moi-même publiâmes des écrits sur la sanctification. Nous fondâmes un périodique, The Oberlin Evangelist, puis The Oberlin Quarterly, par lesquels nous détrompâmes en grande partie le public sur ce qu'étaient réellement nos vues. En 1846, je publiai deux volumes de théologie systématique, où je traitais plus longuement de l'entière sanctification. Après sa publication, cet ouvrage fut examiné par une commission du presbytère de Troy, dans l'État de New York. Puis le docteur Hodge, de Princeton, publia dans le Biblical Repertory une longue critique de ma théologie. Elle était écrite du point de vue de la vieille école.

Ensuite, le docteur Duffield, de l'Église presbytérienne de la nouvelle école, qui habitait Detroit, fit la critique de mon ouvrage, en se plaçant, disait-il, du point de vue de la nouvelle école, bien que sa critique fût loin d'être conforme à la nouvelle école. Je publiai des réponses à ces différentes critiques à mesure qu'elles paraissaient ; et depuis bien des années, autant que je sache, personne n'a plus montré l'intention de contester notre orthodoxie.

J'ai raconté jusqu'ici les principaux faits liés à la fondation et aux luttes de l'école d'Oberlin, dans la mesure où j'y ai été mêlé. Comme j'étais le professeur de théologie, l'opposition théologique visait naturellement surtout ma personne ; c'est pourquoi j'ai dû forcément parler plus librement de ma part dans toute cette affaire que je ne l'aurais fait autrement. Mais qu'on ne se méprenne pas sur ma pensée. Je ne prétends pas que les frères qui s'opposèrent ainsi à nous étaient méchants dans leur opposition. Sans aucun doute, la grande majorité d'entre eux avaient réellement été induits en erreur et agissaient selon ce qu'ils croyaient juste, tel qu'ils le comprenaient alors.

Je dois dire, pour l'honneur de la grâce de Dieu, qu'aucune des oppositions que nous avons rencontrées n'a troublé notre esprit ici, ni ne nous a agités au point de nous entraîner dans un esprit de controverse ou de rancune. Nous savions bien quelle peine on s'était donnée pour provoquer ces méprises, et nous comprenions aisément pourquoi on nous combattait dans l'esprit et de la manière dont on nous attaquait.

Pendant ces années de fumée et de poussière, de méprises et d'opposition au-dehors, le Seigneur nous bénissait richement au-dedans. Non seulement nos âmes prospéraient ici, comme Église, mais nous avions un réveil continuel, ou du moins nous étions dans ce qu'on pouvait à juste titre considérer comme un état de réveil. Nos étudiants se convertissaient par dizaines, et le Seigneur nous couvrait continuellement de la nuée de sa miséricorde. D'année en année, des souffles d'influence divine passaient sur nous, produisant en abondance le fruit de l'Esprit : « l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance » (Galates 5,22-23).

J'ai toujours attribué entièrement notre succès dans cette bonne œuvre à la grâce de Dieu. Ce n'est pas notre propre sagesse ni notre propre bonté qui a produit ce succès. Rien d'autre qu'une influence divine constante, répandue dans toute la communauté, ne nous a soutenus dans nos épreuves et ne nous a gardés dans la disposition d'esprit qui nous permettait d'être efficaces dans l'œuvre que nous avions entreprise. Nous avons toujours senti que, si le Seigneur retirait son Esprit, aucune circonstance extérieure ne pourrait nous faire vraiment prospérer.

Nous avons eu des épreuves entre nous. Des sujets fréquents de discussion publique se sont présentés, et nous avons parfois passé des jours, et même des semaines, à débattre de grandes questions de devoir et d'opportunité sur lesquelles nous ne pensions pas de la même façon. Mais aucune de ces questions ne nous a divisés durablement. Notre principe a été de nous reconnaître mutuellement le droit au jugement personnel. Nous sommes généralement parvenus à un accord de fond sur les sujets où nous avions divergé ; et quand nous nous sommes trouvés incapables de voir les choses de la même façon, la minorité s'est soumise au jugement de la majorité. L'idée de déchirer l'Église parce que, sur certains points, nous ne voyions pas les choses de la même manière ne nous est jamais venue. Nous avons dans une très large mesure conservé « l'unité de l'esprit par le lien de la paix » (Éphésiens 4,3) ; et peut-être aucune communauté ayant existé aussi longtemps et traversé autant d'épreuves et de changements que nous n'a-t-elle, dans l'ensemble, gardé un plus grand esprit d'harmonie, de support chrétien et d'amour fraternel.

Quand la question de l'entière sanctification se présenta pour la première fois ici à la discussion publique, et quand le sujet attira pour la première fois l'attention générale de l'Église, nous étions au milieu d'un puissant réveil. Alors que le réveil se poursuivait de manière encourageante, le président Mahan avait prêché un jour un sermon pénétrant. Je remarquai, au cours de sa prédication, qu'il avait laissé de côté un point qui me paraissait d'une grande importance dans ce contexte. Il me demandait souvent, quand il terminait son sermon, si j'avais quelques remarques à faire, et il le fit en cette occasion. Je me levai et j'insistai sur le point qu'il avait omis. C'était la distinction entre le désir et la volonté. D'après le cours de la pensée qu'il avait exposée, et d'après la disposition où je voyais l'assemblée à ce moment, je vis, ou je crus voir, qu'en pressant cette distinction sur les auditeurs, juste à ce point-là, on jetterait beaucoup de lumière sur la question de savoir s'ils étaient vraiment chrétiens ou non, s'ils étaient vraiment des personnes consacrées, ou s'ils avaient simplement des désirs sans être en fait disposés à obéir à Dieu.

Quand cette distinction eut été rendue claire, juste à ce moment-là, je me souviens que le Saint-Esprit tomba sur l'assemblée d'une façon tout à fait remarquable. Un grand nombre de personnes baissèrent la tête, et quelques-unes gémissaient si fort qu'on les entendait dans toute la salle. Cela renversa de tous côtés les fausses espérances de chrétiens de profession qui s'étaient trompés. Plusieurs se levèrent sur-le-champ et dirent qu'ils s'étaient trompés et qu'ils voyaient en quoi ; et cela alla si loin que j'en fus grandement étonné, et que cela provoqua même, je crois, un étonnement général dans l'assemblée.

L'œuvre se poursuivit avec puissance ; d'anciens chrétiens de profession reçurent de nouvelles espérances, ou furent convertis une seconde fois, en si grand nombre qu'un changement très grand et très important se produisit dans toute la communauté. Le président Mahan, entre autres, avait été grandement béni, de même que quelques-uns de nos professeurs. Il entra manifestement, à ce moment-là, dans une forme d'expérience chrétienne entièrement nouvelle.

Dans une réunion, quelques jours plus tard, l'un de nos étudiants en théologie se leva et posa la question de savoir si l'Évangile ne fournissait pas aux chrétiens toutes les conditions d'une foi, d'une espérance et d'un amour affermis ; s'il n'y avait pas quelque chose de meilleur et de plus élevé que ce que les chrétiens avaient généralement connu ; bref, si la sanctification n'était pas accessible dans cette vie, c'est-à-dire une sanctification telle que les chrétiens puissent avoir une paix ininterrompue, et ne pas tomber sous la condamnation, ni éprouver le sentiment de la condamnation ou la conscience du péché. Le frère Mahan répondit aussitôt : « Oui. » Ce qui se passa dans cette réunion mit la question de la sanctification au premier plan devant nous, comme une question pratique. Nous n'avions sur ce sujet ni théories ni philosophie à défendre ; nous l'avons simplement abordé comme une question biblique.

C'est sous cette forme qu'elle exista parmi nous, comme une vérité d'expérience que nous ne cherchions pas à réduire en formule théologique ; et nous n'avons pas non plus essayé d'en expliquer la philosophie avant bien des années. Mais la discussion de cette question fut une grande bénédiction pour nous, et pour un grand nombre de nos étudiants, qui sont maintenant dispersés dans diverses régions du pays, ou sont partis comme missionnaires dans différentes parties du monde.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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