Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 13
Le réveil de Rome
À cette époque, le pasteur Moses Gillett, de l'Église congrégationaliste de Rome, apprenant ce que le Seigneur faisait à Western, vint, accompagné d'une demoiselle H..., l'un des membres en vue de son Église, voir l'œuvre qui s'accomplissait. Tous deux furent profondément frappés par l'œuvre de Dieu. Je voyais que l'Esprit de Dieu les remuait jusqu'au plus profond de leur âme. Quelques jours plus tard, M. Gillett et Mlle H... revinrent. Mlle H... était une jeune chrétienne très pieuse et très fervente.
Lors de cette seconde visite, M. Gillett me dit : « Frère Finney, il me semble que j'ai une Bible nouvelle. Je n'avais jamais compris les promesses comme je les comprends maintenant ; je ne les avais jamais saisies. Je ne peux pas trouver de repos, ajouta-t-il ; mon esprit est rempli de ce sujet, et les promesses sont nouvelles pour moi. » Cette conversation, qui se prolongea un bon moment, me fit comprendre que le Seigneur le préparait à une grande œuvre dans sa propre assemblée.
Peu après, alors que le réveil battait son plein à Western, M. Gillett me persuada d'échanger nos chaires pour un dimanche. J'y consentis à contrecœur.
Le samedi qui précédait le jour de notre échange, en route pour Rome, je regrettai vivement d'avoir accepté. Je sentais que cela allait beaucoup nuire à l'œuvre de Western, parce que M. Gillett y prêcherait quelques-uns de ses anciens sermons, dont je savais très bien qu'ils ne pouvaient convenir à la situation. Cependant, les gens priaient ; cela n'arrêterait pas l'œuvre, même si cela pouvait la ralentir. J'allai à Rome et je prêchai trois fois le dimanche. Il me parut tout à fait évident que la parole produisait un grand effet. Je voyais, au cours de la journée, que beaucoup de têtes étaient baissées et qu'un grand nombre de personnes étaient courbées sous une profonde conviction de péché. Le matin, je prêchai sur ce texte : « L'affection de la chair est inimitié contre Dieu » (Romains 8,7) ; et je poursuivis dans le même sens l'après-midi et le soir. Le lundi matin, j'attendis que M. Gillett revienne de Western. Je lui dis quelle impression j'avais de l'état des gens. Il ne semblait pas se rendre compte que l'œuvre commençait avec autant de puissance que je le pensais. Mais il voulait inviter ceux qui cherchaient, s'il y en avait dans l'assemblée, et il souhaitait que je sois présent à la réunion. J'ai dit plus haut que les moyens que j'avais toujours employés jusque-là pour favoriser les réveils étaient beaucoup de prière, dans le secret et en commun, la prédication publique, la conversation personnelle et les visites de maison en maison ; et quand ceux qui cherchaient devenaient nombreux, je fixais des réunions pour eux, et j'invitais ceux qui cherchaient à venir y recevoir un enseignement adapté à leurs besoins. Tels étaient les moyens, et les seuls moyens, que j'avais employés jusque-là pour tâcher d'obtenir la conversion des âmes.
M. Gillett me demanda d'assister à la réunion qu'il projetait pour ceux qui cherchent. Je lui répondis que je viendrais, et qu'il pouvait faire savoir dans tout le village qu'il y aurait une réunion pour ceux qui cherchent, le lundi soir. J'irais à Western et je reviendrais juste pour le soir ; il était entendu qu'il ne dirait pas aux gens qu'il comptait sur ma présence. La réunion fut convoquée dans la maison de l'un de ses diacres. Quand nous arrivâmes, nous trouvâmes la grande salle de séjour pleine à craquer. M. Gillett regarda autour de lui avec surprise et une agitation visible ; car il constatait que la réunion se composait de bon nombre des membres les plus instruits et les plus influents de son assemblée, et surtout d'une grande partie des jeunes gens en vue de la ville. Nous passâmes un petit moment à essayer de converser avec eux ; et je vis bientôt que l'émotion était si profonde qu'on risquait une explosion de sentiments presque impossible à maîtriser. Je dis donc à M. Gillett : « Il ne faut pas continuer la réunion sous cette forme. Je vais leur adresser quelques paroles, celles dont ils ont besoin, puis je les renverrai. »
Rien n'avait été dit ni fait pour provoquer la moindre exaltation dans la réunion. L'émotion était entièrement spontanée. L'œuvre se faisait avec une telle puissance que quelques mots de conversation suffisaient à faire se tordre sur leur siège les hommes les plus robustes, comme si on leur avait enfoncé une épée dans le cœur. Il ne serait sans doute pas possible à quelqu'un qui n'a jamais été témoin d'une telle scène de se représenter quelle est parfois la force de la vérité, sous la puissance du Saint-Esprit. C'était vraiment une épée, une épée à deux tranchants. La douleur qu'elle causait, quand elle était présentée de façon pénétrante en quelques mots de conversation, provoquait une détresse qui paraissait insupportable.
M. Gillett devint très agité. Il pâlit, et dit avec une grande émotion : « Que faire ? Que faire ? » Je posai la main sur son épaule et lui dis à voix basse : « Restez calme, restez calme, frère Gillett. » Puis je m'adressai à eux de la manière la plus douce, mais aussi la plus claire possible ; j'attirai aussitôt leur attention sur leur seul remède, en leur assurant que c'était un remède présent et pleinement suffisant. Je leur montrai Christ, le Sauveur du monde ; et je continuai dans ce sens aussi longtemps qu'ils purent le supporter, ce qui, à vrai dire, ne dura que quelques instants.
M. Gillett était si agité que je m'approchai de lui et, le prenant par le bras, je dis : « Prions. » Nous nous agenouillâmes au milieu de la pièce, là où nous nous tenions debout. Je conduisis la prière d'une voix basse et sans passion ; mais je suppliai le Sauveur de faire intervenir son sang, à l'instant même et en ce lieu, et d'amener tous ces pécheurs à accepter le salut qu'il leur offrait et à croire pour le salut de leur âme. L'agitation grandissait de minute en minute ; et comme j'entendais leurs sanglots et leurs soupirs, je terminai ma prière et me relevai brusquement. Tous se levèrent, et je dis : « Maintenant, je vous en prie, rentrez chez vous sans vous dire un mot les uns aux autres. Efforcez-vous de garder le silence et ne laissez pas éclater bruyamment vos sentiments ; mais allez sans dire un mot jusqu'à vos chambres. »
À ce moment, un jeune homme nommé W..., commis dans le magasin de M. H..., et l'un des premiers jeunes gens de l'endroit, fut si près de s'évanouir qu'il tomba sur quelques jeunes gens qui se tenaient près de lui ; et tous, à demi évanouis, tombèrent ensemble. Cela faillit provoquer de grands cris ; mais je les fis taire et je dis aux jeunes gens : « Ouvrez cette porte toute grande, je vous prie, sortez, et que tout le monde se retire en silence. » Ils firent ce que je demandais. Ils ne poussèrent pas de cris ; mais ils sortirent en sanglotant et en soupirant, et l'on entendit leurs sanglots et leurs soupirs jusqu'à ce qu'ils fussent dans la rue.
Ce M. W..., dont je viens de parler, garda le silence jusqu'à ce qu'il eût franchi la porte de la maison où il habitait ; mais là, il ne put se contenir davantage. Il ferma la porte, tomba sur le plancher et éclata en lamentations bruyantes à la vue de son affreuse condition. Cela fit accourir toute la famille autour de lui, et répandit la conviction de péché parmi tous ses membres.
J'appris ensuite que des scènes semblables se produisirent dans d'autres familles. Plusieurs personnes, comme on le constata par la suite, furent converties pendant la réunion et rentrèrent chez elles si remplies de joie qu'elles pouvaient à peine se contenir.
Le lendemain matin, dès qu'il fit tout à fait jour, des gens commencèrent à venir chez M. Gillett pour nous demander d'aller voir des membres de leur famille qui, disaient-ils, étaient sous la plus forte conviction de péché. Nous avalâmes en hâte notre déjeuner et nous partîmes. Dès que nous fûmes dans les rues, les gens sortaient de beaucoup de maisons en courant et nous suppliaient d'entrer chez eux. Comme nous ne pouvions visiter qu'un endroit à la fois, quand nous entrions dans une maison, les voisins s'y précipitaient et remplissaient la plus grande pièce. Nous restions à les instruire quelques instants, puis nous allions dans une autre maison, et les gens nous suivaient.
Nous trouvâmes un état de choses tout à fait extraordinaire. La conviction de péché était si profonde et si générale que nous entrions parfois dans une maison pour y trouver les uns à genoux, les autres prosternés sur le plancher. Nous allâmes ainsi de maison en maison jusqu'à midi, visitant, conversant et priant. Je dis alors à M. Gillett : « Cela ne peut pas continuer ainsi ; il nous faut une réunion pour ceux qui cherchent. Nous ne pouvons pas aller de maison en maison, et nous ne répondons pas du tout aux besoins des gens. » Il fut de mon avis ; mais la question se posa : où tiendrons-nous la réunion ?
Un certain M. F..., homme pieux, tenait alors un hôtel au coin de la rue, au centre de la ville. Il avait une grande salle à manger ; et M. Gillett dit : « Je vais passer le voir et lui demander s'il me permet de fixer la réunion pour ceux qui cherchent dans sa salle à manger. » Il obtint sans difficulté son accord, puis il alla aussitôt dans les écoles publiques et fit annoncer qu'à une heure il y aurait une réunion pour ceux qui cherchent dans la salle à manger de M. F... Nous rentrâmes, nous prîmes notre repas de midi et nous partîmes pour la réunion. Nous voyions des gens se hâter, et certains même courir vers la réunion. Ils venaient de toutes les directions. Quand nous arrivâmes, la salle, pourtant grande, était bondée. Hommes, femmes et enfants s'y entassaient.
Cette réunion ressembla beaucoup à celle que nous avions eue la veille au soir. L'émotion était irrésistible. Quelques hommes aux nerfs les plus solides furent si terrassés par les paroles prononcées qu'ils étaient incapables de se tenir et que leurs amis durent les reconduire chez eux. Cette réunion dura presque jusqu'à la nuit. Elle aboutit à un grand nombre de conversions pleines d'espérance, et elle servit à étendre considérablement l'œuvre de tous côtés.
Je prêchai ce soir-là, et M. Gillett fixa une réunion pour ceux qui cherchent le lendemain matin, au tribunal.
C'était une salle beaucoup plus grande que la salle à manger, bien qu'elle fût moins centrale. Cependant, à l'heure dite, le tribunal était plein ; nous passâmes une bonne partie de la journée à instruire les gens, et l'œuvre avança avec une puissance merveilleuse. Je prêchai de nouveau le soir, et M. Gillett fixa une réunion pour ceux qui cherchent le lendemain matin à l'église, puisqu'aucune autre salle du village n'était alors assez grande pour contenir ceux qui cherchaient.
Le soir, si je me rappelle bien l'ordre des choses, nous entreprîmes de tenir une réunion de prière et d'édification dans une grande salle d'école. Mais la réunion avait à peine commencé que l'émotion devint si profonde que, pour éviter une explosion de sentiments irrésistible et peu souhaitable, je proposai à M. Gillett de lever la séance, de demander aux gens de se retirer en silence, et aux chrétiens de passer la soirée en prière dans le secret, ou en prière en famille, selon ce qui leur paraîtrait le plus souhaitable. Quant aux pécheurs, nous les exhortâmes à ne pas dormir avant d'avoir donné leur cœur à Dieu. Après cela, l'œuvre devint si générale que je prêchai tous les soirs, vingt soirs de suite, je crois, et deux fois le dimanche. Pendant ce temps, nos réunions de prière se tenaient à l'église, dans la journée. La réunion de prière avait lieu pendant une partie de la journée, et une réunion pour ceux qui cherchent pendant l'autre partie. Chaque jour, si je me souviens bien, une fois l'œuvre ainsi commencée, nous tenions une réunion de prière et une réunion pour ceux qui cherchent, avec une prédication le soir. Il régnait dans toute la localité une gravité, et une crainte respectueuse, qui faisaient sentir à chacun que Dieu était là.
Des pasteurs vinrent des villes voisines et exprimèrent un grand étonnement devant ce qu'ils voyaient et entendaient, et ils avaient bien raison. Les conversions se multipliaient si vite que nous n'avions aucun moyen de savoir qui était converti. C'est pourquoi chaque soir, à la fin de mon sermon, je demandais à tous ceux qui avaient été convertis ce jour-là de s'avancer et de se faire connaître devant la chaire, afin que nous puissions avoir un petit entretien avec eux. Chaque soir, nous étions surpris par le nombre et par la condition des personnes qui s'avançaient.
À l'une de nos réunions de prière du matin, le rez-de-chaussée de l'église était plein. Je m'étais levé et j'adressais quelques paroles aux gens, quand un homme non converti, un commerçant, entra dans la réunion. Il avança jusqu'à trouver une place devant moi, près de l'endroit où je me tenais pour parler. Il était assis depuis quelques instants à peine qu'il tomba de son siège comme s'il avait reçu une balle. Il se tordait et gémissait d'une manière terrible. Je m'approchai de la porte du banc et je vis qu'il s'agissait uniquement d'une angoisse de l'âme.
Un médecin incrédule était assis près de lui. Il sortit de son banc, vint examiner cet homme en détresse. Il lui prit le pouls et examina son cas quelques instants. Il ne dit rien, mais il se détourna, appuya la tête contre un pilier qui soutenait la tribune, et montra une grande agitation.
Il dit plus tard qu'il avait vu tout de suite qu'il s'agissait d'une détresse de l'âme, et que cela avait entièrement dissipé son incrédulité. Peu après, il fut converti, selon toute espérance. Nous priâmes pour l'homme qui était tombé dans le banc ; et avant qu'il quitte l'église, je crois, son angoisse s'était dissipée, et il se réjouissait en Christ.
Un autre médecin, homme très aimable mais incrédule, avait une petite fille et une femme qui priait. La petite H..., une fillette de huit ou neuf ans peut-être, était vivement convaincue de péché, et sa mère s'intéressait beaucoup à l'état de son âme. Mais son père, au début, fut tout à fait indigné. Il dit à sa femme : « La religion est un sujet trop élevé pour moi. Je n'ai jamais pu la comprendre. Et tu viens me dire que cette petite enfant la comprend au point d'être convaincue de péché en connaissance de cause ? Je n'en crois rien. Je sais ce qu'il en est. Je ne peux pas supporter cela. C'est du fanatisme ; c'est de la folie. » La mère de l'enfant n'en persévéra pas moins dans la prière. Le docteur avait fait ces remarques, à ce que j'appris, avec beaucoup de vivacité. Il prit aussitôt son cheval et fit plusieurs milles pour aller voir un malade. En chemin, comme il le raconta plus tard, ce sujet s'empara de son esprit de telle manière qu'il s'ouvrit entièrement à son intelligence ; et tout le plan du salut par Christ lui devint si clair qu'il vit qu'un enfant pouvait le comprendre. Il s'étonna que cela lui eût jamais paru si mystérieux. Il regretta extrêmement ce qu'il avait dit à sa femme au sujet de la petite H..., et il avait hâte de rentrer pour retirer ses paroles. Il rentra bientôt, un autre homme ; il raconta à sa femme ce qui s'était passé dans son esprit ; il encouragea la chère petite H... à venir à Christ ; et le père comme la fille ont été depuis des chrétiens fervents, ils ont vécu longtemps et fait beaucoup de bien.
Mais dans ce réveil, comme dans d'autres que j'ai connus, Dieu fit des choses terribles dans sa justice. Un dimanche, pendant que j'étais là, comme nous descendions de la chaire et nous apprêtions à quitter l'église, un homme vint en hâte vers M. Gillett et moi et nous pria d'aller à un certain endroit, en disant qu'un homme y était tombé mort. J'étais en train de parler avec quelqu'un, et M. Gillett y alla seul. Quand j'eus fini cette conversation, je me rendis chez M. Gillett ; il revint bientôt et me raconta ce qui s'était passé. Trois hommes qui s'étaient opposés à l'œuvre s'étaient retrouvés ce dimanche-là, et ils avaient passé la journée à boire et à tourner l'œuvre en ridicule. Ils continuèrent ainsi jusqu'à ce que l'un d'eux tombât mort subitement. Quand M. Gillett arriva à la maison et qu'on lui eut exposé les circonstances, il dit : « Voilà ! Il n'y a aucun doute : cet homme a été frappé par Dieu et il a été envoyé en enfer. » Ses compagnons restèrent muets. Ils ne pouvaient rien dire ; car il était évident pour eux que leur conduite avait attiré sur lui ce coup terrible de l'indignation divine.
À mesure que l'œuvre avançait, elle gagna presque toute la population. Presque tous les avocats, les commerçants et les médecins, presque tous les notables, et à vrai dire presque toute la population adulte du village furent gagnés, surtout ceux qui appartenaient à l'assemblée de M. Gillett. Il me dit avant mon départ : « En ce qui concerne mon assemblée, le millénium est déjà venu. Mes gens sont tous convertis. De tout mon travail passé, je n'ai pas un seul sermon qui convienne le moins du monde à mon assemblée, car ils sont tous chrétiens. » M. Gillett rapporta plus tard que, pendant les vingt jours que j'ai passés à Rome, il y eut cinq cents conversions dans cette ville.
Pendant que cette œuvre suivait son cours, une assez vive agitation se manifesta à Utica, et certains, là-bas, étaient enclins à tourner en ridicule l'œuvre de Rome. M. H..., qui habitait Rome, était un citoyen très en vue, et on le considérait comme se trouvant à la tête de la société de l'endroit, par sa fortune et par son intelligence. Mais il était incrédule ; ou peut-être devrais-je dire qu'il avait des idées unitariennes. C'était un homme d'une grande moralité et très respectable, et il gardait ses idées particulières pour lui, sans les mettre en avant, en parlant très peu à qui que ce soit. Le premier dimanche où je prêchai là, M. H... était présent ; et ma prédication l'étonna tellement, comme il me le dit plus tard, qu'il décida de ne plus revenir. Il rentra chez lui et dit à sa famille : « Cet homme est fou, et je ne serais pas surpris qu'il mette le feu à la ville. » Il resta à l'écart des réunions pendant quelque deux semaines. Pendant ce temps, l'œuvre devint si grande qu'elle confondit son incrédulité, et il se trouva dans une grande perplexité.
Il était président d'une banque à Utica et s'y rendait chaque semaine pour assister à la réunion des administrateurs. À l'une de ces occasions, l'un des administrateurs se mit à le taquiner sur la situation à Rome, comme si là-bas tout le monde devenait fou. M. H... répondit : « Messieurs, dites ce que vous voudrez, il y a quelque chose de très remarquable dans ce qui se passe à Rome. Assurément, aucune puissance ni aucune éloquence humaine n'a produit ce que nous voyons là-bas. Je ne peux pas le comprendre. Vous dites que cela va bientôt retomber. Sans doute, l'intensité d'émotion qui règne maintenant à Rome doit bientôt retomber, sinon les gens deviendront fous. Mais, messieurs, ajouta-t-il, aucune philosophie ne peut rendre compte de cet état d'âme, à moins qu'il n'y ait là quelque chose de divin. »
Alors que M. H... était resté à l'écart des réunions depuis environ deux semaines, quelques-uns d'entre nous se réunirent un après-midi pour faire de lui un sujet particulier de prière. Le Seigneur nous donna une grande foi en priant pour lui ; et nous avions la conviction que le Seigneur travaillait dans son âme. Ce soir-là, il vint à la réunion. Quand il entra dans l'église, M. Gillett me chuchota, alors que nous étions assis dans la chaire : « Frère Finney, M. H... est venu. J'espère que vous ne direz rien qui puisse l'offenser. » « Non, dis-je, mais je ne l'épargnerai pas. » À cette époque, j'étais obligé de prêcher entièrement sans préparation ; car je n'avais pas une heure dans la semaine que je pusse prendre pour mettre mes pensées en ordre à l'avance.
Je choisis mon sujet et je prêchai. La parole saisit puissamment l'auditoire ; et, comme je l'espérais et le voulais, elle saisit puissamment M. H... lui-même. Je crois que ce fut ce soir-là même, quand je demandai, à la fin de la réunion, à tous ceux qui avaient été convertis dans la journée et dans la soirée de s'avancer et de se faire connaître, que M. H... fut l'un de ceux qui s'avancèrent posément, gravement, et déclara qu'il avait donné son cœur à Dieu. Il paraissait humble et repentant, et j'ai toujours pensé qu'il était vraiment converti à Christ.
L'état des choses dans le village et dans les environs était tel que personne ne pouvait entrer dans le village sans être saisi de crainte, avec l'impression que Dieu était là d'une manière particulière et merveilleuse. Pour l'illustrer, je vais raconter un incident. Le shérif du comté habitait Utica. Il y avait deux tribunaux dans le comté, l'un à Rome et l'autre à Utica ; par conséquent, le shérif, nommé B..., avait beaucoup d'affaires à Rome. Il me raconta plus tard qu'il avait entendu parler de ce qui se passait à Rome, et qu'avec d'autres il avait bien ri, à l'hôtel où il prenait pension, de ce qu'ils avaient entendu.
Mais un jour, il dut se rendre à Rome. Il me dit qu'il était content d'y avoir affaire ; car il voulait voir par lui-même ce qui faisait tant parler les gens, et quel était réellement l'état des choses à Rome. Il fit route dans son traîneau à un cheval, me raconta-t-il, sans aucune impression particulière dans l'esprit, jusqu'au moment où il franchit ce qu'on appelait le vieux canal, un endroit situé à environ un mille de la ville, je crois. Il me dit qu'aussitôt après avoir franchi le vieux canal, une étrange impression s'empara de lui, une crainte si profonde qu'il ne pouvait s'en défaire. Il lui semblait que Dieu remplissait toute l'atmosphère. Il me dit que ce sentiment grandit pendant tout le trajet, jusqu'à son arrivée au village. Il s'arrêta à l'hôtel de M. F..., et le valet d'écurie sortit prendre son cheval. Il remarqua, me dit-il, que le valet d'écurie avait exactement l'air de ressentir ce qu'il ressentait lui-même, comme s'il avait peur de parler. Il entra dans la maison et y trouva le monsieur avec qui il avait affaire. Il me dit qu'ils étaient tous visiblement si impressionnés qu'ils pouvaient à peine s'occuper de leurs affaires. Il me dit que plusieurs fois, pendant le peu de temps qu'il passa là, il dut se lever brusquement de table, aller à la fenêtre, regarder dehors et tâcher de détourner son attention, pour ne pas pleurer. Il remarqua, me dit-il, que tout le monde semblait éprouver exactement la même chose que lui. Une telle crainte, une telle gravité, un tel état de choses, il n'en avait jamais eu la moindre idée auparavant. Il expédia ses affaires et retourna à Utica ; mais, comme il le disait, pour ne plus jamais parler à la légère de l'œuvre de Rome. Quelques semaines plus tard, à Utica, il fut converti, selon toute espérance ; j'en raconterai les circonstances en temps voulu.
J'ai parlé de Wright's Settlement, un village situé à deux ou trois milles au nord-est de Rome. Le réveil y produisit un effet puissant et convertit la grande masse des habitants.
Les moyens employés à Rome furent ceux que j'avais employés auparavant, et aucun autre : la prédication, la prière publique, en commun et dans le particulier, les exhortations et la conversation personnelle. Il est difficile de concevoir un sentiment religieux aussi profond et aussi général que celui dont Rome fut le témoin, sans un seul cas de désordre, de tumulte, de fanatisme, ni de quoi que ce soit de répréhensible. Beaucoup de convertis de ce réveil, dispersés dans tout le pays, vivent encore aujourd'hui ; et ils peuvent attester que, dans ces réunions, régnaient le plus grand ordre et la plus grande gravité, et qu'on prenait le plus grand soin de se garder de tout ce qui aurait été regrettable.
L'œuvre de l'Esprit était si spontanée, si puissante et si irrésistible qu'il fallait faire preuve de la plus grande prudence et de la plus grande sagesse dans la conduite de toutes les réunions, afin d'éviter une explosion de sentiments peu souhaitable, qui aurait vite épuisé la sensibilité des gens et provoqué une réaction. Mais aucune réaction ne suivit, comme le sait quiconque connaît les faits. On maintint pendant plusieurs mois, et je crois même pendant plus d'un an ensuite, en toute saison, une réunion de prière au lever du soleil, qui était très fréquentée et aussi pleine d'intérêt que peut sans doute l'être une réunion de prière. L'état moral de la population était si profondément changé que M. Gillett faisait souvent remarquer que ce n'était plus le même endroit. Ce qui restait de péché était obligé de se cacher. Aucune immoralité ouverte n'y aurait été tolérée un seul instant. Je n'ai donné qu'une très pâle esquisse de ce qui s'est passé à Rome. Une description fidèle de tous les événements émouvants qui se pressèrent dans ce réveil ferait à elle seule un volume.
Je devrais dire quelques mots de l'esprit de prière qui régnait alors à Rome. C'est, je crois, le samedi où je descendis de Western pour faire l'échange avec M. Gillett que je retrouvai l'Église l'après-midi pour une réunion de prière, dans son lieu de culte. Je m'efforçai de leur faire comprendre que Dieu exaucerait immédiatement la prière, pourvu qu'ils remplissent les conditions auxquelles il a promis de l'exaucer ; et surtout s'ils croyaient, au sens où ils s'attendraient à ce qu'il exauce leurs demandes. Je remarquai que l'Église s'intéressait vivement à mes paroles, et leurs visages exprimaient un ardent désir de voir la réponse à leurs prières. Vers la fin de la réunion, je me souviens d'avoir fait cette remarque : « Je crois vraiment que, si vous vous unissez cet après-midi dans la prière de la foi adressée à Dieu pour qu'il répande immédiatement son Esprit, vous recevrez une réponse du ciel plus vite que vous ne recevriez un message d'Albany par le courrier le plus rapide qu'on pourrait envoyer. »
Je dis cela avec beaucoup de force, et je le sentais ; et je remarquai que les gens furent saisis par l'expression de mon ardeur et de ma foi au sujet d'un exaucement immédiat de la prière. Le fait est que j'avais si souvent vu ce résultat en réponse à la prière que je fis cette remarque sans la moindre hésitation. Aucun des membres de l'Église ne dit rien sur le moment ; mais j'appris, après que l'œuvre eut commencé, que trois ou quatre membres de l'Église s'étaient retrouvés dans le bureau de M. Gillett, si frappés de ce qui avait été dit sur les exaucements rapides de la prière qu'ils résolurent de prendre Dieu au mot et de voir s'il répondrait pendant qu'ils parleraient encore (Ésaïe 65,24). L'un d'eux me dit par la suite que l'Esprit de Dieu leur avait donné une foi merveilleuse pour prier en vue d'un exaucement immédiat ; et il ajouta : « La réponse est bel et bien venue plus vite que nous n'aurions pu recevoir une réponse d'Albany par le courrier le plus rapide que nous aurions pu envoyer. »
En vérité, la ville était remplie de prière. Où que l'on aille, on entendait la voix de la prière. Si l'on passait dans la rue et que deux ou trois chrétiens se trouvaient ensemble, ils priaient. Partout où ils se rencontraient, ils priaient. Partout où se trouvait un pécheur non converti, surtout s'il montrait de l'opposition, on trouvait deux ou trois frères ou sœurs qui s'accordaient pour faire de lui un sujet particulier de prière.
Il y avait à Rome la femme d'un officier de l'armée des États-Unis, fille d'un citoyen en vue de l'endroit. Cette dame manifestait une assez forte opposition à l'œuvre et, à ce qu'on rapportait, avait dit contre elle des choses sévères ; c'est ce qui conduisit à faire d'elle un sujet particulier de prière. Je ne l'avais appris que peu de temps avant l'événement que je vais raconter. Je crois que, dans ce cas, quelques-unes des femmes les plus en vue firent de cette dame un sujet particulier de prière, car elle avait une influence considérable dans l'endroit. C'était une femme instruite, d'un grand caractère et d'une forte volonté ; et naturellement, elle faisait sentir son opposition. Mais presque aussitôt que la chose fut connue, et que l'esprit de prière fut donné pour elle en particulier, l'Esprit de Dieu prit son cas en main. Un soir, presque aussitôt après que j'eus entendu parler d'elle, et peut-être le soir même du jour où j'avais appris les faits, une fois la réunion terminée et les gens partis, M. Gillett et moi étions restés jusqu'au tout dernier moment, à converser avec quelques personnes profondément courbées sous la conviction de péché. Comme elles s'en allaient, et que nous allions nous retirer, le bedeau vint en hâte vers nous au moment où nous sortions et dit : « Il y a une dame dans ce banc, là-bas, qui ne peut pas sortir ; elle ne peut plus bouger. Ne voulez-vous pas venir la voir ? » Nous revînmes sur nos pas, et voici, affaissée dans le banc, se trouvait cette dame dont j'ai parlé, entièrement accablée par la conviction de péché. Le banc avait été plein, et elle avait voulu se retirer avec les autres qui sortaient ; mais comme elle était la dernière à sortir, elle s'était trouvée incapable de se tenir debout et s'était affaissée sur le plancher, sans que ceux qui la précédaient s'en aperçoivent. Nous eûmes un entretien avec elle et nous constatâmes que le Seigneur l'avait frappée d'une indicible conviction de péché. Après avoir prié avec elle et lui avoir solennellement enjoint de donner immédiatement son cœur à Christ, je la quittai ; et M. Gillett, je crois, l'aida à rentrer chez elle. Sa maison n'était qu'à quelques dizaines de mètres. Nous apprîmes ensuite qu'en arrivant chez elle, elle était montée seule dans une chambre et y avait passé la nuit. C'était une froide nuit d'hiver. Elle s'enferma à clé et passa la nuit seule.
Le lendemain, elle exprima son espérance en Christ, et, pour autant que je le sache, elle se montra solidement convertie.
Je pense devoir mentionner aussi la conversion de Mme Gillett pendant ce réveil. Elle était la sœur du missionnaire Mills, l'un des jeunes gens dont le zèle conduisit à la fondation du Bureau américain des missions. C'était une belle femme, bien plus jeune que son mari, dont elle était la seconde épouse. Avant que M. Gillett l'épouse, elle avait été plusieurs semaines sous la conviction de péché, au point d'en perdre presque la raison. Elle avait l'impression, si je me souviens bien, qu'elle n'était pas au nombre des élus et qu'il n'y avait pas de salut pour elle. Peu après le début du réveil à Rome, l'Esprit du Seigneur la convainquit de nouveau puissamment de péché.
C'était une femme raffinée, qui aimait la toilette ; et, comme c'est très courant, elle portait dans les cheveux et sur sa personne quelques petits ornements ; rien, cependant, que j'eusse pu considérer comme une pierre d'achoppement sur son chemin. Étant son hôte, je m'entretins à plusieurs reprises avec elle à mesure que sa conviction de péché grandissait ; mais il ne me vint jamais à l'esprit que son goût pour la toilette pût faire obstacle à sa conversion à Dieu. Mais comme l'œuvre devenait si puissante, sa détresse devint alarmante ; et M. Gillett, sachant ce qui lui était arrivé autrefois, craignait beaucoup qu'elle ne retombe dans l'état d'abattement où elle s'était trouvée des années auparavant. Elle s'en remettait à moi pour être instruite. Presque chaque fois que j'entrais dans la maison, elle venait me trouver, me suppliait de prier pour elle et me disait que sa détresse était plus forte qu'elle ne pouvait le supporter. Elle allait visiblement tout droit au désespoir ; mais je voyais qu'elle comptait trop sur moi ; c'est pourquoi je m'efforçais de l'éviter.
Cela continua ainsi jusqu'au jour où, en entrant dans la maison, j'allai dans le bureau. Au bout de quelques instants, comme d'habitude, elle était devant moi, me suppliant de prier pour elle et se plaignant qu'il n'y avait pas de salut pour elle. Je me levai brusquement et la quittai sans prier avec elle, en lui disant qu'il ne servait à rien que je prie pour elle, puisqu'elle comptait sur mes prières. À ces mots, elle s'affaissa comme si elle allait s'évanouir. Je la laissai pourtant seule et passai brusquement du bureau au salon. Au bout de quelques instants, elle traversa le vestibule en courant et entra dans le salon, le visage tout rayonnant, en s'écriant : « Ô monsieur Finney ! J'ai trouvé le Sauveur ! J'ai trouvé le Sauveur ! Ne pensez-vous pas que ce sont les ornements de mes cheveux qui faisaient obstacle à ma conversion ? Je me suis aperçue que, lorsque je priais, ils me revenaient à l'esprit ; et j'étais tentée, à ce que je croyais, d'y renoncer. Mais, dit-elle, je pensais que c'étaient des bagatelles, et que Dieu ne se souciait pas de telles bagatelles. C'était une tentation de Satan. Mais les ornements que je portais ne cessaient de me revenir à l'esprit chaque fois que j'essayais de donner mon cœur à Dieu. Quand vous m'avez brusquement quittée, dit-elle, j'ai été poussée au désespoir. Je me suis jetée à terre et, voici, ces ornements me sont revenus à l'esprit ; et j'ai dit : Je ne veux plus que ces choses me reviennent, je vais les rejeter loin de moi pour toujours. » Elle ajouta : « J'y ai renoncé, et je les ai prises en haine comme des choses qui faisaient obstacle à mon salut. Dès que j'ai promis d'y renoncer, le Seigneur s'est révélé à mon âme ; et oh ! dit-elle, je m'étonne de n'avoir jamais compris cela auparavant. C'était vraiment là ma grande difficulté autrefois, quand j'étais sous la conviction de péché : mon goût pour la toilette ; et je ne le savais pas. »
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).