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Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney

Discours 22

La croissance dans la grâce

Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. (2 Pierre 3,18)

Je dois terminer cette série de discours en donnant aux convertis des instructions sur la croissance dans la grâce. Je suivrai l'ordre que voici :

I. Ce qu'est la grâce, au sens où le mot est employé ici.

II. Ce que ne signifie pas l'ordre de « croître dans la grâce ».

III. Ce qu'il signifie.

IV. Les conditions de la croissance dans la grâce. V. Ce qui ne prouve pas la croissance dans la grâce. VI. Ce qui prouve la croissance dans la grâce.

VII. Comment croître dans la grâce.

I. Ce qu'est la grâce, au sens où le mot est employé ici.

1. La grâce, c'est la faveur. Dans la Bible, le mot sert souvent à désigner un don gratuit. La grâce de Dieu, c'est la faveur de Dieu, ce sont ses dons gratuits.

II. Ce que ne signifie pas l'ordre de « croître dans la grâce ».

1. Il ne nous prescrit pas de renoncer au péché peu à peu. Chose étrange, certains semblent l'avoir compris ainsi ; mais nulle part la Bible ne nous ordonne de renoncer au péché peu à peu : partout elle nous ordonne d'y renoncer sur-le-champ et entièrement. III. Ce qu'il signifie.

1. Il nous impose le devoir de croître dans la faveur de Dieu, de grandir dans son estime, dans la dignité de recevoir sa faveur, et dans l'amour de complaisance qu'il a pour nous.

IV. Les conditions de la croissance dans la grâce.

1. La croissance ou l'augmentation en quoi que ce soit suppose un commencement. Croître dans la faveur de Dieu suppose que nous avons déjà trouvé grâce à ses yeux, que nous sommes déjà ses débiteurs pour la grâce reçue, et que nous sommes déjà dans la grâce, en ce sens que nous avons une place parmi ceux qu'il favorise.

2. Par conséquent, la croissance dans la grâce suppose que nous nous sommes déjà repentis de notre péché, que nous avons réellement et pratiquement abandonné tout péché connu. Il est impossible que nous soyons en faveur auprès de Dieu si nous continuons à nous livrer à un péché que nous savons commettre contre lui. Être en faveur auprès de Dieu suppose, bien entendu, que nous sommes pardonnés et favorisés par lui, à cause de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Le pardon est une faveur, et il suppose qu'on renonce à la révolte contre Dieu. Les conditions de la faveur divine, telles que la Bible les révèle, sont la repentance et l'abandon de tout péché connu, et la foi en notre Seigneur Jésus-Christ. J'ai dit que, pour croître dans la grâce, il faut que la grâce ait commencé ; en d'autres termes, il faut que nous soyons déjà chrétiens, que nous soyons agréés de Dieu, que nous ayons accepté Christ, dans la mesure où nous le comprenons, que nous obéissions à toute la volonté de Dieu que nous connaissons. Sans cela, nous ne pouvons pas être dans l'état de grâce, ni dans la faveur de Dieu. Mais une fois dans cet état, nous avons devant nous une croissance qui ne finira jamais. Plus nous connaîtrons Dieu, plus nous serons capables de l'aimer, d'avoir en lui une confiance plus entière et plus absolue. Et cela n'aura pas de fin tant que nous existerons, dans ce monde ou dans n'importe quel autre. Notre amour pour lui et notre confiance en lui peuvent être complets, dans la mesure où nous le connaissons. Cet amour et cette confiance nous assureront sa faveur ; mais notre connaissance de lui ne cessera jamais de grandir, et il y a donc place pour une croissance éternelle dans la grâce. Plus nous aimons, plus nous croyons, plus nous connaissons Dieu, si nous nous conformons à toute cette connaissance, plus Dieu doit prendre plaisir en nous, plus haut nous serons placés dans sa faveur, et plus il continuera de nous accorder des dons nombreux et grands.

3. Évidemment, la croissance dans la connaissance de Dieu est une condition de la croissance dans sa faveur. Nous pourrions croître en connaissance sans croître dans sa faveur, parce qu'il se pourrait que nous ne l'aimions pas et ne nous confiions pas en lui à la mesure de cette connaissance accrue. Mais nous ne pouvons l'aimer et nous confier en lui plus parfaitement sans le connaître plus parfaitement. Si notre amour et notre foi suivent le pas de notre connaissance croissante, nous croîtrons forcément dans sa faveur. Mais la croissance en connaissance est forcément une condition de la croissance dans l'amour et dans la foi.

4. La croissance dans la connaissance de Dieu, tel qu'il s'est révélé en Jésus-Christ, est forcément une condition de la croissance dans sa faveur. C'est en Jésus-Christ et par lui que Dieu se révèle à l'homme. C'est en Jésus-Christ que nous recevons la vraie idée de la personnalité du Dieu infini. Voilà pourquoi le texte dit : « Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. »

5. La croissance dans la grâce a pour condition une connaissance plus grande de tout ce que comporte la consécration entière à Dieu.

La vraie conversion à Dieu comporte la consécration à Dieu de nous-mêmes et de tout ce que nous avons, dans la mesure où nous comprenons ce que cela implique. Mais au début, les convertis sont loin de savoir tout ce que comportent les formes les plus élevées de la consécration. Ils découvriront bientôt qu'il y a certaines choses auxquelles ils n'avaient pas pensé, et qu'ils n'ont pas livrées à Dieu. Au début, peut-être, tout ce qu'ils avaient en tête, c'était de déposer leur âme nue sur l'autel et de donner tout leur cœur à Dieu. Mais ils peuvent bientôt s'apercevoir qu'ils n'ont pas pensé à tous leurs biens ni à tout ce qui leur était cher, qu'ils n'ont pas tout livré, sans laisser un seul ongle en arrière. Ils ont livré tout ce à quoi ils pensaient à ce moment-là, mais ils n'étaient pas pleinement éclairés : ils n'ont pas pensé, et ne pouvaient pas penser à ce moment-là, à chaque appétit, à chaque passion, à chaque penchant, à chaque désir et à chaque affection, à tout ce qu'ils appellent leur, et qui leur est cher, dans toute la création, pour en faire à Dieu une remise et un abandon complets. Acquérir cette connaissance demande du temps ; et la croissance dans la faveur de Dieu a pour condition qu'on fasse à Dieu l'abandon et la consécration complète de tout ce qu'on est, de tout ce qu'on a, de tout ce qu'on désire et de tout ce qu'on aime, à mesure que ces objets se présentent à la pensée. Aussi longtemps que nous existerons et que notre connaissance augmentera, il ne fait pas de doute que nous serons appelés à croître dans la grâce en consacrant à Dieu tout nouvel objet de connaissance, de désir et d'affection que nous pourrons venir à connaître, à désirer et à aimer, pendant toute l'éternité. À mesure que vous recevez une lumière nouvelle, il faut élargir votre consécration de jour en jour, d'heure en heure, sinon vous cesserez de croître dans la grâce. Dès que vous vous arrêtez en chemin, et que vous ne déposez pas et ne laissez pas sur l'autel de la consécration tout ce que vous êtes, tout ce que vous possédez ou tout ce que vous aimez, à ce moment même vous cessez de croître dans la grâce. Je vous en prie, que cette parole pénètre profondément dans vos cœurs.

6. Une autre condition de la croissance dans la grâce, c'est de rechercher, avec un sérieux intense et avec constance, plus de lumière spirituelle, par l'illumination du Saint-Esprit. Vous n'obtiendrez aucune lumière spirituelle efficace autrement que par ce que le Saint-Esprit vous montre et vous enseigne intérieurement. Et vous ne l'obtiendrez pas si vous ne demeurez pas dans la véritable attitude d'un disciple de Christ. Rappelez-vous qu'il dit : « Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple » (Luc 14,33). Il ne sera pas, par son Saint-Esprit, votre maître divin si vous ne renoncez pas à vous-mêmes, et si vous ne vivez pas dans une consécration continuelle à lui. Pour obtenir et conserver les enseignements de Christ par son Saint-Esprit, il faut prier continuellement et avec ardeur pour recevoir son enseignement divin, et veiller à ne pas lui résister et à ne pas l'attrister.

7. Une autre condition de la croissance dans la grâce, c'est de se conformer constamment à tous les enseignements du Saint-Esprit, en marchant au pas de nos convictions sur le devoir et de notre connaissance croissante de la volonté de Dieu.

8. Une foi en Dieu de plus en plus absolue est une condition de la croissance dans la grâce. Par absolue, j'entends une foi qui ne raisonne pas, une confiance dans le caractère de Dieu si profonde que nous nous fions à lui dans les ténèbres comme dans la lumière, quand nous ne comprenons pas les raisons de sa conduite envers nous ou de ses exigences aussi bien que quand nous les comprenons. Une foi comme celle d'Abraham, qui « ne douta point, par incrédulité, au sujet de la promesse » (Romains 4,20), alors que la chose promise paraissait tout à fait déraisonnable et impossible. Une foi absolue est une foi qui ne vacille pas, qui ne discute pas, une disposition d'esprit qui se repose en Dieu, dans ses promesses, dans sa fidélité, dans son amour, quelles que soient les apparences, et si éprouvants et apparemment déraisonnables que soient ses commandements ou les dispensations de sa providence. La foi d'Abraham est souvent louée dans la Bible. Dieu lui avait promis un fils, mais ne lui donna la postérité promise que lorsqu'il eut cent ans et que Sara en eut quatre-vingt-dix. Pourtant, bien que Sara eût passé l'âge et que lui-même fût comme mort, il crut que Dieu pouvait accomplir sa promesse ; et quand il eut reçu son fils bien-aimé, avec l'assurance que ce serait lui son héritier et que c'est par lui que la promesse s'accomplirait de génération en génération, Dieu mit sa foi à rude épreuve en lui ordonnant d'offrir son Isaac en holocauste. Il obéit sans la moindre hésitation, croyant que Dieu était puissant pour le ressusciter des morts. Il prit toutes ses dispositions pour obéir à cet ordre si dur avec un tel calme que ni Sara ni Isaac ne soupçonnèrent rien de ce qui se préparait. Voilà un exemple de foi absolue mise en pratique. La croissance dans la grâce, c'est-à-dire dans la faveur de Dieu, a pour condition la croissance dans une confiance absolue en lui.

9. Une sensibilité plus complètement sanctifiée est une condition de la croissance dans la faveur de Dieu. Par la sensibilité, j'entends cette partie de notre nature qui ressent, qui désire, et à laquelle appartient tout ce que nous appelons désir, affection, émotion, sentiment, appétit, passion, penchant, convoitise. La sensibilité est une faculté involontaire, et l'on ne peut, à proprement parler, lui attribuer des actes ni des qualités morales. Les états de la sensibilité n'ont un caractère moral que dans la mesure où ils le tiennent, directement ou indirectement, de l'action de la volonté. La nature de l'homme, dans son ensemble, dans son état de dépravation, est dans un état fort peu aimable ; et bien que la volonté puisse être livrée à Dieu, la sensibilité peut se trouver dans un état très peu aimable aux yeux de celui qui la regarde directement et qui connaît parfaitement chaque désir, chaque passion, chaque penchant, chaque convoitise qui s'y éveille. C'est surtout par la sensibilité que les tentations nous assaillent. C'est par elle que se poursuit le combat chrétien. Le combat chrétien consiste dans la lutte de la volonté contre ces divers appétits, passions, penchants et convoitises, pour les tenir soumis à la volonté de Dieu. Si la volonté garde son intégrité et reste attachée à la volonté de Dieu, l'âme ne pèche pas dans son combat contre les états excités de la sensibilité. Mais ces penchants rebelles entravent la volonté dans le service qu'elle rend à Dieu. Les maîtriser demande beaucoup de temps, de pensée et de force. C'est pourquoi l'âme, tant qu'elle déploie toute la force de la volonté pour soumettre ces penchants, ne peut rendre à Dieu un service aussi complet que celui qu'elle pourrait et voudrait lui rendre autrement. Ces appétits, ces passions et ces penchants, bien qu'ils ne soient pas coupables en eux-mêmes, ont été considérés et désignés comme le péché qui habite en nous. À strictement parler, ils ne peuvent pas être péché, puisqu'ils sont involontaires. Mais ils sont souvent un grand obstacle à notre croissance dans la faveur de Dieu. « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez » (Galates 5,17). Cela veut dire que nous ne pouvons pas faire pour Dieu ce que nous ferions autrement, parce qu'il nous faut tant lutter contre les états de la sensibilité pour les maîtriser. À mesure que la sensibilité est de plus en plus domptée et accordée au dévouement de la volonté envers Dieu, nous sommes libres de rendre à Dieu un service moins entravé. Par conséquent, plus la sanctification de la sensibilité est complète, plus nous sommes pleinement en faveur auprès de Dieu.

10. Une consécration de plus en plus complète et universelle, de l'esprit, de l'âme et du corps, est la condition d'une croissance toujours plus grande dans la faveur de Dieu. Il est fréquent, au début, que la fermeté du dévouement de la volonté envers Dieu soit vaincue par la clameur des appétits, des passions et des penchants excités, ou par les divers états de la sensibilité. Chaque fois que la volonté cède à ces états excités, vous péchez. Mais dans ces cas-là, le péché n'est pas volontaire au sens d'être délibéré et intentionnel ; c'est plutôt un faux pas, une inadvertance, une défaillance d'un instant sous la pression d'un sentiment très excité. Ce fléchissement n'en est pas moins un péché. Si excités que soient les états de la sensibilité, si la volonté ne cède pas, il n'y a, à strictement parler, aucun péché. Cependant, alors même que la volonté est ferme, qu'elle maintient sa consécration, son obéissance à Dieu, les appétits qui naissent du corps et les divers penchants de l'âme, qui résident dans la sensibilité, peuvent être tellement discordants, tellement en désordre, et dans un tel état de développement maladif, que l'âme peut se trouver inapte aux occupations et aux joies du ciel.

11. C'est pourquoi le fait de recevoir une plus grande plénitude de la nature divine est une condition de la croissance dans la faveur de Dieu. En Dieu, la volonté et la sensibilité sont forcément dans un état de suprême perfection et d'accord parfait. Tous ses désirs et tous ses sentiments sont forcément en parfaite harmonie avec son intelligence et sa volonté. Il n'en est pas ainsi pour nous, dans notre état de dépravation physique. La dépravation de la sensibilité est forcément physique, puisqu'elle est involontaire. Elle n'en est pas moins une dépravation, un état déchu de la sensibilité. Cette partie déchue de notre nature doit être relevée, sanctifiée, ou entièrement remise en harmonie avec une volonté consacrée et une intelligence éclairée, sinon nous ne serons jamais rendus aptes au ciel. À mesure que nous devenons de plus en plus participants de la nature divine et de la sainteté divine, nous sommes plus pleinement sanctifiés dans l'esprit, l'âme et le corps, et nous croissons évidemment de plus en plus dans la faveur de Dieu.

12. Une plénitude plus grande et plus pénétrante de la présence du Saint-Esprit en nous est une autre condition de la croissance dans la faveur de Dieu. On ne saurait trop vous graver dans l'esprit que chaque pas de la vie chrétienne doit se faire sous l'influence du Saint-Esprit. Ce qu'il faut atteindre, c'est l'enseignement et la direction du Saint-Esprit en toutes choses, de sorte qu'en tout vous soyez conduits par l'Esprit de Dieu. « Si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'accomplirez pas les désirs de la chair » (Galates 5,16). « Si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez » (Romains 8,13). « L'affection de l'esprit, c'est la vie et la paix, tandis que l'affection de la chair, c'est la mort » (Romains 8,6). Souvenez-vous donc toujours que pour croître dans la grâce, il vous faut croître dans la possession de la plénitude du Saint-Esprit dans votre cœur.

13. Une connaissance personnelle plus profonde du Seigneur Jésus-Christ, dans toute son œuvre et dans toutes les fonctions qu'il remplit envers nous, est une condition de la croissance dans la grâce. Sa nature, son œuvre et ses relations avec nous sont le sujet de la Bible. La Bible nous le présente sous une grande variété de relations. Dans ma Théologie systématique, j'ai examiné une soixantaine, ou davantage, de ces relations officielles de Christ avec le genre humain, et je les présente plutôt comme des échantillons et des exemples que comme l'inventaire complet de ses relations avec nous. Or, connaître Christ simplement sur le papier, tel que la Bible en parle, pour avoir lu ou entendu parler de lui, est une chose ; le connaître personnellement dans ces relations en est une tout autre. La Bible est le moyen par lequel nous lui sommes présentés personnellement. Ce qu'elle dit de lui est destiné à nous pousser à rechercher une connaissance personnelle de lui. C'est par cette connaissance personnelle de lui que nous devenons semblables à lui. C'est par une communion directe, personnelle, individuelle avec son esprit divin que nous revêtons son image. « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit » (2 Corinthiens 3,18). « La foi vient de ce qu'on entend » (Romains 10,17), et la foi nous procure une connaissance personnelle de Christ. Christ a promis de se manifester personnellement à ceux qui l'aiment et qui lui obéissent. Ne vous arrêtez pas, mes chers enfants, avant d'avoir obtenu cette manifestation personnelle de Christ à votre âme. Votre croissance dans la grâce en dépendra. Ne songez pas à vous arrêter avant de connaître personnellement Christ, non seulement dans toutes ces relations, mais dans la plénitude de ces relations. Ne perdez pas de vue que s'approprier Christ dans chacune de ces relations est un acte de foi personnel. C'est se revêtir du Seigneur Jésus-Christ, le prendre pour vôtre dans chacune de ces relations : comme votre sagesse, votre justice, votre sanctification et votre rédemption ; votre prophète, pour vous enseigner, votre roi, pour vous gouverner, votre souverain sacrificateur, pour faire l'expiation pour vous, votre médiateur, votre avocat, votre force, votre Sauveur, votre lieu de refuge, votre haute retraite, votre chef et votre guide, votre bouclier, votre défense, votre très grande récompense. Dans chacune de ces relations, et dans toutes ses autres relations officielles, il faut vous l'approprier par la foi, de manière à vous assurer une communion personnelle avec lui dans ces relations. Croître dans la connaissance personnelle de lui, dans ces relations, est, souvenez-vous-en, une condition indispensable de la croissance dans sa faveur.

V. Je dois relever quelques choses qui ne prouvent pas la croissance dans la grâce.

1. La croissance en connaissance n'est pas une preuve décisive de croissance dans la grâce. Un certain degré de connaissance est indispensable pour être en faveur auprès de Dieu ; et la croissance en connaissance, je l'ai montré, est une condition de la croissance dans la grâce ; mais la connaissance n'est pas la grâce, et croître en connaissance n'est pas croître dans la grâce. Quelqu'un peut croître autant qu'on voudra en connaissance et n'avoir aucune grâce. En enfer, on ne peut que croître en connaissance, à mesure qu'on avance en expérience et dans la connaissance de la justice de Dieu. Mais là, la croissance en connaissance ne fait qu'aggraver la culpabilité et la misère de l'enfer. On y connaît de plus en plus Dieu, sa loi et sa propre culpabilité, et plus on en connaît, plus on est malheureux. De cette connaissance accrue, on n'apprend jamais la piété.

2. Qu'un homme croisse en dons, ce n'est pas une preuve certaine qu'il croisse dans la grâce.

Un chrétien de profession peut croître en dons, c'est-à-dire qu'il peut prier avec plus d'aisance, prêcher avec plus d'éloquence, ou exhorter de façon plus émouvante, sans être le moins du monde plus saint. On progresse naturellement dans ce à quoi on s'exerce. Et si quelqu'un s'exerce souvent à exhorter, il gagnera naturellement en aisance et en mordant, pour peu qu'il fasse un effort ou qu'il s'y applique. Mais il peut faire tout cela et n'avoir pourtant aucune grâce. Il peut prier avec toute l'ardeur possible, et gagner en aisance et en émotion apparente, sans avoir aucune grâce. Des gens qui n'ont aucune grâce le font souvent. Il est vrai que, s'il a la grâce et qu'il s'exerce à ces choses, il croîtra en dons à mesure qu'il croîtra dans la grâce. Personne ne peut s'exercer à obéir à Dieu sans progresser dans ces exercices. S'il ne progresse pas dans ses dons, c'est un signe certain qu'il ne croît pas dans la grâce. Mais, d'un autre côté, qu'il progresse dans certains exercices ne prouve pas à coup sûr qu'il croît dans la grâce, car il progressera naturellement par la pratique, qu'il soit chrétien ou hypocrite.

3. Qu'une personne pense croître dans la grâce, ce n'est pas une preuve qu'elle y croît. On peut avoir une très bonne opinion de ses propres progrès dans la religion, alors qu'il est évident pour les autres que non seulement on ne progresse pas, mais qu'en réalité on décline. Celui qui devient de pire en pire ne s'en rend généralement pas bien compte. Il n'est pas rare que des pécheurs impénitents comme des chrétiens pensent devenir meilleurs, alors qu'ils ne deviennent pas meilleurs du tout. Cela tient à la nature même de la chose. Si quelqu'un devient pire, sa conscience, pour un temps, s'endurcit de plus en plus, et son esprit s'obscurcit de plus en plus, à mesure qu'il étouffe sa conscience et résiste à la lumière. Il peut alors penser qu'il devient meilleur, justement parce qu'il a moins le sentiment du péché, et tant que sa conscience continue de dormir, il peut rester dans une illusion fatale. Un homme jugera de son propre état spirituel selon qu'il se compare à une mesure élevée ou basse. S'il garde Christ devant lui, dans sa plénitude, comme mesure, il aura sans doute toujours, du moins dans cette existence-ci, une piètre idée de ce qu'il a atteint. Tandis que s'il se donne pour mesure l'Église, ou tel ou tel membre de l'Église, il sera très porté à se faire une haute idée de ses progrès dans la religion, et à être fort content de lui-même. Voilà pourquoi les gens jugent si différemment de leur propre état et de l'état de l'Église. Ils se comparent, eux et l'état de l'Église, à des mesures différentes. C'est pourquoi l'un porte sur son propre état un regard très humble, et se plaint de celui de l'Église ; un autre trouve ces plaintes contre l'Église malveillantes. À ses yeux, l'Église se porte très bien. S'il ne trouve pas l'Église froide et dans un triste état, c'est que Christ n'est pas sa mesure de comparaison. Si un homme ferme les yeux, il ne verra pas la souillure qui est sur lui, et il pourra se croire propre, alors qu'il paraît repoussant à tous ceux qui l'entourent.

VI. Ce qui prouve la croissance dans la grâce.

1. Le fait de manifester une confiance en Dieu plus absolue et plus universelle est une preuve de croissance dans la grâce. Exercer une confiance plus grande et plus absolue est, je l'ai dit, la condition de la croissance dans la faveur de Dieu. Je dis ici que la manifestation de cette confiance absolue et universelle prouve que cette confiance croissante existe, et qu'elle est donc une preuve satisfaisante de croissance dans la faveur de Dieu. Si vous avez conscience, dans votre âme, que vous exercez réellement envers Dieu une confiance plus absolue et plus universelle, c'est pour vous la preuve décisive que vous croissez dans la grâce ; et à mesure que vous manifestez cette confiance croissante dans votre vie, dans votre caractère et dans votre esprit, vous prouvez à vous-mêmes et aux autres que vous croissez dans la faveur de Dieu. Car à mesure que vous croissez dans une confiance absolue en lui, vous croissez forcément dans sa faveur.

2. Une autre preuve de croissance dans la grâce, c'est un détachement grandissant du monde. La volonté peut être dans une attitude de dévouement à Dieu, alors que les charmes séducteurs du monde entravent beaucoup le fonctionnement sain de la vie chrétienne. À mesure que l'âme est crucifiée et morte au monde, elle croît dans la faveur de Dieu.

3. Une moindre répugnance des sentiments quand on est appelé au renoncement à soi-même est une preuve de croissance dans la grâce. Cela montre que les sentiments deviennent de moins en moins despotiques, que la volonté prend de plus en plus le dessus sur eux, que la sensibilité s'accorde de mieux en mieux avec le dévouement de la volonté et avec ce que dicte l'intelligence.

4. Une moindre tentation de commettre des péchés d'omission est une autre preuve de croissance dans la grâce ; par exemple, moins de tentation de fuir la croix, de négliger les devoirs désagréables, moins de tentation de paresse, moins de tentation de se dérober aux responsabilités, moins de tentation de négliger la prière, la lecture des Écritures, le culte personnel et le culte de famille ; bref, une tentation de moins en moins forte de se soustraire à l'accomplissement de quelque devoir que ce soit est une preuve de croissance dans la grâce. Ces tentations consistent dans les états excités de la sensibilité. À mesure qu'ils perdent de leur force et de leur fréquence, nous apprenons que notre sensibilité est de plus en plus complètement soumise à la loi de l'intelligence et aux décisions de la volonté, et par conséquent que l'œuvre de la sanctification de l'esprit, de l'âme et du corps progresse, et que nous croissons donc dans la faveur de Dieu.

5. Un zèle de plus en plus intense et constant pour faire avancer la cause de Dieu est une preuve de croissance dans la faveur de Dieu. Le zèle chrétien est parfois assez froid, parfois profond et intense ; tantôt il est constant, tantôt intermittent et passager. À mesure que les chrétiens croissent en piété, leur zèle devient profond, intense et constant ; et quand vous en avez conscience, et que vous en donnez la preuve aux autres par votre vie et votre esprit, vous avez, et vous donnez, la preuve que vous croissez dans la faveur de Dieu.

6. Perdre de plus en plus la conscience de soi et le souci de soi dans chaque action de la vie est une preuve de croissance dans la faveur de Dieu. Certains ont tellement conscience d'eux-mêmes en toutes choses, et se soucient tellement d'eux-mêmes dans tout ce qu'ils disent et font, qu'ils sont gênés dans toute leur vie chrétienne chaque fois qu'ils essaient d'agir ou de parler devant les autres. À mesure qu'ils perdent cette conscience d'eux-mêmes et se soucient moins d'eux-mêmes, leur service de Dieu devient plus libre et plus aisé, et ils sont d'autant meilleurs serviteurs qu'ils pensent moins à eux-mêmes. Il arrive que de jeunes convertis ne puissent parler, prier ou remplir un devoir public sans en être soit fiers, soit honteux, selon qu'ils pensent s'être acquittés de ces devoirs à la satisfaction plus ou moins grande de ceux qui les entourent. Tant qu'il en est ainsi, leur piété est dans un état de faiblesse. Il faut qu'ils perdent de vue leur propre gloire et qu'ils n'aient en vue que la gloire de Dieu pour être agréés de lui. Mais à mesure qu'ils perdent de vue leur moi, et qu'ils mettent toujours Dieu devant eux, n'ayant en vue que sa gloire, ils croissent de plus en plus dans sa faveur.

7. Par conséquent, une insensibilité grandissante à la flatterie ou à la censure des hommes est une preuve de croissance dans la grâce. Paul avait tellement crû dans la grâce qu'il lui importait fort peu d'être jugé par les hommes ; il cherchait seulement à se rendre recommandable devant Dieu. Quand vous voyez grandir en vous cette insensibilité aux flatteries ou aux censures des hommes, vous avez la preuve que vous croissez dans la grâce.

8. Une adhésion de plus en plus cordiale à toute la volonté de Dieu est une preuve de croissance dans sa faveur. Certains se révoltent contre sa volonté telle qu'elle est révélée dans sa parole et dans sa providence. D'autres, dans des circonstances éprouvantes, tolèrent tout juste sa volonté telle qu'elle est révélée dans sa parole et dans la providence ; mais ceux qui croissent dans la grâce trouvent plus naturel d'embrasser toute sa volonté révélée, avec une cordialité toujours plus grande.

9. Un calme et une paix grandissants dans les grandes afflictions sont une preuve de croissance dans la faveur de Dieu. Cela révèle une foi plus large et plus absolue, une acceptation plus entière et plus cordiale de la volonté de Dieu telle qu'elle se révèle dans ces afflictions, et cela montre que l'âme est plus solidement et plus fermement ancrée sur son rocher, Christ.

10. Une tranquillité grandissante dans les désastres et les deuils soudains et écrasants est une preuve de croissance dans la grâce. Plus l'âme peut rester tranquille quand les tempêtes soudaines de la providence s'abattent sur elle, emportant ceux qu'elle aime et flétrissant ses espérances terrestres, plus elle a la preuve qu'elle est l'objet d'une faveur particulière de Dieu. Cette tranquillité est à la fois un effet et une preuve de la faveur de Dieu.

11. Une patience grandissante devant de nombreuses provocations est une preuve de croissance dans la faveur de Dieu.

12. Être « avec joie persévérants et patients » (Colossiens 1,11) est une preuve qu'on croît dans la faveur de Dieu. Quand vous voyez que vous pouvez non seulement tolérer, mais accepter la volonté de Dieu telle qu'elle se révèle quand il vous appelle à souffrir, et surtout quand vous pouvez accepter ces souffrances et les endurer longtemps et avec joie, vous avez la preuve que vous croissez dans la faveur de Dieu.

13. Une cordialité et une joie grandissantes dans les croix, les déceptions et les vives douleurs sont une preuve de croissance dans la faveur de Dieu.

14. Une insensibilité grandissante à tout ce que le monde peut offrir ou faire craindre est une preuve de croissance dans la faveur de Dieu.

15. Un repos et un contentement grandissants dans tout ce que la providence nous assigne sont une preuve de croissance dans la grâce.

16. Une moindre tentation de murmurer ou de se plaindre de quoi que ce soit que la providence nous assigne est une preuve de croissance dans la grâce.

17. Une moindre tentation de s'irriter quand on est contrarié ou déçu en quoi que ce soit est une preuve de croissance dans la grâce.

18. Une tentation de moins en moins forte de ressentiment et d'esprit de vengeance, quand nous sommes insultés ou maltraités de quelque manière que ce soit, est une preuve que la sensibilité est de plus en plus complètement domptée, et par conséquent que nous croissons dans la faveur de Dieu.

19. Une moindre tentation de nous appesantir sur nos épreuves et nos ennuis et de les grossir, d'y penser et d'en parler aux autres, est une preuve que nous pensons de moins en moins à nous-mêmes, et que nous acceptons nos épreuves et nos ennuis en trouvant de plus en plus notre contentement en Dieu. Il est triste d'entendre certaines personnes qui font profession d'être de bons chrétiens revenir sans cesse sur leurs propres ennuis et épreuves et les grossir. Mais si elles croissent dans la grâce, elles y penseront de moins en moins, et seront plus disposées à les regarder comme de « légères afflictions » (2 Corinthiens 4,17). Plus nous croissons dans la grâce, moins nous attachons d'importance aux maux que nous rencontrons en chemin. Un homme de bien, qui traversait réellement ce que le monde appellerait des épreuves et des afflictions très dures (il avait perdu une épouse bien-aimée, et ses enfants étaient morts l'un après l'autre), me dit un jour : « J'ai beaucoup de grâces et peu d'afflictions. » Quand, dans de telles circonstances, un homme peut dire : « Un héritage délicieux m'est échu, une belle possession m'est accordée » (Psaume 16,6), il a la preuve la plus satisfaisante qu'il croît dans la faveur de Dieu. Car cette disposition d'esprit est à la fois un effet et une preuve de la faveur de Dieu.

20. Une disposition grandissante à faire peu de cas de nos épreuves et à faire grand cas de nos bénédictions est une preuve que nous croissons dans la faveur de Dieu.

21. De moins en moins d'inquiétude et de souci au sujet des événements de la providence, et surtout au sujet des choses qui nous touchent de près et profondément, est une preuve de croissance dans la grâce. C'est la preuve d'une foi plus large et plus absolue, d'une volonté plus soumise, et d'une tendance décroissante à se rechercher soi-même ; et c'est donc la preuve d'une faveur croissante auprès de Dieu.

22. Être de moins en moins troublé et inquiété par les événements de la vie, surtout par ceux qui vont à l'encontre de nos propres projets, de nos espérances, de nos attentes et de nos désirs, et qui contrarient nos desseins les plus chers, est une preuve de croissance dans la grâce.

23. Une confiance grandissante et vivante dans la sagesse, la bonté et l'universalité de la providence de Dieu, une disposition d'esprit qui voit Dieu en toutes choses, est une preuve de croissance dans la grâce. Certaines âmes deviennent si spirituelles qu'elles semblent à peine habiter le corps, et paraissent percevoir continuellement la présence de Dieu dans chaque événement, presque comme si elles étaient sans corps et voyaient Dieu face à face. Elles semblent demeurer, vivre, se mouvoir et avoir l'être dans le monde spirituel plutôt que dans le monde naturel. Elles vivent continuellement dans un tel sentiment de la présence, de l'action et de la protection divines, qu'elles ont à peine l'air d'habitants de la terre. Elles sont un mystère vivant et ambulant pour ceux au milieu de qui elles demeurent. Les sources de leur activité sont si divines, leur vie est tellement cachée en Dieu, elles agissent sous des influences si élevées au-dessus du monde, qu'on ne peut les juger avec les mêmes mesures que les autres hommes. Les esprits charnels ne peuvent pas les comprendre. Leur vie cachée est si inconnue, et si impossible à connaître pour ceux qui sont bien au-dessous d'elles dans la vie spirituelle, qu'on les regarde forcément comme fort excentriques, comme des mystiques ou des monomanes, comme des gens aux idées religieuses très particulières, comme des exaltés, et peut-être des fanatiques. Ces personnes sont dans le monde, mais elles vivent au-dessus du monde. Elles ont si bien échappé aux souillures qui sont dans le monde qu'elles peuvent dire avec Paul, en vérité et en connaissance de cause, en Galates 6,14 : « Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde ! » De telles personnes croissent manifestement dans la grâce de Dieu.

24. Être de moins en moins porté à s'arrêter sur les fautes et les faiblesses des autres est une preuve de croissance dans la grâce.

25. Être de moins en moins porté à parler des autres de façon sarcastique ou sévère, ou à les juger sans charité. Une délicatesse ou une douceur grandissante quand on parle, derrière leur dos, de leurs fautes réelles ou supposées est une preuve de croissance dans la grâce.

26. Une répugnance grandissante à regarder ou à traiter qui que ce soit en ennemi, et une facilité et un naturel grandissants à le traiter avec bonté, à prier pour lui de tout cœur et à s'efforcer de lui faire du bien, sont une preuve de croissance dans la grâce.

27. Une tentation de moins en moins forte de garder le souvenir d'une offense, et l'apaisement de tout désir de vengeance quand on est offensé, sont une preuve de croissance dans la grâce.

28. Un empressement et une cordialité grandissants à pardonner une offense et à l'enterrer hors de vue, et une sorte d'incapacité morale à faire autre chose que de rechercher le plus grand bien de ceux qui nous ont le plus profondément offensés, sont une preuve de croissance dans la grâce.

29. Quand nous constatons dans notre propre expérience, et que nous montrons aux autres, qu'il nous est de plus en plus naturel de regarder tous les hommes comme nos frères, et surtout de perdre de vue toutes les distinctions de secte, toutes les idées et tous les préjugés de caste et de couleur, de pauvreté et de richesse, de parenté par le sang et de liens naturels plutôt que spirituels, et de faire cause commune avec Dieu en cherchant à faire du bien à tous les hommes, ennemis et amis sans distinction, nous avons alors nous-mêmes, et nous donnons aux autres, la plus haute preuve que nous croissons dans la faveur de Dieu.

30. C'est vrai surtout quand nous nous trouvons pleins de cordialité et de bon cœur pour faire de grands sacrifices en faveur de ceux qui nous haïssent, et disposés à donner notre vie pour avancer leur salut éternel : nous avons alors la preuve que nous croissons dans la grâce.

31. Plus encore, quand nous nous trouvons de moins en moins enclins à regarder comme un sacrifice ce que nous pouvons faire pour Dieu ou pour les âmes des hommes ; quand nous ne faisons aucun cas de notre vie, comme si elle nous était précieuse, s'il nous est demandé de la donner pour sauver les âmes de nos ennemis ; quand, « en vue de la joie » de les sauver, nous pouvons « souffrir la croix, mépriser l'ignominie » (Hébreux 12,2), ou n'importe quel sacrifice que nous sommes appelés à faire, nous avons la preuve que nous croissons dans la faveur de Dieu.

32. De même, quand nous nous trouvons de plus en plus portés à « regarder comme un sujet de joie complète les diverses épreuves » (Jacques 1,2) où nous tombons, et quand nous sommes disposés à considérer nos épreuves, nos contrariétés, nos pertes et nos croix sous un jour tel que nous y attachons de moins en moins d'importance, nous avons la preuve que nous croissons en patience, et donc dans la faveur de Dieu.

33. Quand nous éprouvons de moins en moins de répugnance à faire une confession complète à ceux que nous avons offensés ; quand, avec un empressement et une cordialité grandissants, nous ouvrons notre cœur pour qu'on le sonde, que nous prenons pour nous la conviction d'avoir mal agi, et que, dans ces cas-là, nous ne pouvons avoir de repos avant d'avoir fait la confession et la réparation les plus complètes qui soient en notre pouvoir ; quand reconnaître nos torts, les confesser et en donner la plus entière satisfaction est pour nous un plaisir de choix plutôt qu'une épreuve et une croix, nous avons la preuve que nous croissons dans la faveur de Dieu.

34. Quand nous sommes de plus en plus impressionnés et touchés par les miséricordes de Dieu et par la bonté de nos semblables et de ceux qui nous entourent ; quand nous apprécions plus profondément et plus pleinement les marques de bonté de Dieu ou de qui que ce soit ; quand nous sommes de plus en plus humiliés et touchés par ces bontés, et qu'il nous est de plus en plus naturel de « marcher humblement, d'aimer la miséricorde et de pratiquer la justice » (Michée 6,8), et de vivre dans la reconnaissance, nous avons la preuve que nous croissons dans la faveur de Dieu.

35. Quand nous nous sentons attirés, avec un sérieux grandissant, à persévérer pour connaître davantage le Seigneur, nous avons la preuve que nous croissons dans la grâce.

36. Quand nous nous trouvons de plus en plus facilement impressionnés et touchés, vivifiés et stimulés par la vérité religieuse, et quand nous trouvons une harmonie grandissante dans l'action de toutes nos facultés, intellectuelles, volontaires et sensibles, pour accepter toute la volonté et toute la providence de Dieu et nous y reposer, si douloureuses qu'elles puissent être pour le moment, nous avons la preuve que nous croissons dans la grâce.

37. Une jalousie grandissante pour l'honneur de Dieu, pour la pureté et l'honneur de son Église, pour les droits de Dieu et pour les droits de tous les hommes, est une preuve qu'on devient de plus en plus conforme à Dieu, et donc, évidemment, qu'on croît dans sa faveur.

VII. Comment croître dans la grâce.

1. Remplissez les conditions relevées dans la quatrième partie de ce discours. Je n'ai pas besoin de les répéter.

2. Souvenez-vous que chaque pas en avant doit se faire par la foi, et non par les œuvres. L'erreur que certains hommes de bien ont commise sur ce sujet est vraiment stupéfiante. Le docteur Chalmers affirme que, pour être sanctifié, il faut travailler à l'être. Il y a quelques années, le docteur Pond a publié une brochure dans laquelle il prenait position sur ce sujet avec le docteur Chalmers, et affirmait que l'idée d'être sanctifié par la foi était une absurdité. À vrai dire, on a eu presque partout l'habitude de présenter la croissance dans la grâce comme consistant à prendre des habitudes d'obéissance à Dieu. Or, il est bien surprenant que tant d'hommes de bien soient tombés dans cette erreur. Le fait est que chaque pas en avant dans la vie chrétienne se fait par une appropriation nouvelle et plus complète de Christ par la foi, par un baptême plus complet du Saint-Esprit. À mesure que nos faiblesses, nos infirmités, les péchés qui nous enveloppent si facilement et nos besoins nous sont révélés par les circonstances de tentation que nous traversons, notre seul secours efficace se trouve en Christ, et nous ne croissons qu'à mesure que, pas à pas, nous nous l'approprions plus complètement, dans une relation ou dans une autre, et que nous « nous revêtons » de lui plus complètement. À mesure que nous sommes de plus en plus vidés de la confiance en nous-mêmes, que nous renonçons de plus en plus à tout espoir de former de saintes habitudes par une obéissance qui viendrait de nous, et l'écartons, et qu'à mesure que, par la foi, nous obtenons des baptêmes du Saint-Esprit de plus en plus profonds, et nous revêtons du Seigneur Jésus-Christ de plus en plus complètement, et dans un plus grand nombre de ses relations officielles, nous croissons d'autant plus vite dans la faveur de Dieu. Rien ne peut être plus erroné ni plus dangereux que l'idée communément reçue selon laquelle on croît dans la grâce en formant de saintes habitudes. C'est par des actes de foi seulement que nous nous approprions Christ, et nous sommes sanctifiés par la foi aussi réellement que nous sommes justifiés par la foi. Dans ma Théologie systématique, en exposant les conditions de la sanctification entière ou permanente, j'ai relevé une soixantaine des relations officielles de Christ, comme je l'ai déjà dit, et j'y ai soutenu, comme je le soutiens ici, que la croissance dans la sainteté, et par conséquent dans la faveur de Dieu, ne s'obtient que par des appropriations de Christ nouvelles, plus complètes et plus profondes, dans toutes ces relations officielles. Si vous voulez croître dans la grâce, il faut que ce soit par la foi. Il faut prier avec foi pour recevoir le Saint-Esprit. Il faut vous approprier Christ et vous revêtir de lui par le Saint-Esprit. À chaque pas en avant, il vous faut une onction nouvelle du Saint-Esprit, par la foi.

REMARQUES.

1. Ce sujet nous fait voir l'immense importance de bien instruire les jeunes convertis. Dans bien des cas, ils reçoivent très peu d'instruction adaptée à leur expérience et à leur degré d'intelligence chrétienne. Certains se font une telle idée de la persévérance des saints qu'ils tiennent pour acquis que les petits enfants en Christ grandiront sans être nourris, et sans ce lait spirituel et pur de la parole par lequel il faut qu'ils grandissent. D'autres, qui tiennent pour acquis qu'ils ont besoin d'instruction, leur donnent sans le savoir une fausse instruction : ils les mettent au travail, extérieurement et avec zèle, sans beaucoup se soucier de fortifier et de développer leur vie intérieure. Ils ne leur apprennent pas à s'approprier Christ et à vivre de lui comme de leur vie, mais ils les pressent sans cesse de faire leur devoir, de travailler pour Dieu, de travailler pour les âmes, sans leur faire suffisamment comprendre que tout ce qu'ils font ne compte pour rien s'il ne procède pas de la vie de Dieu dans leur âme. Il en résulte une activité extérieure affairée, tandis que la vie spirituelle intérieure dépérit. Cela finit forcément par le dégoût de son propre manque de cœur, et par une rechute dans l'apathie et la négligence.

2. On commet parfois l'erreur inverse. On leur enseigne à se reposer en Christ d'une manière qui les fait tomber dans une sorte de quiétisme et d'inaction antinomienne. On les exhorte à exercer la foi, mais on ne les pénètre pas sérieusement de la conviction que ce doit être une foi qui agit, qui est agissante par la charité, qui purifie le cœur et qui triomphe du monde. Le résultat, c'est qu'ils ne font rien en religion. On laisse les pécheurs continuer de dormir et aller en enfer au milieu d'eux, et ils ne font aucun effort pour les sauver.

3. Nous voyons l'importance d'un ministère oint du Saint-Esprit. Le grand besoin de l'Église, c'est un ministère si pleinement oint du Saint-Esprit qu'il sache conduire l'Église en avant et en haut, jusqu'au plein développement de la piété chrétienne. Pour instruire les convertis et faire progresser l'Église dans la sainteté, il faut que le pasteur progresse lui-même. Il faut qu'il soit un chrétien vraiment vivant et qui grandit. J'ai de bonnes raisons de savoir qu'en bien des endroits les Églises souffrent profondément du manque de piété vivante et de croissance chez leurs pasteurs. Leurs pasteurs sont intellectuels, lettrés, philosophes, théologiens dans leur enseignement, mais il leur manque tristement l'onction. Ils n'ont que peu de puissance auprès de Dieu ou auprès des hommes. Ils instruisent l'intelligence jusqu'à un certain point, mais ils ne répondent pas aux besoins du cœur. Les convertis meurent de faim sous leur prédication. Ils prêchent un Évangile intellectuel plutôt que spirituel. Ils prêchent la religion comme une théorie, une doctrine, une philosophie, et non comme une expérience réelle et vivante. Il est souvent extrêmement pénible d'entendre prêcher des pasteurs qui, de toute évidence, ne savent pas ce qu'ils disent, ni ce qu'ils affirment. Ils parlent de la religion comme d'un sentiment intérieur, au lieu d'un dévouement du cœur à Dieu ; comme d'une émotion, d'un sentiment, au lieu d'un amour qui embrasse tout et qui agit, d'un état et d'une attitude volontaires de l'esprit, d'où procède nécessairement une vie sainte. Ils parlent de la foi comme d'un simple état ou d'une simple conviction de l'intelligence, et non comme d'un acte de confiance et d'abandon de tout l'être, pour faire et souffrir toute la volonté de Dieu. Ils parlent de la repentance comme si ce n'était qu'une tristesse involontaire à cause du péché. Ils n'enseignent pas que la repentance est un changement de disposition envers Dieu, un renoncement à l'esprit qui se recherche lui-même, et un retour de tout l'esprit vers Dieu. Ils parlent de la sainteté comme d'un état absolument inaccessible dans cette vie. À vrai dire, je le dis avec tristesse, mais il faut que je le dise, l'enseignement d'un très grand nombre de pasteurs n'est qu'une pierre d'achoppement pour l'Église. Sous leur enseignement, les convertis ne s'affermissent pas, et ne peuvent pas s'affermir dans la grâce au point d'être très utiles, ou de mener une vie qui honore Christ. Pensez donc : au dix-neuvième siècle, des pasteurs prêchent aux convertis qu'ils doivent croître dans la grâce par les œuvres ! Cieux et terre, soyez-en stupéfaits ! De tels maîtres ne savent pas eux-mêmes comment croître dans la grâce. Me trouvera-t-on dur si je dis : « Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles » (Matthieu 15,14) ?

4. Nous voyons pourquoi il y a tant de rétrogrades. Les convertis qui sont conduits par une fausse instruction rétrograderont forcément. Si, d'un côté, on les met à réaliser leur sanctification par les œuvres, leurs œuvres deviendront bientôt des œuvres mortes, et ne seront pas le fruit de cette foi qui est agissante par la charité. Si, de l'autre, on les gave de notions et de doctrines abstraites, et qu'on leur apprend à se reposer dans une foi antinomienne, ils sombreront dans l'indolence et l'inaction. Je crois fermement que, dans presque tous les cas où un réveil a été suivi d'une réaction désastreuse, cela tenait au manque d'une instruction donnée à temps et à propos. Mais pour être donnée à temps et à propos, il faut que ce soit une instruction ointe de l'Esprit.

5. Les séminaires de théologie doivent accorder infiniment plus d'attention à la croissance de leurs étudiants dans la grâce. Il leur faut un professeur de religion vécue, qui ait assez d'expérience et de puissance pour les pousser jusqu'à ces régions plus élevées de l'expérience chrétienne qui sont indispensables pour qu'ils soient capables de conduire l'Église à la victoire. Il est stupéfiant de voir combien on fait peu d'efforts pour cultiver le cœur des jeunes gens qui se préparent au ministère. Il faut que cela change. Il faut exiger un niveau d'expérience chrétienne beaucoup plus élevé comme condition de la consécration au ministère. Il est pénible de voir avec quel soin on examine les hommes sur leurs acquis intellectuels, alors que le récit qu'ils font de leur expérience chrétienne permet à peine d'espérer qu'ils se sont convertis. Qu'il est triste de charger de tels jeunes gens de nourrir l'Église de Dieu ! Comme les vieux chrétiens sont dans le deuil quand ils voient que les conducteurs désignés de l'Église de Dieu ne sont que des petits enfants spirituels !

6. Je n'ai jamais assisté à l'examen d'un candidat à la consécration où l'on exigeât de lui autre chose qu'une simple preuve de conversion. Je ne les ai jamais entendu interroger sur leurs progrès dans l'expérience chrétienne, ni sur leur capacité spirituelle à conduire le troupeau de Dieu dans de verts pâturages et près des eaux paisibles. Je ne les ai jamais entendu interroger d'une manière qui montrât la moindre idée des qualités spirituelles indispensables à un homme qui doit se présenter comme le conducteur et l'instructeur spirituel de l'Église de Dieu. On passe plus d'heures à s'assurer des acquis intellectuels d'un candidat que de minutes à s'assurer de ses acquis spirituels et de son expérience. Tout l'examen montre clairement que le corps qui consacre attache très peu d'importance à cette partie de la formation d'un pasteur. Faut-il s'étonner que l'Église de Dieu soit si faible et si inefficace, quand ses conducteurs et ses maîtres sont, pour beaucoup, de simples enfants dans la connaissance spirituelle, et qu'une expérience chrétienne mûre ne fait aucunement partie de la formation indispensable d'un pasteur ? Mais c'est infiniment plus dangereux et plus ridicule que de confier à des hommes la conduite d'une armée en campagne alors qu'ils ne connaissent que les mathématiques et n'ont jamais reçu aucune formation ni aucune expérience dans les choses militaires.

À cet égard aussi, il faut un grand changement. Les Églises devraient refuser de consacrer et de recevoir des pasteurs si elles ne sont pas pleinement convaincues qu'ils ont fait de grands progrès dans l'expérience chrétienne, de manière à pouvoir conduire l'Église en avant et la tenir éveillée.

Elles devraient exiger que le cœur du pasteur soit formé autant que sa tête ; qu'il soit capable de prendre en main les jeunes convertis et de les conduire jusqu'à ces expériences profondes qui feront d'eux des ouvriers fermes et efficaces dans la cause de Dieu. Pensez à des séminaires de théologie comme ceux qu'ont dirigés le docteur Chalmers et le docteur Pond, où l'on enseigne aux conducteurs de l'Église de Dieu que la sanctification, ou la croissance dans la grâce, s'obtient par les œuvres et non par la foi. Ne l'annoncez point dans Gath (2 Samuel 1,20). Hélas pour Sion, quand ses hommes grands et bons tombent dans de telles erreurs !

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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