Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 12
Comment prêcher l'Évangile
Celui qui gagne des âmes est sage. (Proverbes 11,30)
L'une des dernières remarques de mon précédent discours était celle-ci : le texte attribue la conversion aux hommes. Gagner des âmes, c'est convertir des hommes. Ce soir, je me propose de montrer :
I. Que plusieurs passages de l'Écriture attribuent la conversion aux hommes.
II. Que cela s'accorde avec d'autres passages qui attribuent la conversion à Dieu.
III. Je me propose ensuite d'examiner plusieurs autres points, jugés importants, touchant la prédication de l'Évangile, et qui montrent qu'il faut une grande sagesse pratique pour gagner des âmes à Christ.
I. J'ai à montrer que la Bible attribue la conversion aux hommes. Bien des passages présentent la conversion des pécheurs comme l'œuvre des hommes. Dans Daniel, il est dit : « Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront enseigné la justice à la multitude brilleront comme les étoiles, à toujours et à perpétuité » (Daniel 12,3). Ici, l'œuvre est attribuée à des hommes. De même en 1 Corinthiens : « Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n'avez cependant pas plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l'Évangile » (1 Corinthiens 4,15). Ici, l'apôtre dit expressément aux Corinthiens que c'est lui qui a fait d'eux des chrétiens, par l'Évangile, c'est-à-dire par la vérité qu'il prêchait. Jacques nous enseigne encore la même chose : « Mes frères, si quelqu'un parmi vous s'est égaré loin de la vérité, et qu'un autre l'y ramène, qu'il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s'était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jacques 5,19-20). Je pourrais citer bien d'autres passages tout aussi explicites. Mais ceux-là suffisent amplement à établir le fait : la Bible attribue réellement la conversion aux hommes.
II. Je montre maintenant que cela ne contredit pas les passages où la conversion est attribuée à Dieu.
Et permettez-moi de faire ici une remarque : il me paraît souvent très étrange qu'on ait jamais pu supposer qu'il y avait là une contradiction, ou qu'on ait jamais perdu de vue le simple bon sens de la chose. Il est si facile de voir qu'il y a un sens dans lequel Dieu convertit les hommes, et un autre dans lequel ce sont les hommes qui les convertissent.
Les Écritures attribuent la conversion d'un pécheur à quatre agents différents : aux hommes, à Dieu, à la vérité et au pécheur lui-même. Les passages qui l'attribuent à la vérité forment la classe la plus nombreuse. Il est surprenant qu'on ait jamais perdu de vue cette distinction et qu'on ait regardé la conversion comme une œuvre accomplie exclusivement par Dieu. Il est tout aussi surprenant qu'on ait jamais éprouvé la moindre difficulté sur ce sujet, ou que des gens se soient jamais déclarés incapables de concilier ces différentes classes de passages.
Mais voyons, la Bible parle de ce sujet exactement comme nous parlons des choses ordinaires. Voici un homme qui a été très malade. Rien de plus naturel pour lui que de dire de son médecin : « Cet homme m'a sauvé la vie. » Veut-il dire que le médecin lui a sauvé la vie sans que Dieu y soit pour rien ? Certainement pas, à moins qu'il ne soit un incrédule. Dieu a fait le médecin, et il a fait aussi le remède. Et l'on ne pourra jamais démontrer que l'action de Dieu soit moins réellement en jeu pour que le remède fasse son effet et sauve une vie, que pour que la vérité fasse son effet et sauve une âme. Affirmer le contraire, c'est de l'athéisme pur et simple. Il est donc vrai que le médecin l'a sauvé, et il est vrai aussi que Dieu l'a sauvé. Il est tout aussi vrai que le remède lui a sauvé la vie, et qu'il s'est sauvé la vie lui-même en prenant le remède ; car le remède ne lui aurait fait aucun bien s'il ne l'avait pas pris volontairement, ou s'il n'avait pas livré son corps à son action.
Dans la conversion d'un pécheur, il est vrai que c'est Dieu qui donne à la vérité l'efficacité qui tourne le pécheur vers Dieu. Il est un agent actif, volontaire et puissant dans le changement de l'esprit. Mais il n'est pas le seul agent. Celui qui porte la vérité à la connaissance du pécheur est lui aussi un agent. Nous avons tendance à parler des pasteurs et des autres hommes comme de simples instruments dans la conversion des pécheurs. Ce n'est pas tout à fait exact. L'homme est quelque chose de plus qu'un instrument. La vérité n'est qu'un instrument, qui n'a pas conscience d'agir. Mais l'homme est davantage : il est, dans cette affaire, un agent volontaire et responsable. Dans mon sermon imprimé n° 1, que certains d'entre vous ont peut-être vu, j'ai illustré cette idée par le cas d'un homme qui se tient au bord du Niagara.
« Supposez que vous vous teniez au bord des chutes du Niagara. Debout au bord du précipice, vous voyez un homme perdu dans une profonde rêverie s'approcher du bord, sans avoir conscience du danger. Il s'approche de plus en plus, jusqu'à lever le pied pour faire le dernier pas, celui qui va le précipiter dans la mort. À cet instant, vous élevez la voix pour l'avertir, plus fort que le grondement des eaux écumantes, et vous criez : Arrêtez ! Ce cri lui perce l'oreille et rompt le charme qui le tenait ; il fait aussitôt demi-tour ; tout pâle, épouvanté, il recule en tremblant, loin du bord de la mort. Il chancelle et défaille presque d'horreur ; il se retourne et marche lentement jusqu'à l'auberge ; vous le suivez ; l'agitation visible sur son visage attire bien des gens autour de lui ; et quand vous approchez, il vous montre du doigt et dit : Cet homme m'a sauvé la vie. Ici, il vous attribue l'œuvre ; et il y a certainement un sens dans lequel vous l'avez sauvé. Mais quand on l'interroge davantage, il dit : Arrêtez ! Comme ce mot résonne encore à mes oreilles ! Oh, ce fut pour moi une parole de vie ! Ici, il l'attribue à la parole qui l'a tiré de sa rêverie et l'a fait se retourner. Mais en causant plus longuement, il dit : Si je ne m'étais pas retourné à cet instant, j'étais un homme mort. Ici, il en parle, et avec raison, comme de son propre acte ; mais aussitôt vous l'entendez dire : Oh, la miséricorde de Dieu ! Si Dieu ne s'était pas interposé, j'étais perdu. Or le seul défaut de cette image est celui-ci : dans le cas supposé, la seule intervention de Dieu a été celle de sa providence ; et le seul sens dans lequel le salut de cet homme est attribué à Dieu est un sens providentiel. Mais dans la conversion d'un pécheur, il entre quelque chose de plus que la providence de Dieu ; car ici, non seulement la providence de Dieu dispose les choses de telle sorte que le prédicateur crie : Arrêtez ! mais l'Esprit de Dieu fait pénétrer la vérité en lui avec une puissance si redoutable qu'il l'amène à se retourner. »
Non seulement le prédicateur crie : Arrêtez ! mais, par la voix vivante du prédicateur, c'est l'Esprit qui crie : Arrêtez ! Le prédicateur crie : « Revenez, revenez de votre mauvaise voie ; et pourquoi mourriez-vous ? » (Ézéchiel 33,11). L'Esprit fait pénétrer cette exhortation avec tant de puissance que le pécheur se retourne. Or, pour parler de ce changement, il est parfaitement juste de dire que l'Esprit l'a retourné, tout comme vous diriez d'un homme qui en a persuadé un autre de changer d'avis en politique qu'il l'a converti, qu'il l'a gagné à sa cause. Il est juste aussi de dire que la vérité l'a converti ; comme, lorsque les opinions politiques d'un homme ont été changées par un certain argument, nous dirions que cet argument l'a fait changer de camp. De même, on peut en toute justesse attribuer le changement au prédicateur vivant, à celui qui a présenté les motifs ; tout comme nous dirions d'un avocat qui l'a emporté par sa plaidoirie devant un jury : il a gagné sa cause, il a converti le jury. Avec la même justesse, on l'attribue aussi à l'homme lui-même dont le cœur est changé ; nous dirions qu'il a changé d'avis, qu'il s'est rallié, qu'il s'est repenti. Et c'est rigoureusement vrai, vrai au sens le plus absolu et le plus élevé : l'acte est son propre acte, le retour est son propre retour ; Dieu, par la vérité, l'a amené à se retourner, mais il reste rigoureusement vrai que c'est lui qui s'est retourné, et qu'il l'a fait lui-même. Vous voyez ainsi en quel sens c'est l'œuvre de Dieu, et aussi en quel sens c'est l'œuvre du pécheur lui-même. L'Esprit de Dieu, par la vérité, pousse le pécheur à changer, et en ce sens il est la cause efficiente du changement. Mais c'est le pécheur qui change effectivement, et il est donc lui-même, au sens le plus propre, l'auteur du changement. Il y a des gens qui, en lisant leur Bible, fixent les yeux sur les passages qui attribuent l'œuvre à l'Esprit de Dieu, et semblent ne pas voir ceux qui l'attribuent à l'homme et en parlent comme de l'acte propre du pécheur. Quand ils ont cité l'Écriture pour prouver que c'est l'œuvre de Dieu, ils semblent croire avoir prouvé que l'homme y est passif, et que ce ne peut être en aucun sens l'œuvre de l'homme. Il y a quelques mois, on a écrit un traité intitulé « La régénération, effet de la puissance divine ». L'auteur s'attache à prouver que l'œuvre est accomplie par l'Esprit de Dieu, et il s'arrête là. Or il aurait été tout aussi vrai, tout aussi philosophique et tout aussi biblique de dire que la conversion est l'œuvre de l'homme. Il était facile de prouver que c'était l'œuvre de Dieu, au sens où je l'ai expliqué. L'auteur dit donc la vérité, jusque-là ; mais il n'a dit que la moitié de la vérité. Car s'il y a un sens dans lequel c'est l'œuvre de Dieu, comme il l'a montré, il y a aussi un sens dans lequel c'est l'œuvre de l'homme, comme nous venons de le voir. Le titre même de ce traité est une pierre d'achoppement. Il dit la vérité, mais il ne dit pas toute la vérité. Et l'on pourrait écrire un traité sur cette proposition : « La conversion, ou régénération, est l'œuvre de l'homme » ; il serait tout aussi vrai, tout aussi biblique et tout aussi philosophique que celui auquel j'ai fait allusion. Ainsi l'auteur, dans son zèle à reconnaître et à honorer la part de Dieu dans cette œuvre, a laissé de côté le fait que le changement de cœur est l'acte propre du pécheur ; et par là il a laissé le pécheur solidement retranché, les armes dans ses mains rebelles, résistant obstinément aux droits de son Créateur et attendant passivement que Dieu lui fasse un cœur nouveau. Vous voyez ainsi l'accord entre l'exigence du texte et le fait déclaré que Dieu est l'auteur du cœur nouveau. Dieu vous commande de vous faire un cœur nouveau, il s'attend à ce que vous le fassiez, et si jamais cela se fait, c'est vous qui devez le faire.
Et laissez-moi vous le dire, pécheur : si vous ne le faites pas, vous irez en enfer, et pendant toute l'éternité vous sentirez que vous méritiez d'y être envoyé pour ne l'avoir pas fait.
III. Comme je l'ai annoncé, je vais maintenant aborder plusieurs points importants qui découlent de ce sujet, en rapport avec la prédication de l'Évangile, et qui montrent qu'une grande sagesse pratique est indispensable pour gagner des âmes à Christ.
Et d'abord, quant au fond de la prédication.
1. Toute prédication doit être pratique.
La fin propre de toute doctrine, c'est la pratique. Avancer comme doctrine quelque chose dont on ne peut faire un usage pratique, ce n'est pas prêcher l'Évangile. Il n'y a rien de ce genre de prédication dans la Bible. Tout y est pratique. « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre » (2 Timothée 3,16-17). Une foule de prédications, aujourd'hui comme dans les siècles passés, sont dites doctrinales, par opposition à la prédication pratique. L'idée même de faire cette distinction est une invention du diable. Et Satan lui-même n'a jamais rien inventé de plus abominable. Vous entendez parfois certains hommes vous parler à n'en plus finir de la nécessité d'« endoctriner le peuple ». Ils entendent par là autre chose que la prédication pratique : enseigner aux gens certaines doctrines comme des vérités abstraites, sans rapport particulier avec la pratique. Et j'ai connu un pasteur qui, au milieu d'un réveil, entouré de pécheurs inquiets, a cessé de travailler à convertir des âmes pour « endoctriner » les jeunes convertis, de peur que quelqu'un d'autre ne les endoctrine avant lui. Et voilà le réveil arrêté ! Ou bien sa doctrine n'était pas vraie, ou bien elle n'était pas prêchée de la bonne manière. Prêcher des doctrines de façon abstraite, et non en vue de la pratique, est absurde. Dieu fait toujours intervenir la doctrine pour régler la pratique. Avancer des vues doctrinales dans un autre but, ce n'est pas seulement absurde, c'est coupable.
Certaines personnes sont opposées à la prédication doctrinale. Si elles ont été habituées à entendre prêcher les doctrines d'une manière froide et abstraite, rien d'étonnant à ce qu'elles s'y opposent. Elles ont raison de s'opposer à une telle prédication. Mais que peut prêcher un homme qui ne prêche aucune doctrine ? S'il ne prêche aucune doctrine, il ne prêche pas l'Évangile. Et s'il ne le prêche pas d'une manière pratique, il ne prêche pas l'Évangile. Toute prédication doit être doctrinale, et toute prédication doit être pratique. Le but même de la doctrine est de régler la pratique. Une prédication qui n'a pas cette tendance n'est pas l'Évangile. Une prédication vague, faite d'exhortations, peut toucher les passions et produire de l'excitation, mais elle n'instruira jamais assez les gens pour assurer des conversions solides. D'un autre côté, prêcher la doctrine de manière abstraite peut remplir la tête de notions, mais ne sanctifiera jamais le cœur ni la vie.
2. La prédication doit être directe. L'Évangile doit être prêché aux hommes, et non à leur sujet. Le pasteur doit s'adresser à ses auditeurs. Il doit leur parler d'eux-mêmes, et ne pas leur laisser l'impression qu'il leur parle des autres. Il ne leur fera aucun bien, sinon dans la mesure où il réussira à convaincre chacun que c'est lui qu'il vise. Beaucoup de prédicateurs semblent avoir très peur de donner l'impression qu'ils visent quelqu'un en particulier. Ils prêchent contre certains péchés, mais pas comme si cela avait quoi que ce soit à voir avec le pécheur. C'est le péché, et non le pécheur, qu'ils reprennent ; et ils se garderaient bien de parler comme s'ils supposaient qu'un seul de leurs auditeurs fût coupable de ces pratiques abominables. Or c'est tout, sauf prêcher l'Évangile. Ce n'est pas ainsi qu'ont fait les prophètes, ni Christ, ni les apôtres. Et ce n'est pas ainsi que font les pasteurs qui réussissent à gagner des âmes à Christ.
3. Une autre chose très importante à observer dans la prédication, c'est que le pasteur doit traquer les pécheurs, et les chrétiens, partout où ils se sont retranchés dans l'inaction. Le but de la prédication n'est pas de rendre les hommes tranquilles et paisibles, mais de les faire AGIR. Quand on appelle un médecin, ce n'est pas pour qu'il donne des calmants, et masque ainsi la maladie en la laissant suivre son cours jusqu'à la mort ; c'est pour qu'il dépiste la maladie, où qu'elle se cache, et qu'il l'enlève. De même, si un chrétien de profession est devenu rétrograde et qu'il est plein de doutes et de craintes, le devoir du pasteur n'est pas de le tranquilliser dans ses péchés et de le consoler, mais de le débusquer de ses erreurs et de ses égarements, et de lui montrer exactement où il en est et ce qui le remplit de doutes et de craintes.
Un pasteur doit connaître les opinions religieuses de chaque pécheur de son assemblée. En vérité, un pasteur de campagne est généralement inexcusable s'il ne les connaît pas. Il n'a aucune excuse pour ignorer les idées religieuses de toute son assemblée, et de tous ceux qui peuvent tomber sous son influence, s'il a eu l'occasion de les connaître. Comment, autrement, pourrait-il leur prêcher ? Comment saurait-il tirer de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes, et adapter la vérité à leur cas ? Comment pourra-t-il les débusquer, s'il ne sait pas où ils se cachent ? Il peut ressasser quelques doctrines fondamentales, la repentance et la foi, la foi et la repentance, jusqu'au jour du jugement, sans jamais faire la moindre impression sur bien des esprits. Chaque pécheur a quelque cachette, quelque retranchement où il s'attarde. Il possède quelque MENSONGE chéri avec lequel il se tranquillise. Que le pasteur le découvre et le lui arrache, en chaire ou en particulier ; sinon cet homme ira en enfer dans ses péchés, et son sang se trouvera sur les pans de l'habit du pasteur.
4. Autre point important à observer : le pasteur doit insister surtout sur les points particuliers dont on a le plus besoin. Je vais expliquer ce que je veux dire.
Il trouvera parfois un peuple qu'on a amené à faire grand fond sur ses propres résolutions. Ces gens pensent pouvoir n'écouter que leur commodité, et se repentir un jour ou l'autre, quand ils seront prêts, sans se soucier le moins du monde de l'Esprit de Dieu. Qu'il s'attaque à ces idées et montre qu'elles sont entièrement contraires aux Écritures. Qu'il montre que, si l'Esprit de Dieu est attristé et s'éloigne, le pécheur, si capable qu'il soit, ne se repentira certainement jamais, et qu'un jour, quand cela lui sera commode, il n'en aura plus aucune envie. Le pasteur qui trouve ces erreurs répandues doit les dénoncer. Il doit les débusquer, comprendre exactement comment on les tient, puis prêcher le genre de vérités qui montrera la fausseté, la folie et le danger de ces idées.
Ou bien, à l'inverse, il trouvera un peuple qui s'est fait de l'élection et de la souveraineté de Dieu une idée telle qu'il pense n'avoir rien d'autre à faire qu'attendre que l'eau soit agitée. Qu'il aille droit contre eux, qu'il les presse de leur capacité d'obéir à Dieu, qu'il leur montre leur obligation et leur devoir, et qu'il les presse là-dessus jusqu'à les amener à se soumettre et à être sauvés. Ils se sont mis à l'abri derrière une vue faussée de ces doctrines, et il n'y a pas d'autre moyen de les chasser de leur cachette que de les remettre dans le vrai sur ces points. Partout où un pécheur est retranché, si vous ne répandez pas la lumière sur lui à cet endroit-là, vous ne l'ébranlerez jamais. Il ne sert à rien de le presser avec des vérités qu'il admet, même si, en fait, elles contredisent clairement ses idées fausses. Il les croit parfaitement compatibles, il ne voit pas la contradiction ; aussi cela ne l'ébranlera pas, ni ne l'amènera à la repentance.
On m'a parlé d'un pasteur de Nouvelle-Angleterre, installé dans une assemblée qui depuis longtemps n'avait guère entendu que des prédications arminiennes, et dont les membres étaient eux-mêmes surtout arminiens. Eh bien, ce pasteur, dans sa prédication, insista fortement sur les points opposés : la doctrine de l'élection, la souveraineté divine, la prédestination, etc. Il en résulta, comme on pouvait s'y attendre quand c'était fait avec talent, un puissant réveil. Quelque temps après, ce même pasteur fut appelé à travailler dans un autre champ, dans cet État-ci, où les gens étaient tous de l'autre bord, et fortement teintés d'antinomisme. Ils s'étaient fait des idées si faussées de l'élection et de la souveraineté divine qu'ils répétaient sans cesse qu'ils n'avaient le pouvoir de rien faire, mais devaient attendre le temps de Dieu. Et que fait ce pasteur ? Il se met aussitôt à prêcher la doctrine de l'élection. Et quand on lui demanda comment il pouvait songer à tant prêcher la doctrine de l'élection à ce peuple, alors que c'était justement ce qui le plongeait dans un sommeil plus profond, il répondit : « Mais c'est justement le genre de vérités qui m'a valu un si grand réveil à tel endroit ! », sans considérer la différence entre les idées des deux peuples. Et si je suis bien informé, il en est encore là aujourd'hui, à prêcher sans relâche la doctrine de l'élection, en s'étonnant qu'elle ne produise pas un réveil aussi puissant qu'à l'autre endroit. Probablement ces pécheurs ne seront jamais convertis. Il faut prendre les choses telles qu'elles sont, découvrir où se tiennent les pécheurs, déverser sur eux la vérité à cet endroit-là, et les FAIRE DÉGUERPIR de leurs refuges de mensonges. Il est extrêmement important qu'un pasteur découvre où en est son assemblée, et qu'il prêche en conséquence.
J'ai été dans bien des endroits en temps de réveil, et je n'ai jamais pu suivre exactement la même ligne de prédication dans l'un et dans l'autre. Les uns sont retranchés derrière un refuge, les autres derrière un autre. Ici, c'est l'Église qui aura besoin d'être instruite ; là, ce sont les pécheurs. Ici, un ensemble de vérités ; là, un autre. Le pasteur doit découvrir où en sont les gens, et prêcher en conséquence. Je crois que c'est l'expérience de tous les prédicateurs appelés à travailler d'un champ à l'autre.
5. Si un pasteur veut favoriser un réveil, il doit prendre grand soin de ne pas introduire de controverse. Il attristerait l'Esprit de Dieu et le ferait s'éloigner. C'est probablement de cette façon que l'on étouffe plus de réveils que de toute autre. Remontez l'histoire de l'Église depuis le commencement, et vous verrez que ce sont en général les pasteurs qui sont responsables d'avoir attristé l'Esprit et provoqué des déclins par la controverse. Ce sont les pasteurs qui mettent en avant des sujets de controverse pour en discuter ; peu à peu ils s'y passionnent, puis ils mettent l'Église dans un esprit de controverse, et ainsi l'Esprit de Dieu est attristé et s'éloigne.
Si j'avais le temps de parcourir l'histoire de l'Église depuis l'époque des apôtres, je pourrais montrer que toutes les controverses qui ont eu lieu, et aussi tous les grands déclins de la religion, sont imputables aux pasteurs. Je crois que les pasteurs d'aujourd'hui sont responsables de l'état actuel de l'Église, et on verra au jugement que c'est vrai. Qui ne sait que des pasteurs n'ont cessé de crier « Hérésie ! » et « Mesures nouvelles ! », et de parler des « Méfaits des réveils », au point de jeter toute l'Église dans la confusion ? Regardez la pauvre Église presbytérienne, et voyez des pasteurs rédiger leur « Acte et Témoignage » et entretenir une guerre continuelle ! Ô Dieu, aie pitié des pasteurs. Ils parlent de leurs jours de jeûne et de prière, mais sont-ils les hommes qu'il faut pour appeler les autres à jeûner et à prier ? C'est eux-mêmes qui devraient jeûner et prier. Il est temps que les pasteurs se réunissent pour jeûner et prier au sujet du mal de la controverse, car ce sont eux qui l'ont causé. L'Église elle-même n'entrerait jamais dans un esprit de controverse si les pasteurs ne l'y conduisaient. Le corps de l'Église a toujours de l'aversion pour la controverse, et il s'en tient à l'écart, sauf quand les pasteurs l'y entraînent. Quand les chrétiens sont réveillés, ils n'ont pas envie de se mêler de controverse, ni pour en lire, ni pour en entendre. Mais on peut leur parler de telles et telles « hérésies damnables » qui circulent, jusqu'à ce que leurs sentiments soient engagés dans la controverse, et alors adieu le réveil. Si un pasteur, en prêchant, juge nécessaire de traiter des points particuliers sur lesquels les chrétiens sont d'avis différents, qu'il évite À TOUT PRIX l'esprit et le ton de la controverse.* 6. L'Évangile doit être prêché dans de justes proportions, de sorte que l'Évangile tout entier soit mis devant l'esprit des gens et exerce l'influence qui lui revient. Si l'on met trop l'accent sur une classe de vérités, le caractère chrétien n'aura pas ses justes proportions. Son équilibre ne sera pas parfait. Si l'on s'attarde presque exclusivement sur la classe de vérités qui demande un grand effort d'intelligence, sans la faire pénétrer dans le cœur et la conscience, on verra que l'Église sera endoctrinée dans ces vues, que les gens auront la tête pleine de notions, mais qu'ils ne seront ni éveillés, ni actifs, ni efficaces pour faire avancer la religion. Si, au contraire, la prédication est vague, imprécise, faite d'exhortations et très passionnée, l'Église sera comme un navire qui porte trop de voile pour son lest. Elle risquera d'être emportée par une tempête d'émotions, faute d'une connaissance suffisante pour empêcher les gens d'être emportés à tout vent de doctrine. Si l'on prêche trop l'élection et la souveraineté de Dieu, il y aura de l'antinomisme dans l'Église, et les pécheurs se cacheront derrière l'illusion qu'ils ne peuvent rien faire. Si les autres doctrines, celles de la capacité et de l'obligation, prennent trop de place, elles produiront de l'arminianisme dans l'Église, et les pécheurs seront fanfarons et pleins d'assurance en eux-mêmes.
* (Ceci a été dit avec douleur en 1833-1834.)
Quand je suis entré dans le ministère, on avait tant parlé de la doctrine de l'élection et de la souveraineté de Dieu que j'ai trouvé partout la même cachette, chez les pécheurs comme dans l'Église : ils ne pouvaient rien faire, ils ne pouvaient pas obéir à l'Évangile. Et partout où j'allais, je trouvais indispensable de démolir ces refuges de mensonges. Il n'y avait aucun moyen de susciter un réveil ou de le faire durer, sinon en insistant sur la classe de vérités qui met en avant la capacité de l'homme, son obligation et sa responsabilité. C'était la seule classe de vérités qui amenait les pécheurs à se soumettre.
Il n'en était pas ainsi du temps où travaillaient le président Edwards et Whitefield. Les Églises de Nouvelle-Angleterre n'avaient alors guère entendu que des prédications arminiennes, et elles se reposaient toutes sur elles-mêmes et sur leurs propres forces. Ces serviteurs de Dieu, hardis et dévoués, vinrent proclamer ces doctrines particulières de la grâce, la souveraineté divine et l'élection, et ils furent grandement bénis. Ils ne s'en tenaient pas exclusivement à ces doctrines, mais ils les prêchaient de façon très complète. Le résultat fut que, comme dans ces circonstances des réveils avaient suivi une telle prédication, les pasteurs qui vinrent après eux continuèrent à prêcher ces doctrines presque exclusivement. Et ils s'y attardèrent si longtemps que l'Église et le monde se retranchèrent derrière elles, attendant que Dieu vienne faire ce qu'il leur demandait de faire à eux ; et ainsi les réveils cessèrent pendant de longues années.
Aujourd'hui, et depuis des années, les pasteurs s'emploient à les débusquer de ces refuges. Et il est capital que les pasteurs de notre temps se souviennent ici que, s'ils insistent exclusivement sur la capacité et l'obligation, ils ramèneront leurs auditeurs sur le vieux terrain arminien, et alors ils cesseront de favoriser des réveils. Voici un groupe de pasteurs qui ont prêché beaucoup de vérité et qui ont eu, sous la main de Dieu, de grands réveils. Qu'on le sache bien et qu'on le remarque : la raison en est qu'ils ont débusqué les pécheurs de leurs cachettes. Mais s'ils continuent à insister sur la même classe de vérités jusqu'à ce que les pécheurs se cachent derrière leur prédication, il faudra prêcher une autre classe de vérités. Et s'ils ne changent pas alors de manière, un autre voile funèbre s'étendra sur l'Église, jusqu'à ce que se lève une autre génération de pasteurs pour débusquer les pécheurs de ces nouvelles retraites.
Une vue juste des deux classes de vérités, l'élection et le libre arbitre, ne fera aucun mal. Elles sont éminemment propres à convertir les pécheurs et à fortifier les saints. C'est une vue faussée qui glace le cœur de l'Église et ferme dans le sommeil les yeux des pécheurs, jusqu'à ce qu'ils sombrent en enfer. Si j'en avais le temps, je ferais quelques remarques sur la manière dont j'ai parfois entendu prêcher les doctrines de la souveraineté divine, de l'élection et de la capacité de l'homme. On les a présentées en contradiction irréconciliable, l'une contre l'autre. De telles présentations sont tout, sauf l'Évangile, et elles sont propres à faire sentir au pécheur n'importe quoi plutôt que sa responsabilité envers Dieu.
En parlant de prêcher la vérité dans de justes proportions, je ne veux pas dire qu'il faille tout mêler dans le même sermon, de telle façon que les pécheurs n'en voient ni le lien ni la cohérence. Un pasteur demandait un jour à un autre : « Pourquoi ne prêchez-vous pas la doctrine de l'élection ? » « Parce que, répondit l'autre, je trouve que les pécheurs d'ici sont retranchés derrière leur incapacité. » Le premier lui dit alors qu'il avait connu autrefois un pasteur qui prêchait l'élection le matin et la repentance l'après-midi. Il faudrait une grâce merveilleuse pour produire un réveil sous une telle prédication ! Quel lien y a-t-il là ? Au lieu de montrer au pécheur ses péchés le matin, puis de l'appeler à se repentir l'après-midi, on le tourne d'abord vers la doctrine de l'élection, puis on lui commande de se repentir. De quoi doit-il se repentir ? De la doctrine de l'élection ? Ce n'est pas ce que j'appelle prêcher la vérité dans sa proportion. Rapprocher des choses qui ne font que brouiller l'esprit du pécheur et le noyer dans un brouillard de métaphysique, ce n'est pas prêcher avec sagesse. Quand il parle de l'élection, le prédicateur ne parle pas du devoir du pécheur. L'élection n'a aucun rapport avec le devoir du pécheur. Elle relève du gouvernement de Dieu. Elle fait partie de l'infinie richesse de la grâce de Dieu. Elle montre l'amour de Dieu, non le devoir du pécheur. Et rapprocher ainsi l'élection et la repentance, c'est détourner l'esprit du pécheur de son devoir. En bien des endroits, on a pris l'habitude, depuis longtemps, de faire entrer la doctrine de l'élection dans chaque sermon. Dans le même sermon, on a commandé aux pécheurs de se repentir, et on leur a dit qu'ils ne pouvaient pas se repentir. On a dépensé des trésors d'ingéniosité pour essayer de concilier l'« incapacité » du pécheur avec son obligation d'obéir à Dieu. Élection, prédestination, libre arbitre, incapacité et devoir, on a tout jeté ensemble dans un fouillis confus. Et pour bien des sermons, il n'a été que trop vrai, comme on l'a objecté, que les pasteurs ont prêché : « Vous pouvez et vous ne pouvez pas, vous devez et vous ne devez pas, vous le ferez et vous ne le ferez pas, et vous serez damnés si vous ne le faites pas. » Un tel mélange de vérité et d'erreur, de lumière et de ténèbres, a jeté la confusion dans les assemblées, et il a été la source féconde de l'universalisme et de toute espèce d'incrédulité et d'erreur.
7. Il est très important d'amener le pécheur à sentir sa culpabilité, et de ne pas lui laisser l'impression qu'il est malheureux. Je crois que c'est là un défaut très répandu, en particulier dans les livres imprimés sur ce sujet. Ils sont propres à faire penser le pécheur à ses chagrins plus qu'à ses péchés, et à lui faire sentir que son état est malheureux plutôt que coupable. La plupart d'entre vous ont sans doute vu un charmant petit livre publié récemment, intitulé Leçons de Todd aux enfants. Il est très beau, d'une finesse exquise, et heureux dans certaines de ses illustrations de la vérité. Mais il a un défaut très grave. Beaucoup de ses illustrations, je pourrais dire la plupart, ne sont pas propres à donner une juste impression de la culpabilité des pécheurs, ni à leur faire sentir combien ils ont été dans leur tort. C'est très regrettable. Si l'auteur avait pris garde, sur ce point, que ses illustrations fassent sentir aux pécheurs leur culpabilité, je ne vois pas comment un enfant pourrait lire ce livre jusqu'au bout sans être converti.
Quantité de livres écrits pour les enfants, et pour les adultes aussi, depuis vingt ans, sont tombés dans cette erreur à un degré alarmant. Dans les écrits de Mme Sherwood, ce défaut saute aux yeux presque à chaque page. Ils ne sont pas propres à amener le pécheur à se blâmer et à se condamner lui-même. Tant que vous n'y arriverez pas, l'Évangile ne fera jamais son effet.
8. L'un des premiers objectifs du prédicateur doit être de faire sentir l'obligation présente. J'ai parlé, je suppose, avec plusieurs milliers de pécheurs inquiets. Et j'ai constaté qu'ils n'avaient encore jamais senti le poids de l'obligation présente. Les pasteurs, dans leur prédication, ne donnent pas communément l'impression qu'on attend des pécheurs qu'ils se repentent MAINTENANT. Et si les pasteurs croient donner cette impression, ils se trompent. Le plus souvent, le prédicateur laisse dans l'esprit des pécheurs n'importe quelle impression, sauf celle qu'on attend d'eux qu'ils se soumettent maintenant. Mais quelle sorte d'évangile est-ce là ? Dieu autorise-t-il une telle impression ? Est-ce conforme à la prédication de Jésus-Christ ? Le Saint-Esprit, quand il lutte avec le pécheur, lui donne-t-il l'impression qu'on n'attend pas de lui qu'il obéisse maintenant ? La prédication des apôtres a-t-elle jamais produit pareille impression ? Comment se fait-il que tant de pasteurs prêchent aujourd'hui de manière à donner en fait à leurs auditeurs l'impression qu'on n'attend pas d'eux qu'ils se repentent maintenant ? Tant que la conscience du pécheur n'est pas atteinte sur ce point, vous lui prêchez en vain. Et tant que les pasteurs n'auront pas appris à prêcher de manière à donner la bonne impression, le monde ne pourra jamais être converti. Oh, à quel point alarmant cette impression règne-t-elle aujourd'hui parmi les impénitents : on n'attend pas d'eux qu'ils se repentent maintenant, ils doivent attendre le temps de Dieu !
9. Il faut amener les pécheurs à sentir qu'ils ont quelque chose à faire, à savoir se repentir ; que c'est une chose qu'aucun autre être ne peut faire à leur place, ni Dieu ni homme ; une chose qu'ils peuvent faire, et faire maintenant. La religion est quelque chose à faire, non quelque chose à attendre. Et ils doivent le faire maintenant, sinon ils courent le risque de la mort éternelle.
10. Les pasteurs ne doivent jamais être satisfaits tant qu'ils n'ont pas ANÉANTI toutes les excuses des pécheurs. Le prétexte de l'« incapacité » est la pire de toutes les excuses. Elle calomnie Dieu au point de l'accuser d'une tyrannie infinie, puisqu'il commanderait aux hommes de faire ce qu'ils n'ont pas le pouvoir de faire. Faites voir et sentir au pécheur que telle est bien la nature de son excuse. Faites-lui voir que tous les prétextes invoqués pour ne pas se soumettre à Dieu sont un acte de rébellion contre lui. Arrachez-lui le dernier MENSONGE qu'il serre dans sa main, et faites-lui sentir qu'il est absolument condamné devant Dieu.
11. Il faut faire sentir aux pécheurs que, s'ils attristent maintenant l'Esprit de Dieu et le font s'éloigner, il est très probable qu'ils seront perdus pour toujours. Le danger en est infini. Il faut leur faire comprendre pourquoi ils dépendent de l'Esprit : non parce qu'ils ne peuvent pas faire ce que Dieu commande, mais parce qu'ils ne le veulent pas ; mais leur mauvaise volonté est telle qu'il est tout aussi certain qu'ils ne se repentiront pas sans le Saint-Esprit que s'ils étaient déjà en enfer, ou s'ils en étaient réellement incapables. Ils sont si hostiles et si peu disposés qu'ils ne se repentiront jamais au monde, à moins que Dieu n'envoie sur eux son Saint-Esprit.
Montrez-leur aussi qu'un pécheur placé sous l'Évangile, qui entend prêcher la vérité, s'il se convertit, se convertit généralement jeune. Et s'il ne se convertit pas dans sa jeunesse, il est ordinairement abandonné de Dieu. Là où la vérité est prêchée, les pécheurs ou bien s'endurcissent à l'Évangile, ou bien se convertissent. Je sais que quelques vieux pécheurs se convertissent, mais ce sont plutôt des exceptions, et ce n'est nullement chose courante.
Je veux maintenant, en second lieu, faire quelques remarques sur la manière
DE PRÊCHER.
1. Elle doit être celle de la conversation. Pour être comprise, la prédication doit avoir le style de la conversation. Le pasteur doit prêcher exactement comme il parlerait, s'il veut être pleinement compris. Rien n'est plus propre à faire sentir au pécheur que la religion est une chose mystérieuse qu'il ne peut pas comprendre que ce style déclamatoire, solennel et grandiloquent qu'on emploie si généralement en chaire. Le pasteur devrait faire comme l'avocat qui veut que le jury le comprenne parfaitement. Celui-ci emploie un style tout à fait familier. Ce style élevé et ampoulé ne fera aucun bien. L'Évangile ne produira jamais de grands effets tant que les pasteurs ne parleront pas à leurs auditeurs, en chaire, comme ils parlent dans la conversation privée.
2. Elle doit employer la langue de tous les jours. Non seulement elle doit avoir le style de la conversation, mais les mots doivent être ceux de l'usage courant. Sinon, on ne les comprendra pas. Dans le Nouveau Testament, vous remarquerez que Jésus-Christ emploie invariablement les mots les plus ordinaires. Vous trouverez à peine, dans ses enseignements, un mot qu'un enfant ne puisse comprendre. La langue des Évangiles est la plus claire, la plus simple et la plus facile à comprendre de toutes les langues du monde.
Pour un pasteur, négliger ce principe est coupable. Certains pasteurs emploient en prêchant une langue purement technique. Ils pensent éviter le mal en expliquant pleinement le sens des mots dès le début ; mais cela ne suffit pas. Cela n'atteindra pas le but, qui est de faire comprendre aux gens ce qu'il veut dire. S'il emploie un mot qui n'est pas d'usage courant et que les gens ne comprennent pas, son explication aura beau être très complète, la difficulté est que les gens oublieront ses explications, et alors ses mots seront de l'hébreu pour eux. Ou s'il emploie un mot courant, mais dans un sens inhabituel, en donnant ses explications particulières, ce n'est pas mieux ; car les gens auront vite oublié ses explications particulières, et l'impression réellement transmise à leur esprit sera conforme au sens qu'ils donnent ordinairement à ce mot. Ainsi il ne fera jamais passer la bonne idée dans son assemblée. Il est stupéfiant de voir combien d'hommes qui réfléchissent, dans les assemblées, ne comprennent pas les expressions techniques les plus courantes employées par les pasteurs, comme régénération, sanctification, etc.
Employez des mots qui puissent être parfaitement compris. Ne vous servez pas, de peur de paraître ignorant, d'une langue moitié latine, moitié grecque, que les gens ne comprennent pas. L'apôtre dit qu'il est un barbare, celui qui emploie une langue que les gens ne comprennent pas. Et « si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat ? » (1 Corinthiens 14,8). Du temps des apôtres, il y avait des prédicateurs merveilleusement fiers d'étaler leur maîtrise du langage et de faire montre de toutes les langues qu'ils savaient parler, et que les gens du peuple ne pouvaient pas comprendre. L'apôtre reprend vivement cet esprit, et dit : « J'aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d'instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue » (1 Corinthiens 14,19).
J'ai quelquefois entendu des pasteurs prêcher, même en temps de réveil, et je me demandais ce que ferait la partie de l'assemblée qui n'avait pas de dictionnaire. Ils faisaient entrer tant de tournures manifestement destinées à orner le discours plutôt qu'à instruire les gens, que j'avais envie de dire à l'homme : « Asseyez-vous, et ne brouillez pas l'esprit des gens avec votre prédication de barbare, à laquelle ils ne peuvent rien comprendre ! »
3. La prédication doit procéder par paraboles. C'est-à-dire qu'il faut constamment employer des illustrations tirées de faits réels ou supposés. Jésus-Christ illustrait constamment ses enseignements de cette manière. Ou bien il posait un principe et l'illustrait ensuite par une parabole, c'est-à-dire une courte histoire, celle d'un événement réel ou imaginaire, ou bien il faisait ressortir le principe dans la parabole elle-même. Il y a des millions de faits qu'on pourrait employer avec profit, et pourtant très peu de pasteurs osent s'en servir, de peur qu'on ne leur en fasse reproche. « Oh, dit quelqu'un, il raconte des histoires. » Il raconte des histoires ! Mais c'est ainsi que prêchait Jésus-Christ. Et c'est la seule manière de prêcher. Il faut se servir de faits, réels ou supposés, pour montrer la vérité. Des vérités qui ne sont pas illustrées sont en général à peu près aussi propres à convertir les pécheurs qu'une démonstration mathématique. En sera-t-il toujours ainsi ? Fera-t-on toujours aux pasteurs un reproche de suivre l'exemple de Jésus-Christ en illustrant les vérités par des faits ? Qu'ils le fassent, et que les sots les traitent de pasteurs raconteurs d'histoires. Ils ont pour eux Jésus-Christ et le bon sens.
4. Les illustrations doivent être tirées de la vie ordinaire et des occupations courantes de la société. J'ai entendu un jour un pasteur illustrer ses idées par la manière dont les marchands traitent leurs affaires dans leur boutique. Un autre pasteur qui était présent lui fit ensuite quelques remarques. Il lui reprochait tout particulièrement cette illustration, parce que, disait-il, elle était trop familière et rabaissait la dignité de la chaire. Il disait que toute illustration dans la prédication devait être tirée de l'histoire ancienne, ou de quelque source élevée qui maintînt la dignité de la chaire. La dignité, vraiment ! C'est exactement le langage du diable. Il s'en réjouit. Mais voyons, le but d'une illustration est de faire voir la vérité aux gens, non d'étayer la dignité de la chaire. Un pasteur qui a le cœur à l'ouvrage ne se sert pas d'une illustration pour faire ouvrir de grands yeux aux gens, mais pour leur faire voir la vérité. S'il tirait ses illustrations de l'histoire ancienne, cela ne pourrait pas faire voir les gens ; cela n'illustrerait rien du tout. La nouveauté de la chose pourrait éveiller leur attention, mais ils perdraient alors la vérité elle-même. Car si l'illustration est elle-même une nouveauté, l'attention se portera sur ce fait en tant que fait d'histoire, et l'on perdra de vue la vérité même qu'il devait illustrer. L'illustration doit être, si possible, une chose qui arrive couramment ; et plus la chose est courante, plus on est sûr qu'elle n'attirera pas l'attention sur elle-même, mais qu'elle servira d'intermédiaire pour faire passer la vérité. J'ai été peiné jusqu'au fond du cœur d'entendre des illustrations tirées de l'histoire ancienne, dont pas une personne sur cent dans l'assemblée n'avait jamais entendu parler. La manière même dont on y faisait allusion sentait fort, pour ne rien dire de plus, la vanité et l'envie d'étonner les gens par un étalage de savoir.
Le Sauveur illustrait toujours ses enseignements par des choses qui se passaient parmi les gens à qui il prêchait, et qui leur étaient familières. Il descendait souvent bien au-dessous de ce qu'on croit aujourd'hui indispensable pour soutenir la dignité de la chaire. Il parlait de la poule et de ses poussins, des enfants assis dans les places publiques, des brebis et des agneaux, des bergers et des fermiers, des laboureurs et des marchands. Et quand il parlait de rois, comme dans les noces du fils du roi, ou dans l'histoire de l'homme de haute naissance qui s'en alla dans un pays lointain pour se faire investir de l'autorité royale, il faisait allusion à des faits historiques bien connus des gens de son temps. L'illustration doit toujours être tirée de choses si courantes qu'elle n'attire pas l'attention loin du sujet, mais que les gens puissent voir à travers elle la vérité illustrée.
5. La prédication doit savoir se répéter. Si un pasteur veut prêcher avec effet, il ne doit pas craindre de répéter tout ce qu'il voit n'être pas parfaitement compris de ses auditeurs. Voilà le mal des notes écrites. Le prédicateur prêche tout d'une traite, exactement comme il l'a écrit, et il ne peut pas observer s'il est compris ou non. S'il interrompt sa lecture pour tâcher de lire sur les visages de son auditoire, et pour expliquer là où il voit qu'on ne le comprend pas, il s'égare, s'embrouille et y renonce. Si un pasteur a les yeux sur les gens à qui il prêche, il peut ordinairement voir à leur air s'ils le comprennent. Et s'il voit qu'ils ne comprennent pas un point particulier, qu'il s'arrête et l'illustre. S'ils ne comprennent pas une illustration, qu'il en donne une autre, et qu'il rende tout cela bien clair à leur esprit avant de poursuivre. Mais ceux qui écrivent leurs sermons vont droit devant eux, suivant un enchaînement régulier, comme dans un essai ou dans un livre, et ils ne répètent pas leurs pensées jusqu'à ce que l'auditoire les ait pleinement saisies.
Je causais avec l'un des premiers avocats de ce pays. Il me disait que la difficulté qu'éprouvent les prédicateurs à se faire comprendre vient de ce qu'ils ne se répètent pas assez. « Quand je plaide devant un jury, disait-il, je m'attends toujours à devoir répéter au moins deux fois tout ce que je veux faire entrer dans leur esprit ; souvent je le répète trois ou quatre fois, et même autant de fois qu'il y a de jurés devant moi. Sinon, je n'entraîne pas leur esprit avec moi, et ils ne peuvent pas sentir la force de ce qui vient ensuite. » Si un jury, sous la foi du serment, appelé à décider des affaires ordinaires de ce monde, ne peut saisir un raisonnement sans tant de répétitions, comment peut-on s'attendre à ce que les hommes comprennent sans elles la prédication de l'Évangile ?
De la même manière, le pasteur doit tourner et retourner une pensée importante devant son auditoire, jusqu'à ce que même les enfants la comprennent parfaitement. Ne dites pas que tant de répétitions rebuteront les esprits cultivés. Elles ne les rebuteront pas. Ce n'est pas cela qui rebute les hommes qui réfléchissent. Ils ne se lassent pas des efforts que fait un pasteur pour être compris. En fait, plus les illustrations d'un prédicateur sont simples, et plus il rend tout clair, plus les hommes de valeur s'y intéressent. Je sais que des hommes de premier ordre reçoivent souvent des idées qu'ils n'avaient jamais eues, grâce à des illustrations destinées à mettre l'Évangile à la portée d'un enfant. Ces hommes sont ordinairement si occupés des affaires de ce monde qu'ils ne réfléchissent guère à la religion ; ils ont donc besoin de la prédication la plus simple, et ils l'aimeront.
6. Le pasteur doit toujours sentir profondément son sujet ; alors il accordera le geste à la parole et la parole au geste, de façon à produire toute l'impression que la vérité est propre à produire. Il doit être d'un sérieux solennel dans ce qu'il dit. J'ai entendu dernièrement une critique des plus judicieuses sur ce sujet : « Comme il est important qu'un pasteur sente ce qu'il dit ! Alors ses gestes correspondront tout naturellement à ses paroles. S'il entreprend de faire des gestes, ses bras pourront bien tourner comme un moulin à vent, sans produire aucune impression. » Il faut sur la scène tout l'effort de l'art pour que les acteurs fassent sentir les choses à leurs spectateurs. Le but de l'art oratoire est d'enseigner cette habileté. Mais si un homme sent pleinement son sujet, il le fera naturellement. Il fera naturellement cela même que l'art oratoire enseigne à grand-peine. Voyez n'importe quel homme du peuple, dans la rue, qui parle avec ardeur. Voyez avec quelle force il gesticule. Voyez une femme ou un enfant qui parle avec ardeur. Comme c'est naturel ! Gesticuler des mains leur est aussi naturel que remuer la langue et les lèvres. C'est la perfection de l'éloquence.
Que le pasteur, donc, sente seulement ce qu'il dit, au lieu d'être attaché à ses notes pour lire un essai, ou pour réciter un morceau comme un écolier, d'abord sur un pied puis sur l'autre, en avançant d'abord une main puis l'autre. Qu'il parle comme il sent, qu'il agisse comme il sent, et il sera éloquent.
Rien d'étonnant à ce que tant de prédications produisent si peu d'effet. Les gestes ont plus d'importance qu'on ne le croit généralement. De simples mots n'exprimeront jamais tout le sens de l'Évangile. La manière de le dire est presque tout. Supposez que l'une d'entre vous, qui est mère, rentre chez elle ce soir, et qu'à peine la porte franchie, la bonne se précipite vers vous, toute son âme sur le visage, pour vous dire que votre enfant a péri brûlé. Vous le croiriez, et vous le sentiriez aussi, sur-le-champ. Mais supposez qu'elle vienne vous l'annoncer d'un air froid et indifférent. Cela vous bouleverserait-il ? Non. C'est l'ardeur de sa manière et la détresse de son regard qui disent tout. Vous savez qu'il est arrivé quelque chose avant qu'elle ait dit un mot.
J'ai entendu un jour, au sujet de la prédication d'un jeune pasteur, une remarque instructive. Il n'avait pas d'instruction, au sens ordinaire du mot, mais il était tout à fait propre à gagner des âmes. On disait de lui : « La manière dont il entre, dont il s'assied en chaire et dont il se lève pour parler est à elle seule un sermon. On voit qu'il a quelque chose d'important et de solennel à dire. » J'ai vu la manière dont cet homme disait certaines choses émouvoir toute une assemblée, alors que les mêmes choses dites d'un ton monotone n'auraient produit aucun effet.
Un fait rapporté par l'un des professeurs d'art oratoire les plus distingués des États-Unis devrait frapper les pasteurs sur ce sujet. Cet homme était un incrédule. Il disait : « Voilà quatorze ans que j'enseigne l'art oratoire à des pasteurs, et je sais qu'ils ne croient pas à la religion chrétienne. La Bible est peut-être vraie. Je ne prétends pas le savoir ; mais je sais que ces pasteurs n'y croient pas, et je peux démontrer qu'ils n'y croient pas. La perfection de mon art consiste à leur apprendre à parler naturellement sur ce sujet. Je vais dans leur cabinet de travail, je cause avec eux, et ils parlent avec éloquence. Je leur dis : Messieurs, si vous prêchiez exactement comme vous parlez naturellement de tout autre sujet qui vous intéresse, vous n'auriez pas besoin de leçons. C'est justement ce que j'essaie de vous apprendre. Je vous entends parler d'autres sujets avec une force et une éloquence admirables. Je vous vois monter en chaire, et vous parlez et agissez comme si vous ne croyiez pas ce que vous dites. Je leur ai dit et répété de parler en chaire comme ils me parlent naturellement. Et je ne parviens pas à le leur faire faire ; c'est pourquoi je sais qu'ils ne croient pas à la religion chrétienne. »
J'ai rapporté cela pour montrer combien il est universel que les hommes fassent les bons gestes s'ils sentent comme il faut. La seule chose qui empêche les pasteurs de parler avec naturel, c'est qu'ils ne SENTENT pas PROFONDÉMENT. Comment leur diction serait-elle naturelle, s'ils ne sentent rien ?
7. Le pasteur doit viser à convertir son assemblée. Mais vous demanderez : toute prédication ne vise-t-elle pas à cela ? Non. Un pasteur a toujours un but en prêchant, mais la plupart des sermons n'ont jamais visé à convertir des pécheurs. Et si des pécheurs se convertissaient en les entendant, le prédicateur lui-même en serait stupéfait. J'ai entendu raconter un fait à ce propos. Il y avait deux jeunes pasteurs, entrés dans le ministère en même temps. L'un d'eux avait de grands succès dans la conversion des pécheurs, l'autre aucun. Ce dernier demanda un jour à l'autre d'où venait cette différence. « Eh bien, répondit l'autre, la raison en est que je vise, en prêchant, un autre but que vous. Mon objectif est de convertir des pécheurs, mais vous ne visez rien de tel. Et puis vous allez mettre sur le compte de la souveraineté de Dieu le fait que vous ne produisez pas le même effet, alors que vous ne le visez jamais. Tenez, prenez un de mes sermons, prêchez-le à vos gens, et voyez quel en sera l'effet. » L'homme le fit, prêcha le sermon, et le sermon produisit de l'effet. Il prit peur quand des pécheurs se mirent à pleurer ; et quand l'un d'eux vint le trouver après la réunion pour lui demander ce qu'il devait faire, le pasteur lui présenta ses excuses et lui dit : « Je ne voulais pas vous blesser ; je suis désolé si je vous ai fait de la peine. » Oh, c'est horrible !
8. Le pasteur doit prévenir les objections des pécheurs et y répondre. Que fait l'avocat qui plaide devant un jury ? Oh, comme on plaide la cause de Jésus-Christ autrement que les causes humaines ! Un avocat a remarqué que la cause de Jésus-Christ était, de toutes les causes du monde, celle qui avait le moins d'habiles défenseurs. Et je le crois à moitié. Un avocat suit-il son raisonnement d'une traite, sans expliquer ce qui est obscur ni prévenir les arguments de son adversaire ? S'il le faisait, il perdrait sa cause à coup sûr. Mais non. L'avocat qui plaide pour de l'argent prévient toutes les objections que peut faire son adversaire, et il les écarte ou les explique avec soin, de façon à déblayer entièrement le terrain à mesure qu'il avance, pour que le jury soit fixé sur chaque point. Mais les pasteurs laissent souvent de côté telle et telle difficulté sans y toucher. Les pécheurs qui les écoutent sentent la difficulté, elle n'est jamais surmontée dans leur esprit, ils ne savent jamais comment l'écarter ; et peut-être le pasteur ne prend-il jamais la peine de savoir que de telles difficultés existent ; et pourtant il se demande pourquoi son assemblée n'est pas convertie et pourquoi il n'y a pas de réveil. Comment peut-il s'en étonner, alors qu'il n'a jamais recherché les difficultés et les objections que sentent les pécheurs, ni ne les a écartées ?
9. Si un pasteur veut prêcher l'Évangile avec effet, il doit veiller à ne pas être monotone. S'il prêche d'une manière monotone, il endormira les gens. Tout son monotone, fort ou faible, s'il se prolonge, dispose les gens au sommeil. Les chutes du Niagara, le grondement de l'océan, ou n'importe quel son, si fort ou si faible soit-il, produit naturellement cet effet sur le système nerveux. Vous n'entendez jamais cette manière monotone chez les gens qui causent. Et un pasteur ne peut pas être monotone en prêchant, s'il sent ce qu'il dit.
10. Le pasteur doit s'adresser aux sentiments assez pour s'assurer l'attention, puis s'occuper de la conscience et sonder jusqu'au vif. Les appels aux sentiments seuls ne convertiront jamais les pécheurs. Si le prédicateur en use trop, il peut provoquer une excitation, faire passer sur l'assemblée vague après vague d'émotion ; les gens peuvent être emportés comme par un torrent, et se reposer sur de fausses espérances. Le seul moyen d'assurer des conversions solides est de s'occuper fidèlement de la conscience. Si l'attention faiblit à un moment donné, faites de nouveau appel aux sentiments pour la ranimer ; mais faites votre travail avec la conscience.
11. S'il le peut, il est souhaitable que le pasteur connaisse l'effet d'un sermon avant d'en prêcher un autre. Qu'il cherche à savoir si le sermon a été compris, s'il a produit quelque impression, si l'on éprouve sur le sujet des difficultés qui demandent à être éclaircies, si des objections ont été soulevées, et ainsi de suite. Quand il sait tout cela, il sait ce qu'il doit prêcher ensuite. Que penserait-on du médecin qui donnerait un remède à son malade, puis le lui redonnerait encore et encore, sans chercher à connaître l'effet de la première dose, ni à savoir si elle a produit un effet ou non ? Un pasteur ne pourra jamais s'occuper des pécheurs comme il le doit, tant qu'il ne pourra pas découvrir si son enseignement a été reçu et compris, si les difficultés qui étaient dans l'esprit des pécheurs ont été dissipées et si leur chemin vers le Sauveur est dégagé, afin qu'ils ne trébuchent pas encore et encore jusqu'à ce que leur âme soit perdue.
J'avais l'intention de traiter plusieurs autres points, mais le temps ne le permet pas. Je veux conclure par quelques REMARQUES.
1. Nous voyons pourquoi si peu des esprits les plus éminents se convertissent dans bien des localités.
Jusqu'aux récents réveils, les hommes de profession libérale étaient rarement atteints par la prédication, et ils étaient presque tous incrédules au fond du cœur. Les gens comprenaient presque la Bible comme si elle autorisait l'idée que ces hommes ne pouvaient pas être convertis. La raison en est évidente. L'Évangile n'avait pas été recommandé à la conscience de ces hommes. Les pasteurs ne s'étaient pas mesurés avec l'intelligence, et n'avaient pas raisonné de façon à faire voir à ce genre d'esprits la vérité de l'Évangile et à leur en faire sentir la puissance ; aussi ces personnes en étaient-elles venues à regarder la religion comme une chose indigne de leur attention.
Mais ces dernières années, les choses ont changé, et en certains endroits il s'est converti plus de personnes de cette catégorie, proportionnellement à leur nombre, que de toute autre. C'est qu'on leur a fait comprendre les exigences de l'Évangile. Le prédicateur s'est mesuré avec leur intelligence, et leur a montré combien la religion est raisonnable. Et quand on le fait, on constate que ce genre d'esprits se convertit plus facilement que tout autre. Ces hommes sont tellement plus aptes à recevoir un raisonnement, et tellement plus habitués à céder à la force de la raison, que dès que l'Évangile a vraiment prise sur leur esprit, il les brise tout de suite et les fait fondre aux pieds de Christ.
2. Avant que l'Évangile puisse produire un effet général, il nous faut une génération de prédicateurs qui improvisent, et cela pour les raisons suivantes :
(1.) Aucun groupe d'hommes ne peut supporter le travail d'écrire des sermons et en même temps de faire toute la prédication qui sera nécessaire.
(2.) La prédication écrite n'est pas propre à produire l'effet voulu. Une telle prédication ne présente pas la vérité sous la bonne forme.
(3.) Il est impossible qu'un homme qui écrit ses sermons dispose sa matière, tourne et choisisse ses pensées de façon à produire le même effet que lorsqu'il s'adresse directement aux gens et leur fait sentir que c'est eux qu'il vise. L'usage d'écrire les sermons est né à une époque de troubles politiques. Cette pratique était inconnue du temps des apôtres. Sans doute les sermons écrits ont-ils fait beaucoup de bien, mais ils ne pourront jamais donner à l'Évangile sa grande puissance. Peut-être bien des pasteurs ont-ils été si longtemps formés à se servir de notes qu'ils feraient mieux de ne pas les jeter. Peut-être feraient-ils du mauvais travail sans elles. La difficulté ne viendrait pas d'un manque d'intelligence, mais d'une mauvaise formation. La mauvaise habitude commence chez l'écolier à qui l'on fait « réciter son morceau ». Au lieu de l'exercer à exprimer ses propres pensées et ses propres sentiments dans sa propre langue, avec sa manière naturelle, celle que la nature elle-même lui inspire, on lui fait apprendre par cœur ce qu'un autre a écrit, puis il le déclame d'une manière raide et guindée. Et de même, quand il va au collège, puis au séminaire, au lieu d'être formé à parler d'abondance, on lui fait écrire son morceau et l'apprendre par cœur. Je suivrais la voie opposée dès le début. Je lui donnerais un sujet, et je le laisserais d'abord réfléchir, puis dire ses pensées. Peut-être fera-t-il des fautes. Très bien, il faut s'y attendre chez un débutant. Mais il apprendra. Supposez qu'il ne soit pas éloquent au début. Très bien, il peut progresser. Et il est justement sur la voie du progrès. Seule cette sorte de formation suscitera jamais une génération de pasteurs capables de convertir le monde.
Mais on objecte à la prédication improvisée que, si les pasteurs n'écrivent pas, ils ne réfléchiront pas. Cette objection aura du poids pour les hommes qui ont toujours eu l'habitude de mettre leurs pensées par écrit. Mais pour un homme qui a d'autres habitudes, elle n'en aura aucun. Écrire n'est pas penser. Et à en juger par bien des sermons écrits que j'ai entendu prêcher, leurs auteurs avaient fait n'importe quoi plutôt que de réfléchir. Le travail mécanique de l'écriture est en réalité un obstacle à une pensée serrée et rapide. Il est vrai que certains prédicateurs qui improvisent n'ont pas été des hommes de réflexion. Et il est tout aussi vrai que bien des hommes qui écrivent leurs sermons ne sont pas des hommes de réflexion. Un homme qui a toujours eu l'habitude de ne penser que la plume à la main aura naturellement, s'il pose sa plume, de la peine à penser au début ; et s'il essaie de prêcher sans écrire, il aura de la peine, tant que ses habitudes n'auront pas complètement changé, à mettre dans ses sermons la même somme de pensée que s'il s'en tenait à sa vieille habitude d'écrire. Mais il faut se rappeler que cela vient uniquement de ce qu'il a été formé à écrire et qu'il s'y est toujours habitué. C'est la formation et l'habitude qui lui rendent si difficile de penser sans écrire. Quelqu'un prétendra-t-il que les avocats ne sont pas des hommes de réflexion ? Que leurs plaidoiries devant une cour et un jury ne sont pas profondes et bien mûries ? Et pourtant chacun sait qu'ils n'écrivent pas leurs discours. Il faut comprendre aussi qu'au collège ils reçoivent la même formation que les pasteurs, et qu'ils ont le même handicap d'avoir été formés à écrire leurs pensées ; ce n'est qu'une fois entrés dans leur profession qu'ils changent d'habitude. S'ils étaient formés, comme ils devraient l'être, à l'habitude d'improviser dès l'école, ils seraient bien plus éloquents et plus puissants dans leurs plaidoiries qu'ils ne le sont.
J'ai beaucoup entendu cette objection contre la prédication improvisée depuis que je suis entré dans le ministère. On me disait souvent alors, en réponse à mes idées sur l'improvisation, que les pasteurs qui prêchaient d'abondance n'instruiraient pas les Églises, que leur prédication serait très uniforme et qu'ils deviendraient vite fades et répétitifs, faute de pensée. Mais l'expérience de chaque année a mûri dans mon esprit la conviction que c'est l'inverse de cette objection qui est vrai. L'homme qui écrit le moins peut, s'il le veut, penser le plus, et il dira ce qu'il pense d'une manière qui sera mieux comprise que si c'était écrit ; et dans la mesure même où il laisse de côté le travail d'écriture, son corps restera libre de prendre de l'exercice, et son esprit libre pour une pensée vigoureuse et suivie.
La grande raison pour laquelle on suppose que les prédicateurs qui improvisent répètent plus souvent les mêmes pensées dans leur prédication, c'est que ce qu'ils disent est, d'une manière générale, mieux retenu par l'assemblée que si cela avait été lu. J'ai souvent connu des prédicateurs qui pouvaient reprendre leurs sermons écrits une fois tous les quelques mois sans que l'assemblée s'en aperçoive. Mais la manière dont on prononce généralement les sermons improvisés est tellement plus frappante qu'en général on ne peut pas en répéter bientôt les pensées sans qu'on s'en souvienne. Nous n'aurons jamais, dans nos assemblées législatives, dans nos tribunaux et dans nos chaires, des hommes qui soient des orateurs puissants et irrésistibles, capables d'entraîner le monde, tant que notre système d'éducation ne leur apprendra pas à penser de façon serrée, rapide et suivie, et tant que toutes leurs habitudes de parole à l'école ne seront pas celles de l'improvisation. La manière même de communiquer la pensée, dans ce qu'on appelle communément un bon style écrit, n'est pas propre à laisser une impression profonde dans l'esprit, ni à communiquer la pensée d'une manière claire et frappante. Ce style n'est pas concis, direct, pertinent. Ce n'est pas la langue de la nature. Il est impossible d'adapter des gestes au style écrit ordinaire. Aussi, quand ils essaient de gesticuler en lisant un essai ou en prononçant un sermon écrit, leurs gestes sont une parodie de tout art de parler en public.
Quand on prononce un sermon écrit dans ce style d'essai, il est impossible que presque tout le feu du sens, et toute la puissance du geste, du regard, de l'attitude et de l'accent ne soient pas perdus. Nous ne pourrons jamais avoir tout le sens de l'Évangile tant que nous n'aurons pas jeté nos notes.
3. Les études et la formation d'un pasteur pour son œuvre devraient être exclusivement théologiques.
Je dis exactement ce que je veux dire. Je ne vais pas discuter maintenant la question de savoir si toute éducation ne devrait pas être théologique. Mais je dis que l'éducation en vue du ministère devrait l'être exclusivement. Mais vous demanderez : un pasteur ne doit-il pas connaître les sciences ? Je réponds : oui, et le plus sera le mieux. Je voudrais que les pasteurs connaissent toutes les sciences. Mais tout cela devrait être en rapport avec la théologie. Étudier les sciences, c'est étudier les œuvres de Dieu. Et étudier la théologie, c'est étudier Dieu.
Qu'on pose par exemple à un étudiant cette question : « Y a-t-il un Dieu ? » Pour y répondre, qu'il fouille l'univers, qu'il parcoure chaque domaine de la science pour trouver les preuves d'un dessein, et qu'il apprenne de cette façon l'existence de Dieu. Qu'il cherche ensuite combien il y a de dieux, et qu'il fouille de nouveau la création pour voir s'il y a une unité de dessein qui prouve qu'il n'y a qu'un seul Dieu. De même, qu'il cherche ce que sont les attributs de Dieu et son caractère. Il apprendra là les sciences, mais il les apprendra comme une partie de la théologie. Qu'il explore chaque champ du savoir pour en rapporter ses preuves. Quel était le dessein de ce plan-ci ? Quelle était la fin de cette disposition-là ? Voyez si tout ce que vous trouvez dans l'univers n'est pas fait pour produire le bonheur, à moins d'être perverti.
Le cœur de l'étudiant se durcirait-il et se refroidirait-il dans l'étude, aussi froid et dur que les murs du collège, si l'on étudiait les sciences de cette manière ? Chaque leçon le place directement devant Dieu ; elle est en fait une communion avec Dieu, elle réchauffe son cœur et le rend plus pieux, plus sérieux, plus saint. La distinction même entre études classiques et études théologiques est une malédiction pour l'Église, et une malédiction pour le monde. L'étudiant passe quatre ans au collège à des études classiques, sans Dieu dedans, puis trois ans au séminaire à des études théologiques ; et ensuite ? Pauvre jeune homme ! Mettez-le à l'ouvrage, et vous verrez qu'il n'est pas du tout formé pour le ministère. L'Église gémit sous sa prédication, parce qu'il ne prêche ni avec onction ni avec puissance. On l'a gâté par sa formation.
4. Nous apprenons ce qu'est la prédication de réveil. Tous les pasteurs devraient être des pasteurs de réveil, et toute prédication devrait être une prédication de réveil ; c'est-à-dire qu'elle devrait être propre à favoriser la sainteté. Les gens disent : « C'est très bien d'avoir dans l'Église quelques hommes qui sont des prédicateurs de réveil, et qui peuvent aller de place en place favoriser des réveils ; mais il en faut d'autres pour endoctriner l'Église. » Étrange ! Ne savent-ils pas qu'un réveil instruit l'Église dans la doctrine plus vite que n'importe quoi d'autre ? Et un pasteur ne produira jamais de réveil s'il n'instruit pas ses auditeurs dans la doctrine. La prédication que j'ai décrite est pleine de doctrine, mais d'une doctrine à mettre en pratique. Et c'est cela, la prédication de réveil.
5. On oppose parfois deux objections au genre de prédication que j'ai recommandé.
(1.) Que c'est rabaisser la dignité de la chaire que de prêcher dans ce style de conversation, à la manière d'un avocat. Certains en sont choqués. Mais c'est uniquement à cause de sa nouveauté, et non à cause d'une inconvenance qui serait dans la chose elle-même. J'ai entendu une remarque faite par un laïc influent du centre de cet État, au sujet de la prédication d'un certain pasteur. Il disait que c'était la première prédication qu'il eût jamais entendue et comprise, et le premier pasteur qu'il eût jamais entendu parler comme s'il croyait sa propre doctrine, ou pensait ce qu'il disait. Et quand il l'entendit prêcher pour la première fois comme s'il disait quelque chose qu'il pensait vraiment, il le crut fou. Mais il finit par voir que tout cela était vrai, et il se soumit à la vérité, comme à la puissance de Dieu pour le salut de son âme.
Qu'est-ce que la dignité de la chaire ? Voir un pasteur monter en chaire pour en soutenir la dignité ! Hélas, hélas ! Pendant mon voyage à l'étranger, j'ai entendu un missionnaire anglais prêcher exactement de cette manière. Je crois que c'était un homme de bien, et hors de la chaire il parlait comme un homme qui pense ce qu'il dit. Mais à peine était-il en chaire qu'il avait l'air d'un parfait automate : il s'enflait, il déclamait, il chantonnait, de quoi endormir tout le monde. Et la difficulté semblait être qu'il voulait maintenir la dignité de la chaire.
(2.) On objecte que cette prédication est théâtrale. L'évêque de Londres demanda un jour à Garrick, le célèbre comédien, comment il se faisait que des acteurs, en représentant une simple fiction, émeuvent une assemblée jusqu'aux larmes, tandis que les pasteurs, en représentant les réalités les plus solennelles, pouvaient à peine se faire écouter. Le philosophe Garrick répondit fort bien : « C'est que nous représentons la fiction comme une réalité, et que vous représentez la réalité comme une fiction. » Tout est dit. Or quel est le but de l'acteur dans une représentation théâtrale ? C'est d'entrer si bien dans l'esprit et le sens de l'auteur qu'il adopte ses sentiments, qu'il les fait siens, les sent, les incarne, et les lance sur l'auditoire comme une réalité vivante. Et maintenant, qu'y a-t-il à objecter à tout cela dans la prédication ? L'acteur accorde le geste à la parole et la parole au geste. Son regard, ses mains, ses attitudes, tout est destiné à exprimer pleinement le sens de l'auteur. Or tel devrait être le but du prédicateur. Et si par « théâtral » on entend la représentation la plus forte possible des sentiments exprimés, alors plus un sermon est théâtral, mieux cela vaut. Et si les pasteurs sont trop guindés, et les gens trop délicats, pour apprendre même d'un acteur, même de la scène, la meilleure méthode pour gagner les esprits, pour faire valoir les sentiments et répandre sur une assemblée la chaleur d'une pensée brûlante, alors qu'ils continuent leurs discours monotones, leurs lectures et leur raideur dévote. Mais qu'ils se souviennent que, pendant qu'ils se détournent ainsi de l'art de l'acteur et le décrient, et qu'ils essaient de soutenir « la dignité de la chaire », les théâtres peuvent être bondés tous les soirs. Les gens de bon sens trouveront du plaisir à cette manière de parler, et les pécheurs descendront en enfer.
6. Une assemblée peut apprendre comment choisir un pasteur.
Quand une Église sans pasteur en cherche un, il y a deux points principaux sur lesquels elle fixe ordinairement son attention. (1.) Qu'il soit populaire. (2.) Qu'il soit savant. C'est très bien. Mais la première question qu'elle devrait se poser est celle-ci : « Est-il sage pour gagner des âmes ? » Peu importe qu'un pasteur soit éloquent ou savant. Peu importe qu'il ait des manières agréables et populaires. S'il est de fait que les pécheurs ne se convertissent pas sous sa prédication, cela montre qu'il n'a pas cette sagesse, et vos enfants et vos voisins descendront en enfer sous sa prédication.
Je suis heureux de savoir que bien des Églises poseront cette question au sujet des pasteurs. Et si elles trouvent qu'un pasteur est dépourvu de cette qualité vitale, elles ne voudront pas de lui. Et si l'on peut trouver des pasteurs qui soient sages pour gagner des âmes, les Églises voudront de tels pasteurs. Il est vain de lutter contre cela, ou de prétendre que ces hommes n'ont pas une bonne éducation, ou qu'ils ne sont pas savants, ou que sais-je encore. Il est vain que les écoles essaient de faire avaler de force aux Églises une génération de pasteurs savants en tout, sauf en ce qu'ils ont le plus besoin de savoir. Les Églises ont déclaré qu'ils n'étaient pas faits comme il faut, et elles ne soutiendront pas ce qui est aussi notoirement insuffisant que le système actuel d'éducation théologique.
Il est très difficile de dire ce qu'il faut dire sur ce sujet sans risquer de faire naître dans l'Église un mauvais esprit envers les pasteurs. Bien des chrétiens de profession sont prêts à trouver à redire aux pasteurs quand ils n'en ont aucune raison ; au point qu'il devient très difficile de dire sur les pasteurs ce qui est vrai et ce qui doit être dit, sans que cette catégorie de chrétiens de profession le déforme et en abuse. Je ne voudrais pour rien au monde dire quoi que ce soit qui nuise à l'influence d'un ministre de Christ qui s'efforce réellement de faire du bien. Je voudrais qu'ils méritent cent fois plus d'influence qu'ils n'en méritent ou n'en ont actuellement. Mais dire la vérité ne nuira pas à l'influence des pasteurs qui, par leur vie et leur prédication, donnent à l'Église la preuve que leur but est de faire du bien et de gagner des âmes à Christ. Ces pasteurs-là reconnaîtront la vérité de tout ce que j'ai dit, ou voudrais dire. Ils voient tout cela, et ils le déplorent. Mais s'il y a des pasteurs qui ne font aucun bien, qui se paissent eux-mêmes au lieu de paître le troupeau, de tels pasteurs ne méritent aucune influence. S'ils ne font aucun bien, il est temps qu'ils se tournent vers une autre profession. Ce ne sont que des sangsues accrochées aux organes vitaux de l'Église, qui lui sucent le sang du cœur. Ils sont inutiles, et pis qu'inutiles. Et plus tôt on les mettra de côté pour remplir leurs places par des hommes qui se dépenseront pour Christ, mieux cela vaudra.
Enfin, c'est le devoir de l'Église de prier pour nous, les pasteurs. Pas un seul d'entre nous n'est ce qu'il devrait être. Comme Paul, nous pouvons dire : « Et qui est suffisant pour ces choses ? » (2 Corinthiens 2,16). Mais qui d'entre nous ressemble à Paul ? Où trouverez-vous un pasteur comme Paul ? Il n'y en a pas ici. Nous avons tous reçu une mauvaise éducation, tous tant que nous sommes. Priez pour les écoles, les collèges et les séminaires. Et priez pour les jeunes gens qui se préparent au ministère. Priez pour les pasteurs, afin que Dieu leur donne cette sagesse qui gagne les âmes. Et priez Dieu d'accorder à l'Église la sagesse et les moyens de former une génération de pasteurs qui iront de l'avant et convertiront le monde. L'Église doit être en travail dans la prière, gémir et lutter dans l'angoisse pour cela. C'est maintenant, pour l'Église, la perle de grand prix : être pourvue de pasteurs de la bonne sorte. La venue du millénium dépend de l'existence d'une autre sorte de pasteurs, mieux formés pour leur œuvre. Et nous les aurons, aussi sûrement que tient la promesse du Seigneur. Un ministère tel que celui qui est aujourd'hui dans l'Église ne convertira jamais le monde. Mais le monde doit être converti, et Dieu entend donc avoir des pasteurs qui le convertiront. « Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Matthieu 9,38).
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).