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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 8

La conformité au monde

Ne vous conformez pas au siècle présent. (Romains 12,2)

Certains d'entre vous se souviendront qu'il y a quelque temps j'ai pris ce texte pour prêcher ici même ; mais l'objet du discours de ce soir est assez différent pour qu'il ne soit pas déplacé de reprendre le même texte. Voici dans quel ordre je compte traiter le sujet :

I. Montrer ce que n'entend pas le commandement de ce texte.

II. Montrer ce qu'entend le commandement : « Ne vous conformez pas au siècle présent. »

III. Indiquer quelques-unes des raisons pour lesquelles cette exigence est imposée à tous ceux qui veulent vivre pieusement.

IV. Répondre à quelques objections qu'on oppose aux principes ainsi posés.

I. Je dois montrer ce que n'entend pas l'exigence : « Ne vous conformez pas au siècle présent. »

Je suppose qu'elle ne veut pas dire que les chrétiens doivent refuser de profiter des arts utiles, des progrès et des découvertes du monde. C'est non seulement le privilège, mais le devoir des amis de Dieu de s'en servir, et d'employer pour Dieu tous les arts et tous les progrès réellement utiles qui voient le jour parmi les hommes.

II. Je dois montrer ce qu'entend cette exigence.

Elle veut dire que les chrétiens sont tenus de ne pas se conformer au monde dans les trois domaines suivants. Je n'en cite que ces trois-là, non qu'il n'y ait bien d'autres choses où la conformité au monde est interdite, mais parce que ces trois catégories sont tout ce que j'ai eu le temps d'examiner ce soir, et aussi parce qu'il est particulièrement nécessaire, à l'heure actuelle, d'en parler. Ces trois choses sont trois domaines de la vie dans lesquels il vous est demandé de ne pas vous conformer au monde. Ce sont :

LES AFFAIRES, LA MODE, LA POLITIQUE.

Dans tous ces domaines, il est demandé aux chrétiens de ne pas faire comme fait le monde : ils ne doivent ni recevoir ses maximes, ni adopter ses principes, ni suivre ses pratiques.

III. Je dois indiquer quelques raisons du commandement : « Ne vous conformez pas au siècle présent. »

Vous ne devez en aucun cas agir selon les mêmes principes, ni par les mêmes motifs, ni poursuivre votre but de la même manière que le monde, que ce soit dans les affaires, dans la mode ou dans la politique. J'examinerai ces différents domaines l'un après l'autre.

PREMIÈREMENT : Les affaires.

1. La première raison pour laquelle nous ne devons pas nous conformer au monde dans les affaires, c'est que le principe du monde est celui de l'égoïsme souverain. Cela se vérifie partout, dans la conduite des affaires. Tout le cours des affaires dans le monde est gouverné et réglé par les maximes d'un égoïsme souverain et sans mélange. Il est réglé sans le moindre égard pour les commandements de Dieu, ni pour la gloire de Dieu, ni pour le bien du prochain. Les maximes qui ont généralement cours parmi les gens d'affaires, leurs habitudes et leurs usages, tout cela repose sur l'égoïsme souverain. Qui ne sait que, dans leurs marchés, les gens d'affaires du monde consultent leur propre intérêt et cherchent leur propre avantage, et non l'avantage de ceux avec qui ils traitent ? Qui a jamais entendu parler d'un homme d'affaires mondain qui conclut des marchés et fait des affaires pour l'avantage de ceux avec qui il traite ? Non, c'est toujours pour son propre avantage. Et les chrétiens doivent-ils en faire autant ? Il leur est demandé d'agir selon le principe exactement contraire : « Que personne ne cherche son propre intérêt, mais que chacun cherche celui d'autrui. » Il leur est demandé de suivre l'exemple de Jésus-Christ. A-t-il jamais conclu un marché à son propre avantage ? Et ses disciples pourraient adopter le principe du monde, un principe qui porte en lui les germes de l'enfer ! Si les chrétiens doivent agir ainsi, n'est-ce pas la chose la plus chimérique du monde que de croire que le monde se convertira un jour à l'Évangile ?

2. Il leur est demandé de ne pas se conformer au monde, parce que la conformité au monde est absolument incompatible avec l'amour de Dieu ou des hommes.

Tout ce système ne connaît que l'amour de soi. Parcourez tous les rangs des gens d'affaires, depuis l'homme qui vend des sucreries sur le trottoir au coin de la rue jusqu'au plus gros négociant en gros ou au plus gros importateur des États-Unis, et vous verrez qu'une seule maxime court d'un bout à l'autre : « acheter aussi bon marché que possible, vendre aussi cher que possible, penser d'abord à soi », et faire toujours, autant que les règles de l'honnêteté le permettent, tout ce qui fera avancer vos propres intérêts, quoi qu'il advienne des intérêts des autres. Les impies ne nieront pas que ce sont là les maximes selon lesquelles les affaires se font dans le monde. Celui qui suit cette ligne de conduite est partout considéré comme faisant ses affaires selon les principes des affaires. Or, ces maximes sont-elles compatibles avec la sainteté, avec l'amour de Dieu ou l'amour des hommes, avec l'esprit de l'Évangile ou l'exemple de Jésus-Christ ? Un homme peut-il se conformer au monde dans ces principes, et pourtant aimer Dieu ? Impossible ! On ne peut imaginer deux choses plus dissemblables. Les chrétiens ne doivent donc en aucun cas se conformer aux maximes du monde en matière d'affaires.

3. Ces maximes, et les règles selon lesquelles les affaires se font dans le monde, sont directement opposées à l'Évangile de Jésus-Christ, à l'esprit qu'il a manifesté, aux maximes qu'il a enseignées et aux règles qu'il a prescrites à tous ses disciples, sous peine de l'enfer.

Quel esprit Jésus-Christ a-t-il montré par son exemple sur la terre ? L'esprit du renoncement à soi-même, de la bienveillance, du sacrifice de soi pour faire du bien aux autres. Il a montré le même esprit que Dieu, qui trouve son bonheur infini à sortir de lui-même pour satisfaire son cœur bienveillant en faisant du bien aux autres. Voilà la religion de l'Évangile : être semblable à Dieu, non seulement faire le bien, mais y prendre plaisir, sortir joyeusement de soi pour faire le bien. Voici la maxime de l'Évangile : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. » Et encore : « Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. » Que dit l'homme d'affaires du monde ? « Pensez d'abord à vous-même. » Ces maximes-là ont été inventées par des hommes qui ne connaissaient pas plus l'Évangile et ne s'en souciaient pas plus que les païens. Pourquoi les chrétiens se conformeraient-ils à de pareilles maximes ?

4. Se conformer au monde dans la conduite des affaires est la contradiction pure et simple des engagements que prennent les chrétiens en entrant dans l'Église.

Quel engagement prenez-vous en entrant dans l'Église ? N'est-ce pas de renoncer au monde et de vivre pour Dieu, d'être animés de l'Esprit de Jésus-Christ, d'aimer Dieu par-dessus tout, de renoncer à vous-mêmes et de vous donner tout entiers à glorifier Dieu et à faire du bien aux hommes ? Vous faites profession de ne pas aimer le monde, ni ses honneurs, ni ses richesses. Autour de la table de communion, la main posée sur le corps rompu de votre Sauveur, vous déclarez que ce sont là vos principes, et vous vous engagez à vivre selon ces maximes. Et ensuite, que faites-vous ? Vous vous en allez suivre des maximes et des règles inventées par des hommes dont le principe avoué est l'amour du monde, et dont le but avoué est de gagner le monde ? Est-ce là votre manière de faire ? Alors, à moins que vous ne vous repentiez, laissez-moi vous le dire, vous serez damnés. Il n'est pas plus certain que tel incrédule ou tel misérable débauché ira en enfer, qu'il n'est certain que tous ces croyants de profession qui se conforment au monde y iront aussi. Ils sont doublement coupables. Ils se sont engagés par serment devant Dieu à suivre une autre voie, et quand ils suivent les principes du monde dans leurs affaires, ils montrent qu'ils sont de misérables parjures.

5. La conformité au monde contredit si manifestement les principes de l'Évangile que les pécheurs, quand ils la voient, ne comprennent pas et ne peuvent pas comprendre par elle la vraie nature et le vrai but de l'Évangile lui-même.

Comment peuvent-ils comprendre que le but de l'Évangile est d'élever les hommes au-dessus de l'amour du monde et de l'influence du monde, et de les placer sur un terrain plus élevé, pour vivre selon des principes entièrement différents ? Quand ils voient des croyants de profession agir selon les mêmes principes que les autres hommes, comment peuvent-ils comprendre les vrais principes de l'Évangile, ou savoir ce qu'il entend par affections célestes, renoncement à soi-même, bienveillance, et ainsi de suite ?

6. C'est cet esprit de conformité au monde qui a déjà rongé l'amour de Dieu au sein de l'Église.

Montrez-moi un jeune converti, tant que son cœur est brûlant et que l'amour de Dieu rayonne sur ses lèvres. Que lui importe le monde ? Attirez son attention sur le monde, montrez-lui ses richesses, ses plaisirs ou ses honneurs, et essayez de l'engager à les poursuivre : cette pensée lui fait horreur. Mais qu'il entre maintenant dans les affaires, et qu'il fasse des affaires selon les principes du monde pendant un an, et vous ne trouvez plus l'amour de Dieu brûlant dans son cœur ; sa religion est devenue une religion de conscience, sèche, maigre, sans influence, tout sauf l'amour brûlant de Dieu qui le pousse à des actes de bienveillance. J'en appelle à chacun dans cette assemblée, et si ma voix portait assez loin, j'en appellerais à tous les croyants de profession de cette ville : n'est-ce pas ainsi ? Et si quelqu'un disait : « Non, ce n'est pas ainsi », j'y verrais la preuve qu'il n'a jamais su ce que c'est que de sentir la ferveur du premier amour d'un converti.

7. Cette conformité au monde dans les affaires est l'une des plus grandes pierres d'achoppement sur le chemin de la conversion des pécheurs.

Que pensent les méchants quand ils voient des croyants de profession, qui ont de telles professions de foi sur les lèvres et prétendent croire ce qu'enseigne la Bible, courir pourtant après le monde avec autant d'avidité que n'importe qui, faire les meilleurs marchés et traiter aussi durement que les plus mondains ? Ce qu'ils pensent ? Je peux vous dire ce qu'ils disent. Ils disent : « Je ne vois pas que ces chrétiens fassent autre chose que nous autres ; ils agissent selon les mêmes principes, pensent d'abord à eux-mêmes avec autant d'âpreté, font des marchés aussi durs et prennent des intérêts aussi élevés que n'importe qui. » Et il faut bien dire que ce ne sont pas là des choses dont le monde accuse les chrétiens par calomnie. C'est un fait notoire que la plupart des membres de l'Église poursuivent le monde, autant qu'on puisse en juger, dans le même esprit, selon les mêmes maximes et au même degré que les impies qui gardent une réputation de droiture et d'humanité. Le monde dit : « Regardez l'Église ; je ne vois pas qu'ils soient meilleurs que moi ; ils courent après le monde aussi loin que moi. » Si les croyants de profession agissent selon les mêmes principes que les mondains, l'Éternel est vivant ! ils auront la même récompense. Ils sont inscrits dans le livre de souvenir de Dieu comme de noirs hypocrites, qui prétendent être les amis de Dieu alors qu'ils aiment le monde. Car quiconque aime le monde est ennemi de Dieu. Ils font profession d'être gouvernés par des principes directement opposés à ceux du monde, et s'ils font les mêmes choses que le monde, ce sont des hypocrites.

8. Une autre raison de l'exigence : « Ne vous conformez pas au siècle présent », c'est l'influence immense, salutaire et immédiate qu'aurait le fait que tout le monde fasse ses affaires selon les principes de l'Évangile.

Renversez seulement la situation, et que les chrétiens fassent leurs affaires pendant un an selon les principes de l'Évangile. Cela ébranlerait le monde. Cela retentirait plus fort que le tonnerre. Que les impies voient les croyants de profession, dans chaque marché, rechercher le bien de la personne avec qui ils traitent, ne pas chercher leur propre richesse, mais chacun celle d'autrui, vivre au-dessus du monde, n'accorder au monde aucune valeur si ce n'est dans la mesure où il peut servir à glorifier Dieu. Quel serait l'effet, à votre avis ? Quel effet cela a-t-il eu à Jérusalem, quand tout le corps des chrétiens abandonna ses affaires et se mit en campagne, tous ensemble, pour le salut du monde ? Ce n'étaient que quelques pêcheurs ignorants et quelques humbles femmes, mais ils bouleversèrent le monde. Que l'Église vive ainsi aujourd'hui, et elle couvrirait le monde de confusion et le submergerait sous la conviction de son péché. Que le monde voie seulement l'Église vivre au-dessus du monde, faire ses affaires selon les principes de l'Évangile, chercher non ses propres intérêts mais ceux de son prochain, et l'incrédulité cacherait sa tête, l'hérésie serait chassée de l'Église, et cet esprit d'amour, charmant et béni, passerait sur le monde comme les vagues de la mer.

DEUXIÈMEMENT : La mode.

Pourquoi est-il demandé aux chrétiens de ne pas suivre les modes du monde ?

1. Parce que c'est directement en guerre avec l'esprit de l'Évangile, et que c'est s'affectionner aux choses de la terre.

Qu'est-ce que s'affectionner aux choses de la terre, sinon suivre les modes du monde, qui, comme une marée, vont et viennent sans cesse, changent continuellement de formes et tiennent le monde dans un perpétuel changement ? Il y a dans le monde bien des hommes qui brassent de grandes affaires, et des hommes fortunés, qui croient ne se soucier en rien des modes. Ils sont occupés d'autre chose, et ils s'en remettent entièrement pour les modes à leur tailleur, tenant pour acquis qu'il fera tout comme il faut. Mais attention : s'il venait à leur faire un vêtement démodé, vous verriez bien qu'ils se soucient des modes, et ils n'emploieraient plus jamais ce tailleur. Toujours est-il que, pour le moment, leurs pensées ne sont guère tournées vers les modes. Ils ont en vue un but plus élevé. Et ils jugent indigne d'un pasteur de prêcher sur les modes. Ils perdent de vue que, pour la plus grande partie des hommes, la mode est tout. La plus grande partie de la population n'est pas riche et ne s'attend pas à l'être jamais, mais elle compte sur le monde pour lui permettre de faire « bonne figure » et d'élever ses enfants de façon « convenable », c'est-à-dire de « suivre la mode ». Les neuf dixièmes de la population ne visent jamais rien de plus élevé que de faire comme fait le monde, ou de suivre la mode. Pour cela, ils tendent tous leurs nerfs. C'est à cela qu'ils attachent leur cœur, et c'est pour cela qu'ils vivent.

Le négociant et l'homme riche se trompent donc s'ils s'imaginent que la mode est peu de chose. La grande masse du peuple s'en préoccupe, son esprit y est attaché ; ce qu'elle cherche dans la vie, c'est d'avoir sa toilette, son équipage, son mobilier, et ainsi de suite, comme les autres, à la mode, ou « convenables », comme on dit.

2. Se conformer au monde est contraire à la profession de foi des chrétiens.

Quand les gens entrent dans l'Église, ils font profession d'abandonner l'esprit qui fait naître les modes. Ils font profession de renoncer aux pompes et aux vanités du monde, de se repentir de leur orgueil, de suivre le Sauveur doux et humble, de vivre pour Dieu. Et maintenant, que font-ils ? Vous voyez souvent des croyants de profession pousser la mode à l'extrême. Rien ne les satisfait qui ne soit du dernier cri. Et une couturière chrétienne qui, par conscience, est opposée à ce qu'on suive les modes, ne peut gagner son pain. Elle ne trouve pas d'ouvrage, même parmi les dames qui font profession d'être chrétiennes, à moins de suivre la mode dans toutes ses innombrables variations. Dieu sait qu'il en est ainsi, et ces couturières doivent abandonner leur métier si leur conscience ne leur permet pas de suivre les changements de la mode.

3. Cette conformité est une approbation large et complète de l'esprit du monde.

Qu'y a-t-il au fond de tout ce décor changeant ? Quelle est la cause qui produit tout cet étalage voyant, ce tapage et cette ostentation ? C'est l'amour des applaudissements. Et quand les chrétiens suivent les changements de la mode, ils déclarent que tout cela est innocent. Tout ce gaspillage d'argent, de temps et de pensée, toute cette vanité nourrie et choyée, tout cet amour des applaudissements, l'Église y appose son sceau quand elle se conforme au monde.

4. Bien plus, une autre raison, c'est qu'en suivant les modes du monde, les croyants de profession montrent qu'en fait ils aiment le monde.

Ils le montrent par leur conduite, exactement comme les impies le montrent par la même conduite. Comme ils agissent de la même façon, ils prouvent qu'ils sont animés d'un seul et même principe, l'amour de la mode.

5. Quand ceux qui font profession d'être chrétiens agissent ainsi, ils montrent très clairement qu'ils aiment la louange des hommes.

Il est évident qu'ils aiment l'admiration et la flatterie, tout comme les pécheurs. N'est-il pas contraire aux principes chrétiens de se jeter tout droit dans les choses mêmes qu'ont établies l'orgueil, la mode et la convoitise des impies ?

6. En vous conformant au monde dans la mode, vous montrez que vous ne vous tenez pas pour responsables devant Dieu de la manière dont vous dépensez votre argent.

Dans la pratique, vous reniez votre qualité d'économe de l'argent qui est entre vos mains. En dépensant de l'argent pour satisfaire votre vanité et votre convoitise, vous émoussez le tranchant de cette vérité qui devrait trancher en deux le pécheur qui vit pour lui-même. C'est nier dans la pratique que la terre est au Seigneur, avec les bêtes des montagnes par milliers, et que tout doit être employé pour sa gloire.

7. Vous montrez que la réputation est votre idole.

Quand le cri vous parvient de toutes parts, porté par tous les vents, de la part des ignorants et des perdus de toutes les nations : « Secours-nous, secours-nous ! », et que chaque semaine apporte quelque appel à envoyer l'Évangile, à envoyer des traités, des Bibles et des missionnaires à ceux qui périssent faute de connaissance, si vous choisissez de dépenser votre argent à suivre les modes, c'est la démonstration que la réputation est votre idole. Supposons maintenant, pour les besoins du raisonnement, qu'il ne soit pas interdit dans la Parole de Dieu de suivre les modes, et que les croyants de profession puissent, s'ils le veulent, suivre les modes innocemment (je nie que ce soit innocent, mais supposons-le) : le fait qu'ils les suivent alors qu'il y a de tels appels à donner de l'argent, du temps, de la pensée et du travail pour sauver des âmes, ne prouve-t-il pas de façon concluante qu'ils n'aiment ni Dieu ni les âmes des hommes ?

Prenez le cas d'une femme dont le mari est en esclavage, et qui s'efforce de réunir assez d'argent pour le racheter. La voilà qui peine et qui épargne, se levant tôt, se couchant tard et mangeant le pain de douleur, parce que son mari, le père de ses enfants, l'ami de sa jeunesse, est en esclavage. Allez maintenant trouver cette femme et dites-lui qu'il est innocent pour elle de suivre les modes, de s'habiller et de paraître comme ses voisines : le fera-t-elle ? Pourquoi pas ? Elle n'en a aucune envie. C'est à peine si elle s'achètera une paire de souliers ; elle regrette presque le pain qu'elle mange, tant elle est tendue vers son grand but.

Supposez maintenant qu'une personne aime Dieu, les âmes des hommes et le royaume de Christ : a-t-elle besoin d'une défense expresse de Dieu pour l'empêcher de dépenser son argent et sa vie à suivre la mode ? Non, vraiment ; il lui faudra plutôt un ordre formel pour prendre ce qui est nécessaire à son propre bien-être et à l'entretien de sa propre vie. Prenez le cas de Timothée. Avait-il besoin d'une défense pour l'empêcher de se laisser aller à boire du vin ? Bien au contraire, il était si prudent qu'il fallut un ordre exprès de Dieu pour lui faire boire un peu de vin comme remède. Bien qu'il fût malade, il ne voulait pas en boire avant d'avoir pour cela la parole de Dieu, tant il voyait clairement les maux qu'il entraîne. Eh bien, montrez-moi un homme ou une femme, peu m'importe leur profession de foi, qui suit les modes du monde, et je vous montrerai de quel esprit ils sont animés.

Ne me demandez pas maintenant pourquoi Abraham, David et Salomon, qui étaient si riches, n'ont pas dépensé leur argent à étendre le royaume de Dieu. Ah, dites-moi, jouissaient-ils de la lumière dont jouissent aujourd'hui les croyants de profession ? Savaient-ils seulement que le monde peut être converti, comme les chrétiens voient aujourd'hui clairement qu'il peut l'être ? Mais supposez qu'il vous soit aussi permis qu'à Abraham ou à David d'être riches, et de dépenser les biens que vous possédez en étalage, en faste et en mode ; supposez que ce soit parfaitement innocent : qui donc, s'il aime le Seigneur Jésus-Christ, voudrait dépenser son argent pour la mode, alors qu'il pourrait le dépenser pour satisfaire cette passion qui absorbe tout, celle de faire du bien aux âmes des hommes ?

8. En vous conformant au monde dans la mode, vous montrez que vous ne différez en rien des pécheurs impies.

Les pécheurs impies disent : « Je ne vois pas que ces chrétiens et ces chrétiennes aiment moins que moi suivre les modes. » Qui ne sait que cela en conduit beaucoup à l'incrédulité ?

9. En suivant les modes, vous tentez Dieu de vous livrer à un esprit mondain.

Il y en a beaucoup aujourd'hui qui ont suivi le monde et suivi les modes, jusqu'à ce que Dieu semble les avoir livrés au diable pour la destruction de la chair. Ils n'ont que peu ou point de sentiment religieux, pas d'esprit de prière, pas de zèle pour la gloire de Dieu ni pour la conversion des pécheurs : le Saint-Esprit semble s'être retiré d'eux.

10. Vous poussez l'Église à suivre les modes.

Là où les principaux membres, les anciens et les responsables de l'Église, avec leurs femmes et leurs familles, sont des chrétiens à la mode, ils entraînent toute l'Église à leur suite dans le cortège de la mode, et chacun les singe autant qu'il peut, jusqu'à la dernière des servantes. Qu'une chrétienne riche vienne seulement à la maison de Dieu habillée à la dernière mode, et toute l'Église est en émoi pour l'imiter autant qu'elle peut, et c'est un hasard si l'on ne s'endette pas pour y arriver.

11. Vous vous poussez vous-mêmes à l'orgueil, à la folie et à l'esprit mondain.

Supposez qu'un homme qui a été intempérant et qui s'est corrigé aille s'entourer de vin, d'eau-de-vie et de toutes les liqueurs tentantes, gardant toujours sous les yeux ce qui excite son penchant, et y goûtant un peu de temps en temps : ne se tente-t-il pas lui-même ? Voyez maintenant cette femme qui a été élevée dans l'esprit d'orgueil et d'ostentation, qui s'est corrigée et a fait profession de renoncer à tout cela ; qu'elle garde ces atours et continue à suivre les modes, et l'orgueil la fera reculer, aussi sûr qu'elle est vivante. Elle se pousse elle-même au péché et à la folie.

12. Vous tentez le monde.

Vous lancez le monde dans une poursuite plus ardente et plus fiévreuse de ces choses. Les choses mêmes que le monde aime, et au sujet desquelles il ne manque pas d'avoir des scrupules quant à leur légitimité, les croyants de profession s'y rallient et les suivent, et ils poussent ainsi le monde à continuer de poursuivre ce qui perdra son âme en enfer.

13. En suivant les modes, vous poussez le diable à vous tenter.

Quand vous suivez les modes, vous lui ouvrez votre cœur. Vous le lui gardez vide, balayé et orné. Toute femme qui se permet de suivre les modes peut y compter : elle aide Satan à la tenter, à l'entraîner à l'orgueil et au péché.

14. Vous placez une grande pierre d'achoppement devant la plus grande partie des hommes.

Il y a quelques personnes qui poursuivent des buts plus élevés que la mode. Elles sont engagées dans la mêlée pour le pouvoir politique, ou avides de distinction littéraire, ou elles s'efforcent d'acquérir la richesse. Et elles ne savent pas que leur cœur soit le moins du monde attaché à la mode. Elles suivent l'égoïsme sur une plus grande échelle. Mais la grande masse de la population est surtout gouvernée par ces modes changeantes. Pour cette catégorie de personnes, c'est une grande et douloureuse pierre d'achoppement que de voir des croyants de profession tout aussi prompts et aussi empressés qu'elles à suivre les changements de la mode. Elles le voient et elles disent : « À quoi se réduit leur profession de foi, puisqu'ils suivent les modes autant que n'importe qui ? », ou bien : « Il est certainement permis de suivre les modes, puisque, voyez, les croyants de profession le font autant que nous. »

15. Une autre raison pour laquelle il est demandé aux croyants de profession de ne pas se conformer au monde dans la mode, c'est la grande influence qu'aurait sur le monde leur indifférence à la mode.

Si les croyants de profession montraient leur mépris pour ces choses, sans prétendre les suivre ni s'en soucier, comme cela ferait honte au monde, et le convaincrait qu'ils vivent pour un autre but, pour Dieu et pour l'éternité ! Comme ce serait irrésistible ! Quel témoignage écrasant en faveur de notre religion ! Même le renoncement apparent au monde de bien des ordres de moines a sans doute plus fait que tout le reste pour abattre l'opposition à leur religion et lui donner cours et influence dans le monde. Supposez maintenant que tout cela soit cordial et sincère, et uni à tout ce qu'il y a de conséquent et d'aimable dans le caractère chrétien, et à tout ce qu'il y a de zèle et de hardiesse dans le travail pour convertir le monde du péché à la sainteté. Quelle influence cela aurait ! Quels tonnerres cela ferait retentir aux oreilles du monde pour le réveiller et le faire courir après Dieu !

TROISIÈMEMENT : La politique.

Je vais montrer pourquoi il est demandé aux croyants de profession de ne pas se conformer au monde en politique.

1. Parce que la politique du monde est parfaitement malhonnête.

Qui ne le sait ? Qui ne sait que c'est la tactique déclarée de chaque parti de couvrir les défauts de son propre candidat et les qualités du candidat adverse ? Et n'est-ce pas malhonnête ? Chaque parti présente son candidat comme un modèle de perfection, et cherche ensuite à le porter au pouvoir par tous les moyens, honnêtes ou non. Nul ne peut être un homme honnête, s'il s'est lié à un parti pour marcher avec lui, quoi qu'il fasse. Et un chrétien peut-il le faire, et garder une conscience sans reproche ?

2. Se conformer au monde en politique, c'est tenter Dieu. En faisant cause commune avec le monde en politique, les chrétiens se rendent coupables d'établir sur eux, par leur propre vote, des gouvernants qui ne craignent ni n'aiment Dieu, qui bravent la loi de Dieu, violent le sabbat, jouent, commettent l'adultère, se battent en duel, jurent et blasphèment, laissent les lois inappliquées à leur gré, et qui ne se soucient ni du bonheur ni du malheur de leur pays, pourvu qu'ils puissent garder leur place. Je dis que les chrétiens font cela. Car il est clair que là où les partis sont divisés comme ils le sont dans ce pays, il y a assez de chrétiens pour faire pencher la balance dans n'importe quelle élection. Que les chrétiens prennent donc position et déclarent qu'ils ne voteront pour aucune fonction en faveur d'un homme malhonnête, d'un violateur du sabbat, d'un joueur, d'un débauché ou d'un duelliste, et aucun parti ne pourrait jamais présenter un tel personnage avec quelque espoir de succès. Mais dans le système actuel, où l'on accepte de laisser les lois inappliquées et de laisser le champ libre aux émeutes, aux meurtres par lynchage, au pillage du courrier ou à n'importe quoi d'autre, pourvu qu'on puisse faire passer son propre candidat, qui distribuera les places, quiconque agit ainsi est un homme malhonnête, qu'il soit croyant de profession ou non. Et un chrétien peut-il faire cela et rester irréprochable ?

3. En s'engageant avec le monde en politique, les chrétiens attristent l'Esprit de Dieu.

Demandez à n'importe quel politicien chrétien s'il a jamais emporté l'Esprit de Dieu avec lui dans une campagne électorale. Jamais. Je ne voudrais nullement qu'on me fasse dire que les chrétiens doivent refuser de voter et d'exercer leur légitime influence dans les affaires publiques. Mais ils ne doivent pas suivre un parti.

4. En suivant le cours actuel de la politique, vous contribuez à saper tout gouvernement et tout ordre dans le pays.

Qui ne sait que cette grande nation tangue et chancelle aujourd'hui parce que les lois sont violées et foulées aux pieds, et que le pouvoir exécutif refuse d'agir ou n'ose pas agir ? Ou bien le magistrat ne veut pas réprimer le désordre, ou bien il temporise et laisse le diable gouverner. Et il en est ainsi dans toutes les parties du pays et dans tous les partis. Et un chrétien peut-il rester conséquent avec sa profession de foi, et voter pour porter de tels hommes au pouvoir ?

5. Vous placez une pierre d'achoppement sur le chemin des pécheurs.

Que pensent les pécheurs quand ils voient des croyants de profession agir avec eux dans leurs manœuvres politiques, qu'ils savent eux-mêmes malhonnêtes et corrompues ? Ils disent : « Nous, nous savons ce que nous faisons : nous voulons des places, nous sommes décidés à porter notre parti au pouvoir, nous poursuivons notre propre intérêt ; mais ces chrétiens font profession de vivre pour un autre but, plus élevé, et pourtant les voici qui viennent se joindre à nous, aussi avides que nous des pains et des poissons. » Quelle plus grande pierre d'achoppement peuvent-ils rencontrer ?

6. Vous prouvez aux impies que les croyants de profession sont animés du même esprit qu'eux.

Qui peut s'étonner que le monde soit incrédule quant à la réalité de la religion ? S'ils ne cherchent pas eux-mêmes dans les Écritures pour y apprendre ce qu'est la religion, s'ils se règlent sur les preuves qu'ils voient dans la vie des croyants de profession, ils ont raison d'être incrédules. Ils doivent en conclure, pour autant que vaille ce témoignage, que les croyants de profession ne croient pas eux-mêmes à la religion. C'est un fait. Je doute moi-même que la grande masse des croyants de profession croie à la Bible.

7. Ils montrent, pour autant que leur témoignage puisse aller, qu'il n'y a pas de changement de cœur.

Qu'est-ce donc ? Est-ce aller à la table de communion une fois tous les mois ou tous les deux mois, et quelquefois à la réunion de prière ? Est-ce là un changement de cœur, quand ils sont tout aussi avides que les autres dans la course aux places ? Il faudrait que le monde soit fou pour croire au changement de cœur sur de telles preuves.

8. Les chrétiens devraient cesser de se conformer au monde en politique, à cause de l'influence qu'une telle conduite aurait sur le monde.

Supposez que les chrétiens agissent avec une parfaite conscience et une parfaite cohérence en cette matière, et qu'ils disent : « Nous ne voterons pour porter aucun homme au pouvoir, à moins qu'il ne craigne Dieu et ne gouverne le peuple avec justice. » Les impies ne présenteraient pas comme candidats des hommes qui bravent eux-mêmes les lois. Non. Chaque candidat serait obligé de montrer qu'il est prêt à agir par des motifs plus élevés, qu'il s'emploiera à rendre le pays prospère, à favoriser la vertu, à réprimer le vice, l'oppression et le désordre, et à faire tout ce qu'il peut pour rendre le peuple heureux et saint ! Cela ferait honte aux politiciens malhonnêtes de voir que l'amour de Dieu et des hommes est le motif que les chrétiens ont en vue. Et une influence bénie passerait sur le pays comme une vague.

IV. Je dois répondre à quelques objections qu'on oppose aux principes avancés ici.

1. Au sujet des affaires.

Objection. « Si nous ne faisons pas nos affaires selon les mêmes principes que les impies, nous ne pourrons pas leur faire concurrence, et toutes les affaires du monde tomberont entre les mains des impies. Si nous faisons nos affaires pour le bien des autres, si nous achetons et vendons selon le principe de ne pas chercher notre propre richesse, mais celle des gens avec qui nous traitons, nous ne pourrons pas soutenir la concurrence avec les mondains, et ils prendront toutes les affaires. »

Eh bien, qu'ils les prennent. Vous pouvez gagner votre vie par votre travail dans quelque métier plus humble, et laisser les mondains faire toutes les affaires.

Objection. « Mais alors, comment nous procurerons-nous l'argent pour répandre l'Évangile ? »

Une Église sainte, qui agirait selon les principes de l'Évangile, répandrait l'Évangile plus vite que tout l'argent qu'il y a jamais eu à New York ou qu'il y aura jamais. Donnez-moi une Église sainte, qui vive au-dessus du monde, et l'œuvre du salut avancerait plus vite qu'avec tout l'argent de la chrétienté.

Objection. « Mais il nous faut dépenser beaucoup d'argent pour former un ministère instruit. »

Ah ! si nous avions un ministère saint, ce serait bien plus important qu'un ministère instruit. Si les pasteurs étaient assez saints, ils se passeraient de tant d'instruction. À Dieu ne plaise que je déprécie un ministère instruit ! Que les pasteurs soient aussi instruits que possible, le plus sera le mieux, pourvu seulement qu'ils soient assez saints. Mais c'est une pure comédie que de croire qu'un ministère lettré puisse convertir le monde. Que les pasteurs aient l'esprit de prière, que le baptême du Saint-Esprit soit sur eux, et ils répandront l'Évangile. Que les chrétiens vivent seulement comme ils le doivent, et l'Église ébranlerait le monde. Si les chrétiens de New York le faisaient, la nouvelle remplirait bientôt chaque navire quittant le port et serait portée par tous les vents, jusqu'à ce que la terre soit pleine d'émotion et de questions, et les conversions se multiplieraient comme les gouttes de la rosée du matin.

Supposez que vous abandonniez vos affaires pour vous consacrer entièrement à l'œuvre de l'extension de l'Évangile. L'Église l'a fait autrefois, et vous savez ce qui s'ensuivit. Quand cette petite troupe de Jérusalem abandonna ses affaires et passa son temps à l'œuvre de Dieu, le salut se répandit comme une vague. Et je crois que si toute l'Église chrétienne se mettait franchement en campagne pour convertir le monde, ce serait fait en très peu de temps.

Et de plus, en fait, on ne vous demanderait pas d'abandonner vos affaires. Si les chrétiens faisaient leurs affaires dans l'esprit de l'Évangile, ils accapareraient bientôt les affaires du monde. Que le monde voie seulement que, s'il va traiter avec un chrétien, celui-ci agira non seulement honnêtement, mais avec bienveillance, qu'il recherchera réellement l'intérêt de la personne avec qui il traite comme si c'était son propre intérêt : qui donc voudrait traiter avec quelqu'un d'autre ? Quel négociant irait commercer avec un impie dont il sait qu'il cherchera à prendre l'avantage sur lui et à le tromper, alors qu'il sait qu'il y a des négociants chrétiens avec qui traiter, qui rechercheraient ses intérêts autant que les leurs ? De fait, c'est une chose connue qu'il y a aujourd'hui dans cette ville des négociants chrétiens qui règlent les prix des articles dont ils font commerce. Les négociants arrivent de la campagne, se renseignent de tous côtés pour savoir à quelles conditions ils peuvent acheter des marchandises, et ils vont trouver ces hommes pour savoir exactement ce que valent les articles à un juste prix, et ils se règlent là-dessus.

L'avantage est donc tout d'un côté. L'Église peut faire que les impies aient intérêt à faire leurs affaires selon de justes principes. L'Église peut régler les affaires du monde, et malheur à elle si elle ne le fait pas.

2. Au sujet de la mode.

Objection. « Est-il bon que les chrétiens se singularisent ? »

Certainement ; les chrétiens sont tenus de se singulariser. Ils sont appelés à être un peuple particulier, c'est-à-dire un peuple singulier, essentiellement différent du reste des hommes. Soutenir que nous ne devons pas nous singulariser, c'est soutenir que nous devons nous conformer au monde. « Ne vous singularisez pas », cela veut dire : soyez comme le monde. En d'autres termes : « Conformez-vous au siècle présent. » C'est le contraire direct du commandement de notre texte.

Mais la question porte maintenant sur la mode, dans l'habillement, l'équipage, et ainsi de suite. Et ici, je confesse que j'ai été moi-même autrefois dans l'erreur. Je croyais, et j'enseignais, que la meilleure voie à suivre pour les chrétiens était de s'habiller de manière à ne pas se faire remarquer, de suivre les modes et leurs changements de façon à ne pas paraître singuliers, et à ce que personne ne soit amené à penser qu'ils diffèrent des autres sur ces points. Mais j'ai vu mon erreur, et je m'étonne grandement maintenant de mon aveuglement d'autrefois. Il est de votre devoir de vous habiller assez simplement pour montrer au monde que vous ne faites aucun cas des choses de la mode, que vous ne leur accordez aucune valeur, mais que vous les méprisez et les négligez entièrement. Mais à moins de vous singulariser, à moins de vous séparer des modes du monde, vous montrez que vous leur accordez de la valeur. Il n'y a pas d'autre moyen de rendre par votre vie un juste témoignage contre les modes du monde que de vous habiller simplement. Je ne veux pas dire que vous devez rechercher la singularité, mais que vous devez consulter la commodité et l'économie, même si cela doit paraître singulier.

Objection. « Mais si nous nous habillons simplement, les gens auront l'attention attirée par cela. »

La raison en est que si peu de gens le font que c'est une nouveauté, et tout le monde ouvre de grands yeux en voyant un croyant de profession assez rigoureux pour ne faire aucun cas des modes. Que tous le fassent, et la seule chose que vous montrerez par là, c'est que vous êtes chrétiens et que vous ne voulez pas être confondus avec les impies. Cela ne porterait-il pas un coup à l'orgueil du monde, si tous les chrétiens qui s'y trouvent étaient unis pour rendre un témoignage pratique contre ses vaines parades ?

Objection. « Mais de cette façon, vous éloignez trop la religion de la foule. Mieux vaut ne pas établir une distinction artificielle entre l'Église et le monde. »

C'est l'inverse exact qui est vrai. Plus vous rapprochez l'Église du monde, plus vous anéantissez les raisons qui devraient se dresser sous les yeux du monde pour qu'il change de camp et passe du côté de l'Église. À moins de sortir franchement du milieu d'eux, de montrer que vous n'êtes pas des leurs à aucun égard, et d'emmener l'Église assez loin pour qu'il y ait un large intervalle entre les saints et les pécheurs, comment pouvez-vous faire sentir aux impies qu'un si grand changement est nécessaire ?

Objection. « Mais le changement nécessaire est un changement de cœur. »

C'est vrai ; mais un changement de cœur ne produira-t-il pas un changement de vie ?

Objection. « Vous allez mettre des obstacles sur le chemin de ceux qui veulent devenir chrétiens. Beaucoup de gens respectables se dégoûteront de la religion, et s'il ne leur est pas permis d'être élégants tout en étant chrétiens, ils se tourneront entièrement vers le monde. »

C'est à peu près aussi raisonnable que si un homme de la tempérance pensait devoir s'enivrer de temps en temps pour ne pas dégoûter les intempérants et conserver son influence sur eux. La vérité est que les gens devraient savoir, et devraient voir dans la vie des croyants de profession, que s'ils embrassent la religion, ils doivent être sevrés du monde, renoncer à l'amour du monde, à son orgueil, à ses parades et à sa folie, et mener une vie sainte, dans la vigilance, le renoncement à soi-même et une bienveillance active.

Objection. « Ne vaut-il pas mieux pour nous ne faire aucun cas de tout cela, ne prêter aucune attention à de si petites choses et les laisser suivre leur cours ; laisser la modiste et la couturière faire comme elles l'entendent, et suivre les usages de la société où nous vivons et du cercle où nous évoluons ? »

Est-ce là le moyen de montrer du mépris pour les modes du monde ? Les gens ont-ils l'habitude, pour montrer leur mépris d'une chose, de la pratiquer ? Ainsi donc, le moyen de montrer votre horreur du monde serait de suivre docilement les coutumes et les modes du monde ! Le beau raisonnement que voilà !

Objection. « Qu'importe la façon dont nous nous habillons, si notre cœur est droit ? »

Votre cœur, droit ! Ainsi votre cœur peut être droit quand votre conduite est tout entière mauvaise ? Le jureur blasphémateur pourrait aussi bien dire : « Qu'importent les paroles que je prononce, si mon cœur est droit. » Non, votre cœur n'est pas droit, à moins que votre conduite ne soit droite. Qu'est-ce que la conduite extérieure, sinon le cœur qui se traduit en actes ? Si votre cœur était droit, vous n'auriez aucune envie de suivre les modes du monde.

Objection. « Quelle est la règle en matière d'habillement ? Je ne vois pas à quoi servent toutes vos prédications et toutes les règles que vous posez sur la simplicité de la tenue, si vous ne nous donnez pas une règle. »

C'est là une énorme pierre d'achoppement pour beaucoup. Mais à mon sens la chose est extrêmement simple. Tout peut se ramener à deux règles simples. La première : veillez, dans tout votre équipage, votre habillement et votre mobilier, à montrer que vous n'avez aucune communion avec les desseins et les principes de ceux qui cherchent à se faire valoir et à gagner les applaudissements des hommes. La seconde : consultez d'abord l'économie, puis la commodité. Suivez l'économie chrétienne, c'est-à-dire épargnez tout ce que vous pouvez pour le service de Christ ; et ensuite, que les choses soient aussi commodes que l'économie chrétienne le permet.

Objection. « Voudriez-vous que nous devenions tous quakers, et que nous prenions leur tenue simple ? »

Qui ne sait que la tenue simple des quakers leur a valu le respect de toute la partie réfléchie des impies de la population ? Or, s'ils avaient joint à cela le zèle pour Dieu, le détachement du monde, le mépris des richesses et le travail plein de renoncement pour amener les pécheurs à Christ, que prescrit l'Évangile, ainsi que les vues claires du plan du salut qu'enseigne l'Évangile, il y a longtemps qu'ils auraient converti le monde. Et si tous les chrétiens les imitaient dans leur tenue simple (je ne parle pas de la coupe et de la façon exactes de leurs vêtements, mais d'une tenue simple qui jette le mépris sur les modes du monde), qui peut douter que la conversion du monde n'avance à grands pas ?

Objection. « Voudriez-vous faire de nous tous des méthodistes ? »

Qui ne sait que les méthodistes, quand ils étaient connus pour leur tenue simple et pour leur renoncement aux modes et aux parades du monde, avaient de la puissance auprès de Dieu dans la prière, et qu'ils jouissaient du respect universel du monde comme chrétiens sincères ? Et qui ne sait que depuis qu'ils ont abandonné cette particularité et se sont conformés au monde dans l'habillement et en d'autres choses, et qu'ils semblent chercher à s'élever comme dénomination et à gagner de l'influence auprès du monde, ils perdent la puissance de la prière ? Plût à Dieu qu'ils n'eussent jamais abattu ce mur ! C'était l'un des principaux mérites du système de Wesley que de distinguer ses disciples des autres par une tenue simple.

Objection. « On peut être aussi fier d'une tenue simple que d'une tenue à la mode. Les quakers sont aussi orgueilleux que nous. »

On peut abuser de n'importe quelle bonne chose. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas en user, s'il peut être démontré qu'elle est bonne. Je retourne la question à celui qui fait l'objection : est-ce une raison pour qu'une chrétienne qui craint Dieu et aime les âmes des hommes néglige les moyens de faire comprendre qu'elle est séparée du monde, et de jeter le mépris sur les modes des impies, au son desquelles ils s'en vont en dansant vers l'enfer ?

Objection. « C'est une petite chose, et elle ne devrait pas occuper tant de temps de la chaire d'un pasteur. »

C'est une objection qu'on entend souvent dans la bouche des croyants de profession mondains. Mais le pasteur qui craint Dieu ne s'en laissera pas détourner. Il poursuivra le sujet jusqu'à ce que ces croyants de profession soient retranchés de leur conformité au monde, ou retranchés de l'Église. Ce n'est pas simplement l'habillement, en tant qu'habillement, mais c'est la conformité au monde dans l'habillement et la mode qui est la grande pierre d'achoppement sur le chemin des pécheurs. Comment le monde peut-il être converti tant que les croyants de profession sont conformes au monde ? À quoi bon donner de l'argent pour envoyer l'Évangile aux païens, quand les chrétiens vivent ainsi chez eux ? Les païens pourraient bien demander : « Quel profit y aura-t-il à devenir chrétiens, puisque ceux qui sont chrétiens courent après le monde avec toute la hâte fiévreuse des impies ? » Ce dont l'Église a avant tout besoin, c'est de rompre avec la conformité au monde ; alors elle aura de la puissance auprès de Dieu dans la prière, le Saint-Esprit descendra et bénira ses efforts, et le monde sera converti.

Objection. « Mais si nous nous habillons ainsi, on nous traitera de fanatiques. »

Quel que soit le nom que vous donnent les impies, fanatiques, méthodistes ou n'importe quoi d'autre, vous serez connus comme chrétiens, et reconnus comme tels dans le secret de la conscience des hommes. Il n'est pas au pouvoir des incrédules de jeter le mépris sur une Église sainte, séparée du monde. Qu'en était-il des premiers chrétiens ? Ils vivaient séparés du monde, et cela fit une telle impression que des écrivains incrédules disent d'eux : « Ces hommes gagnent le cœur de la masse du peuple, parce qu'ils se livrent aux œuvres de charité et jettent le mépris sur le monde. » Soyez-en sûrs, si les chrétiens vivaient ainsi aujourd'hui, l'enfer aurait bientôt épuisé en vain son dernier effort pour faire échouer la propagation de l'Évangile. Vague après vague déferlerait au loin, jusqu'à ce que les plus hauts sommets des montagnes soient couverts des eaux de la vie.

3. Au sujet de la politique.

Objection. « De cette façon, en agissant selon ces principes et en refusant de nous unir au monde en politique, nous ne pourrions avoir aucune influence sur le gouvernement et les affaires nationales. »

Je réponds, premièrement : il en est ainsi dès maintenant. Les chrétiens, en tant que tels, n'ont aucune influence. Il n'y a pas un seul principe chrétien qui soit adopté parce qu'il est chrétien, ou parce qu'il est conforme à la loi de Dieu.

Je réponds, deuxièmement : s'il n'y a pas d'autre moyen pour les chrétiens d'avoir de l'influence sur le gouvernement que de se conformer au monde dans ses principes habituels et ses partis, alors laissez les impies prendre le gouvernement et le conduire à leur manière, et vous, allez servir Dieu.

Je réponds, troisièmement : il n'en résultera rien de tel. C'est exactement l'inverse qui arriverait. Qu'on sache seulement que les citoyens chrétiens n'aideront à aucun prix de mauvais hommes à entrer en fonction ; qu'on sache seulement que l'Église ne soutiendra que des hommes qui chercheront le bien public, et les deux partis ne manqueront pas de présenter de tels hommes. Et de cette façon l'Église pourrait exercer légitimement une influence, en obligeant tous les partis à ne présenter que des hommes dignes du soutien d'un honnête homme.

Objection. « De cette façon, l'Église et le monde seront rangés en bataille l'un contre l'autre. »

Le monde est trop égoïste pour cela. Vous ne pouvez pas former les partis de cette manière. Une telle ligne ne peut jamais être une division permanente. Pendant un an, les impies pourraient s'unir contre l'Église et laisser les chrétiens en petite minorité. Mais à la fin, les autres formeraient deux partis, qui chercheraient chacun à gagner les suffrages des chrétiens en leur proposant des candidats pour qui les chrétiens pourraient voter en conscience.

REMARQUES.

1. En ne vous conformant pas au monde, vous pourriez épargner beaucoup d'argent pour faire le bien.

En un an, l'Église pourrait épargner une somme plus grande que tout ce qui a jamais été réuni pour la propagation de l'Évangile.

2. En ne vous conformant pas au monde, vous pourriez épargner pour faire le bien beaucoup de temps qui est maintenant consumé et gaspillé à suivre les modes, à obéir aux maximes du monde et à prendre part à ses poursuites.

3. En même temps, les chrétiens garderaient ainsi la paix de leur conscience, jouiraient de la communion avec Dieu, auraient l'esprit de prière et seraient bien plus utiles.

N'est-il pas temps de faire quelque chose ? N'est-il pas temps qu'une Église s'ouvre un chemin qui ne soit pas conforme au monde, mais conforme à l'exemple et à l'Esprit de Christ ?

Vous faites profession de désirer la conversion des pécheurs. Mais à quoi cela sert-il, s'ils retombent aussitôt dans la conformité au monde ? Frères, je le confesse, je suis rempli de douleur en considérant la conduite de l'Église. Où sont les fruits qu'on devait attendre des glorieux réveils que nous avons eus ? Je crois que ce furent de vrais réveils religieux et de vraies effusions du Saint-Esprit, ceux dont l'Église a joui ces dix dernières années. Je crois que les convertis de ces dix dernières années sont parmi les meilleurs chrétiens du pays. Et pourtant, après tout, la grande masse d'entre eux sont une honte pour la religion. À quoi servirait-il d'ajouter mille membres à l'Église, s'ils devaient être tout juste comme ceux qui s'y trouvent maintenant ? La religion en serait-elle plus honorée aux yeux des impies ? Une seule Église sainte, réellement crucifiée pour le monde, et pour qui le monde est crucifié, ferait plus pour recommander le christianisme que toutes les Églises du pays vivant comme elles vivent aujourd'hui. Oh ! si j'avais la force physique de parcourir de nouveau les Églises, au lieu de prêcher pour convertir les pécheurs, je prêcherais pour élever les Églises à la mesure de la vie sainte que demande l'Évangile. À quoi sert-il de convertir des pécheurs et d'en faire des chrétiens comme ceux-là ? À quoi sert-il de chercher à convertir des pécheurs, de leur faire sentir qu'il y a quelque chose de vrai dans la religion, si, lorsqu'ils viennent traiter avec vous ou vous rencontrent dans la rue, vous démentez tout cela et leur dites, par votre conformité au monde, qu'il n'y a rien de vrai en elle ?

Où chercherai-je, où le Seigneur cherchera-t-il une Église semblable à la première Église, qui sorte du monde, qui s'en sépare et se donne entièrement au service de Dieu ? Oh ! si cette Église voulait le faire ! Mais il ne sert pas à grand-chose de faire des chrétiens s'ils ne sont pas meilleurs. Ne me faites pas dire que les convertis de nos réveils ne sont pas de vrais convertis. Mais ils vivent de manière à être une honte pour la religion. Ils sont tellement scandalisés par les anciens croyants de profession que beaucoup d'entre eux font plus de mal que de bien. Plus il y en a, plus l'incrédulité semble trouver d'occasions pour ses railleries et ses moqueries.

Eh bien, croyez-vous que Dieu vous commande de ne pas vous conformer au monde ? Le croyez-vous ? Et osez-vous obéir, quoi que les gens disent de vous ? Osez-vous maintenant vous séparer du monde, et ne plus jamais vous laisser gouverner par ses maximes, ne plus jamais copier ses pratiques, ne plus jamais vous laisser ballotter de-ci de-là par ses modes ? Je connais un homme qui vit ainsi, je pourrais vous dire son nom ; il ne prête aucune attention aux coutumes du monde à cet égard, et quel en est le résultat ? Partout où cet homme passe, il laisse derrière lui l'impression qu'il est chrétien. Oh ! si une seule Église voulait faire ainsi, et s'y engageait avec toute l'énergie que les gens du monde mettent dans leurs affaires, elle bouleverserait le monde.

Le ferez-vous ? Voulez-vous rompre avec le monde maintenant, entrer en alliance avec Dieu, et déclarer que vous oserez être assez singuliers pour être séparés du monde, et désormais rendre votre visage semblable à un caillou pour obéir à Dieu, quoi que dise le monde ? L'oserez-vous ? Le ferez-vous ?

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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