Discours aux chrétiens · Charles G. Finney
Discours 24
Le repos des saints
Pour nous qui avons cru, nous entrons dans le repos. (Hébreux 4,3)
Voici l'enchaînement de pensées sur lequel je désire attirer votre attention ce soir :
I. Je m'efforcerai de montrer ce que n'est pas le repos dont il est ici parlé.
II. Montrer ce qu'il est.
III. Montrer quand nous devons entrer dans ce repos.
IV. Montrer comment entrer en possession de ce repos.
V. Montrer que tout péché consiste dans l'incrédulité, ou est causé par elle.
I. Je m'efforcerai de montrer ce que n'est pas le repos dont parle le texte.
1. Il est évident que ce dont parle le texte sous le nom de repos n'est pas un état d'inactivité en religion.
L'apôtre qui a écrit ces mots était bien loin d'être lui-même inactif en religion, ou d'encourager l'inactivité chez les autres. Ceux dont il parlait, lui compris, quand il dit : nous qui avons cru, nous entrons dans le repos, auraient su aussitôt qu'il était faux de dire qu'ils étaient entrés dans le repos de l'indolence.
2. Il ne faut pas non plus entendre que le repos dont il est ici parlé soit le repos parfait du ciel.
Il en parle comme d'un état présent : nous entrons, ce qui ne s'accorderait pas avec l'idée que le repos dont il est ici parlé est le ciel. Le repos parfait du ciel comprend une délivrance absolue de toutes les douleurs, de toutes les épreuves, de toutes les souffrances et de toutes les tentations de cette vie. Le repos du croyant ici-bas peut être, pour l'essentiel, de même nature que le repos du ciel. C'est ce repos-là, commencé sur la terre. Mais il n'y est pas rendu parfait. Il en diffère à certains égards, parce qu'il n'implique pas la délivrance de toutes les épreuves, de toutes les douleurs, de la maladie et de la mort. Les apôtres et les premiers chrétiens n'avaient pas échappé à ces épreuves : ils en souffraient encore toute leur part.
II. Je vais montrer ce que nous devons entendre par le repos dont il est ici parlé.
1. C'est le repos de celui qui a cessé de disputer avec Dieu.
C'est souvent dans ce sens, la fin d'une dispute, que le mot repos est employé dans la Bible. Dans le contexte, il est dit que les enfants d'Israël eurent du repos quand ils furent délivrés de leurs ennemis. C'est la fin de la lutte ou de la guerre. Ceux qui entrent dans ce repos cessent leur guerre contre Dieu, leur lutte contre la vérité, leur guerre avec leur propre conscience. Les reproches de la conscience, qui les tenaient dans l'agitation, les craintes serviles de la colère de Dieu, sous lesquelles les hommes s'épuisent comme des esclaves à édifier leurs propres œuvres, tout cela a disparu. Ils se reposent.
2. Ce repos implique que nous cessons nos propres œuvres.
(1.) Nous cessons les œuvres accomplies pour nous-mêmes.
Une bonne part de la religion apparente qu'on voit dans le monde est faite d'œuvres qui, en ce sens, appartiennent en propre à ceux qui les font. Ils travaillent pour sauver leur propre vie : c'est-à-dire qu'ils ont ce but en vue et travaillent pour eux-mêmes, aussi absolument que l'homme qui peine pour gagner son pain. Si le but de ce que vous faites en religion est d'être sauvé, peu importe que ce soit d'une ruine temporelle ou éternelle, c'est pour vous-même, et vous n'avez pas cessé vos propres œuvres : vous continuez au contraire à multiplier des œuvres qui sont les vôtres. Or le repos dont parle le texte, c'est la cessation complète de toute cette sorte d'œuvres. L'apôtre l'affirme au verset 10 : « Celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses œuvres. » Et dans le texte, il dit : Nous qui croyons, nous entrons, ou nous sommes entrés, dans le repos. Il est clair que ce repos consiste à cesser nos propres œuvres. Non pas à cesser toute espèce d'œuvres, car cela n'est vrai ni des saints sur la terre ni des saints dans le ciel. Nous n'avons aucune raison de croire qu'un saint ou un ange, ou Dieu lui-même, ou un être saint quel qu'il soit, soit jamais inactif. Mais nous cessons d'accomplir des œuvres dans le seul dessein de sauver notre âme. C'est cesser de travailler pour nous-mêmes, afin de travailler pour Dieu. Nous accomplissons nos propres œuvres aussi longtemps que le but suprême de nos œuvres est d'être sauvés. Mais si la question de notre propre salut est entièrement remise à Jésus-Christ, et si nos œuvres sont accomplies par amour pour Dieu, ce ne sont pas nos propres œuvres.
(2.) En entrant dans ce repos, nous cessons toutes les œuvres accomplies par nous-mêmes, aussi bien que les œuvres accomplies pour nous-mêmes.
Les œuvres viennent de nous-mêmes quand elles procèdent des simples principes naturels de la nature humaine, comme la conscience, l'espérance, la crainte, etc., sans les influences du Saint-Esprit. De telles œuvres sont universellement et entièrement pécheresses. Ce sont les efforts de l'égoïsme, sous la direction de simples principes naturels. La conscience de l'homme le convainc de péché, l'espérance et la crainte viennent à la rescousse, et, sous cette influence, l'esprit charnel et égoïste agit. De tels actes ne peuvent être qu'entièrement pécheurs. Ce n'est rien d'autre que de l'égoïsme. Multipliez à jamais les formes de l'égoïsme par l'égoïsme, vous n'arriverez jamais à l'amour. Là où il n'y a rien d'autre que la conscience naturelle qui montre la culpabilité et le danger, et les dispositions naturelles à l'espérance et à la crainte qui poussent à faire quelque chose, on n'aboutit à rien d'autre qu'aux mouvements naturels d'un esprit non sanctifié. De telles œuvres sont toujours les œuvres de la chair, et non les œuvres de l'Esprit. Entrer dans le repos, c'est cesser toutes ces œuvres, et ne plus rien faire par nous-mêmes, pas plus que pour nous-mêmes. Qui ne sait quelle pénible existence mènent ceux qui se mettent à la religion par eux-mêmes, tirant péniblement de la meule à peu près tant de religion par mois, contraints par l'espérance et la crainte, fouettés à l'ouvrage par la conscience, mais sans la moindre impulsion de ce principe divin qu'est l'amour de Dieu répandu dans le cœur par le Saint-Esprit ? Toutes ces œuvres viennent d'eux-mêmes, tout autant que n'importe quelle œuvre de n'importe quel démon. Peu importe le genre d'œuvres accomplies : si l'amour de Dieu n'en est pas le ressort, la vie et le cœur, ce sont nos propres œuvres, et il n'y a en elles rien qui ressemble au repos. Nous devons les cesser, parce qu'elles mettent l'Évangile de côté. Celui qui est mû par ces principes met l'Évangile de côté, en tout ou en partie. S'il n'est mû que par ces considérations, il met entièrement l'Évangile de côté ; et dans la mesure où il est influencé par elles, il refuse de recevoir Christ comme son Sauveur sous ce rapport. Christ est offert comme un Sauveur complet, comme notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption. Et dans la mesure où quelqu'un s'efforce de se passer d'un Sauveur sur l'un de ces points, il met d'autant l'Évangile de côté.
(3.) Entrer dans le repos implique que nous cessons de rien faire pour nous-mêmes.
Nous ne devons pas même manger ni boire pour nous-mêmes : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » L'homme qui est entré dans ce repos a cessé de le faire. Dieu l'exige, et celui qui est entré dans le repos a cessé d'avoir un intérêt à lui. Il a entièrement fondu son propre intérêt dans celui de Christ. Il s'est donné si parfaitement à Christ qu'il n'a plus aucune œuvre à lui à faire. Il n'a aucune raison d'entreprendre une œuvre à lui. Il sait qu'il pourrait aussi bien rester assis sans bouger jusqu'à ce qu'il soit en enfer, que tenter quoi que ce soit par lui-même, s'il s'agit de la moindre chance de se sauver par ses propres efforts. Quand un homme comprend pleinement cela, il cesse de faire des efforts dans ce sens. Voyez le pécheur convaincu de péché : comme il se tend, comme il déploie tous ses efforts pour s'aider lui-même, jusqu'à ce qu'il apprenne qu'il n'est rien ; alors il cesse tout cela et se jette, impuissant et perdu, entre les mains de Christ. Tant qu'il ne sent pas qu'il est en lui-même sans force, sans secours et sans espérance pour le salut ou pour quoi que ce soit qui y conduise, il ne pensera jamais à la simplicité de l'Évangile. Personne ne s'adresse à Christ pour obtenir la justice et la force avant d'avoir épuisé les siennes et de se sentir impuissant et perdu. Alors il peut comprendre la simplicité du plan de l'Évangile, qui consiste à recevoir le salut par la foi, comme un don gratuit. Quand il a fait tout ce qu'il pouvait, à sa manière, et qu'il découvre qu'il n'est pas devenu meilleur, qu'il n'est pas plus près du salut, mais qu'il est plutôt devenu pire, que le péché s'est ajouté au péché et les ténèbres aux ténèbres, jusqu'à ce qu'il soit écrasé sous une impuissance totale, alors il cesse, et remet tout entre les mains de Christ. Voyez ce pécheur qui essaie de parvenir à une angoisse de conviction, ou d'arriver à comprendre la religion, et qui trouve tout aussi obscur que l'Égypte, sans pouvoir discerner ce qu'il doit faire. Oh ! dit-il, que dois-je faire ? Je suis disposé à faire n'importe quoi. Je ne sais pas pourquoi je ne me soumets pas ; je ne sais plus quoi faire de plus ; que dois-je faire, ou comment découvrirai-je où est la difficulté ? Quand il est pleinement convaincu, alors il tourne les yeux vers le Sauveur, et là il trouve tout ce dont il a besoin : sagesse, justice, sanctification et rédemption, Christ la vie du monde, la lumière du monde, le pain de vie ; il voit qu'il n'a besoin de rien qui ne soit en Christ, que tout ce qu'il désire et tout ce qu'il peut demander est en Christ, et doit être reçu par la foi ; alors il cesse ses propres œuvres et se jette aussitôt et entièrement sur Christ pour son salut.
(4.) Cesser nos propres œuvres, c'est cesser d'essayer de faire quoi que ce soit par nos propres forces.
Quiconque est entré dans le repos sait que tout ce qu'il fait par ses propres forces sera une abomination pour Dieu. À moins que Christ ne vive en lui, à moins que Dieu ne produise en lui le vouloir et le faire, selon son bon plaisir, rien n'est jamais fait d'une manière agréable à Dieu. Se mettre à faire quoi que ce soit par ses propres forces, indépendamment de l'Esprit de Dieu, est à jamais une abomination absolue pour Dieu. Celui qui n'a pas appris cela n'a pas cessé ses propres œuvres, et n'a pas accepté le Sauveur. L'apôtre dit que nous ne sommes pas par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. On ne comprend pas la profondeur de la dégradation où le péché nous a réduits tant qu'on ne sait pas cela et qu'on ne le sent pas.
3. Entrer dans le repos implique aussi l'idée de nous décharger de nos fardeaux sur le Seigneur Jésus-Christ.
Il nous invite à nous décharger sur lui de tous nos fardeaux et de tous nos soucis. « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous. » Ces paroles veulent dire exactement ce qu'elles disent. Que votre fardeau soit temporel ou spirituel, que votre souci concerne l'âme ou le corps, déchargez-vous de tout sur le Seigneur. Voyez ce petit enfant qui marche à côté de son père ; le père porte quelque chose de lourd, et l'enfant y met sa petite main pour aider : mais que peut-il faire pour porter une telle charge ? Beaucoup de chrétiens se donnent énormément de peine en essayant d'aider le Seigneur Jésus-Christ dans son œuvre. Ils se fatiguent et se tourmentent avec une chose puis une autre, comme si tout reposait sur leurs épaules. Or le Seigneur Jésus-Christ est aussi bien engagé envers le croyant pour tout ce qui le concerne que pour sa justification, et il répond tout aussi absolument de ses intérêts temporels que de ses intérêts éternels. Il n'y a rien de ce qui concerne le chrétien dont il ne doive se décharger sur le Seigneur Jésus-Christ. Je ne veux pas qu'on me fasse dire que le chrétien n'a aucune part active dans l'affaire. Voici un homme qui s'est déchargé de sa famille sur Jésus-Christ ; mais il ne l'a pas fait de telle manière qu'il n'ait plus rien à faire pour sa famille. Seulement, il s'est remis à Dieu pour la direction, la lumière, la force et le succès, de telle sorte qu'il s'est abandonné absolument à Dieu pour qu'il le guide et le soutienne ; et Christ s'est engagé à veiller à ce que tout soit bien fait.
4. Entrer dans le repos, c'est faire du Seigneur Jésus-Christ notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption, et le recevoir dans toutes ses fonctions, comme le remplaçant plein et parfait de toutes nos insuffisances.
Toutes ces choses nous manquent absolument, et nous devons le recevoir comme un remplaçant plein et parfait, pour combler ce vide et pourvoir à tous nos besoins. C'est cesser d'attendre, d'espérer ou de tenter quoi que ce soit de nous-mêmes pour combler ce vide, et recevoir Christ comme étant tout.
5. Entrer dans ce repos implique que nous abandonnons nos facultés si parfaitement à sa direction que désormais toutes nos œuvres seront ses œuvres.
J'espère que vous ne mettrez dans ces paroles rien de plus mystique que ce que met la Bible. C'est une maxime du droit commun que ce qu'un homme fait par un autre, il le fait lui-même. Supposez que je paie un homme pour commettre un meurtre : l'acte est aussi absolument le mien que si je l'avais commis de ma propre main. Le crime n'est pas dans la main qui a porté le coup, pas plus qu'il n'est dans l'épée qui transperce la victime. Le crime est dans mon esprit. Si je me sers de la main d'un autre, si mon esprit, comme cause motrice, l'a influencé, c'est encore mon acte. Supposez que j'aie saisi sa main de force et que je m'en sois servi pour tirer sur mon voisin, ne serait-ce pas mon acte ? Certainement ; mais cela était dans mon esprit, et c'est tout autant mon acte si j'influence son esprit pour qu'il le fasse. Appliquez maintenant ce principe à la doctrine selon laquelle celui qui est entré dans le repos s'est tellement abandonné à la direction de Christ que toutes ses œuvres sont les œuvres de Christ. L'apôtre Paul dit : « J'ai travaillé plus qu'eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » Et il insiste souvent sur ce point : ce n'était pas lui qui faisait les œuvres, mais Christ en lui. Ne vous méprenez pas maintenant. Il n'est pas dit, et il ne faut pas entendre, que le croyant agit par contrainte, ou que Christ agit en lui sans sa propre volonté, mais que Christ, par son Esprit qui habite en lui, influence et conduit son esprit de sorte qu'il agit volontairement d'une manière qui plaît à Dieu. Quand quelqu'un cesse ses propres œuvres, il abandonne si parfaitement sa propre volonté, et se place si complètement sous la conduite du Saint-Esprit, que tout ce qu'il fait est fait sous l'impulsion de l'Esprit de Christ. L'apôtre le décrit exactement quand il dit : « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » Dieu influence la volonté, non par la force, mais par l'amour, pour qu'elle fasse exactement ce qui lui plaît. Si cela se faisait par la force, nous ne serions plus des agents libres. Mais c'est l'amour qui influence si doucement la volonté, et qui la place entièrement sous la direction du Seigneur Jésus-Christ.
Ce n'est pas que notre activité propre soit suspendue : elle est employée par le Seigneur Jésus-Christ. Nos mains, nos pieds, nos facultés de corps et d'esprit sont tous employés à travailler pour lui. Il ne suspend pas les lois de notre constitution, mais il dirige notre activité de telle sorte que l'amour de Christ nous presse, et que nous voulons et faisons selon son bon plaisir.
Vous voyez ainsi que toutes les œuvres réellement bonnes chez l'homme sont, en un sens important, les œuvres de Christ. La Bible l'affirme maintes et maintes fois : nos bonnes œuvres ne viennent pas de nous-mêmes, ni d'aucune manière de notre propre activité sans Dieu ; mais Dieu dirige notre activité et influence notre volonté pour que nous fassions sa volonté, et nous la faisons. Elles sont, en un sens, nos œuvres, parce que nous les faisons par notre activité volontaire. Pourtant, en un autre sens, elles sont ses œuvres, parce qu'il en est entièrement la cause motrice.
6. Entrer dans ce repos implique que, dans la mesure où nous abandonnons notre activité à Christ, dans cette mesure nous cessons de pécher.
Si nous sommes dirigés par le Seigneur Jésus-Christ, il ne nous dirigera pas vers le péché. Dans la mesure exacte où nous nous abandonnons à Dieu, nous cessons de pécher. Si nous sommes dirigés par lui, de sorte qu'il agisse en nous, c'est pour produire le vouloir et le faire selon son bon plaisir. Et dans la mesure exacte où nous faisons cela, dans cette mesure nous cessons de pécher. Je n'ai pas besoin de le prouver.
III. Je dois rechercher quand ceux qui croient entrent dans le repos.
C'est dans cette vie.
1. Cela ressort du texte et du contexte. L'apôtre, dans le passage où se trouve le texte, raisonnait avec les Juifs. Il les avertit de prendre garde de ne pas manquer d'entrer dans le vrai repos, dont l'entrée de leurs pères dans le pays de Canaan était la figure. Les Juifs pensaient que c'était là le vrai repos. Mais l'apôtre raisonne avec eux pour montrer qu'il y avait un repos plus élevé, dont le repos du Canaan terrestre n'était que la figure, et dans lequel les Juifs auraient pu entrer sans leur incrédulité. Si Josué leur avait donné le vrai repos, il n'aurait pas parlé d'un autre jour. Or il est parlé d'un autre jour. Même aussi tard qu'au temps de David, il en est parlé dans les Psaumes comme d'une chose encore à venir : « Aujourd'hui, si longtemps après, comme il est dit plus haut : Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs. Car, si Josué leur eût donné le repos, il ne parlerait pas après cela d'un autre jour. Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. » Il en conclut donc que le repos de Canaan n'était pas le vrai repos promis, mais qu'il était la figure du vrai repos. Quel était donc le vrai repos ? C'était le repos, l'apaisement de la foi en Christ, c'est-à-dire l'état que donne l'Évangile, la cessation de nos propres œuvres. Et les croyants entrent dans cet état par la foi.
Je sais qu'on suppose généralement que le repos dont il est ici parlé est le repos céleste, au-delà de cette vie. Mais c'est manifestement un repos qui commence ici-bas. « Nous qui avons cru, nous entrons dans le repos. » Il commence ici, mais il se prolonge dans l'éternité. Il est de même nature, mais il y est rendu plus parfait en degré, puisqu'il comprend la délivrance des chagrins et des épreuves auxquels tous les croyants sont sujets en cette vie. Mais il est de même nature : c'est le repos de la foi, le sabbat de l'âme quand elle cesse ses propres œuvres et se jette entièrement sur le Sauveur.
2. Il est manifeste que ce repos doit commencer en ce monde, si c'est la foi qui nous en met en possession. C'est précisément le point que l'apôtre défendait : la foi est indispensable pour en prendre possession. Ils « ne purent y entrer à cause de leur incrédulité ». « Prenez garde de manquer d'y entrer en suivant le même exemple d'incrédulité. » Il les avertit de ne pas se livrer à l'incrédulité, parce que, par la foi, ils peuvent prendre immédiatement possession du repos. Si ce repos par la foi commence jamais, ce doit être en ce monde.
3. La nature même des choses le prouve. Rien de moins que cette prise de possession du repos ne mérite le nom d'embrasser pleinement Jésus-Christ. C'est un repos spirituel : la fin du conflit avec Dieu, des aiguillons de la conscience et des efforts pour nous aider nous-mêmes par quelque travail de notre propre esprit. Rien de moins que cela n'est se dégager entièrement de la loi, ni entrer pleinement dans l'Évangile.
IV. Je dois montrer comment nous devons entrer dans ce repos.
D'après ce qui a déjà été dit, vous comprendrez que nous en prenons possession par la foi.
Le texte, avec le contexte, le montre. Vous vous rappellerez aussi ce que dit le Seigneur Jésus-Christ (Matthieu 11,28-29) : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. » Il est question ici de ce même repos, et il nous est dit que, si seulement nous venons à Christ, nous pouvons le trouver. Si nous prenons son joug facile, qui est l'amour, et si nous nous fions à lui pour porter tous les fardeaux, nous trouverons le repos. Le psalmiste parle du même repos : « Mon âme, retourne à ton repos. » Quel chrétien ne sait ce que c'est que d'avoir l'âme qui se repose en Christ, de se suspendre à son bras, et d'y trouver le repos au milieu de tous les soucis, de toutes les perplexités et de tous les chagrins de la vie ?
De plus : il est évident que la foi en Christ, par sa nature même, amène l'âme dans l'état de repos que j'ai décrit. Avec quelle rapidité la foi brise la crainte servile et fait entrer l'âme dans la liberté de l'Évangile ! Comme elle nous affranchit de l'égoïsme et de toutes les influences sous lesquelles nous agissions auparavant ! Par la foi nous confions tout à Christ, pour qu'il nous conduise, nous sanctifie et nous justifie. Et nous pouvons être tout aussi certains d'être conduits et sanctifiés que d'être justifiés, si seulement nous exerçons la foi et nous laissons entre les mains de Christ pour tout. C'est un simple fait : une telle foi fait entrer l'âme dans un état de repos. L'âme voit qu'elle n'a pas besoin de ses propres efforts égoïstes, et qu'il n'y aurait rien à en espérer s'ils étaient nécessaires. En elle-même, elle est si avancée dans le péché qu'elle est aussi désespérée que si elle avait été mille ans en enfer. Prenez le meilleur chrétien de la terre, et que le Seigneur Jésus-Christ quitte son âme : où en est-il ? Priera-t-il, ou fera-t-il quoi que ce soit de bon ou d'agréable à Dieu, sans Christ ? Jamais. Le plus grand saint de la terre s'en ira droit au péché à l'instant même, s'il est abandonné par Jésus-Christ. Mais la foi se décharge de tout sur Christ, et c'est là le repos.
De plus : la foi nous fait cesser toutes les œuvres faites pour nous-mêmes. Par la foi nous voyons que nous n'avons pas plus besoin de faire des œuvres pour nous-mêmes que l'enfant dont le père possède des millions n'a besoin de travailler pour son pain quotidien. Il peut travailler par amour pour son père, ou par goût pour l'ouvrage, mais non par une nécessité quelconque de peiner pour son pain quotidien. L'âme qui comprend vraiment l'Évangile voit parfaitement qu'il n'est nul besoin de mêler sa propre justice à la justice de Christ, ou sa propre sagesse à la sagesse de Christ, ou ses propres souffrances aux souffrances de Christ. S'il en était besoin, il y aurait là d'autant plus de tentation d'égoïsme et d'agir par des motifs légaux. Mais il n'en est nul besoin.
De plus : par la foi l'âme cesse toutes les œuvres accomplies par elle-même. La foi met en action un principe nouveau, entièrement au-dessus de toutes les considérations qui s'adressent aux principes naturels d'espérance, de crainte et de conscience. La foi place l'esprit sous l'influence de l'amour. Elle soustrait l'âme aux influences de la conscience qui la fouette pour la pousser au devoir, et la place sous l'influence des mêmes principes saints et célestes qui animaient Christ lui-même.
De plus : la foi fait entrer l'esprit dans le repos, en ce qu'elle l'amène à cesser tous les efforts faits uniquement pour son propre salut, et remet l'être tout entier entre les mains de Christ.
La foi est confiance. C'est remettre toutes nos facultés et tous nos intérêts à Christ, avec confiance, pour être conduits, sanctifiés et sauvés par lui.
Elle anéantit l'égoïsme, et ainsi ne laisse plus aucun motif pour nos propres œuvres.
En un mot : la foi est un repos absolu de l'âme en Christ, pour tout ce dont elle a besoin ou pourra avoir besoin. C'est se fier à lui pour toutes choses. Par exemple : voici un petit enfant qui dépend entièrement de son père pour le toit et le foyer, la nourriture et le vêtement, et toutes choses sous le soleil. Pourtant ce petit enfant n'éprouve aucune inquiétude, parce qu'il se confie en son père. Il se repose sur lui, et ne se fait aucun souci : son père pourvoira à tout ce dont il a besoin. Il est aussi joyeux et heureux tout le long du jour que s'il possédait toutes choses en lui-même, tant il a de confiance. Ainsi l'âme du croyant se repose en Christ, exactement comme le nourrisson dans les bras de sa mère. Le pécheur repentant, comme un malheureux condamné, suspend tout à Christ, sans le moindre secours ni la moindre espérance, sinon ceux qui viennent de Christ seul, et du fait que Christ fait tout ce qui est nécessaire.
Si la foi consiste bien à se fier ainsi absolument à Christ, il est alors manifeste qu'on prend possession de ce repos quand on croit, et que ce doit être dans cette vie, si la foi doit s'exercer dans cette vie.
V. Je dois montrer que l'incrédulité est la cause de tout le péché qui existe dans le monde.
Je ne veux pas dire par là que l'incrédulité ne soit pas elle-même un péché, mais qu'elle est la source d'où sort tout autre péché. L'incrédulité, c'est la défiance envers Dieu, ou le manque de confiance. Il est manifeste que c'est ce manque de confiance qui constitua le véritable crime d'Adam. Ce n'était pas le simple fait de manger le fruit, mais la défiance qui conduisit à l'acte extérieur, qui constitua le véritable crime pour lequel il fut chassé du paradis. Que l'incrédulité soit la cause de tout péché, cela ressort des considérations suivantes :
Dès l'instant qu'un homme manque de foi et qu'il est laissé à la simple impulsion des principes et des appétits naturels, il est laissé exactement comme une bête, et seules agissent sur lui les choses qui s'adressent à son esprit par les sens. Les motifs qui influencent l'esprit quand il agit bien sont discernés par la foi. Là où il n'y a pas de foi, l'esprit n'a devant lui que des motifs bornés à ce monde. L'âme est alors laissée à ses simples penchants naturels, et s'abandonne à l'affection pour les choses de la chair. C'est le résultat naturel et inévitable de l'incrédulité. L'œil est fermé aux choses éternelles, et il n'y a rien devant l'esprit qui soit propre à produire une autre action que l'action égoïste. L'âme est donc laissée à ramper dans la poussière, et ne peut jamais s'élever au-dessus de ses propres intérêts et de ses appétits. Il est naturellement impossible qu'il en soit autrement ; car comment l'esprit peut-il agir sans motifs ? Or les motifs de l'éternité ne se voient que par la foi. Les simples appétits de l'esprit et du corps, qui s'arrêtent à ce monde, ne peuvent jamais élever l'esprit au-dessus des choses de ce monde, et le résultat n'est que péché, péché, péché : l'affection de la chair pour toujours. Au moment même où Adam se défia de Dieu, il fut livré à ses appétits. Et il en est ainsi de tous les autres esprits.
Supposez qu'un enfant perde toute confiance en son père. Il ne peut plus désormais lui rendre une obéissance de cœur. C'est une impossibilité naturelle. S'il fait semblant d'obéir, ce n'est que par égoïsme, et non de cœur ; car le ressort et l'essence de toute véritable obéissance de cœur ont disparu. Il en serait ainsi dans le ciel ; il en est ainsi en enfer. Sans la foi il est impossible d'être agréable à Dieu. C'est une impossibilité naturelle d'obéir à Dieu, sans la foi, d'une manière qu'il puisse agréer. Ainsi l'incrédulité se révèle la source de tout le péché qui existe sur la terre et en enfer, et l'âme dépourvue de foi est tout simplement laissée à elle-même pour travailler à sa damnation.
REMARQUES
I. Le repos dans lequel entrent ici-bas, sur la terre, ceux qui croient est de même nature que le repos céleste.
Le repos céleste sera plus complet, car il sera un repos à l'abri de tous les chagrins et de toutes les épreuves auxquels même une âme humaine parfaite est exposée ici-bas. Christ lui-même a connu ces épreuves, ces chagrins et ces tentations. Mais l'âme qui croit se repose aussi absolument en lui ici-bas que dans le ciel.
II. Nous voyons pourquoi il est dit que la foi est la substance des choses qu'on espère.
La foi est cela même qui fait le ciel ; c'est pourquoi elle est la substance du ciel, et le sera pour toute l'éternité.
III. Nous voyons ce que c'est que d'être conduit par l'Esprit de Dieu. C'est lui abandonner toutes nos facultés et toutes nos puissances pour qu'il les dirige, de manière à être réglé par l'Esprit dans tout ce que nous faisons.
IV. Nous voyons qu'une foi parfaite produirait un amour parfait, c'est-à-dire une sanctification parfaite.
Un abandon parfait de nous-mêmes, avec une confiance continue qui remettrait à Christ tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, nous rendrait parfaitement saints.
V. Nous voyons que, dans la mesure exacte où quelqu'un n'est pas sanctifié, c'est parce que sa foi est faible.
Quand le Seigneur Jésus-Christ était sur la terre, si ses disciples tombaient dans le péché, il leur reprochait toujours leur manque de foi : « Gens de peu de foi. » Un homme qui croit en Christ n'a pas plus le droit de s'attendre à pécher qu'il n'a le droit de s'attendre à être damné. Cela peut vous faire sursauter, mais c'est vrai.
Vous devez recevoir Christ comme votre sanctification aussi absolument que comme votre justification. Or vous êtes tenus de vous attendre à être damnés, à moins de recevoir Christ comme votre justification. Mais si vous le recevez comme tel, vous n'avez plus alors aucune raison ni aucun droit de vous attendre à être damnés. Or il est tout aussi absolument votre sanctification que votre justification, et si vous comptez sur lui pour la sanctification, il ne vous laissera pas plus pécher qu'il ne vous laissera aller en enfer. Et il est aussi déraisonnable, aussi contraire à l'Écriture et aussi coupable de s'attendre à l'un qu'à l'autre. Et rien d'autre que l'incrédulité, dans aucun cas, n'est la cause de votre péché. Certains d'entre vous ont lu la Vie de Mme Hester Ann Rogers, et se rappellent combien c'était chez elle une habitude, quand une tentation l'assaillait, de se jeter aussitôt sur Christ ; et elle atteste qu'il l'a soutenue dans chaque cas.
Prenez le cas de Pierre. Quand les disciples virent Christ marcher sur l'eau, une fois leur frayeur passée, Pierre demanda la permission d'aller à lui sur l'eau, et Christ lui dit de venir ; c'était, de la part de Christ, une promesse que, s'il tentait la chose, il serait soutenu. Sans cette promesse, sa tentative aurait été tenter Dieu. Mais avec cette promesse, il n'avait aucune raison ni aucun droit de douter. Il fit la tentative, et tant qu'il crut, la puissance de Christ le porta, comme s'il avait marché sur la terre ferme. Mais dès qu'il commença à douter, il commença à enfoncer. Il en est exactement de même de l'âme : dès qu'elle commence à douter de la volonté et du pouvoir de Christ de la soutenir dans un état d'amour parfait, elle commence à enfoncer. Prenez Christ au mot, rendez-le responsable, et reposez-vous sur lui : le ciel et la terre passeront plutôt qu'il ne laisse une telle âme tomber dans le péché. Dites, avec Mme Rogers, quand Satan vient avec une tentation : « Seigneur Jésus, voici une tentation de pécher : c'est à toi d'y veiller. »
VI. Vous voyez pourquoi les travaux pleins de renoncement des saints sont compatibles avec un état de repos.
Ces travaux pleins de renoncement sont tous inspirés par l'amour qui les presse, et n'ont rien en eux de forcé ni de pénible. Un amour intérieur les attire au devoir. Il est si loin d'être vrai que les travaux pleins de renoncement des chrétiens soient une dure besogne, qu'il leur serait infiniment plus pénible de ne pas les accomplir. Leur amour pour les âmes est tel que, s'il leur était défendu de rien faire pour elles, ils seraient dans l'angoisse. En fait, un état d'inaction serait incompatible avec ce repos. Comment pourrait-il y avoir repos, pour quelqu'un dont le cœur brûle et déborde d'amour pour Dieu et pour les âmes, à rester assis sans rien faire pour elles ? Mais c'est un repos parfait pour l'âme que de se répandre en prières et en efforts pour leur salut. Une telle âme ne peut se reposer tandis que Dieu est déshonoré et que des âmes périssent sans que rien soit fait pour les sauver. Mais quand toutes ses facultés sont employées pour le Seigneur Jésus-Christ, c'est là le vrai repos. Tel est le repos dont jouissent les anges, qui ne cessent ni jour ni nuit, et qui sont tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut.
L'apôtre dit : « Craignons donc, tandis que la promesse d'entrer dans son repos subsiste encore, qu'aucun de vous ne paraisse être venu trop tard. » Et : « Efforçons-nous donc d'entrer dans ce repos. » Quelqu'un d'entre vous sait-il ce que c'est que de venir à Christ et de se reposer en lui ? Avez-vous trouvé le repos, délivrés de tous vos propres efforts pour vous sauver, des tonnerres du Sinaï et des aiguillons de la conscience ? Pouvez-vous vous reposer doucement en Jésus, et trouver en lui tout ce qui est essentiel à la sanctification et au salut éternel ? Avez-vous trouvé en lui un salut réel ? Si oui, alors vous êtes entrés dans le repos.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).