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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 1

Ceux qui se trompent eux-mêmes

Mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l'écouter, en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements. (Jacques 1,22)

Il y a en religion deux extrêmes, également faux et également funestes. Et il y a deux sortes d'hypocrites qui occupent ces deux extrêmes. Les premiers font consister la religion tout entière dans la croyance à certaines doctrines abstraites, ou dans ce qu'ils appellent la foi, et n'attachent que peu ou point d'importance aux bonnes œuvres. Les seconds font consister la religion tout entière dans les bonnes œuvres (je veux dire les œuvres mortes) ; ils n'attachent que peu ou point d'importance à la foi en Jésus-Christ, et espèrent être sauvés par leurs propres actions. Les Juifs appartenaient en général à cette seconde catégorie. Leurs maîtres religieux leur enseignaient qu'ils seraient sauvés par l'obéissance à la loi cérémonielle. C'est pourquoi, quand Paul se mit à prêcher, il semble s'en être pris tout particulièrement à cette erreur des Juifs. Il était bien décidé à faire triompher la question capitale : les hommes sont justifiés par la foi en Jésus-Christ, contrairement à la doctrine des scribes et des pharisiens, selon laquelle le salut s'obtient par l'obéissance à la loi. Et il insista si fortement sur ce point, dans sa prédication et dans ses épîtres, qu'il l'emporta et fixa la foi de l'Église sur la grande doctrine de la justification par la foi. Alors certains, dans l'Église, s'emparèrent de cette doctrine et la poussèrent jusqu'à l'extrême opposé : ils soutinrent que les hommes sont sauvés par la foi seule, indépendamment de toute œuvre, quelle qu'elle soit. Ils perdaient de vue ce principe pourtant évident : la foi véritable produit toujours de bonnes œuvres, et elle est elle-même une bonne œuvre.

J'ai dit que ces deux extrêmes, celui qui fait consister la religion tout entière dans les œuvres extérieures et celui qui la fait consister tout entière dans la foi, sont également faux et également funestes. Ceux qui font consister la religion tout entière dans les bonnes œuvres oublient que les œuvres elles-mêmes ne sont pas agréables à Dieu si elles ne procèdent pas de la foi. Car sans la foi il est impossible de lui être agréable. Et ceux qui font consister la religion tout entière dans la foi oublient que la vraie foi est toujours agissante par l'amour, et qu'elle produit immanquablement les œuvres de l'amour.

Ils sont également funestes, parce que, d'un côté, sans la foi on ne peut être ni pardonné ni justifié ; et que, de l'autre, sans la sanctification on ne peut être rendu propre ni aux occupations ni aux joies du ciel. Qu'un pécheur se détourne entièrement de ses péchés, et supposons même que ses œuvres soient aussi parfaites qu'il le croit : il ne pourrait pourtant pas être pardonné sans la foi en l'expiation accomplie par Jésus-Christ. De même, si quelqu'un s'imaginait pouvoir être justifié par la foi alors que ses œuvres sont mauvaises, il devrait savoir que, sans la sanctification, sa foi n'est qu'une foi morte, et qu'elle ne peut même pas être l'instrument de sa justification.

Il semble que l'apôtre Jacques, dans cette épître, ait voulu placer cette question sur son vrai terrain, montrer exactement où se trouve la vérité, et expliquer la nécessité, et la raison de cette nécessité, à la fois de la foi et des bonnes œuvres. Cette épître est éminemment pratique : elle affronte de face toutes les grandes questions pratiques du jour, et elle les tranche.

Les doctrines de la religion sont de deux sortes : celles qui concernent Dieu, et celles qui concernent la conduite de l'homme. Beaucoup réservent le nom de doctrines religieuses à la première sorte. Ils pensent que rien ne mérite à proprement parler le nom de doctrine, sinon ce qui touche à Dieu, à ses attributs, à son mode d'existence, à ses décrets, et ainsi de suite. Quand j'ai annoncé que je commencerais une série de « Discours pratiques », j'espère que vous n'avez pas compris que ces discours ne seraient pas doctrinaux, ou qu'il n'y aurait pas de doctrine dedans. Mon dessein est de prêcher, si le Seigneur le veut, une série de discours sur les doctrines pratiques. La doctrine que je me propose d'examiner maintenant est celle-ci : celui qui fait profession de religion et ne pratique pas ce qu'il reconnaît être vrai se trompe lui-même.

Il y a deux sortes d'hypocrites parmi ceux qui font profession de religion : ceux qui trompent les autres et ceux qui se trompent eux-mêmes. Les hypocrites de la première sorte sont ceux qui, sous les dehors trompeurs de la morale et de la religion, cachent l'inimitié de leur cœur contre Dieu, et font croire aux autres qu'ils sont des gens très pieux. C'est ainsi que les pharisiens s'étaient acquis la réputation d'une piété remarquable, par leur étalage extérieur de religion, leurs aumônes et leurs longues prières. L'autre sorte est celle dont parle notre texte : ceux qui ne trompent pas les autres, mais eux-mêmes. Ceux-là sont orthodoxes dans leurs opinions, mais relâchés dans leur conduite. Ils semblent s'imaginer que la religion consiste en un paquet d'idées, sans égard à la pratique, et ils se trompent ainsi eux-mêmes en se croyant de bons chrétiens alors qu'ils sont dépourvus de vraie sainteté. Ils écoutent la parole, mais ne la mettent pas en pratique. Ils aiment la prédication orthodoxe, prennent grand plaisir à entendre exposer les doctrines abstraites de la religion, et ont peut-être des envolées d'imagination et des sentiments brûlants en contemplant le caractère et le gouvernement de Dieu ; mais ils ne prennent pas soin de pratiquer les préceptes de la parole de Dieu, et ils n'aiment pas non plus qu'on leur prêche les doctrines qui touchent à la conduite de l'homme.

Peut-être y a-t-il ici ce soir des hypocrites de l'une et de l'autre sorte. Or, faites bien attention ! Ce n'est pas à ceux d'entre vous qui, par une grande rigueur de mœurs et un étalage extérieur de religion, trompent les autres, que je vais prêcher ce soir. Je m'adresse maintenant à ceux d'entre vous qui ne pratiquent pas ce qu'ils savent être vrai, qui écoutent la parole et ne la mettent pas en pratique. Peut-être ferais-je mieux de dire, pour retenir votre attention, qu'il est très probable qu'il y en a ici un certain nombre de ce genre. Je ne connais pas vos noms ; mais je veux que vous compreniez que, si vous êtes de ceux-là, c'est à vous que je parle, exactement comme si je vous appelais par votre nom. C'est vous que je veux dire. Vous écoutez la parole, et vous la croyez en théorie, tandis que vous la reniez dans la pratique. Je vous dis que « vous vous trompez vous-mêmes ». Le texte le prouve. Vous avez là-dessus un « Ainsi parle l'Éternel » formel : tous ceux qui sont de ce caractère se trompent eux-mêmes. Je pourrais citer un certain nombre d'autres passages de l'Écriture qui vont droit au but, et en rester là. Mais je veux attirer votre attention sur quelques autres considérations, en plus du témoignage direct de l'Écriture.

En premier lieu, vous ne croyez pas vraiment la parole. Vous l'écoutez, vous reconnaissez qu'elle est vraie, mais vous ne la croyez pas vraiment. Et ici permettez-moi de dire que, sur ce point, on peut se tromper soi-même. Non que la conscience nous trompe, mais on ne comprend pas ce dont la conscience rend témoignage. Deux choses sont indispensables à la foi évangélique, c'est-à-dire à la foi qui sauve. La première est la conviction intellectuelle de la vérité d'une chose. Et je n'entends pas seulement par là sa vérité abstraite, mais sa vérité dans ce qui vous concerne. La vérité, dans son rapport avec vous, ou dans sa portée sur votre conduite, doit être reçue par l'intelligence. Ensuite, la vraie foi comprend une disposition du cœur qui y corresponde. Cela entre toujours dans l'essence même de la vraie foi. Quand l'intelligence d'un homme est convaincue, et qu'il admet la vérité dans son rapport avec lui-même, il faut alors qu'il l'approuve de tout son cœur dans sa portée ou son rapport avec lui-même. Ces deux dispositions de l'esprit sont indispensables à la vraie foi. La conviction intellectuelle de la vérité n'est pas la foi qui sauve. Mais la conviction intellectuelle, quand elle s'accompagne d'une disposition des affections qui y corresponde, est la foi qui sauve. Il s'ensuit que, là où il y a une vraie foi qui sauve, il y a toujours une conduite qui y correspond. La conduite suit toujours la foi réelle. Aussi sûrement que la volonté gouverne la conduite, les hommes agissent selon ce qu'ils croient. Supposez que je dise à un homme : Croyez-vous ceci ? « Oui, je le crois. » Que veut-il dire ? Une simple conviction intellectuelle ? Il peut l'avoir, et pourtant ne pas avoir la foi.

Un homme peut même éprouver de l'approbation pour une vérité abstraite. C'est là ce que beaucoup prennent pour la foi : l'approbation qu'ils éprouvent pour le caractère et le gouvernement de Dieu, et pour le plan du salut, quand ils les considèrent dans l'abstrait. Beaucoup de gens, quand ils entendent un sermon éloquent sur les attributs ou le gouvernement de Dieu, sont tout enflammés par l'excellence qui leur est montrée, alors qu'ils n'ont pas une parcelle de vraie foi. J'ai entendu parler d'un incrédule qui allait jusqu'à l'extase devant de tels sujets. L'esprit raisonnable est ainsi fait qu'il approuve naturellement et nécessairement la vérité quand il la considère dans l'abstrait. Les démons les plus méchants de l'enfer l'aiment, s'ils peuvent la voir sans son rapport avec eux-mêmes. S'ils pouvaient voir l'Évangile sans aucun rapport qui contrarie leur propre égoïsme, non seulement ils verraient qu'il est vrai, mais ils l'approuveraient de tout cœur. L'enfer tout entier, s'il pouvait contempler Dieu dans son existence absolue, sans aucun rapport avec lui-même, approuverait de tout cœur son caractère. La raison pour laquelle les méchants et les démons haïssent Dieu, c'est qu'ils le voient dans son rapport avec eux-mêmes. Leur cœur se soulève en révolte, parce qu'ils le voient opposé à leur égoïsme.

Voilà la source d'une grande illusion des hommes au sujet de la religion. Ils voient qu'elle est vraie, et ils se réjouissent réellement de la contempler ; ils n'entrent pas dans son rapport avec eux-mêmes, et c'est pourquoi ils aiment entendre ce genre de prédication, et disent qu'ils en sont nourris. Mais faites attention ! Ils s'en vont et ne pratiquent pas. Voyez cet homme ! Il est malade, et ses sentiments sont tendres. À la pensée du Christ, Sauveur bon et tendre, son cœur fond, et il éprouve envers Jésus-Christ de vives émotions d'approbation. Pourquoi ? Pour les mêmes raisons exactement qui lui feraient éprouver de vives émotions envers le héros d'un roman. Mais il n'obéit pas au Christ. Il ne pratique jamais une seule chose par obéissance au Christ ; il le considère dans l'abstrait, il est charmé de son caractère glorieux et aimable, tandis que lui-même reste dans un fiel amer. Il est donc évident que votre foi doit être une foi efficace, une foi qui règle votre conduite et produit de bonnes œuvres ; sinon, ce n'est pas la foi de l'Évangile, ce n'est pas du tout une foi réelle.

De plus, il est encore manifeste que vous vous trompez vous-mêmes, parce que toute vraie religion consiste dans l'obéissance. Par conséquent, vous avez beau approuver le christianisme, vous n'avez aucune religion si vous ne lui obéissez pas. En disant que toute religion consiste dans l'obéissance, je n'entends pas l'obéissance extérieure. Mais la foi elle-même, la vraie foi, est agissante par l'amour, et elle produit des actes qui y correspondent. Il n'y a pas d'obéissance réelle hors de l'obéissance du cœur ; l'amour est l'accomplissement de la loi ; et la religion consiste dans l'obéissance du cœur, accompagnée d'une manière de vivre qui y corresponde. Celui donc qui entend la vérité, qui l'approuve et ne la pratique pas, se trompe lui-même. Il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s'être regardé, s'en va, et oublie aussitôt quel il était.

De plus, cet état d'esprit que vous prenez pour de la religion, une conviction intellectuelle de la vérité et une approbation de cette vérité dans l'abstrait, bien loin de prouver que vous êtes pieux, est aussi commun aux méchants qu'aux bons, toutes les fois qu'on peut les amener à considérer la vérité dans l'abstrait. C'est la raison pour laquelle il est souvent si difficile de convaincre les pécheurs qu'ils sont opposés à Dieu et à sa vérité. Les hommes sont ainsi faits qu'ils approuvent bel et bien la vertu, et qu'ils admirent bel et bien le caractère et le gouvernement de Dieu ; ils approuveraient et admireraient toutes les vérités de la Bible, s'ils pouvaient les considérer dans l'abstrait, sans aucun rapport avec eux-mêmes. Et quand ils sont assis sous une prédication qui présente la vérité de telle façon qu'elle n'a guère de portée pratique sur eux-mêmes, ils peuvent y rester assis des années sans jamais s'aviser qu'ils sont opposés à Dieu et à son gouvernement.

Et je suis de plus en plus persuadé qu'on trouve, dans toutes nos assemblées où les doctrines abstraites de l'Évangile sont beaucoup prêchées, de grandes multitudes de gens qui aiment la prédication et aiment entendre parler de Dieu et de toutes ces choses, et qui pourtant ne sont pas convertis. Et sans doute beaucoup d'entre eux entrent dans les Églises parce qu'ils aiment la prédication orthodoxe, alors qu'après tout il est manifeste qu'ils ne mettent pas la parole en pratique. Et voilà la difficulté : ils n'ont pas reçu cette prédication pénétrante qui leur aurait fait voir la vérité dans sa portée sur eux-mêmes. Et maintenant qu'ils sont dans l'Église, chaque fois que la vérité est prêchée dans son rapport pratique avec eux, ils montrent que l'inimitié de leur cœur n'a pas changé, en se dressant contre la vérité.

Ils ont tenu pour acquis qu'ils étaient chrétiens, et ils sont ainsi entrés dans l'Église, parce qu'ils pouvaient entendre une saine prédication doctrinale et l'approuver, ou parce qu'ils lisaient la Bible et l'approuvaient. Si leur foi n'est pas assez pratique pour influer sur leur conduite, s'ils ne considèrent pas la vérité dans son rapport avec leur propre conduite, leur foi n'a pas autant d'effet sur eux que la foi du diable.

REMARQUES.

1. On a fait beaucoup de mal par de fausses représentations de la méchanceté des vrais chrétiens.

On rapporte qu'un prédicateur célèbre a donné, il n'y a pas longtemps, cette définition du chrétien : « Un peu de grâce et beaucoup de diable. » Je rejette absolument cette définition. Elle est fausse et ruineuse. On dit beaucoup de choses qui donnent l'impression que les vrais chrétiens sont les êtres les plus méchants de la terre. Il est vrai que, quand ils pèchent, ils se rendent très coupables. Pour un chrétien, pécher est extrêmement criminel. Il est vrai aussi que les chrétiens éclairés voient dans leurs péchés une grande méchanceté. Quand ils comparent leurs obligations avec leur vie, ils sont profondément humiliés, et ils expriment leur humilité en termes très forts. Mais il n'est pas vrai qu'ils soient aussi mauvais que le diable, ni même qu'ils en approchent. Cela se démontre parfaitement. Quand ils pèchent, leurs péchés sont fortement aggravés et paraissent extrêmement méchants aux yeux de Dieu. Mais supposer que des hommes sont de vrais chrétiens alors qu'ils vivent au service du diable et qu'ils n'ont guère même l'apparence de la religion, c'est là une opinion non seulement fausse, mais d'une tendance très dangereuse. Elle est faite pour encourager toute cette catégorie d'hypocrites que sont les antinomiens, et pour encourager les rétrogrades, en même temps que pour faire grand tort à la cause du Christ dans l'estime des moqueurs. La vérité est que ceux qui n'obéissent pas à Dieu ne sont pas chrétiens. La doctrine contraire est la ruine des Églises, qu'elle remplit de multitudes de gens dont la prétention à la piété repose sur leur adhésion à certaines idées, alors qu'ils n'ont jamais eu l'intention sincère d'obéir dans leur vie à ce que l'Évangile exige.

2. Ceux qui ont beaucoup plus de zèle pour les doctrines que pour la pratique, et qui attachent beaucoup plus d'importance aux doctrines qui concernent Dieu qu'à celles qui concernent leur propre conduite, sont des antinomiens.

Il y en a beaucoup qui reçoivent cette catégorie de doctrines de la Bible qui concernent Dieu, qui les approuvent et les aiment, et qui n'ont pas une parcelle de religion. Ceux qui ne sont jamais « nourris », comme ils disent, par aucune autre prédication que celle de certains points de doctrine abstraits, sont des antinomiens. Ce sont précisément ceux contre qui l'apôtre Jacques a écrit cette épître. Ils font consister la religion en un ensemble d'idées, tandis qu'ils ne mènent pas une vie sainte.

3. Ceux qui, parmi les croyants de profession, n'aiment jamais entendre parler de Dieu, de ses attributs, de son mode d'existence, de la Trinité, des décrets, de l'élection, et d'autres choses semblables, mais qui mettent tout le poids sur la pratique religieuse à l'exclusion de la doctrine religieuse, sont des pharisiens.

Ils affichent de grandes prétentions à la piété extérieure, et peut-être à des envolées intérieures d'émotion d'une certaine couleur poétique, tandis qu'ils refusent de recevoir les grandes vérités qui concernent Dieu, et qu'ils nient les doctrines fondamentales de l'Évangile.

4. Le but propre et l'effet naturel de toute saine doctrine, quand elle est vraiment crue, est de produire une conduite droite.

Partout où vous trouvez un homme dont la conduite est hérétique, vous pouvez être sûr que sa croyance est hérétique aussi. La foi qu'il garde dans son cœur est tout aussi hérétique que sa vie. Il peut ne pas être hérétique dans ses idées et ses théories. Il peut avoir raison sur ce terrain, même sur les points précis où sa conduite est hérétique. Mais il ne le croit pas réellement.

Un exemple : voyez ce pécheur insouciant, là-bas, qui s'accroche aux richesses et se précipite tête baissée à leur poursuite. Cet homme croit-il vraiment qu'il mourra un jour ? Vous direz peut-être qu'il sait bien qu'il doit mourir. Mais moi je dis que, tant qu'il est dans cette disposition, il ne croit pas réellement qu'il mourra un jour. C'est un sujet qui n'est pas du tout présent à sa pensée. Il est donc impossible qu'il le croie, dans l'insouciance complète où il vit. Demandez-lui s'il s'attend à mourir un jour, et il vous répondra : « Oh oui, je sais bien que je dois mourir ; tous les hommes sont mortels. » Dès qu'il tourne sa pensée vers ce sujet, il donne son assentiment à la vérité. Et si vous pouviez fixer cette conviction dans son esprit, jusqu'à ce qu'il en soit réellement et durablement pénétré, il changerait infailliblement de conduite, et vivrait pour l'autre monde au lieu de celui-ci. Il en est exactement de même en religion : tout ce qu'un homme croit réellement gouvernera sa conduite aussi sûrement que la volonté gouverne les actes.

5. L'Église a longtemps agi beaucoup trop selon la politique des antinomiens.

Elle s'est montrée pointilleuse sur les doctrines les plus abstraites, et elle a beaucoup trop perdu de vue les plus pratiques. Elle a attaché plus d'importance à l'orthodoxie dans les doctrines qui ne sont pas pratiques que dans celles qui le sont. Regardez les confessions de foi de l'Église, et voyez comme elles mettent toutes le poids principal sur les doctrines qui n'ont que peu de rapport avec notre conduite. Un homme peut être le plus grand hérétique sur les points de pratique, pourvu qu'il ne soit pas ouvertement impie et débauché, et garder malgré tout une bonne réputation dans l'Église, que sa vie soit conforme à l'Évangile ou non. N'est-ce pas monstrueux ? Et c'est pourquoi nous voyons que, lorsqu'on essaie de purifier l'Église de ses erreurs pratiques, elle ne peut le supporter. Sinon, pourquoi provoque-t-on tant d'agitation quand on essaie de dégager l'Église de toute participation aux péchés d'intempérance, de violation du jour du repos et d'esclavage ? Pourquoi est-il si difficile d'amener l'Église à faire quoi que ce soit d'efficace pour la conversion du monde ? Oh ! quand l'Église sera-t-elle purifiée, quand le monde sera-t-il converti ? Pas avant qu'il soit bien établi que l'hérésie dans la pratique est la preuve de l'hérésie dans la croyance. Pas tant qu'un homme pourra renier tout l'Évangile chaque jour dans sa conduite, et garder malgré tout sa place dans l'Église comme un bon chrétien.

6. Voyez comment un pasteur peut se tromper sur l'état de son assemblée.

Il prêche beaucoup sur les doctrines abstraites, qui ne touchent pas directement à la pratique ; ses gens disent qu'ils en sont nourris, et s'en réjouissent ; et il pense qu'ils croissent dans la grâce, alors qu'en fait ce n'est pas un signe certain qu'il y ait parmi eux la moindre religion. Il est manifeste que ce n'est pas une preuve certaine. Mais si, quand il prêche les doctrines pratiques, ses gens montrent qu'ils aiment la vérité dans son rapport avec eux-mêmes, et le montrent en la pratiquant, alors ils donnent la preuve d'un amour réel pour la vérité.

Si un pasteur constate que ses gens aiment la prédication doctrinale abstraite, mais que, lorsqu'il en vient à presser les doctrines pratiques, ils se révoltent, il peut être sûr que, s'ils ont quelque religion, elle est bien bas ; et s'il constate, après un essai loyal, qu'il ne peut pas les amener à la hauteur de ces doctrines, au point qu'ils reçoivent la doctrine pratique, il peut être convaincu qu'ils n'ont pas une parcelle de religion, mais qu'ils ne sont qu'une bande d'antinomiens, qui pensent pouvoir aller au ciel grâce à une foi morte en une orthodoxie abstraite.

7. Voyez quelle immense multitude de croyants de profession se trompent eux-mêmes.

Beaucoup se croient chrétiens à cause des émotions qu'ils éprouvent en présence de la vérité, alors qu'en fait ce qu'ils reçoivent, c'est une vérité présentée à leur esprit de telle manière qu'ils n'en voient pas la portée sur eux-mêmes. Si vous faites porter la vérité sur eux de manière à détruire leur orgueil et à les arracher à leur mondanité, ces croyants de profession lui résistent. Promenez votre regard sur l'Église. Voyez quelle multitude d'Églises orthodoxes et de chrétiens orthodoxes vivent et se nourrissent d'année en année des doctrines abstraites de la religion. Puis regardez plus loin, regardez leur vie, et voyez quelle faible influence la croyance qu'ils professent exerce sur leur conduite. Ont-ils la foi qui sauve ? C'est impossible. Je ne veux pas dire qu'aucun de ces membres d'Église ne soit pieux ; mais je dis bien que ceux qui n'adoptent pas dans la pratique ce qu'ils admettent en théorie, qui écoutent la parole et ne la mettent pas en pratique, se trompent eux-mêmes.

Demandez-vous maintenant combien d'entre vous croient réellement les vérités qu'ils entendent prêcher. Je me suis proposé de prêcher une série de discours « pratiques ». Je ne veux pas dire que je prêcherai des discours sans aucune doctrine. Ce ne serait pas prêcher du tout. Mais ce que je désire, c'est voir si vous ferez, en tant qu'Église, ce que vous croyez être vrai. Si je ne réussis pas à vous convaincre que telle ou telle doctrine que je soutiens est vraiment vraie, c'est une autre affaire. C'est une raison suffisante pour que vous ne la pratiquiez pas. Mais si je réussis à prouver par les Écritures, et à convaincre votre intelligence, qu'elle est vraie, et que pourtant vous ne la pratiquiez pas, j'aurai alors sous les yeux la preuve de ce qu'est votre caractère, et je ne me tromperai plus moi-même en m'imaginant que ceci est une Église chrétienne.

Avez-vous conscience que l'Évangile produit sur vous un effet pratique, à mesure que vous avancez dans la connaissance ? Vous détache-t-il du monde ? Faites-vous cette expérience : quand vous recevez dans votre esprit une vérité pratique, vous l'aimez, vous aimez en sentir l'application à vous-mêmes, et vous prenez plaisir à la pratiquer ? Si vous ne croissez pas dans la grâce, si vous ne devenez pas de plus en plus saints, si vous ne vous livrez pas à l'influence de l'Évangile, vous vous trompez vous-mêmes. Qu'en est-il maintenant de vous qui êtes anciens de cette Église ? Qu'en est-il de vous qui êtes chefs de famille, de vous tous ? Quand vous entendez un sermon, vous en saisissez-vous, le prenez-vous pour vous-mêmes, et le pratiquez-vous ? Ou bien le recevez-vous dans votre esprit, l'approuvez-vous, et ne le pratiquez-vous jamais ? Malheur à l'homme qui admet la vérité, et qui pourtant s'en détourne et ne la pratique pas, semblable à l'homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, se détourne, et oublie quel il était.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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